CHAPITRE IX VOIERIE—PORTS DE MER ET NAVIGATION
La Gaspésie est entourée par un chemin bien supérieur, en général, à ce que l’on voit dans les autres parties de la province de Québec. Ce chemin est un peu accidenté en certains endroits ; mais il est partout dur et aussi carossable qu’un chemin macadamisé. Nous ne connaissons rien de plus beau que Ja partie de cette grande voie publique qui traverse la vallée de la Métapédia, puis longe les bords de la baie des Chaleurs et du golfe Saint-Laurent jusqu'au
village de Gaspé. Nous y avons voyagé pendant six semaines continuellement et sans éprouver la moindre fatigue. L'autre partie, surtout le chemin maritime, n’est pas aussi belle, mais n’en est pas moins un bon chemin carossable. Dans les endroits peu habités, le gouvernement veille lui-même à l’entretien du chemin, qui est toujours maintenu en très bon état.
Outre ce grand chemin, il yen a beaucoup d’autres dans les endroits malheureusement trop peu nombreux où la colonisation a pénétré dans l’intérieur et s'est un peu éloignée des bords de la mer. Ces chemins sont aussi en bon état et l'on peut dire sans crainte que sous le rapport de la voicrie, la Gaspésie l'emporte beaucoup sur presque toutes les autres parties de la province. Le sol est si propice, si bien Ægoutté, que tous les chemins qu’on ouvre deviennent beaux aussitôt.
Actuellement, il n’y a qu’un chemin de fer dans la Gaspésie, l’Intercolonial, qui traverse la vallée de la Métapédia et va du nord au sud depuis le Saint- Laurent jusqu’à la rivière Ristigouche, distance d’une centaine de milles. Le chemin de fer de la Baie des Chaleurs, actucilement en voie de construction, traversera la partie sud de la péninsule et reliera la station de Métapédia, sur l’Intercolonial, an Bassin de Gaspé, qui en est éloigné d'environ 200 milles.
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Le premier tronçon, long d’une centaine de milles, aboutira au port de Paspébiac et sera bientôt mis en exploitation. La compagnie chargée de conduire cette entreprise à bonne fin compte parmi ses directeurs quelques-uns des hommes les mieux posts dans la finance et les affaires de chemins de fer. Pour les cent milles compris entre Métapédia et Paspébiac, la compagnie a du gouvernement de Québec une subvention de 1,000,000 d’acres de terrain, et du gouvernement fédéral un subside de $620,000 en argent, ce qui assure le succès de l’entreprise.
À la session de la législature de Québec, en 1883, il a été incorporé une autre compagnie pour construire un chemin de fer dans la partie nord de la Gaspésie, “depuis un point quelconque sur l’Intercolonial, entre Rimouski et Petit-Métis, jurqu’au ou près du Bassin de Gaspé, en passant par Matane, Cap-Chatte et Sainte-Anne-des-Monts. Ce chemin de fer aurait environ cent quatre-vingts milles de longueur puis compléterait un réseau qui entourerait toute la Gaspésie et formerait environ cinq cents milles de voie ferrée.
Mais les habitants de la Gaspésie ont un autre moyen de transport et de communication qui a bien ses avantages : la navigation. Avec leurs barges, ils font aisément les petits transports d’une localité à
une autre et, dans le haut de la baie des Chaleurs, de leurs résidences aux stations de l’Intercolonial, qui longe le rivage sud de cette baib jusqu’à Bathurst. Ce transport est peu coûteux et presqu’aussi prompt, aussi rapide que celui que pourraient fourair les chevaux et les chemins ordinaires: Pour les grands transports, principalement sur la côte du nord et de l'est, il y a les goëélettes, qui font un trafic considérable et constitueut le moyen de transport le plus en vogue pour l'échange des produits naturels et des marchandises entre ces localités et Québec ou les autres centres de commerce où s’écoulent les produits de la Gaspésie. Ce transport en goélettes est très peu dispendieux et à la portée de tous les habitants de cette région. |
Le commerce avec les pays étrangers, c’est-à-dire les neuf dixièmes du commerce de poisson, se fait par des navires venant d'Europe. : Ces navires prennent ordinairement leurs cargaisons à Gaspé, à Percé et Paspébiac, qui sont des ports sûrs et commodes, notamment ceux de Paspébiac et de Gaspé. Ce dernier se trouve au fond de la baie du même nom et peut contenir sans peine une flotte de mille grandes voiles. Il y a aussi de bons quais à Paspébiac, mais l’eau n’est pas aussi profonde. À Percé, il n'y a-pas de quai, mais les bâtiments peuvent charger et déchar-
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ger en rade avec la plus grande facilité. La même chose pourrait se faire en beaucoup d’autres endroits, notamment à l’Anse-du-Cap, au Port-Daniel, ete. T1 y a un beau quai à Carleton pour les navires d’un faible tirant d’eau et la baie de Tragadigèche offre un havre aussi sûr qu’il est commode aux navires tirant
trop d’eau pour accoster à ce quai, Quant à la na-
‘vigation de la baie des Chaleurs, elle est des plus
sûres et des plus faciles, puisqu'elle se fait au large, en pleine mer, et qu’elle n’est obstruée par aneune île, aucun récif ou obstacle quelconque,
Il y a deux lignes de steamers qui déservent la Gaspésie : la ligne des vapeurs de Québec et celle de
Campbeltown à Gaspé. La premitre, comme ser
| nom l'indique, met les ports de la partie nord-est la Gaspésie, jusqu’à Percé, en communication direct
avec Québec, Montréal et les villes de la Nouvelle: Ecosse. L'autre fait le service entre Campbelltown, où elle se rattache au chemin de fer Intercolonial, et toutes les localités de la baie des Chaleurs, jusqu’à Gaspé. Elle recoit une subvention du gouvernement pour le transport des malles. Le stearuer de cette
L ligne fait deux trajets par semaine, aller et retour, et
celui de la ligne de Québec ordinairement deux voyages par mois, jusqu'à Montréal. Le petit steamer Beaver, qui appartient à un négociant de Québec,
fréquente aussi les ports de la Gaspésie et fait escale à presque toutes les localités. |
Comme on le voit, les moyens de communication ne manquent pas aux habitants de la Gaspésie et ces nombreux moyens de transport sont comparativement très peu dispendieux. Il est vrai que cela ne dure que six ou sept mois par année; mais cet inconvénient disparaîtra avec la construction du chemin de fer de la baie des Chaleurs, qui est en voie de progrès. Du reste, il y a toujours l’Intercolonial qui est à la portée, hiver comme été, de la plus grande partie de la population de la Gaspésie et la met en communication régulière avec toutes les grandes villes du Canada, |