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IV. Famille

Lamelli rostres.

144 ESQUISSE SUR LE XORD-OUEST DE l'amÉRIQUE § 1. PREMIER ORDRE.

Les Rapaces.

D'après notre tableau, on voit que le premier ordre des oiseaux, celui des Rapaces, possède ici ses deux familles, les Diurnes et les Nocturnes.

I. — Les Rapaces Diurnes forment deux tribus, la première, celle des Vautours, ne compte qu'un sujet, tandis que la tribu des faucons en possède quatorze, qui se subdivisent en quatre genres.

Voici, au reste, les noms de tous les sujets de cette première famille :

Le Vautour Cathartes Aura The Turkey Vulture

Aigle Royal Aquila Chrysaëtos The Golden Eagle

Aigle à tête blanche (nonne) Aquila Leucocephala The Bald Eagle

Aigle Pêcheur Aquila Halixeta The Ot^prey Eagle

Faucon Falco perigrinus The Perigrene Falcon

Gerfaut Falco Isiandicns The Gerfalcon

Epervier Falco Sparverius The Little Rusty-crowned Falcon.

Milan Falco Colunibarius The Pigeon Hawk.

Eniérillon Falco iEsalon The Merlin.

Vautour Accipiter Palumbarius The Gos-hawk.

Vautour à bec sinueux. Accipiter Pennsylvanicus.TheState-colouredHawk.

Busard Buteo Vulgaris The comnion Buzzard.

Busard d'Amérique Buteo Borealis The Red-tailed Buzzard.

Buse gantée Butoo Lagopus The Rough-legged Falcon.

Soubuse Buteo Cyaneus The American Hen Harrier.

Comme on le voit, ici nous n'avons qu'une espèce de Vautours. Ce n'est ni le roi du genre ni le grand Vautour noir, mais bien un Vautour de coideur brune qui ne se trouve guère que dans les plaines de la Saskatcliewan, où l'attirent probablement les cliarognes qui seules forment sa nourriture. Le Vautour n'est que de passage; il arrive p}us tard que les autres oiseaux, ce qui fait croire tout naturellement qu'il ne vient pas d'un seul vol, mais qu'il est attiré insensiblement par l'odeur des cadavres auxquels il s'attache le long de sa route.

Des trois espèceis d'aigles que nous possédons, l'aigle royal est de beaucoup plus grand, et se trouve surtout au pied des montagnes Rocheuses. Les sauvages des prairies aiment passionnément les plumes de cet oiseau: c'est le panache des guerriers, et l'on compte le nombre d'ennemis tués, par le nombre de plumas attachées à la tête des braves.

La îfonne ou Aigle à tête blanche abonde partout dans nos parages et y arrive de très bonne heure. C'est le Detanitcheo (le gros oiseau) des Montagnais, qui sont très friands de sa chair, et avec raison. L'aire de ce puissant volatile est toujours |^laoée à la cime des arbres et la négligence apparente de la construction de ce nid ferait croire à un accident plutôt qu'à un calcul; elle ne nuit pourtant pas à sa solidité.

Les sauvage* s'accordent tous à faire la remarque suivante: les aigles sont toujours par couple; quand l'un des deux est tué, le couple se complète bientôt, quel que soit le sexe de la victime, et cela deux fois consécutives. Ce n'est qu'au troisième veuvage que le survivant, quel qu'il soit, abandonne son aire. D'autres que

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des sauvages m'ont assuré avoir constaté ce fait assez singulier. Un individu qui faisait grand étalage de science biblique, trouvait là une explication toute naturelle du verset: "La jeunesse se renouvellera comme celle de l'aigle."

L'Aigle Pêcheur nous arrive de bon printemps. Il se nourrit plus exclusivement de poisson que l'aigle ordinaire. Comme tous ceux du genre ordinaire il se balance et ondule noblement dans les airs. Des hauteurs où l'œil humain peut à peine le découvrir, sa puissante vue distingue la proie dont il veut se saisir, il s'abat sur elle avec une vitesse étonnante. Quand il est à la poursuite d'un autre oiseau de proie emportant un poisson ou quelque autre objet, il le force à lâcher prise et s'élançant ensuite à la recherche de cette nouvelle proie, il la saisit avant qu'elle atteigne le sol.

Les ongles de l'Aigle Pêcheur sont très recourbés, très forts et très aigus. Il les faut ainsi pour les plonger facilement dans les chairs des poissons vivants qu'il veut enlever des eaux. Je ne sais pas s'il faut croire à l'assertion que cet aigle se cramponne si fortement au corps de sa victime qu'on en a vu emportés à la profondeur des lacs par d'énormes poissons qu'ils ne pouvaient enlever et qui, pour les punir de la témérité de leur attaque, les entraînaient dans l'abîme et les neyaient sur leur dos.

Outre ces trois espèces d'i\;igles, la tribu des Fadcons compte encore trois genres, celui des Faucons proprement dits, celui des Vautours et celui des Busards. Les onze espèces d'oiseaux de proie qui naissent de ces trois genres ont des traits et caractères distinctifs qu'il serait trop long d'énumérer ici. Tous sont oiseaux de passage et viennent jusqu'à nous, pour s'y reparaître, comme ailleurs, de sang et de carnage.

Les uns aiment les charognes, d'autres le poisson, puis il en est dont le goût délicat s'assouvit surtout sur des victimes fraîches et à sang chaud.

La famille des Rapaces nocturnes présente neuf espèces du genre Strix, Hibou ou Chouette; se sont:

Hibou à grandes oreilles Strix Otus Long-eared Owi.

" à courtes oreilles Brachyota Short-eared Owi.

" Cendré à courtes oreilles Cinerea Great Cineriiis Owl.

Hulotte Nebulosa Barred Owl.

Chat-huaut Virginiana Virginia Horned Owl.

Hibou du Nord Virginiana Arctica Arctic or White-horned Owl.

" Blanc Virginiana Nyctea Great Snowy Owl.

" du Canada Virginiana Funera American-horned Owl.

Chouette Virginiana Tengœalini Tengmalin's Owl.

De ces neuf nocturnes, neuf au moins sont des résidants habituels de nos climats, où tous vivent de rapine ou de destruction. De petits quadrupèdes, quelques petits oiseaux et les lièvres ou lapins forment la partie principale de leur nourriture.

Le Hibou Cendré est le plus gros de tous, c'est un bel oiseau et très fort. — La Hulotte est plus rare et ne nous visite qu'accidentellement. Notre Chat-huant, qui est, je crois, une espèce particulière à l'Amérique, se trouve partout ici, et sait bien nous dire qu'il y est. Sa puissante voix resseniible presque à celle d'un homme qui crierait du fond d'un sépulcre.

Ses cris retentissant au milieu du oalme et des profondeurs des forêts empruntent au silence et à la majesté de la nuit, un accent •particulier de mélancolie et de malaise qui, de prime abord, fait sur l'âme une forte impression, au point quelquefois de porter l'épouvante dans le cœur de ceux qui ne sont pas habitués à entendre cette voix plaintive. On parle de la frayeur occasionnée par ces cris à des voyageurs qui, campés près des tombeaux, furent pendant des nuits entières en proie au malaise le plus sensible, dans la pensée que les accents douloureux qu'ils entendaient ne pouvaient être que les plaintes amères des morts troublés dans leur dernière demeure par cette visite importune. J'avoue facilement que pour mon compte J'ai plus d'une fois été péniblement impressionné en m'éveillant en sursaut aux cris de cette sentinelle nocturne de la forêt. Naturellement dans ce pays une chose a contribué à inspirer ce malaise et cette crainte aux voyageurs, c'est que les sauvages dans leurs expéditions guerrières conviennent d'imiter le cri du chat-huant ou de quelque autre animal comme mot de ralliement ou signal d'une attaque commune sur un ennemi surpris à l'improviste et trompé par ce stratagème.

Le Hibou Arctique est un fort joli oiseau. Son séjour dans les terres arctiques, même pendant l'été, dit assez qu'il ne craint pas la lumière du soleil, puisque comme tout le monde le sait, l'astre bienfaisant du jour ne se couche pas aux latitudes élevées. Le magnifique Hibou Blanc, ainsi que le Hibou du Canada, qui, eux aussi, s'approchent de la mer Glaciale pendant l'été, font la même exception que la précédente. Il faut que la conformation de l'œil de ces trois hibous ne ressemble pas à celle de ceux qui sont exclusivement nocturnes. La plupart des hibous, comme la chouett« qui termine cette série, ne peuvent supporter la lumière; exposer une chouette aux rayons du soleil, c'est l'exposer à un supplice qui doit être cruel s'il faut en juger par les grimaces, les contorsions et les ridicules démonstrations faites par cette infortunée amie des ténèbres. Les petits oiseaux qui s'aperçoivent de l'impuissance et du malaise de leur tyran, viennent se jouer autour de lui comme pour se rire de sa détresse et de son embarras, tout comme feraient des écoliers si un surveillant peu aimé était tout à coup frappé d'aveuglement et saisi de grimaces ridicules. Les cris de la chouette troublent aussi très souvent le repos 'des voyageurs.

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