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SEPTIÈME ORDRE

Les Pachydermes.

Le septième Ordre n'est pas non plus originaire de nos contrées. Des trois familles qui le composent, celle des Proboscidiens fait encore complètement défaut. Comme personne ne nous a encore fourni le luxe d'une ménagerie, personne n'a vu ici d'éléphants. Les deux autres familles de l'ordre ne sont pas non plus enrichies d'une grande variété. Les Pachydermes ordinaires ne sont représentés ici que par le cochon domestique (Sus Scropha), tandis que les Solipèdes ne nous ont procuré que le cheval (Equus Caballus), l'Ane (Equus Asinus) et le mulet.

Que dire du cochon, si ce n'est qu'il n'est aimable qu'au pot et au plat ? Près de six mille ans se sont écoulés avant l'introduction de cet animal dans le pays, mais la bête est venue quand le signal de la civilisation a été donné, il y a un demi-siècle, et à mesure que ce flot bienfaisant ondule vers le nord, le cochon gagne du terrain. Sans être précisément un type de bonnes manières ni de délicatesse, il semble être un compagnon nécessaire à l'homme civilisé, et bientôt la race porcine aura atteint les extrémités les plus éloignées du pays. Il- n'y a point ici de Sangliers ou cochons sauvages. C est en 1818 que le Département reçut ses premiers cochons. Ils venaient d'Angleterre, par la baie d'Hudson.

Tout le monde sait que le cheval n'est point originaire d'Amérique, les bandes de chevaux sauvages des prairies au midi et à l'ouest des nôtres n'étaient que des chevaux échappés aux Espagnols et multipliés ensuite dans les plaines du Mexique. Il n'y a jamais eu, que je sache, dans le " Département du Nord ", aucune bande de chevaux sans maître, et il m'est impossible de préciser à quelle époque nos sauvages se les sont procurés d'abord. Quelquesuns en possèdent des bandes nombreuses que non seulement leurs maîtres connaissent, mais qui, eux, connaissent leurs maîtres, puisque les sauvages domptent leurs chevaux beaucoup plus jeunes que ne le font les peuples civilisés. Assez ordinairement le petit poulain de l'année porte un petit cavalier et s'habitue ainsi dès son enfance, sinon au harnais, du moins à la selle. Les races de chevaux s'abâtardissent bientôt entre les mains des sauvages, qui n'en possèdent que peu. Dompté presque en naissant, accablé d'un tra-

vail excessif, mal nourri, complètement privé de tout autre soin, il n'est pas surprenant que ce noble animal perde l'élégance de ses formes, de la grâce de ses mouvements, de la souplesse et rapidité de sa course. D'un autre côté, le cheval sauvage, ou mieu:x, le cheval des sauvages acquiert une vigueur extraordinaire. Sans l'ardeur apparente, sans le bon vouloir qui caractérise sa race, il accomplit son travail avec une ténacité et une constance qui étonnent tous ceux qui s'en servent. Il est presque impossible, sinon de les fatiguer, du moins de les épuiser, et comme disent nos métis: "Un p'tit cheval sauvage ça n'a pas de bout", parce que de fait il faut beaucoup pour les mettre à bout de forces.

Les sauvages n'ont point d'écuries, et leurs chevaux n'en connaissent point d'autres que celle que le Bon Dieu a mises partout, et on sait que cette écurie n'est pas chaude ici en hiver. L'avoine ou un grain quelconque est aussi inconnu au cheval sauvage que l'étable.

Dans la colonie de la Eivière-Rouge nous possédons plusieurs belles races de chevaux; le goût de les posséder est assez développé pour que notre population n'ait pas besoin d'encouragement à cet égard. Ici aussi pourtant la plupart des chevaux passent l'hiver comme l'été dehors; et, chose assez étrange, les années ordinaires ils se portent mieux que ceux qui, à l'étable, n'ont que du foin pour nourriture. Ces dernières années, les voyageurs venus des Etats-Unis nous ont amené des mulets qui font parfaitement ici, même en passant l'hiver dehors. Le seul âne que possédait le pays était tellement cher à son maître que les deux individus partirent ensemble, il y a dix-sept ans, et ce n'est que l'année dernière que deux de l'espèce sont revenus faire retentir nos prairies de leurs voix puissantes. Eux aussi passent l'hiver à la belle étoile. C'est au printemps de 1868 que le Département du Nord a vu naître son premier ânon.

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