‹ Esquisse sur la GaspésieChapitre 5 sur 29 · TERRAINS · texte numérisé non relu

TERRAINS

Au point de vue géologique, la Gaspésie forme l'extrémité orientak <àe la contrée montueuse désignée par M. le professeur Hunt sous k nom de région apalachienne et elle n'est que la continuation ou le prolongement des Cantons de l'Est. En effet, les terrains de la Gaspésk sont absolument semblables à ceux des Cantons de l'Est sous le double rapport de leur composition et de leur configuration.

Ces terrains appartiennent aux formations géologiques appelée*

•• groupe de Québec " par Sir Williams Logan, le fondateur delà commission géologique du Canada. Ils forment trois séries de strates plu** 00 moins altérées, bouleversées et appartenant au silurien inférieur. Ces trois séries sont : lo. une série de strates paléozoïques plus ou moins altérées, dans la plupart des localités où elles ont été observées : 2o. une série de roches éruptives, trachytiques et granitiques ; 3o. une série de dépôts superficiels ou quaternaires.

Les altérations qu'ont subies plusieurs de ces formations paléozoïques. les pertubations dont elles laissent presque partout voir les traces, font qu'il est un peu difficile de déterminer d'une manière exacte l'âge auquel elles appartiennent : mais il est évident qu'elles doivent être clas- M - dans K s groupes de l'âge silurien inférieur et supérieur, de l'âge devonien et du sous-carbonifère.

Une lisière de terrain appartenant à la formation de la rivière Hudbod s'étend depuis la rivière au Marsouin jusqu'à l'anse -à la Tierce, distance excédant soixante milles, sur les bords du golfe Saint-Laurent.

rrains se composant de bandes degrés, de dolomites et d'argile bitumineuse. Ces formations cependant sont bien moins étendues et bien moins importantes que celles du groupe de Québec, qui recouvrtnt les calcaires et k s grès de Gaspé ainsi que la formation sous-carbonifère de Bonaventure, sur les bords de la baie des Chaleurs. Le groupe de Québec occupe une position médiane entre les formation* calcaires et celles de Cbazy, ou représente les deux réunies. Il se divise en trois formations qui sont, par ordre ascendant, celle de Lévis, celle de Lauzon et celle de Sillery.

La formation de Lévis se compose eu grande partie de schistes ou d'argiles noires contenant beaucoup de graptolites et d'autres fossiles. La formation de Lauzon se compose d'argiles rouges et vertes, de grès et de dolomites, mais surtout de strates métaphorphiques parmi lesquelles figurent pour la plus grande partie des roches talqueuses et magnésiennes : schistes chloritiques, serpentines, etc. La formation de Sillery se compose pour la plus grande partie d'argiles rouges et vertes, de grès et de dolomites, mais renferme en certains endroits des roches altérées, des schistes cristallins, des strates épidotiques et gneissoïdes.

Telles sont les roches qui forment la base des terrains de la Craspésie. Comme nous l'avons vu plus haut, elles sont presque partout recouvertes par les calcaires et les grès de Gaspé ainsi que par la formation ï*ous-carbonifère de Gaspé.

La formation calcaire de Gaspé correspond, par sa position, aux séries inférieures de la formation de Helderberg. Bien que composée en grande partie de couches de calcaire gris, elle renferme aussi des lits d'argile et de schiste noirs qui appartiennent au silurien moyen. La partie inférieure de cette formation se rencontre dans les Cantons dfc l'Est et la partie supérieure, celle qui renferme le plus de calcaire, a son plus grand développement dans la Gaspésie. A l'extrémité orientale de la pénisule, au cap Barry, à Percé ainsi qu'en plusieurs autre» m localités, ce calcaire présente des falaises abruptes et des pointes qui '

ont été usées et creusé s par Faction des eaux de la mer.

La formation des grès de Gaspé, ainsi que les fossiles l'indiquent, appartient à l'âge devonien et correspond aux formations d'Oriskany, de Hamilton et de Chemung des géologues américains.. Elle se compose de grès, d'argile et de conglomérats interstratifiés et renfermant en certains endroits beaucoup de débris de plantes à l'état de fossiles. A l'anse du Petit Gaspé, il y a dans ces strates une couche légère de charbon impur, puis à Douglasstown et en plusieurs autivs endroits des sources de pétrole suintent à travers les lits de cette formation.

La formation de Bonaventure appartient à l'âge sous-carbonifère, mais ne renferme pas du tout de charbon. Ses strates se composent principalement de conglomérats, associés avec des grès, des argiles rouges et verdâtres, renfermant parfois des reste ,de plantes carbonisées. En beaucoup d'endroits elles sont percées par des dykes de tr%pp. Elles recouvrent en position discordante les couches du grès de Gaspé. Cette formation se rencontre sur la côte orientale de Gaspé et surtout le long de la baie des Chaleurs, où sir William Logan estime qu'elle n'a pas moins de trois, mille pieds d'épaisseur.

Sur les formations de Québec et de Sillery, qui forment la côte septentrionale de Gaspé, reposent, en stratification discordante,sept cents mètres environ de calcaire et schistes fossilifères qui représentent le terrain silurien supérieur, auxquels succèdent plus de mille cinq cents mètres de grès dévoniens intercalés avec des schistes rouges. Sur la côte méridionale de Gaspé, les couches relevées de ce terrain devonien sont , recouvertes par mille mètres de couches horizontales de grès meulier qui forment la base du bassin houiller du Nouveau-Brunswick, mais ne contiennent pas de minéral combustible. Les calcaires fossilifères de Gaspé peuvent être suivis vers le sud-ouest jusqu'au lac Memphremagog. Le terrain devonien qui est purement siliceux dans le comté de Gaspé, offre vers le sud ouest des couches de calcaire qui se trouvent dans la même vallée avec les calcaires siluriens dont on vient de parler. (1)

La formation de Bonaventure a peu d'étendue. Elle forme la lisière comprise entre la baie des Chaleurs et une ligne tirée depuis le confluent de la rivière Métapédiac avec la Restigouche jusqu'à la tête de la baie de Cascapédiac puis une autre ligne s'étendant de l'ambouchure de la petite rivière Cascapédia à l'estuaire de la rivière de Port-Danieî, enfin entre le littoral du golfe et une troisième ligne partant de Douglasstown, fléchissant un peu à L'ouest vers le millieu de sa longueur et aboutissant aux environs de l'ambouchure de la Grande-Rivière.

Le groupe de Québec forme une bande dont la largeur varie de quinze à trente milles et longe le rivage du golfe Saint-Laurent entre la rivière Métis et la cap Gaspé. Sa largeur augmente en allant vers l'est et elle n'est entamé que par une étroite bande de terrains appartenant à la formation de la rivière Hudson, entre la rivière au Marsouin et l'anse à la Tierce et â son extrémité sud par une petite étendue de terrains de

£1) Logan — Esquisse géologique du Canada.

la formation de Chazy, entre la rivière Saint- Aune et la tête de la rivière Madeleine.

L'espace compris entre ces deux lisières, bordant le rivage du golfe Saint-Laurant et celui de la baie des Chaleurs, est occupé ou plutôt recouvert par les calcaires et les grès de Gaspé. Le grès forme une espèce de carré long s'étendant en droite ligne à l'ouest de la partie de la formation de Bonaventure compris entr** Douglasstown et le cap Rouirc puis se prolongeant jusqu'à la rivière Bonaventure, dans 1 intérieur des terres. Un peu plus à l'ouest, à mi-distance entre le golfe et la baie des Chaleurs, il y a une autre aire de grès qui s'étend du nord-est au nord-ouest depuis la grande rivière Cascapédia jusqu'à la rivière Métapédia. Enfin ces terrains de grès entourent l'embouchure des deux rivières Cascapédia et forment là le trait d'union entre les deux parties de la formation de Bonaventure qui borde la baie des Chaleurs de chaque coté de New-Richmond.

Ces différentes formations ont respectivement les étendues qui suivent, autant qu'on peut en juger par les explorations faites jusqu'à présent :

Format ion s Milles Acres

Calcaires de Gaspé 4.000 2,560,000

Grès de Gaspé 3,000 1,920,000

Groupe de Québec 3.000 1,920,000

Formation de Bonaventure 600 384,000

Formation de l'Hudson 184 117,760

Ce tableau montre clairement que la plus grande partie du sol de la Gaspésie est d'excellente qualité, facile à cultiver et produit abondamment le foin ainsi que toutes les espèces de céréales.

Les formations calcaires occupent une étendue de 2,560,000 acres, ce qui est suffisant pour formerS 12, 800 fermes de 100 acres chacune, en faisant une déduction de moitié pour les terrains de qualité secondaire. Cette déduction est bien trop considérable, car il est bien connu que les formations de calcaire fournissent presqu'invariablement des terrains de première qualité. Ces roches subissent facilement l'action de l'atmosphère et de l'eau, se désagrègent promptement et forment, par leur désagrégation, un sol aussi fertile que peu difficile à cultiver.

Ces terrains calcaires appartiennent aux formations siluriennes supérieures et moyennes, qui se rencontrent dans toute la partie nord du Nouveau-B^mswick. C'est dans ces formations que se trouvent les terrains élevés les plus riches de la Province. Les terres fertiles et cultivées de la vallée de la rivière Ristigouche, et les terres qui bordent les deux rives de la rivière Saint-Jean, en approchant de sa source,reposent sur ces roches et en sont formées en grande partie.

Les terrains de cette formation sont ordinairement plus lourds et

plus forts que ceux de la région carbonifère. Les roches dont ils se formant sont généralement des schistes plus ou moins durs qui, en se désagrégeant, donnent naissance à des terrains d'une force considérable comme disent les cultivateurs, et quelquefois très durs. Il s'y rencontre aussi des couches de bonne pierre calcaire, plus ou moins riches en fossiles. (1) Dans l'ouest de l'état de New-Yerk, ces formations constituent les terrains les plus riches et les plus fertiles.

Les grès rouges qui recouvrent une grande étendue de la Gaspésie, forment aussi des terrains d'une grande fertilité. Les terres les plus riches et les mieux cultivées de l'Ecosse reposent sur des roches rouges de cette espèce. Au Nouveau-Brunswick, les excellentes terres de la vallée de Sussex, de Sackville et de la rivière Shepody se trouvent dans le voisinage de roches de cette nature.

D'après le professeur Johnston, qui en a fait une étude spéciale au Nouveau Brunswick, les couches de ces formations de grès rouge se composent :

lo De conglomérats rouges qui, en se brisant, forment des sols graveleux pauvres, produisant de bonnes récoltes d'avoine et d'autres céréales lorsqu'on les traite bien, mais ayant une forte disposition à absorber tout le fumier et toute l'eau qu'on y met ;

2o De grès rouge fin qui, en se pulvérisant, forme des terrains rouges sablonneux, légers, et faciles :V travailler, et qui peuvent, en étant bien traités, produire de bonnes récoltes Au Nouveau-Brunswick, ces terrains sont très recherchés ;

3o De couches d'argile rouge, communément appelée " glaise rouge " avec des couches de grès rouge interstratifiées et qui en se pulvérisant forment des terrains, tantôt de riche terre glaise tantôt de riche argile. Ce sont les terrains les plus avantageux et les plus productifs.

D'ailleurs la fertilité du sol de la Gaspésie est attestée par les récoltes qu'il produit, ainsi que cela est démontré à la page 8 par les chiffres relatifs à la production du blé. La comparaison est encore plus avantageuse quand on l'applique à la production totale des autres provinces de la confédération. Cela se voit clairement par le tableau suivant :

Gaspésie Minots de blé à Vaere

Gaspé 15.00 minots )

Bonaventure 11.70 " >• 11.66

Rimouski 8.30 " )

Province du Nouveau-Brunswick 10.85

" Nouvelle-Ecosse 11.78

Québec 8.04

Ontario 10.42

C'est-à-dire que dans la Gaspésie le rendement moyen d10 blé excède de 1.24 minot par acre le rendement de la même céréale dans la provin-

£L) Report on the agricultural capabilities New-Brmisïvick prof essor Johnston.

ce tt Ontario, dont le sol est réputé des plus fertiles. Et l'on peut dire *aus erainte de faire erreur que si la culture était aussi bien faite, aus- *i soignée dans la Gaspésie que dans la province d'Ontario, le rendement serait d'eau moins 25 pour cent plus élevé. Il est donc évident, incontestable que le soi de la Gaspésie est riche, fertilccapable de faire vivre daus l'aisance et la richesse les colons qui le cultiveront avec soin.

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