La tribu des Plantigrades comprend les sujets suivants
Oui-s Blanc — (Ursus Maritiraus) — "The Polar or Sea Bear."
Ours Gris — (Ursus Ferox) — '"The Grisby Sea Bear.*' [Bear.
Ours Brun — Arctos Americanus) — " The Baneii Ground Bear." Ours No'r et Canne'le — (Ursus Anierieam s') — "The American Black
Blaireau — (Mêles Labradoria) "The American Badger."
Kaccoon — (Procyon Lotor) — " The Baccon."'
Carcajou — (Gulo Luscus) — "The Wolverine."
L'Ours Blanc semble la sentinelle avancée des régions polaires, préposée à la garde des glaciers immenses sur lesquels il promène son existence quand il sort de sa léthargie. Cette espèce d'ours est plus allongée que les autres, son cou est plus long, d'un blanc jaunâtre, l'extrémité de son museau et la langue sont noires, les lèvres et l'intérieur de la gueule, presque de la même couleur.
Il mesure quelquefois neuf pieds de long, quatre pieds et demi de hauteur. Sa force est prodigieuse, sa férocité non moins grande; aussi, il est redouté et avec raison. Il s'aventure quelquefois sur les banquises jusqu'à de grandes distances en mer, se nourrit surtout de poisson, ce qui explique la saveur désagréable de sa chair.
Si l'ours blanc semble la sentinelle du Nord, la borne méridionale de notre Département a aussi trouvé un puissant gardien dans la famille des Plantigrades, c'est l'ours gris. Cette espèce est la plus grande du genre, quelques individus atteignent même des proportions énormes. J'ai vu des griffes d'ours gris qui mesuraient sept pouces de longueur; que l'on juge par là de l'agrément qu'il y a de tomber entre les bras d'un pareil être, qui vous laboure les flancs ou vous étreint à proportion. L'ours gris est redouté même des chasseurs, qui ne l'attaquent qu'avec un redoublement de précautions, et s'unissent pour cette chasse, à moins d'être armés d'une façon toute particulière. Cette espèce se trouve
surtout dans les prairies, ou à la lisière des bois qui les bordent. Son pelage est très varié, des poils blancs se dessinent sur un fond roux ou noir.
On ferait un livre des tours de force déployés par ces terribles hibernants, on pourrait y joindre plusieurs pages comme preuve du sang-froid et du courage des chasseurs, voire même de quelques femmes qui, saisies par des ours de cette espèce, ne se sont point déconcertées et sont parvenues à s'en dégager sans même donner ensuite le moindre signe d'émotion. J'ai vu plusieurs sauvages privés de l'usage de quelque membre ou marqués par de profondes cicatrices, suites des luttes de ce genre.
L'ours noir se trouve partout dans le pays. Je le crois différent de Tours d'Europe, mais il n'est point ici une méchante bête. Les enfants même lui font la chasse, et ce que le chasseur redoute le plus dans son excursion, c'est de manquer l'occasion de voir de près ces animaux, qui invariablement s'enfuient au moindre bruit et qui n'attaquent jamais, même blessés à moins que la fuite ne leur soit impossible. Les ours chocolat, ou mieux couleur cannelle, ne sont qu'une variété de l'espèce des noirs, dont ils sont souvent les petits. La fourrure des uns et des avitres, mais surtout celle des chocolats, est magnifique ; le poil en est long, fourni et soyeux ; tout le monde sait que la chair des ours est excellente, surtout quand ils se nourrissent de fruits.
La quatrième espèce d'ours est celle qui habite les landes stériles et se rend jusque sur les rivages de l'océan Arctique, vivant pendant son temps d'activité de substances animales et végétales.
Cet animal, moins grand et moins féroce que l'ours gris, qui habite les plaines du sud, est pourtant aussi redouté des sauvages, de ceux mêmes qui ne craignent pas le moins du monde l'ours noir. Je voyageais avec deux sauvages " Mangeurs-de-Caribou " ; ces deux jeunes gens étaient constamment dominés par la crainte puérile que leur inspire la pensée d'ennemis imaginaires, comme nous l'avons dit au chapitre précédent. Aussi tous les soirs, il fallait, coûte que coûte, camper sur une île et ne camper que là. L'obscurité, le vent, la pluie ne pouvaient pas les décider à passer la nuit sur la terre ferme. Tous les soirs, il fallait pousser notre embarcation jusqu'à ce qu'on atteignît une île quelque petite ou incommode qu'elle fût. A bout d'arguments inutiles, je ne pus réussir à dissiper leurs appréhensions. Je riais beaucoup de leur lâcheté, ajoutant que, pour mon compte, au milieu de ces épaisses forêts, je ne voyais pas d'autres ennemis que les ours. Grande fut ma surprise lorsque mes deux hommes partirent d'un violent éclat de rire, assurant qu'eux ne désiraient rien tant que de voir un ours, afin de le tuer et de faire diversion à la monotonie et à la maigreur de notre pitance journalière ; puis, ajoutaient mes sauvages, "ce serait autre chose si nous étions sur nos terres (landes stériles), là les ours sont terribles."
Nos prairies possèdent un autre Plantigrade qui, comme l'ours, passe l'hiver dans un antre, sans même perdre beaucoup de son embonpoint. Le Blaireau est un petit animal de deux pieds à deux pieds et demi de long. Timide, il fuit au premier bruit ou à
116 ESQUISSE SUR LE NORD-OUEST JJE i/aMÉRIQCE
l'aspect de l'homme, tout comme il assouvit sa cruauté sur les petits animaux dont il se nourrit avec une grande voracité. Des substances végétales entrent aussi pour quelque chose dans son alimentation. La fourrure du blaireau, trop blafarde pour être élégante, est cependant bien solide. Ce petit quadrupède a une force prodigieuse dans les pattes de devant, puisque une fois qu'il a la partie antérieure du corps dans un trou, il devient impossible de l'en arracher, quoique tout l'arrière-train offre à l'opération des facilités exceptionnelles dont les chasseurs savent tirer parti.
A l'extrémité méridionale du Département, on trouve quelques Baccoons qui ne semblent pas i>ouvoir y pénétrer quoiqu'ils se trouvent en grand nombre plus au sud. Cet animal a l'air du renard Joint aux allures de l'ours. 11 se nourrit de racines, de plantes, de grains verts, de fruits, d'insectes et d'oiseaux. Il aime surtout le sang et la cervelle de sa victime. A l'eau basse il se fait pêcheur. Sa fourrure, plus élégante que celle du blaireau, n'est pas non plus très recherchée.
La famille des Plantigrades se termine ici dans la personne du carcajou, le fléau de nos forêts et la désolation des chasseurs de pelleteries.
Cette bête, comme pour faire l'équilibre à l'engourdissement de ceux de sa famille, est douée d'une activité fébrile et tout à fait extraordinaire, surtout en hiver. Il n'est pourtant point prompt à la course, sa marche n'est même facile que sur un sentier bien battu. De la grosseur d'un chien de moyenne taille, il accomplit des œuvres de destruction qui exigent une force et une habileté qui souvent semblent fabuleuses. Il dérobe et cache dans la neige ou ailleurs, des objets de différentes espèces, non seulement des aliments, mais même des ustensiles, et jusqu'aux lourdes scies de long en usage dans le pays. J'ai vu un jour un de ces tours d'adresse d'un carcajou qui m'a bien surpris. Mes compagnons de voyage venant à ma rencontre, avaient laissé en dépôt un fusil à deux coups et un sac de provisions qui devait servir à notre retour. Connaissant le danger que couraient ces objets, ils les avaient, ce semble, mis en sûreté. Le fusil avait été encaissé avec efforts entre deux troncs d'arbres très rapprochés; une longue perche placée en travers sur deux arbres éloignés, reçut une corde à laquelle était suspendue le sac de provisions. A notre retour, notre surprise fut excitée par la manière dont le carcajou s'était joiié de nous: non seulement il ayait grimpé dans l'arbre, mais il avait même marché sur cette perche faible et flexible qui semblait incapable de le ported et avait été couper la corde qui tenait à cette perche le sac de nos provisions qu'il avait dévorées, gaspillées ou enfouies, puis le fusil avait disparu.
Après de longues recherches, nous trouvâmes d'abord le fourreau du fusil fait en cuir, qui avait été enlevé de sur l'arme qu'il protégeait et caché soigneusement, puis, dans une autre direction, à une plus grande distance, le fusil lui-même placé sous un tronc d'arbre; des feuilles avaient été jetées par-dessus le fusil et remuées jusqu'à une certaine distance comme pour cacher les traces de l'habile voleur. Nécessairement nous aurions cru à l'œuvre d'un
homme si la solitude profonde de la forêt ne nous avait pas forcés à reconnaître le fait du carcajou dont la piste était partout visible dans le voisinage. Si l'habileté du carcajou lui assure quelquefois le succès, voici un fait qui prouve que sa malice est souvent punie. Un sauvage avait laissé sa loge sans personne pour garder les objets qui s'y trouvaient. Un carcajou pénètre bientôt dans l'habitation déserte, sort tous les objets un à un, et va les cacher à droite et à gauche, même à une grande distance. Il ne restait plus qu'un sac de poudre. Le carcajou s'en saisit, le cache dans les cendres du foyer; quelques charbons non éteints brûlent bientôt le sac et provo<:{uent une explosion dont le coquin est le premier victime, puisqu'elle l'étend mort sur la place, jetant de droite et de gauche la cervelle du receleur.
2. La tribu des Digitigrades se partage ici en trois divisions distinctes qui sont: les Martres, les Chiens et les Chats. La division des Martres compte sept sujets qui excitent la convoitise des amateurs de fourrures, et fournissent à cette branche de commerce ime de ses plus précieuses ressources. Ce sont, d'après notre tableau :
La Belette — Mustale (Putorius) Vulgaris ^ " The comraon Weasele."
L'Hermine — Mustela (Putorius) Ermina — "The Ermine or Stoat."
Le Vison — Mustela (Putorius) Vison — "The Vison Measel."
La Martre — Mustela Martes — " The Pine Marten."'
Le Pékan — Mustela Canadensis — " The Pékan or Fisher."
La Loutre — Mustela Canadensis — " The Canada Otter."
Le Putois — Mephitis Amerieana Hudsonica — " Hudson's Bay Skunk."
La Belette et l'Hermine ne se distinguent guère parmi nos chasseurs; toutes deux, d'un pelage roux en été, deviennent parfaitement blanches en hiver. Le privilège antique accordé à cette fine fourrure d'entrer dans les costumes des hauts dignitaires de l'Eglise et de l'Etat, excite tout naturellement un sentiment de surprise à la pensée qu'ici on n'en fait pas assez de cas pour lui faire la chasse. " Ces menues pelleteries " sont si menues qu'elles n'attirent pas l'attention de ceux qui s'occupent de fourrures plus considérables et par là même plus productives.
A la suite de ces ûeMx nains de la division qui nous occupe, vient se ranger le Vison ou Foutreau, si recherché, si à la mode, si cher aujourd'hui, malgré l'odeur infecte qu'il prodigue à ceux qui le chassent. Le foutreau vit au bord des rivières où il se plonge souvent même en hiver, et où on le tue facilement soit avec des fusils soit avec des pièges à ressort.
Vient ensuite la Martre qui se nlaît, elle, dans les terrains secs et arides, dont la fourrure toujours riche et précieuse résiste à l'antagonisme que la mode a donné à la dépouille du vison. Puis le pékan, la grosse martre du nord, plus riche même que la précédente, mais moins nombreuse; qui, comme elle, se nourrit de sang et de carnage. Le pékan habite des lieux humides où pendant l'été il fait la chasse aux grenouilles. Quoique la martre fasse ses délices de la chair des perdrix, sa propre chair n'a pas pour cela une saveur agréable. Les sauvages qui, certes, ne sont pas d'habiles gastronomes, ne mangent la chair de la martre que quand ils souffrent de la faim.
118 ESQUISSE SUE LE NORD-OUEST DE l' AMÉRIQUE
Les trois animaux dont nous venons de parler, voient se grouper auprès d'eux la loutre dont la dépouille, pour être moins soyeuse que les précédentes, n'en est ni moins riche ni moins précieuse et l'emporte de beaucoup en solidité et en durée. Quelques loutres sont toutes noires et d'une grande beauté. Même en hiver la loutre recherche l'eau des rapides qui résiste à l'intensité du froid ; c'est un spectacle curieux de l'y voir prendre ses ébats, par la température la plus rigoureuse, s'y plonger et replonger pour saisir une nroie, puis voyager à de grandes distances pour chercher un autre endroit où la glace n'a pas fermé toute issue à la rivière.
Dans ces pérégrinations les loutres font de grandes traînées dans la neige sans laisser à ce sillon aucune empreinte particidière. La première fois que l'on voit de ces tranchées, il est difficile de se figurer qu'elles sont dues à la marche d'un quadrupède de trois ou quatre pieds de longueur qui rampe pour ainsi dire sur de grands espaces puis fait un bond pour ramper encore avec une vitesse étonnante.
Le dernier individu de la division des Martres est le Putois, le Chicak des sauvages cris (de là Chicakok ou Chicago, Terre des Putois). Cet animal, fort joli quant à la couleur, est d'ailleurs fort peu agréable. Excessivement lent à la course, on le tue facilement à coups de bâton. Sa seule défense est l'éjection d'un fluide dégoûtant qu'il tient en réserve pour le moment de l'attaque et qu'il répand plus ou moins sur son passage, trahissant ainsi sa présence. L'odeur infecte qu'exhale ce fluide n'est peut-être pas tout ce qu'on en a dit. J'ai souvent vu tuer des putois et je n'ai jamais été témoin des désastreuses conséquences que l'on énumère à ce sujet. La peau qui, généralement conserve cette odeur, est considérée quelque part dans le pays, comme un spécifique très puissant; j'en ai vu garder à cet effet dans les maisons.
Pour dire le vrai, je trouvais le remède pire que le mal. La chair du putois, quand 'l'animal est écorché avec soin, est loin d'être désagréable,, j'en ai mangé avec plaisir, et j'en mangerai encore chaque fois que l'occasion s'en présentera. En hiver, le putois se retire dans des demeures souterraines dont il ne sort qu'à de rares intervalles. Comme la martre, il se nourrit de tous les petits habitants de la forêt.
La deuxième division de la tribu des Digitigrades renferme les sujets suivants:
Chien Domestique — Canis Familiaris — " The Domestic Dog." Chien Esquimau — Var. Borealis — " The Esquimaux Dog." Chien Montagnais — Lagopus — " The Hare Indian Dog." Chien Loup ou Sauvage — Canadensis — - " The North American Dog." Loup tl moule — Canis Latrans — " The Prairie Wolf." Loup Blanc — Canis Lupus, occidentalis albus — " The American White
[Wolf." Loup Gris — • Var. Lupus occidentalis Griseus — " The Amer. Grey Wolf." Loup Bigarré — Var. Lupus occidentalis sticteus — " The Ainer. Pied Wolf." Loup Brun — Var. occidentalis Nubulus — " The American Dusky Wolf." Loup Noir — Var. Lupus Ater — " The American Black Wolf." Renard Blanc — Canis (Vulpes) Lagopus — '" The Arctic Fox." Kenard Bleu — Canis (Vulpes) Lagopus fulginosa — " The sodty Fox." Renard Rouge — Canis (Vulpes) fulvus — " The American Fox."
Renard Croisô — Canis (Vulpes) Decussata — "The Amer. Cross Fox." Renard Argenté et noir — Canis (Vulpes) Aigentata — "The American
[Black or Silver Fox." Chien de Prairie — Canis (Vulpes) Cinereo Argentatus — "The Kit Fox."
Le chien, ce fidèle compagnon de l'homme, ne fait pas défaut dans le département du Nord. Il y partage les travaux, les souffrances et parfois les prospérités de son maître, he chien, non. content de chasser avec le sauvage, traîne ou porte ses fardeaux, vit de ses misères profondes au milieu de ses jeûnes rigoureux et prolongés; quelquefois il assouvit sa gloutonnerie sur les nombreuses carcasses des animaux tués sans discernement ni prévoyance. Il y a dans le département du Xord une grande variété de l'espèce canine. Presque tous les chiens connus en Europe, ont été importés ici; de plus, chaque tribu sauvage a ses chiens, qui varient de forme, de couleur et de taille, qui ont néanmoins tous untrait commun: les oreilles à pic. Tous les chiens domestiques, croisés avec nos chiens sauvages, et tous les chiens isauvages croisés entre eux, voire même avec les loups, forment une diversité qu'il est impossible de classer ou même de distinguer.
Le chien esquimau conserve mieux son caractère distinctif, par la raison toute simple que son maître forme une bande tout à fait à part, n'ayant point ou très peu de relations avec les blancs, ou même avec les autres tribus sauvages. Le chien esquimau est d'une grande force et d'une grande puissance de travail. On en connaît qui ont parcouru, sans autre repos que celui pris pendant la nuit sur la neige, des milliers de milles, et cela attelés à des traîneaux chargés d'une centaine de livres pour chaque chien, et sans presque donner aucune marque de fatigue. Un avantage que presque tous les chiens sauvages et surtout les chiens esquimaux ont sur les chiens ordinaires, c'est qu'il leur faut moins de nourriture et que dans leurs courses d'hiver ils ne sont pais si exposés à prendre mal aux pieds, circonstance qui, plus que tout le reste, épuise les chiens de trait, sans parler du trouble donné au conducteur qui, tous les matins, doit mettre un soulier ou chaussette à toutes les pattes de son équipage, et qui, le soir dans son campement, doit orner le foyer bienfaisant auprès duquel il réchauffe ses membres engourdis, du curieux étalage de cette multitude de petits souliers à chiens, qu'il doit dégeler et sécher pour le lendemain.
Les chiens des sauvages des prairies sont ordinairement de grande taille, parce qu'ils participent à l'abondance de leurs maîtres, chasseurs de bison, tandis que les pauvres petits chiens montagnais, peaux-de-lièvres et autres prouvent d'une manière bien sensible la misère habituelle dans laquelle ils vivent. Il faut ce qu'elles peuvent endurer et combien il leur faut peu de nourœ qu'elles peuvent endurer et combien il leur faut peu de nourriture pour prolonger leur chétive existence. Les chiens vivant en bandes et menés à coups de fouet, perdent presque toute la sagacité de cette race. Le plus grand nombre des chiens de trait sont d'une stupidité et d'un entêtement à exercer la patience la plus solide; aussi, à moins d'avoir été réduit à conduire des chiens
120 ESQUISSE SUE LE NOKD-OUESï DE l'aMÉEIQUE
pendant de longs voyages, il est impossible de se faire une idée de ce que cette besogne présente de difficultés et occasionne de fatigues, comme il est difficile aussi, à moins d'avoir ainsi voyagé, de comprendre combien cet animal est utile, nécessaire même, comme bête de somme dans le pays, et jusqu'où va sa capacité en ce genre. Sur un beau chemin, de bons chiens peuvent voyager vingt heures sur vingt-quatre en ne prenant de nourriture qu'une fois le jour; et cela pendant des semaines entières. Des chiens, habitués à la course et en bonne condition, voyagent ainsi trois et quatre jours sans prendre aucune espèce de nourriture, et sans paraître trop s'affaiblir.
Des chiens sauvages aux loups, la transition n'est pas grande, elle est surtout très faible entre le petit chien et le petit loup de prairie, appelé aussi Loup à moule. Cette appellation doit son origine à ce que les chasseurs qui tuent cet anhnal, font sécher la peau sur un moule ou forme, comme ils font pour toutes les fourrures de petites dimensions. Ce petit loup a à peu près trois pieds de long, la queue belle et bien fournie; il est d'une rapidité étonnante à la course, vit en grandes bandes dans nos immenses prairies, est très inoft'ensif, se joue à petites distances des chasseurs, hurle, siffle et aboie tour à tour, sans causer aucune espèce d'inquiétude aux voyageurs, mais non sans les importuner beaucoup par ce bruit prolongé quelquefois pendant des nuits entières.
Le loup ordinaire d'Amérique est excessivement commun dans nos parages; il diffère peut-être de forme avec celui d'Europe dont il n'a certainement pas l'audace, car malgré sa férocité notre loup se laisse généralement intimider, non seulement à l'aspect de l'homme, mais bien à la vue de ce qui lui est étranger. Les loups attaquent, outre les animaux domestiques, presque tous ceux de la forêt; deux ou trois dévorent les plus forts chiens et la présence d'un enfant suffit pour les mettre en fuite. Seul, un loup ne se défend pas toujours contre un gros chien. On dit que la faim extrême les porte à attaquer l'homme; je n'ai jamais connu d'exemple. Un pêcheur avait l'habitude de renvoyer un de ses chiens auquel il confiait quelques poissons pour son maître, et pour le préserver contre les attaques des loups, il lui mettait quelques grelots à son harnais. Le chien accomplit ce service presque journellement pendant plusieurs hivers consécutifs; mais un jour les grelots ayant été oubliés, le pauvre animal fut dévoré et les magnifiques poissons que l'attention délicate d'un pauvre serviteur réservait au chef du poste, devinrent, avec le chien, le mets du festin des loups. — Pendant mon séjour à l'île à la Crosse, trois énormes loups, l'un noir et les autres gris, vinrent porter la désolation parmi nos chiens de trait dont ils dévorèrent plusieurs. Leur adresse à éviter les pièges les faisant échapper à la mort qu'on leur destinait, leurs têtes furent mises à prix. Un vieux Canadien, du nom de Morin, se fit fort d'obtenir la récompense et la dépouille d^ loups; habile chasseur, il mit à contribution tout son savoir-faire pour tendre ses meilleurs pièges à ressort qui, comme toujours, étaient fixés par une chaîne et un énorme morceau de bois.
On enferma soigneusement tous les chiens et on prit toutes les
âuitres précautions possibles pour affamer les trois visiteurs importuns. Tous les jours, Morin visitait ses attrapes et tout le monde 66 portait à sa rencontre pour savoir le résultat de son expédition : c'était le thème du jour. Survint une furieuse tempête pendant laquelle le chasseur res^ta chez lui. Le calme rétabli dans la nature, notre vieux Canadien retourne à ses attrapes: il aperçoit de loin la neige qui recouvrait un des trois brigands pris au piège ; un second piège était détendu et le troisième avait disparu; le désarroi était dans la bande des loups, les autres ne reparurent plus. Morin, après de longues et inutiles recherches, en était à regretter la perte de son piège lorsque, un mois plus tard, les gens du lac Vert, à plus de trente lieues de l'île à la Crosse, aperçurent sur leur lac un loup qui semblait marcher difficilement. Plusieurs chiens furent lancés à sa poursuite; bientôt ils l'atteignirent et le tuèrent. Ce loup n'était pas autre que l'un des fripons de l'île à la Crosse, puisqu'il traînait encore à sa patte le piège, la chaîne et le morceau de bois disparus lors de la mort de son compagnon, et pendant tout un mois, il avait sillonné la forêt en tous sens avec cette cruelle et lourde entrave, au milieu du froid le plus rigour^eux.
Ce loup n'était qu'un squelette ambulant et ce fait prouve dans cet animal une force et une ténacité de vie difficile à comprendre.
Parmi les Eenards on remarque le Eenard des terres arctiques, et il y en a de deux variétés. L'une devient toute blanche pendant l'hiver surtout, l'autre a une teinte bleuâtre. Ce renard est beaucoup plus court que le renard ordinaire, il a aussi mauvaise tête mais plus vilaine queue que son frère en finesse. Son poil est inférieur et très peu estimé, quoique la blancheur éclatante de la première variété lui donne tout d'abord l'aspect d'une fourrure distinguée.
Le renard ordinaire d'Amérique est partout ici très commun; il offre trois variétés; le Renard Rouge croisé et le Renard argenté quelquefois noir. Ces variétés, comme celles du loup, ne prouvent pas des espèces différentes, puisqu'on les trouve quelquefois dans une même partie. La fourrure du Renard rouge est la moins précieuse. La valeur des Renards croisés est beaucoup plus grande, tandis que les peaux de Renards argentés s'élèvent à un prix exorbitant. On a vu quelques-unes de ces peaux se vendre jusqu'à soixante guinées et plus, c'est-à-dire de seize à dix-sept cents francs. Il n'y a jamais de renard tout à fait noir, aussi cette variété porte toujours le nom de Renard argenté. Outre la beauté du poil, la force et l'élégance de la queue, la valeur de cette fourrure la plus précieuse de toutes s'estime à raison de sa teinte plus ou moins noire.
Les chats sont ici de trois espèces:
Le Chat domestique — Felis domestica — " The domestic cat.''
Le Lynx — Canadensis — " The Canadian La'hx."
La Panthère — Pardalis — • " The Tiger Gat 'or Panther."
Le chat domestique a été importé et n'est pas encore très nombreux. Plusieurs postes de l'intérieur en manquent. Dans quel-
ques-unes de nos missions nous avons souvent été incommodés par les souris, sans pouvoir nous procurer de chats; mais comme les facilités en tous genres deviennent plus grandes de jour en Jour, nous touchons au moment où. les miaulements de cet hy]X)crite ami de la famille vont se faire entendre jusqu'aux extrémitéss du " Département du Nord. "
Le Chat sauvage ou Lynx du Canada, est aussi originaire de ces contrées. Il y abonde certaines années, offrant dans sa chair une ressource précieuse à ceux qui le poursuivent pour sa dépouille. Le lynx est un animal d'environ trois pieds; quoique du genre chat, auquel il appartient, il a pourtant la démarche du lapin ; sautant comme lui, et comme lui, pourvu de pattes de derrière d'ue longueur démesurée. La chair du lapin fait aussi sa nourriture principale. D'anciens auteurs et nos voyageurs canadiens donnent encore au Lynx le nom de Loup oervier, parce qu'on prétend que, placé en embuscade sur les arbres, il s'élance sur les cerfs pour les égorger.
Le mot Pichon, bien connu en Canada, est le nom que les Cris donnent au chat sauvage. La fourrure de cet animal, sans être des plus précieuses, est pourtant assez recherchée. La chasse en est facile, le moindre coup sur les reins suffit pour Iss tuer, mais on les prend surtout comme les lièvres ou lapins aux lacs et collets. Le meilleur moyen pourtant de les atteindre est avec l'aide d'un chien de chasse. Le lynx, extrêmement timide, grimpe dans les arbres au premier aboiement du chien, qui continue de l'effrayer jusqu'à ce que le chasseur arrive et un coup de feu suffit pour causer une chute plus rapide qu'aucun des mouvements de toute l'existence de ce chat dont la démarche est très lente sur terre. Le lynx est excellent nageur, il ne lui en coûte pas de traverser non seulement des rivières mais encore des lacs assez considérables.
La Panthère, ou chat-tigre, que nous possédons, est un petit quadrupède qui se trouve surtout sur les montagnes Rocheuses, et qui descend quelquefois dans les plaines du versant oriental. Cette panthère est de la taille d'un chien ordinaire, son poil fauve est tacheté de noir, sa queue est longue et fine, sa nature assez sauvage ne la rend pourtant pas redoutable, elle n'est point non plus en grand nombre.
3. Pour terminer ce que nous avons à dire sur l'ordre des carnassiers, nous ajouterons quelques mots sur la troisième tribu de la troisième famille.
Je connais deux amphibies qui fréquentent la mer Glaciale et ses rivages, ce sont :
Le Plioque ou chien de nier — Phoea — " ïhe Seal or Sea Dop."
Le Morse, vache ou cheval marin — ïrichecus rosmarus — " ïlie Walriis."
La tête du Phoque ressemble à celle du chien dont il paraît avoir le caractère par la facilité avec laquelle il reçoit une certaine éducation, et par l'affection témoignée au maître qui l'instruit. Les Esquimaux trouvent dans cet amphibie une précieuse ressource. La chair leur sert d'aliment ainsi que l'huile qu'ils en extraient, et qui est le seul foyer usité dans les huttes de ces pauvres
habitants des zones glaciales arctiques. Les nerfs, comme ceux dee quadrupèdes, forment un fil extrêmement solide et employé pour coudre les cuirs. Les intestins tiennent lieu de glaces transparentes, d'habits imperméables; la peau complète le costume, fournit l'habitation d'été et les canots; les os servent aussi à confectionner plusieurs ustensiles. Le Phoque se chasse par surprise pendant qu'il dort sur le rivage ou est poursuivi en canot et percé au moyen d'un harpon.
Le Morse, plus gros que le Phoque, a une longueur ordinaire de huit à dix pieds, quoiqu'il en atteigne quelquefois vingt. Son poids ordinaire est de quinze cents à deux mille livres. Son corps est de k grosseur de celui du cheval, sa gueule large comme celle du bœuf; circonstancas qui lui ont valu le nom de vache ou cheval marin; d'autres lui donnent le nom d'éléphant de mer à cause de ses deux énormes défenses qui descendent de la mâchoire supérieure.
Cbs défeinoes donnent un ivoire plus précieux que celui de l'élépliant et d'une blancheur remarquable. Dans les régions polaires les morses se couchent par bandes sur les glaces, pressés les uns contre les autres à la façon des porcs. Quelqu'un de la bande, fait sentinelle pendant que les autres ronflent à qui mieux mieux. Au moindre danger, un long rugissement éveille les voisins de la aentinelle qui communiquent l'alarme jusqu'au dernier de la bande; tous se lèvent, frappant la glace avec leurs fortes défenses et font un bruit qui retentit Jusqu'à plusieurs milles. La jxjau de cet animal fournit mi cuir d'une souplesse particulière. La chair en est dure et mauvaise, tandis que le gras a une saveur très agréable lorsqu'il est frais ; un morse donne jusqu'à trois barils d'huile. Leur défense les rend redoutables aux chasseurs dont ils brisent l'embarcation.
Le quatrième ordre des Mammifères, celui des Marsupiaux, ne 6e trouve pas en ce pays, nous ne nous en occuperons donc pas ici.