CINQUIÈME ORDRE
Les Rongeurs.
L'ordre des Rongeurs, si commun partout, ne peut pas manquer d'abonder jusque dans les régions glaciales. Il se divise ici en deux sections, renfermant dix genres différents, qui comptent collectivement vingt-sept espèces diverses que nous indiquons toutes dans le tableau suivant, avant de donner les détails que nous nous proposons de fournir sur les plus intéressants et les plus utiles de ces quadrupèdes :
Castor.
Rat musqué, ô espèces de mulots.
Souris d'Amôriqne.
Gerboise du Labrador.
-0 espèces de Marmottes.
3 espèces d'Ecureuils.
2 espèces d'E ■ureuils volants.
Rat de sable.
Porc-t'pic.
4 espèces de Lièvres on Lapins.
Ire Section.
Rongeurs à fortes clavicules.
rï §
2e Section.
Rongeurs à clavicules imparfaites.
124 ESQUISSE SUE LE NOED-OUEST DE l'aMÉEIQUE
Le genre castor nous fournit deux sujets, ce sont:
Le Castor — Castor Fiber Americanus — " The American Beaver."' Le Rat musqué — Zibethicus — " The Musquash."'
Tout le monde connaît, au moins de nom, l'infatigable et intelligent travailleur appelé Castor. Le Département du Nord possède en lui une véritable ressource. Sa cbair fournit un aliment abondant et sa peau fournit une riche et solide fourrure. Une guerre à outrance avait dans un temps rendu très sensible ici la diminution des Castors. Cet animal est pourtant bien loin d'avoir disparu puisque, en 1865, l'honorable Compagnie de la baie d'Hudson s'en est procuré soixante-huit mille trois cent soixantequatorze peaux.
Pendant qu'en Allemagne et sur les bords du Ehône, les populations nombreuses, le bruit et l'agitation du monde civilisé forcent le pauvre Castor solitaire à gémir au fond d'un terrier creusé au bord des eaux, sur la perte de l'empire que la nature lui a comme donné sur l'élément liquide; ici dans le calme majestueux, le silence absolu, l'étendue de nos forêts, le castor donne à son ingénieux instinct tout le développement dont il est susceptible.
Ce n'est plus l'individu seulement qui existe, en bien des endroits, ce n'est pas simplement non plus la vie de famille qui se remarque, c'est la société. Des peuplades entières se réunissent pour construire de petits villages. Des maisons invariablement à deux étages attestent le génie uniforme des architectes. Le gardemanger occupe le rez-de-chaussée, tandis que les loisirs, les agréments, le repos de la famille se prennent au premier. Ce n'est pas à dire que Monsieur soit au bureau, ]\Iadame au salon, ni que les gentils petits Castorins ou Castorines soient à la salle d'étude ou de récréation. Non, le Castor est une bête, et bien des auteurs sont tombés dans l'erreur en lui supposant plus d'esprit que la nature ne lui en a donné. Quoi qu'il en soit, il y a certainement une grande habileté déployée par ce rongeur dans la manière dont il construit son habitation. Les murs et la partie supérieure en sont d'une épaisseur remarquable et mesurent quelquefois jusqu'à plusieurs pieds. Puis, au commencement des grands froids l'extérieur de cette habitation est enduit d'une épaisse couche de boue qui se congèle immédiatement et qui a le double avantage de fermer toute issue au froid extérieur et de garantir l'iiabitation ellemême contre les attaques des Careajous. La sagacité du Castor se remarque encore dans le soin qu'il a non seulement de faire ses provisions à l'avance, mais aussi de ménager à son habitation des galeries qui assurent sa retraite en cas de surprise, et sa subsistance au jour de la détresse.
L'œuvre la phis extraordinaire des Castors est celle des digues, qu'ils jettent à travers les rivières et au bord des étangs. A cet égard on ne peut pas hésiter à lui conférer un diplôme d'ingénieur en chau&sées. Deux choses fixent l'attention dans ce travail: l'adresse et la solidité avec lesquelles il s'accomplit; c'est si l'on veut la perfection du genre, et l'homme même de génie avec les mêmes matériaux, des branches et de la boue n'est pas encore par-
venu à faire des chaussées qui vaillent celles des castors. Cette dextérité dans le genre est celle que possède rhirondelle qui va accoler à un mur lisse, un nid d'une grande solidité, et dans lequel ses petits trouvent le confort; c'est le ta.lent de l'aigle qui jette avec une négligence apparente quelques branches sèches à la cime des plus hauts arbres de la forêt pour en faire son aire, que les vents et les tempêtes agiteront avec la base flexible sur laquelle elle repose mais qu'ils ne renverseront qu'avec elle, et qui abandonnée de son maître restera là pour attester combien le simple instinct de l'être sans raison, se développe et se perfectionne sous le souffle puissant du Créateur. Que seraient les œuvres de l'homme si l'inspiration divine était le seul mobile et le seul guide de ce que son génie peut exécuter! Celui qui voit une chaussée de castors, qui surtout travaille à la défaire, reste étonné du mode si simple et si remarquable avec lequel est construit ce mur inébranlable contre lequel viennent se briser la fureur des vagues et le tourbillonnement des flots agités et^violents d'un courant rapide.
On se demande comment cette boue pétrie et appliquée avec les pattes du Castor (sans même faire jouer la queue comme truelle), est devenue un ciment hydraulique que les années durcissent au lieu de le dissoudre. Que de secrets la nature cache à la science! La grandeur du travail étonne autant que sa perfection : quelquesunes de ces chaussées sont vraiment des œuvres colossales de plusieurs arpents de longueur. D'assez grands lacs artificiels n'ont dû leur existence qu'à ce seul travail. L'étendue de ces constructions prouve plus que tout le reste l'esprit d'association qui anime le Castor, puisque plusieurs familles ont dû se réunir pour l'accomplir, et si l'instinct individuel a pu prendre la place de la hiérarchie parmi les travailleurs, évidemment il fallait le sentiment d'une œuvre commune.
La destruction du Castor en certains endroits a été suivie de la disparition de la forêt où de sa transformation en prairies. I^es Castors à une époque ont été prodigieusement nombreux, puisque partout on trouve leurs digues ou chaussées. L'eau contenue par ces obstacles ne suivait pas sa pente naturelle, de là une infinité de lacs de toutes dimensions, qui conservaient l'humidité dans le sol et l'atmosphère et, par là même, aidaient à la croissance des bois tout comme ils les protégaient contre les incendies dévastateurs. Par la mort des Castors les travaux d'entretien ont été négligés sur les chaussées, les canaux de décharge que ces aimables quadrupèdes ouvraient ou fermaient suivant l'exigence des circonstances ont laissé échapper l'eau que renfermaient les étangs, et les étangs eux-mêmes se sont desséchés.
Les bois, qui n'avaient plus autant d'humidité, ont langui, puis le feu a passé, et cet élément dévastateur ne trouvant plus autant d'obstacles à accomplir son œuvre de destruction ne laissa aucun vestige de la forêt que les nombreuses digues construites autrefois par les castors et qui, dans ces endroits, frappent partout les regards du voyageur, pour lui rappeler le nombre et l'activité des premiers habitants des régions du Nord et de l'Ouest.
Va sans dire que le castor naît architecte comme le carcajou
12G ESQUISSE SUR LE NORD-OUEST DE l'aMÉRIQUE
naît brigand: car ni l'un ni l'autre n'a besoin d'apprentissage. Ce n'est ni la férule, ni les pensums, pas plus que les récompenses, le point d'honneur ou le sentiment du devoir qui les poussent au perfectionnement de leur travail. Les vieux ne sont pas plus contremaîtres que les jeunes ne sont apprentis. Je suis convaincu aussi qu'aucun ne porte la croix d'honneur.
Le castor vit de foin, de racines et d'écorces d'arbres. Je n'ai Jamais vu d'énormes arbres coui>€s par des castors, et les exclamations des sauvages en me montrant un tremble de huit ix)uces de diamètre à l'extrémité duquel apparaissait la marque des incisives des castors, me fait croire qu'il est assez rare qu'ils en abattent de cette grandeur. De très gros arbres renversés par le vent sur le bord des rivières où il y a des castors, sont ordinairement dépouillés par eux de toutes lel^rs branches, ce qui a pu faire croire qu'ils étaient aussi abattus par eux.
Le castor s'approvise facilement; à l'état de domesticité, il se nourrit de tout ce qu'on lui donne. Hearne dit " qu'il est très friand de plum-pudding" et de roast-beef, je suppose. Le castor privé se montre affectueux et caressant; il exécute mille gentillesses pour témoigner sa joie et son plaisir. Ses longues incisives étaient autrefois employées par les sauvages comme ustensiles, surtout pour creuser le bois. On comprend qu'elles sont remplacées avantageusement par l'acier. La fourrure du castor a deux parties: le long poil, généralement d'un brun roux, est bien loin de répondre, malgré son lustre, à l'idée qu'inspire ordinairement le prix si élexé auquel se vendait autrefois la peau de cet animal. Le sous-poil au contraire est un duvet d'une grande douceur et c'est ce second poil qui donnait tant de valeur à la peau du castor, lorsqu'il était la matière unique du feutrage. Depuis que la soie a été introduite dans cotte branche d'industrie, elle remplace le castor, dont elle tue le prix sans en emprunter la solidité. Néanmoins, comme la mode exige que l'on change souvent de chapeaux, ceux et soie à bon marché conservent leur lustre assez longtemps pour attendre le caprice d'une forme nouvelle et l'ancien et solide " castor " n'a plus de sens littéral.
La queue du castor a plus la forme d'une langue que d'une queue; elle est placée horizontalement et couverte d'écaillés 0%'ales; la queue a à peu près le tiers de longueur de l'animal, c'est-à-dire douze à treize pouces pour un gros castor, et six pouces de largeur; ce n'est pas autre chose qu'un morceau de gras, mais d'un gras moins huileux que celui du corps. Ce dernier caractère ne laisse pas à la chair du castor une saveur aussi agréable que le disent ceux qui n'en ont jamais mangé sans lui avoir fait subir les préparations qui en modifient singulièrement le goût.
Quoiqu'il n'y ait dans le pays qu'une espèce de castors, néanmoins tous les sujets n'ont pas une couleur uniforme: on en voit de tout à fait noirs et ce sont de beaucoup les plus beaux; par de très rares exceptions, il s'en trouve des blancs et des tachetés. Ceci au reste n'a rien de particulier au castor, car quoique la plupart des animaux sauvages aient une couleur particulière à leur espèce.
cependant il y a des exceptions pour presque tous; et les variétés dans les couleurs du cai^tor ne sont que des accidents de cette nature.
Le second Fiber que nous possédons est le Kat musqué qui ressemble assez au Castor pour être classé au même genre, et qui pourtant en diffère conisidérablement. Le Rat musqué a à peu près le tiers de la longueur du Castor, tandis que sa petite queue plate, affilée par les deux extrémités, a à peu près les deux tiers de celle du même animal. La coiûeur du rat est assez semblable à celle du castor sa fourrure est loin d'en avoir le lustre ni le soyeux, elle est d'une qualité bien inférieure, c'est même la moins précieuse de toutes les fourrures. Le nombre en fait pourtant un article important de commerce, puisqu'on en exporte annuellement plus de cent cinquante mille peaux. La chair du Rat musqué, à l'automne surtout, n'est point désagréable, mais c'est un mets dont on se fatigue vite quand il est seul, et si quelqu'un ne veut pas me croire, je l'invite à venir en faire l'expérience.
Le Rat se construit une habitation en quelque chose semblable à celle du Castor; plus faible, il doit éviter le transport de lourds matériaux: il saisit la base et les parois de sa demeure sur place même. C'est dans les longs foins ou les joncs des petits lacs ou des marécages que le rat bâtit son domicile, qu'il termine en forme sphérique; le foin n'est pas arraché, mais seulement, mêlé de terre mal pétrie. Tandis que le robuste Castor se contente d'un parquet grossier fait de branches d'arbres, son petit frère, le rat, prépare un lit de paille pour ses membres délicats; il le place toujours audessus du niveau de l'eau quoique son habitation n'ait ni sous-sol, ni galeries. L'étang est le lievi de promenade, de récréation, et le grenier du rat qui, pour y respirer, entretient des ouvertures dans la glace; et pour que ces ouvertures ne gèlent ])a5, il les ferme d'une motte de terre ou de mousse, et c'est là qu'il vient de temps en temps flairer l'air pur du dehors ou respirer à loisir. En été, il fait au bord des rivières des excavations dans lesquelles il met bas ses petits jusqu'à trois fois dans la même saison. Cette prodigieuse fécondité préserve la nation de la destruction. Ijcs pertes nombreuses que lui fait subir le sort des armes, ne sont pas les seules qui l'affaiblissent, puisque les inondations, la rigueur exceptionnelle de l'hiver et des accidents inconnus dan? leurs causes viennent souvent porter la désolation dans Tarmée des rats musqués, les seuls heureusement que nous ayons. A nos rats d'eau il faut de l'eau; aussi, quand l'eau manque, ce qui arrive quand les I>etits lacs où ils ont choisi à l'automne de fixer leur demeure se gèlent de part en part, ils meurent de faim, ou poussés par le même besoin, ils se dévorent entre eux. Si d'un côté il faut de l'eau à ces rats, d'un autre côté il ne leur en faut pas trop, puisque de temps en temps, il leur faut mettre pied à terre, ce qui leur est impossible au temps des inondations ;ils meurent aussi quand l'intensité du froid a mis à défaut toute leur habileté et leur vigilance à entretenir les soupiraux pratiqués dans la glace.
128 ESQUISSE SUR LE XORD-OUEST DE l'aMÉRIQUE
A côté du genre Fiber dont les deux sujets sont si utiles, nous placerons ici le genre Arvi«)la qui, lui, en possède cinq, ce sont :
Le Mulot de Pensylvanie — Arvicola Pensylvannicus — " Wilson's Meadow-
[Mouse." Le Mulot du nord — Arvicola Borealis — '• The Northern Meadow-Mouge." Le Lenimus de Back — Arvicola (Georychus) Trimueronatus — " Back'â
[Lemming." Le L?mmus de la baie d'Hudson — Arvicola (Geory) Hudsonius — " Hud-
[son's Bay Lem." La Souris du Groenland — Arvico^'a (Georychus) Grornland'cus — "The
[Greenland Lera."
Ces cinq petits quadrupèdes ont plus d'un trait de ressemblance: le premier, qui est le plus petit de tous, ne mesure guère plus de trois pouces et demi, tandis que le dernier, qui est aussi le plus grand, n'a pas beaucoup plus de six pouces. Tous les cinq se trouvent jusque sur nos terres arctiques. Là, du moins, ces petits laboureurs qui sont aussi moissonneurs, ne font tort à personne, tandis que le petit mulot porte souvent la désolation dans nos champs cultivés. Ces dommages ne sont compensés par aucune espèce d'utilité; personne ne songe à tirer parti de leur fourrure extrêmement fine pourtant, si ce n'est certains jongleurs sauvages qui en mettent la peau dans leurs sacs de médecine. La souris du Groenland devient assez blanche en hiver, jamais néanmoins d'une blancheur éclatante comme l'Hermine.
La Souris d'Amérique (Mus Leucopus — American FieM mouse), différente de la souris domestique d'Europe, mais semblable à celle des champs du vieux continent, se trouve ici en très grande abondaaice. Elle s'introduit partout dans nos maisons où, entre autres inconvénients, elle fait un tapage fort désagréable. Cette espèce de souris a de plus la manie de receler une foule de petits objets, surtout des grains et autres nourritures, puis ce qui est plus singulier c'est que le hangarage ne se fait pas dans la demeure même du receleur ni auprès. Un matin, entr'autres, après une froide nuit d'hiver, prenant un de mes mocassins, il me semble y reconnaître un poids inusité ; le froid ne me laissant pas beaucoup de temps à mes réflexions, je tiens à me chausser. Mais voilà que mon pied rencontre au fond du soulier, maintes choses qui naturellement ne devaient pas s'y trouver. Je procède à l'examen, il y avait dans ce soulier, des grains d'orge, des pelures et de petits morceaux de patates, de débris voire même jusqu'à des arêtes de poisson.
Pour expliquer ce singidier assemblage, il faut dire qu'au poisson et pommes de terre qui faisaient notre nourriture habituelle, nous avions la veille joint le luxe d'une soupe à l'orge. Notre talent comme valet de chambre n'allant pas jusqu'à faire disparaître de notre boudoir tous les vestiges de nos fonctions de cuisinier qui s'exerçaient dans le même appartement puisque nous n'en avions qu'un, on comprend comment poisson, orge et pommes de terre avaient fourni leur contingent et le tout avait été transporté par les souris pendant la nuit dans le mocassin. Dans une seule nuit, ces petits quadrupèdes charrient un volume plus gros qu'eux-mê-
mes, et coimne ils ne sont point fournis de sacs de voyage et qu'il n'y a pas toujours abondamment de quoi fourrager, on peut en conclure que plusieurs unissent leurs efforts pour travailler au même dépôt. Ces souris sont un véritable fléau. Ici à la Kivière- Eouge, elle se trouvent en nombre si considérable qu'elles endommagent les récoltes sur pied, comme aussi elles dévorent et recèlent les grains après la moisson. Cette disposition au larcin nous est, cette année du moins, d'un secours inattendu. Les sauterelles ont fini par nous faire perdre une espèce de pois que nous cultivions avec succès, au printemps nous en avions confié les derniers grains à la terre ; les sauterelles les mangèrent, il n'en restait plus dans le pays et voilà qu'à St-Norbert, où on n'avait pu cultiver cette espèce de pois depuis plusieurs années, on en trouve une cache considérable dans les gradins d'un vieil autel, laissé au-dessus de la voûte de l'église.
La Gerboise du Labrador (Meriones Labnadorius, — the Labrador Jumping Mouse), visite aussi notre département. Jusqu'au nord du grand lac des Esclaves. Ici, comme ailleurs, ce petit rongeur se remarque par la longueur exagérée de ses Jambes de derrière, la longueur encore plus disproportionnée de sa queue qui a plus d'étendue que tout son corps en y comprenant la tête. Ce rat de quatre ou cinq pouces, saute avec une agilité et une rapidité étonnantes. Sa longue queue, d'ordinaire si flexible, se raidit dans toute sa longueur pendant que l'animal bondit ainsi, et les poils qui en ornent Textrémité lui donnent une apparence assez singulière.
Le " Département du Nord " possède aussi cinq espèces de Marmottes que nous indiquons ici :
Marmotte de Québec — Aictomys Empêtra — " The Weenusk." Le Siffleur des Montagnes — Arctomys Priunosus — " The Whistler." L'Ecureuil de terre — Arctomys (Spermophilus) Parryi — " Parry's Mar-
[mot." Marmotte d'Amérique — Arctomys (Spermophilus) Richardsonii — "The
[Tawnee." La Marmotte de Franklin — Arctomys (Spermophilus) Franklin —
[" Franklin's Marmot." Spermophile rayé — Arctomys (Spermophilus) Hoodii — " The Leopart."
La Marmotte de Québec mesure de dix à vingt pouces, et se trouve surtout dans la partie orientale du Département, puis dans les montagnes Eocheuses; nos districts de l'Ouest n'en possèdent peut-être pas. La fourrure, sans être remarquable, est pourtant un objet de commerce. Le nombre expédié ne s'élève qu'à quelques centaines, ce qui prouve qu'elle n'est ni précieuse ni recherchée,
La Marmotte des Montagnes, le Siffleur du Canada, ne se trouve ici que dans les montagnes Rocheuses; elle habite le versant des collines sablonneuses dans lesquelles elle creuse sa demeure; elle fourrage dans l'automne, tant pour se procurer sa nourriture que pour tapisser son habitation. La fourrure du Siffleur, sans être
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un grand objet de commerce, est pourtant très recherchée dans le pays où elle se trouve et ce, à cause de sa solidité et de sa chaleur. Plusieurs peaux cousues ensemble forment une couverture avec laquelle on affronte le froid et qui dure pendant des années.
Les quatre autres espèces de marmottes ou spermophiles que nous possédons, n'offrent rien de particulier, si ce n'est de faire diversion à la monotonie du spectacle uniforme de nos grandes solitudes.
Ces quadrupèdes ont assez l'apparence de l'écureuil sans en avoir l'agilité; tous se creusent des trous d'où ils sortent par nécessité ou par goût et où ils se réfugient à la moindre crainte de danger. La chair de la marmotte d'Amérique est bien agréable. Les sauvages et les voyageurs s'en nourrissent très volontiers, surtout quand le grand gibier fait défaut.
Le genre Sciurus ne nous fournit ici que trois espèces:
Le Suisse — Sciurus (Tamias) Lysteri — "The Hackee." Le Suisse a 4 barres — Sciurus (Tamias) Quadrivittatus — "The four
[banded Pouched squirrel." L'Ecureuil de la baie d'Hiidson — Sciurus Hudsonius — " The Chickaree."
Les suisses sont des quadrupèdes qui n'excèdent pas cinq ou six pouces. Ils grimpent dans les arbres avec une grande facilité, sont pleins de vivacité et de gaieté pendant l'été, mais ne s'aventurent pas en dehors de leur retraite pendant l'hiver.
L'écureuil de la baie d'Hudson est plus grand que les deux espèces précédentes. Il mesure de huit à neuf pouces. Sa couleur est d'un gris brun; il choisit de faire son nid au pied des plus gros arbres, ménage à son réduit plusieurs ouvertures, d'où il s'échappe pour prendre ses Joyeux ébats sur les branches.
Nous avons de plus deux variétés d'écureils volants, l'une plus petite, Pteromys Sabrinus, se trouve dans la partie sud-est du Département, et l'autre plus grande, Pteromys Sabrinus Alpinus, est une habituée des montagnes Rocheuses. Ni l'un ni l'autre de ces écureils n'a, à proprement parler, la faculté de voler; mais les grandes membranes qui unissent leurs pattes de devant à celles de derrière leur servent d'ailes ou de parachutes, et leur permettent de s'élancer d'un arbre à un autre à distance assez grande, poun-u que le mouvement sodt descendant.
Pour compléter la série des Rongeurs à fortes clavicules, il nous reste à mentionner une espèce de rat de sable (Geouiys Talpoides, — Moleshaped sand-rat), qui vit sous terre dans des excavations considérables qu'il pratique en forme de galeries. Quoique assimilé aux taupes, ce quadrupède ne peut pas, comme les taupes d'Europe, se nourrir de vers de terre: il n'en existe pas dans nos latitudes. Ses poches aux joues lui servent à transporter la terre qu'il enlève de ses galeries, qu'il commence à nettoyer aussitôt que la neige fond, et en attendant que le dégel de la terre lui permette d'ajouter de nouvelles rues à celles déjà creusées. Aucun de ces
animaux n'a de valeur dans le pays ; tous sont mangés en cas de disette surtout, mais aucun n'est recherché pas nos gourmets sauvages.
La section des Eongeurs à clavicules imparfaites nous présente d'a.bord le Porc-épic du Canada, l'Urson de BufEon (Hystrix Pilosus Porcupine), animal d'une trentaine de pouces de longueur. Trois espèces de poils forment la fourrure de ce quadrupède ; celui qui touche sa peau est d'un brun sale, puis des poils plus longs, blancs, noirs ou des deux couleurs à la fois s'implantent au milieu de cette première couche pour recevoir ensuite les poils ou piquants qui sont le trait caractéristique de l'animal et qui couvrent tout son corps depuis la nuque où ils sont plus courts, plus serrés et plus raides, jusque sur les hanches où ils sont plus longs et plu5 souples.
La chair du Porc-épic est excellente et très recherchée non seulement des sauvages, mais bien aussi des autres qui la connaissent. Cet animal est excessivement lent, pas du tout voyageur puisqu'il passe des semaines entières au même endroit, ou si près que les sauvages renvoient à plusieurs jours de le chasser, bien sûrs qu'il ne leur échappera pas quand ils l'ont aperçu. Les traînées de sa queue sur la neige trahissent sa présence ainsi que les dégâts que ses incisives font sur les branches et sur l'écorce des arbres dont il se nourrit.
Il estime surtout le Pin gris (Pinus Banksiana), et choisit de préférence les endroits où cette espèce d'arbres abonde. Le pusillanime Porc-épic n'a pas d'autre défense que ses piquants; non pas qu'il ait la faculté de les lancer à distance contre ses agresseurs comme des javelots, mais bien par le danger qu'il y a de le saisir; car ces piquants très aigus sont de plus garnis comme de petites dents dirigées en arrière, et s'enfonçant naturellement dans les chairs aussitôt qu'ils peuvent y pénétrer. Quand un chien attaque un Porc-épic, il faut de suite avoir le soin d'arracher de sa gueule les piquants qui y adhèrent, autrement ces petits dards pourraient causer la mort, ce qui arrive souvent aux loups qui attaquent les Porc-épios. Ces piquants teints et à leur couleur naturelle, ser\^ent à des broderies d'une grande richesse et d'une solidité, toute exceptionnelle. Les femmes de certaines tribus sauvages et quelques-imes de nos métisses excellent dans ce genre de travail.
Il nous reste à parler de quatre espèces de l'Ordre des Eongeurs, qui appartiennent au genre Lepus, ce sont :
Le Lièvre ou Lapin d'Amérique — Lepus Americanus — "The American
[Hare." Le Lièvre des Terres Arctiques — Lepus GWacialis — " The Polar Hare." Le Lièvre des Prairies — Lepus Virginianus — "The Prairie Hare." Le Petit Lièvre Chef — Lepus (Lagomys) Princeps — "The Little Chief
THar*."
Le lièvre d'Amérique abonde périodiquement dans toute l'étendue du "Département du ISTord"; il s'y trouve quelquefois en quantités prodigieuses; mais un fait assez singulier c'est qu'il dis-
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paraît presque complètement de temps en temps, ©t après ces disparitions presque complètes il se multiplie de nou\eau, augmentant en nombre pendant une période de trois à quatre années, puis c'est l'abondance pendant un même laps de temps, puis de nouveau la disparition. Cette période est si régulière que l'on sait assez positivement à l'avance quand ils seront nombreux et quand ils ne le seront pas. Le nombre, aux années d'abondance, a quelque chose de fabuleux, il ne faut pas un bon chasseur pour en abattre une centaine en un jour au fusil — et une bonne vieille femme qui a l'habitude de tendre le lacet, dépasse habituellement ce chiffre. J'ai entendu parler de vingt-cinq mille tués pendant un hiver à un seul poste de la compagnie. Le lièvre d'Amérique n'est guère supérieur au lapin d'Europe pour la taille ou la saveur. Que les amateurs de civet n'envient pas le sort de ceux qui vivent ici aux lièvres, ils éprouveraient bien du mécompte, même au jugement de leur palais, s'ils avaient à passer des hivers entiers sans autres mets qu'un pauvre lièvre rôti dans sa graisse ou maigreur au bout d'un bois ou bouilli dans la marmite. Nos lièvres pèsent de quatre à six livres et peuvent mesurer de seize à dix-sept pouces. D'une couleur uniforme en été, ils en changent la teinte grise pour la longue fourrure blanche qu'ils revêtent en hiver. Notre lapin ne se creuse pas d'habitation, il se gîte tout simplement au milieu des massifs de saules ou de jeunes arbres dont ils mangent l'écorce. La fourrure de cet animal n'a en réalité aucune valeur, parce qu'elle n'a aucune solidité. Pour s'en servir les sauvages la divisent en petites lanières qu'ils enlacent ou tissent ensuite à la manière des étoffes. Cette sorte de tissu forme des vêtements d'une chaleur extraordinaire.
A côté de ce petit lièvre qui habite toute la partie boisée du Département, s'en trouve deux autres espèces beaucoup plus grandes: le lièvre des Terres Arctiques et celui des Prairies. L'un et l'autre atteignent une grandeur de vingt à vingt-quatre jwuces, et pèsent de sept à dix livres, quelquefois même davantage. Le lièvre des Terres Arctiques ne se trouve pas en dessous du soixante-quatrième. Tous deux semblent avoir besoin des vastes plaines dans lesquelles ils sautent à loisir, tout comme le lièvre ordinaire d'Amérique bondit en tous sens dans la diagonale boisée qui court du sud-est au nord-ouest, entre ces deux plaines si différentes dans leur aspect ayant pourtant chacune son espèce de lièvres oonune son espèce d'ours et son espèce de bœufs.
Si les Tchippeweyans ont sur leurs terres ou landes stériles les plus gros lièvres, ils ont aussi le plus petit dans le Lepus Princeps, Petit Lièvre Chef. Ce petit animal habite les montagnes Rocheuses, et se trouve sur notre versant entre les latitudes correspondantes à celles où le lièvre commun abonde davantage. Il gîte au milieu des pierres de la montagne où il fait son nid, sans le creuser dans la terre, d'où il ne sort que pendant la belle saison, amassant ses provisions pour la saison rigoureuse. Ce lièvre, si tant est que lièvre il faut l'appeler, n'a que six oml sept pouces de Ion-
gueur. Le genre, on le sait, n'est pas bête à grande queue, et le petit lièvre en a si peu qu'il n'en a pas du tout.
Après oe rapide coup d'œil jeté sur l'ordre des Eongeurs, il nous faudra passer plus promptement encore sur le sixième ordre, puisque le Département du Nord ne possède point d'Edentés. Tous nos quadrupèdes ont ici au contraire bonne dent, et nos sauvages seraient aussi surpris de voir un Edenté qu'ils le sont lorsqu'ils voient un jeune homme de la civilisation avec un râtelier incomplet.