VOIERIE — PORTS DE MER ET NAVIGATION
La Gaspésie est entourée par un chemin bien supérieur en général à ce que l'on voit dans les autres parties de la province de Québec. Ce chemin est un peu accidenté en certains endroits ; mais il est par tout dur et aussi carossable qu'un chemin macadamisé. Nous ne connaissons rien de plus beau que la partie de cette grande voie publique qui traverse la vallée de la Métapédia puis longe les bords de la bai^ des Chaleurs et du golfe Saint-Laurent jusqu'au village de Gaspé. Nous y avons voyagé pendant six semaines continuellement et sans éprouver la moindre fatigue. L Vautre partie surtout le chemin maritime n'est pas aussi belle mais n'en est pas moins un bon chemin carossable. Dans les endroits peu habités le gouvernement veille lui'même à l'entretien du chemin qui est toujours maintenu en très bon état.
Outre ce grand chemin il y en a beaucoup d'autres dans les endroits malheureusement trop peu nombreux où la colonisation a péuétré dans ntérieur et s'est ui pja éloignée des bonis de la mer. Ces chemins
sent aussi en bon état et l'on peut dire sans crainte que sous le rapport de la voierie. la Gaspésie l'emporte de beaucoup sur presque toutes les autres parties de la province. Le sol est si propice, si bien égoutté,que tous les chemins qu'on ouvre devieuueut beaux aussitôt.
Actuellement, il n'y a qu'un chemin de fer dans la Gaspésie, t'Interlouial, qui traverse la vallée de la Métapédia et va du nord au sud depuis le Saint-Laurent jusqu'à la rivière Ristigouche, distance d'une centaine de milles. On parle de construire une autre voie ferrée qui traverserait longitudinalement la partie sud de cette région, irait de la station de l'Intereolonial à Métapédia, ou dans le voisinage de Campbelltown, ou Bassin de Gaspé, ce qui fait une distance d'environ cent quantre-vingts milles. La Compagnie qui s'est fait incorporer pour construire ce chemin de fer compte1 parmi ses membres quelquesuns des hommes les mieux posés dans la finance et les affaires de chemins de fer. Elle a obtenu du gouvernement de Québec une subvention de 1,800,000 acres de terrain, et du gouvernement du Canada uu subside de $3,200 par mille, ou de $320,000 pour les cent mille de sa ligne compris entre Métapédia et Paspébiac. Ces deux subventions forment une valeur totale d'au mo ns $2,000,000 et devront assurer l'exécution de cette entreprise, qui semble avoir une perspective des plus brillantes.
A la dernière session de la législature de Québec, il a été incorporé une autre compagnie pour construire un chemin de fer dans la partie nord de la Gaspésie, " depuis un point quelconque sur l'Intereolonial entre Rimouski et Petit-Métis, jusqu'au ou près du Bassin de Gaspé, en passant par Mataue, Cap-Chatte et Samte-Anne-des-Monts. Ce chemin de fer aurait aussi lui environ cent quatre-vingts milles de longueur et compléterait un réseau qui entourerait toute la Gaspésie et formerait environt cinq cents milles de voie ferrée.
Mais les habitants de la Gaspésie ont un autre moyen de transport et de communication qui a* bien ses avantages: la navigation. Avec leurs barges, ils font aisément les petits transports d'une localité à une autre et, dans le haut de la baie des Chaleurs, de leurs résidences aux stations de l'Intereolonial, qui longe le rivage sud de cette baie jusqu'à Bathurst. Ce transport est peu coûteux et presqu'aussi prompt, aussi rapide que celui que pourraient fournir les chevaux et les chemins ordinaires. Les goélettes, font un trafic considérable et constituent le moyen de transport le plus eh vogue pour l'échange des produits naturels et des marchandises entre ces localités et Québec ou les autres centres de commerce où s'écoulent les produits de la Gaspésie. Ce transport en goélettes est très peu dispendieux et à la portée de tous les habitants de cette région.
Le commerce avec les pays étrangers, c'est-à-dire les neuf dixièmes du commerce de poisson, se fait par des navires venant d'Europe. Ces navires prennent ordinairement leurs cargaisons à Gaspé, Percé et Paspédiac, qui sont des ports sûrs et commodes, notamment ceux de Paspédiac et de Gaspé. Ce dernier se trouve au fond de la baie du même"
nom et peut contenir sans peine une flotte de miile grandes voiles. Il y a des quais où les gros navires peuvent aborder en tout temps sans .craindre de toucher fonds. Il y a aussi de bons quais à Paspébiac, mais l'eau n'est pas aussi profonde. A Percé, il n;y a pas de quais mais les bâtiments peuvent charger et décharger en rade avec la plus grande facilité. La même chose pourrait se faire en beaucoup d'autres, endroits notamment à l' Anse-du- Cap au portDaniel, etc. Il y a un beau quai à Carleton pour les navires d'un faible tirant d'eau et la baie de Tragadigèche olfre un havre aussi sûr qu'il est commode aux navires tirant trop d'eau pour accoster à ce quai. Quant à la navigation de la baie des Chaleurs, elle est des plus sures et des plus faciles, puisqu'elle se fait au large, en pleine mer, et qu'elle n'est obstruée par aucune île, aucun récif ou obstaele quelconque.
Il y a deux lignes de steamers qui desservent la Gaspésie : la ligne des vapeurs de Québec et celle de Campbelton à Gaspé. La première, comme son nom l'indique, met les ports de la partie nord-est de la Graspésie, jusqu'à Percé, en communication directe avec Québec, Montréal et les villes de la Nouvelle-Ecosse. L'autre fait le service entre Campbelton, où elle se rattache au chemin de fer Intercolonial, et toutes les localités de la baie des Chaleurs jurqu'à Gaspé. Elle reçoit une subvention du gouvernement pour le transport des malles. Le steamer de cette ligne fait deux trajets par semaine, aller et retour, et celui de la ligne de Québec ordinairement deux voyages par mois, jusqu'à Montréal. Le petit steamer Beaver qui appartient à un négociant de Québec, fréquente aussi les ports de la Graspésie et fait escale à presque toutes les localités.
Comme on le voit les moyens de communication ne manquent pas aux habitants de la Graspésie et ces nombreux moyens de transport sont comparativement très peu dispendieux. Il est vrai que cela ne dure que six ou sept mois par année ; mais cet inconvénient disparaîtra avec la construction du chemin de fer de la baie des Chaleurs, qui est en voie de progrès. Du reste, il y a toujours l'Intercolonial, qui est à la portée, hiver comme été, de la plus grande partie de la population de la Graspésie et la met en communication régulière avec toutes les grandes villes du Canada.