‹ Esquisse sur la GaspésieChapitre 4 sur 29 · TOPOGRAPHIE — MONTAGNES RIVIÈRES LITTORAL PLACES D'EAU · texte numérisé non relu

TOPOGRAPHIE — MONTAGNES RIVIÈRES LITTORAL PLACES D'EAU

La Gaspésie forme un immense plateau dont le principal versant incline vers la baie des Chaleurs. Ce plateau est divisé en deux parties distinctes par les monts Notre-Dame, qui ne sont que l'extrémité orientale de la chaîne des Alleghanys. A partir de Gaspé, l'axe de cette arête montagneuse longe la rive méridionale du golfe Saint-Laurent, à une douzaine de milles du bord de la mer. La partie la plus élevée a une largeur qui varie de deux à six milles. En partant de Gaspé, les montagnes gagnent vers l'intérieur, dans la direction du nord-ouest, puis se retourn nt vers l'ouest aux environs de Sainte-Anne-des-Monts et du Cap Chatte, où elles prennent la direction du sud-ouest. Les parties les plus élevées se trouvent dans la région où la rivière du Cap Chat et la rivière Matane prennent leurs ^eaux. En partant de Gaspé et en allant à l'ouest, les principaux monts ont respectivement la hauteur indiqués dans le tableau suivant :

La Terrasse-Est, sur les bords ds la rivière Madeleine

1,957 pieds au-dessns de la mer.

La Terrasse-Ouest (approximatif)...

Le mont Albert, dans le haut de la

vallée de la rivière Sa ute-Anne . .

T Af -r Dans la val

Le Mont Logan

4* Matouasi . .

,; Bonhomme.

" Bayfield...

2,157 pieds au-dessus de la mer.

lee supérieure de la | rivière du | i^Cap Chat.J La Montagne Ronde, au nord du petit lac Matane 3,G76 u " «

Le mont Saint- Dônat, entre la rivière

Neigette et la rivière Métis 2,035 " "

Si h^uts que soient ses principaux pics, cette rangée de montagnes ne l'orme pas la limite d.u versant nord du plateau de la Gaspé.sie. Les principales rivières qui se jettent dans le golfe Saint-Laurent ont leurs sources bien au delà de la ligne décrite par et tte série de monts isolés et presque partout ce versant occupe à peu près le tiers de la largeur totale de la péninsule. La haute'ur moyenne, dans le fond d s ravines creusées par les rivières, est à peu près de niveau avec l'élévation des eaux du lac Huron et du lac Michigan, qui sont à un peu plus de 500 pieds au-dessus du niveau de la mer. Les principaux cours d'eau qui ont leurs sources en arrière de cette arête montagneuse sont la rivière Madeleine, la rivière Sainte-Anne, la rivière Cap-Chat et la rivière Matane.

Sous le rapport de la continuité et de l'altitude, cette chaîne de montagnes est d'un caractère varié. (1) L'arête principale ou l'axe de cette chaîne est à une distance du Saint Laurent qui varie de douze à vingtcinq milles En arrière de Métis, le sommet de ces montagnes ne s'élève que rarement à plus de seize cents pieds, et cette région constitue plutôt un haut platjau, accidenté de quelques pics élevés, qu'une rangée de montagnes continue.

Sans être d'une qnalité supérieure, le sol est pour la plus grande partie susceptible de culture et s'améliore en allant vers le Saint-Laurent, où l'on rencontre généralement des terrains glaiseux, profonds et fertiles, surtout dans la vallée de la rivière Métis. Au nord de cette rangée de monts élevés, il y a une autre lisière montueuse, mais plus basse, au delà de laquelle s'étend une bande de terre fertile qui a parfois une largeur considérable. Cette bande ainsi que les terrains bas qui bordent le fleuve et l'embouchure des rivières dont il reçoit les eaux, sont très propres à la culture et presque partout recouverts d'établissements. A la rivière Sainte- Anne, la chaîne se divise en deux branches, dont l'une court au sud tandis que l'autre s'avance vers le fleuve. A Mont-Louis, la chaîne incline à l'est et son élévation dimi-

(1) Rapport du Commiesaire des terres de la Couronne pour Vannée 1856, tom 10.

nue en allant vers le cap Gaspé, eu elle se termine, laissant sur une longueur de vingt milles au-dessus du cap Rosier, entre elle et le golfe, une large lisière de bonne terre.

Au sud de cette chaîne, il y a une grande vallée intérieure dont la surface est souvent accidentée par des hauteurs ou rétrécie par les terrains montueux qui la bordent de chaque côté, au nord et au sud. Sa largeur varie de dix à trente milles et elle offre généralement tous les caractères d'un plateau élevé. Le sol de cette grande vallée est pauvre et léger en certains endroits, pierreux en d'autres, mais il est généralement arable et fertile. Il y a même de grandes étendues d'excellentes terres, notamment dans la région où la rivière Matane a ses sources et le long du chemin Kempt.

Du côté de la baie des Chaleurs et formant la limite sud de la vallée intérieure qui vient d'être décrite, il y a une autre ligne de hauteurs, accidentée en plusieurs eudroits par des monts de peu d'étendue, mais d'une certaine élévation. Vers l'angle nord du comté de Bonaventure 0 pas loin des bords de la rivière Bonaventure, trois de ces monts ont respectivement 1,394, 1.324 et 1,757 pieds d'altitude. Le mont Conique, vers les sources de la rivière Cascapédia, a 1,910 pieds de hauteur.

Le versant méridional de cette rangée de hauteurs s'abaisse graduellement jusqu'à la baie des Chaleurs. Il forme une bande de bons terrains arables, large de vingt à trente milles, offrant tous les caractères d'un plaleau un peu élevé vers sa limite septentrionale, coupé transversalement par les vallées profondes et étroites au milieu desquelles «Oulent les grandes rivières qui ont leurs sources dans le plateau inté- * rieur situé au nord de la rangée montueuse qui vient d'être décrite. La lisière qui borde la baie des Chaleurs est partout formée par des terrains d'excellente qualité. Depuis la Pointe-au-Maquereau jusqu'à la rivière Cascapédia, le littoral décrit en s'avançant dans la mer une cxturbe qui augmente considérablement la largeur de cette lisière de bons terrains arables. Le sol est uni et l'on pourrait avec avantage former des établissements jusqu'à une trentaine de milles de la côte. A l'ouest de la rivière Cascapédia, la surface du sol est plus accidentée et presque toutes les pointes qui projettent dans la mer sont dominées en allant dans l'intérieur par des montagnes isolées, mais qui ont jusqu'à 1^,800 pieds d'élévation, comme le mont Tracadigèche, en arrière de Carleton.

Le long de la rivère Ristigouche, les montagnes sont moins ébvées et bordent presque la rivière. Ces montagnes offrent au regard les paysages les plus pittoresques qu'on puisse imaginer. Leurs flancs, quelquefois abruptes, mais généralement inclinés en pentes douces, sont entourés par des vallées d'une étendue considérable et de la plus grand* richesse. Le sol, même sur la cime des montagnes, est partout riche, fertile et généralement exempt de roches, puis couvert de belles forêts c(e bois dur. La vallée de la rivière Nouvelle forme la plus belle parti* de cette région montueuse, mais possédant un sol qui sous le rapport de

la fertilité ne le eède en rien à celui des plus riches régions de la vallée du Richelieu et du Saint-Laurent.

Vu de la mer, le littoral de la Gaspésie n'offre à l'œil qu'une série continue de paysages magnifiques, où le pittoresque le dispute au grandiose. Du côté du golfe, le rivage forme une ligne courbe à peu près régulière et dont la course n'est accidentée que par de petites sinuosités, à peine perceptibles à une légère distance. Il n'y a d'enfoncements un peu considérables qu'à l'embouchure des principales rivières, dont l'estuaire forme ce que l'on appelle dans le langage du pays des barachois. (1)

L'entrée Je ces rivières fournit généralement aux goélettes et aux petits navires d'un faible tirant d'eau des mouillages où ils peveat at~ térir avec plus ou moins de facilité. A Matane, à Sainte- Anne, à la Rivière-Blanche, à Mont-Louis, à l'Anse-à-Griffon, à la Rivière-au-Renard, il y a de ces mouillages qui constituent autant de petits ports fréquentés par les goélettes employées dans la pêche ou le commerce de cabotage.

A Sainte- Anne, le village est bâti sur une presqu'île sablonneuse, for mée par un barachois et l'embouchure de la rivière. Les habitations s'étendent le long du fleuve, de chaque côté de ce point central. Une grève de sable blanc, ferme et unie, s'étend autour de l'anse. Vers l'intérieur, à quelque distance du fleuve, le terra:n s'élève et les collines a etagent les unes au-dessus des autres jusqu'à ce qu'elles se terminent par les Chikchâks, dont quelques cîmes, dans les environs, ont plus de trois mille cinq cents pieds de hauteur. Sainte-Annc-des-Monts est un poste agréable et salubre, offrant pour les mois d'été une retraite confortable à un valétudinaire qui aurait conservé assez de santé pour aller respirer l'air pur et frais en se livrant aux amusements de la pêche et de la chasse. A cette époque, les bords de la mer sont couverts de bandes de gibiers noirs ; au printemps et à l'antomne, les canards et les outardes abondent; outre cela, dans les bois voisins des habitations l'on trouve en tout temps des perdrix et des porcs-épics. (2)

Plus loin que Sainte- Anne, en descendant, on aperçoit les Cheminées( rochers ainsi nommés à cause de leur forme, et plusieurs gentilles cascades de cinquante à soixante pieds de hauteur, dont la blancheur contraste avec la teinte sombre des arbres voisins. Toute cette côte, de^puis Sainte- Anne, est haute, escarpée, coupée par de profondes ravinas,

(1) Le " barachois " est un étang ou lac qui se trouve ordinairement à Centrée des petites rivières, au point où elles se jettent dans la mer. Les puissantes vagues qui arrivent du large élèvent un banc de sable à V embouchure des rivières ; c'est derrière ce banc que se forme le barachois. Le surplus des eaux de la rivière tombe dans la mer par un candi étroit qui se creuse tantôt d'un côté, tantôt de Vautre. L'abbé Ferland, La Gaspésie.

(2) L'abbé Ferland.

Dans l'intérieur, les terres sont bonnes et pourraient nourrir un grand nombre de familles.

A trente-six milles plus bas que Sainte-Anne est Mont-Louis, remarquable par l'abondance de la pêche, la fertilité des terres de la vallée et les avantages de son port pour les petits bâtiments employés aux pêcheries. Le blé mûrit ici aussi bien que dans les envirous de Québec. Les habitations du poste sont placées sur les bords de la rivière et abritées contre les vents par l'éperon d'une haute montagne.

La baie formée par l'embouchure de la rivière Madeleine est bordée à l'est par un banc de gravier d'enviroi un mille de longueur et peu élevé au-dessus du niveau des hautes marées. Du côté de l'ouest, la baie s'étend jusqu'au pied d'une falaise, haute de quatre-vingt-dix pieds, qui se prolonge jusqu'à un quart de mille au delà de l'embouchure de la rivière et forme le cap de la Madeleine. Les strates de terre glaise dont se compose ce cap s'avancent à deux ou trois milles dans l'intérieur et forment une pente douce qui offre un très beau coup d'œil. Le terrain est fertile et produit de bonnes récoltes tde blé. Le port offre un bon mouillage aux bâtiments d'un faible tirant d'eau. Getti localité est située à soixante milles du cap Rosier et à soixante-dix du cap Chatte.

La baie de la grande rivière au Renard forme un demi-cercle dont le diamètre peut être d'un mille. L'entrée est entre deux caps, sans cesse minés par les flots : autour du bassin le terrain présente un amphithéâtre couvert de verdure et couronné de bois franc. Vers le fond de la baie et au-dessus de l'embouchure de la rivière se déploie un barachois bordé de belles prairies. O tte baie est assez sûre ; les bâtiments y mouillent sur un bon fond et à l'abri de tous les vente, si l'on excepte ceux qui viennent du nord. Autour de la rivière au Renard, le sol est excellent et couvert d'une herbe longue ; il produit de bon blé. de l'orge, de l'avoine, des pommes de terre qui viennent à merveille. Mais qu'est-ce que cela ? La mer n'cst-elle pas là avec ses trésors inépuisables? (1)

Environ quinze milles plus bas que la rivière au Renard, une terre basse s'avanc3 au pied des montagnes et se termine à la mer par une pointe qui n'a- guère plus de trente à quarante pieds de hauteur. C'est le cap des Rosiers, ou Rosier. A sept milles au delà de ce cap, se termine par le promontoire du Fourillon la chaîne des montagnes qui bordent la rive droite du Saint-Laurent. Le Fourillon est une péninsule étroite qui s'avance hardiment jusqu'à une lieue dans la mer, entre l'anse du cap des Rosiers et la baie de Graspé. Du cSté nord, il présente un roc nu, taillé à pic et s'élançant à une hauteur de sept cents pieds ; c'est le reste d'une montagne dont une moitié a été précipitée dans la mer après avoir été minée à sa base par la glace et par les eaux ; l'autre moitié est restée debout, droite comme une muraille. (2)

(1) L'abbé Ferland, passim.

(2) L'&bbé Feiland.

Au sud du Fourillon est l'entrée de la baie de Gaspé, belle nappe d'eau large de huit milles et s'avançant environ six lieues entre deux terras hautes. L'une, le revers du Fourillon, est montagneuse: l'autre est diversifiée par dos coteaux, des vallons, des bois, des groupes de maisons. La terre du nord est généralem* nt escarpée. Sur quelques points, néanmoins, les montagnes s'éloignent de la mer et laissent à leur base un espace plus uni, sur lequel se sont formés les établissements de la Grande Grève, du Cap-aux Os et de Penouille. Au fond de la baie de Gaspé est le meilleur port de toute la côte; il est séparé de la baie par deux pointes qui laissent entre elles un canal navigable pour de gros navires. Avant d'arriver à l'entrée du port, on rencontre ù. la cote sud l'entrée de la petite rivière Saint-Jean, près de laquelle, sur un coteau, est le village de Dougjasstown. Sur la côte opposée se trouve la pointe au Penouille, d'un l'on aperç( it tout le port, avec une grande partie du bassin, ainsi que le village. Dans le port de Gaspé se jettent la rivière Darmouth ou du Nor^-Ouest, et la rivière York ou du Sud- Ouest. L'entrée de la dernière forme le bassin, qui a moins d'un mille de longueur et dont la profondeur varie de cinq à neuf brasses d'eau. Ce port intérieur peut recevoir une flotte considérable. (1)

A l'est et au sud, le littoral de la Gaspésie forme une ligne beaucoup moins régulière que sur la cote nord. Entre la pointe Sauit-Pierre et le cap Canon, qui forme l'extrémité du promoutoire de Percé, il y a la baie et le barachois de Malbaie. Le village de la Malbaie, ou plutôt les quelques maisons qui entourent l'église, sont bâties au fond de 1 la baie et à l'entrée du barachois, qui est séparé de la mer par un banc de sable qui a quatre ou cinq milles de longueur et environ deux cents pieds de largeur. De l'église, la vue s'étend au loin sur la mer. Vers l'ouest, une terre basse, coupée par le barachois et offrant quelques habitations éparses, forme le fond de la baie, qui a une lieue de longueur sur trois de largeur. A l'autre bord de cette belle nappe d'eau se dressent des montagnes b iséés, au-dessus desquelles s'élève le mont Sainte- Anne, dont les derniers contreforts forment l'île ou le rocher de Percé et celle de Bonaventure.

L« village de Percé, qui est le chef-lieu du district judiciaire de Gaspé, est bâti sur la pointe du promontoire qui borde la baie de Maibaie à l'ouest. C'est un des sites les plus pittoresques de toute la Gaspésie. Au rivage sont les nombreuses embarcations employées pour la pèche : sur la terre le premier plan est occupé par les cfoifauds et de longs vignot* ; au delà sont le palais de justice et les habitations, environnées chacune par un petit champ : en arrière, sur la colline, sont placés l'église et le presbytère. Le terrain s'élève graduellement à mesure qu'il s'éloigne de la mer et déroule à la fois toutes les parties de 00 tableau, encadré par un demi-cercle de montagnes au-dessus desquelles se dresse la Table de Rolland ou le mont Sainte-Anne, (2) qui a 1,230

(1) L'abbé Ferland.

(2) Ferland, La Gaspésie.

pieds de hauteur. On peut le distinguer à une distance de quarante milles, lorsque le temps est ela;r. Aussi du sommet de cette montagne la vue est magnifique. Le regard plonge sur Percé avec ses vignots, ses maisons, ses deux anses bordées de barges, sur le mont Joli, le cap Percé et l'île Bonaventure, en face,, humblement courbés au pied du géant. Vers la droite une ligne bleuâtre se confond avec la mer et marque la direction que suit la côte, depuis la Grande-Rivière jusqu'à la pointe au Maquereau . Sur la gauche la vue embrasse la Malbaie ainsi que la baie de Gaspé et va se reposer sur les hauteurs du Fourillon. Le sommet de la Table de Rolland forme un plateau dont une partie est unie, dépouillée d'arbres et couverté d'une herbe épaisse. Le rocher de Percé semble autrefois avoir été lié avec le mont Joli ; il n'en est séparé que par un étroit canal, qui assèche à mer basse. La longueur de eette île de roc est de quatre ou cinq arpents et sa largeur n'est guère que de soixante à qnatre-vingts pieds. Dans tout son pourtour le rocher n'est qu'une falaise eontinue, dont la hauteur moyenne est d« deux cent quatre-vingt-dix pieds. (1) Vers le milieu, la mer et la glace ont percé dans ce roc une arche assez gra- de pour permettre aux barges d'y passer sous voiles. C'est de cette arche que la localité tire son nom de Pereé, qui n'est qu'un abrégé de Roc-Percé. Du côté du mont Joli, le cap Percé est coupé à pic. Dans cette direction, le plateau se rétrécissant, s'avance de plusieurs pieds au-dessus de la mer et et se termine en pointe.

À partir de Percé, l'aspect du littoral est à peu près uniforme jusqu'à la, baie de Cascapédia. La côte est échancrée par des enfoncements plus ou moins considérables à l'embouchure des rivières et dans les parties élevées, comme au cap Désespoir, la falaise est à pic et surplombe même la mer. Mais ces points élevés sont comparativement peu communs, et presque partout ks terrains s'approchent de la baie par una pente douce et graduelle, notamment dans Paspébiac et New-Carlisle. Oette dernière localité est située sur une petite éminence et le village, qui est le chef-lieu du district judiciaire et du comté de Bonaventure, offre un des coups d'œil les plus jolis et les plus agréables. A peu prè& à mi-distance entre ce village et le port de Paspébiac, on aperçoit la résidence princière de M. le Dr Robitaille, actuellement lieutenant-gouverneur de la province de Québec. Cette belle résidence est bâtie sur la déclivité d'une élévation d'où la vue s'étend sur la mer et sur le port die Paspébiac, où la maison Robin a son principal comptoir.

La baie de Cascapédia, formée en grande partie par l'estuaire de la rivière du même nom, s'étend depuis New-Richmond jusqu'à Maria. Elle s'avance joliment loin dans l'intérieur et elle est entourée par des hauteurs qui offrent partout dès paysages d'une beauté ravissante. Sous le double rapport du site et de la richesse agricole, New-Richmond est une des plus belles paroisses de toute cette région.

Plus à l'ouest se trouve la baie de Tracadigetche, que domine la

(1) Ferland, La Gaspésie.

montagne du même nom. Les deux côtés de la baie sont formés par la pointe de Tracadigèche, à l'est, et celle de Miguasha (t^rre rougv) à Poxiest. Cette baie mesure une dizaine de milles de largeur et quatre ou cinq de profondeur. Elle est pour ainsi dire entourée, du côté dé La t rre, par la montagne, dont les parties les plus élevées ont une altitude do 1.814 pieds au-dessus du niveau de la mer. Entre l'église "de Carleton et la rivière Nouvelle, qui se jette dans l'extrémité nord-ouest de la baie, le flauc de la montagne forme presque partout une falaise abrupte et ne laisse entre elle et le rivage de la mer qu'un ) lisière de t n ain de moins d'un mille de largeur, sur une distance d'un demimiîle. A l'extrémité est de la baie, l'estuaire de la petite rivière Carie ton forme un grand barachois qui est entouré par deux grands bancs de gravier. Celui de l'ouest s'avance une couple de milles dans la mer, en partant du pied des montagnes, et il a deux cent cinquante à trois cents pieds de largeur. Ce banc commande incontestablemdnt un dès plus beaux, sinon le plus beau point de vue de toute la baie des Chaleurs, et forme l'un des plus beaux sites qu'on puisse imaginer pour une place d'eau. Protégé du côté du nord par la montagne coutre les vents froids qui soufflent de cette direction, il n'est exposé qu'aux brises rafraîchissantes et si hygiéniques qui viennent de la mer et qui maintiennent constamment la température à un dégré uniforme. Du côté de la baie, la grève a très peu de déclivité, se compose d'un gravier fin, libre de cailloux ainsi que de tout autre obstacle et offre l'un des endroits les plus favorables, les plus agréables, les moins dangereux et les plus propres pour prendre les bains de mer, sans compter que la pêche, même la pêche au homard, abonde dans les environs, notamment dans les environs de la rivière Nouvelle, où l'on prend des truites qui pèsent jusqu'à quatre et cinq livres. L'agriculture est pratiquée avec assez "de soin et d'intelligence dans Carleton, et le long du chemin qui fait le tour de la baie, les établissement^ ont partout un air d'aisance, de confort et de prospérité qu'on n'observe qu'à la Grande-Rivière, dans toute cette partie do la Gaspésie.

Entre la rivière Nouvelle et la rivière Patapédia. les montagnes s'avancent jusqu'à la mer et au bord de la rivière Ristigouche. Le terrain est partout très accidenté, mais se compose partout d'un sol de bonne qualité, même sur le sommet des hauteurs, qui sont couvertes de de beaux bois. Cette région n'est qu'une série de paysages d'une beauté ravissante, et sous ce rapport elle égale pour le moins les plus belles parties de l'Ecosse et de la Suisse. Elle est le rendez-vous d'un assez grand nombre d'amateurs qui viennent de l'Angleterre et des Etats- Unis pour jouir du spectacle qu'offrent ces beaux paysages, ainsi que des agréments de la chasse et de la pêche, qui abondent partout dans les environs. A Métapédia, les MM. Yanderbilt et quelques autres millionnaires de New- York, formant le club Ristigouche, ont une superbe maison d'été où ils se rendent chaque année pour jouir de tous ces agréments.

Le littoral de la baie des Chaleurs offre plusieurs endroits qui ne sauraient être surpassés comme places d'eau. La douceur et la fraîcheur du climat, la pureté dë l'atmosphère, la beauté des points de vue, tout concourt à faire de cette région un véritable paradis terrestre pour «eux qui ont besoin de repos ou se trouvent dans la nécessité de r faire une santé délabrée. Ici les constitutions les plus faibles, les tempéraments les plus délicats n'ont pas à craindre la froideur des vents de nord non plus que les changements soudains dans la température ; le plateau intérieur de la Gaspésie enlève aux vents qui viennent du golfe leur froideur et leur humidité et partout l'on ne sent qu'une brise de mer légère, rafraîchissante, capable de redonner la force et la. vigneur aux constitutions les plu» avariées.

Les deux plus b lies places d'eau sont incontestablement Carleton et New-Carlisle. La grève est on ne peut plus belle, mieux adaptée pour prendre des bains de mer, les paysages environnants sont d'une beauté ravissante, en un mot tout semble avoir été disposé comme à dessein pour faire de ces localités les deux stations balnéaires les plus attrayantes de la province. Carleton, surtout, est sans rival et laisse bien loin dans l'ombre la Malbaie, Cacouna et toutes les autres places d'eau qui attirent chaque été des milliers de touristes jusque des parties le* plus reculées des Etats-Unis. Si cette localité était plus connue, elle deviendrait en peu de temps la place d'eau la plus recherchée, le Old Orchard Beach de la province de Québec. Jusqu'à ces dernières années, elle était d'un accès assez difficile, vu que les touristes ne pouvaient s'y rendre que par la navigation, en faisant le grand tour par Gaspé, ce qui faisait un voyage long, fatiguant et dispendieux ; mais ©es incon /énients ont disparu depuis l'ouverture du chemin de fer Intercolonial et aujourd'hui l'on peut se rendre de Québec à Carleton en moins de quinze heures et en ne faisant que trente-cinq milles par la navigation, ce qui prend moins de deux heures et constitue l'un des plus beaux trajets que l'on puisse parcourir. Il ne manque à Carleton, pour devenir une place d'eau à la mode,. qu'un hôtel,tet des capitalistes aussi entreprenants que clairvoyants sont en voie de combler cette lacune. Quand cela sera fait, Carleton deviendra assurément une des station* balnéaires les plus recherchées et les plus fréquentées.

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