‹ Esquisse sur le Nord-Ouest de l'AmeriqueChapitre 55 sur 56 · UNE PROTESTATION OE SA GRANOEOR W^ TACHE · texte numérisé non relu

UNE PROTESTATION OE SA GRANOEOR W^ TACHE

Saint-Boniface, 22 janvier 1894.

Au Rédacteur du journal Le Canada, Ottawa, Ont.

Monsieur, — Un ami m'a passé quelques feuilles de votre journal, en attirant mon attention gur certaines choses dites de moi au cours d'un article intitulé : "Libéral-Conservateur."

Je ne veux pas m'arrêter à chercher l'auteur de ces accusations, ni le motif qui les ont inspirées, mais puisqu'il s'agit de moi, vous voudrez bien ne pas trouver mauvais que je fournisse à vos lecteurs l'occasion de constater par eux-mêmes jusqu'à quel point j'avais droit d'être traité différemment.

Quoique l'accusation soit forrqelle, en quelques phrases, il me faudra plus d'espace ix)ur la réfuter. Cet espace, vous ne pouvez pas me le refuser. Aussi j'ai la certitude que vous voudrez bien insérer intégralement tout ce qui va suivre.

Dans le paragraphe IV de l'article "Libéral-Conservateur", publié dans votre numéro du 13 janvier, il est dit : "Nous arrivons maintenant à l'acte de 1870, ou constitution du Manitoba. Dans la confection de cette loi fondamentale nous remarquons, et, en effet, l'impression d'ensemble qui s'en détache, c'est que l'intention du législateur était de faire du Manitoba une province semblable par ses lois à la province de Québec"

"Le surplus de population des vieilles paroisses du Bas-Canada pourrait donc désormais s'établir au Manitoba et y conserver ses habitudes, ses coutumes, l'usage de la langue française, les écoles catholiques, toute la liberté et tous les privilèges qui existaient dans la province de Québec. C'était une seconde patrie que l'on voulait fonder dans notre vieille patrie."

" Cartier avait réussi à éveiller l'attention de ses compatriotes au sujet du Manitoba, il y avait déjà envoyé des jeunes gens remarquables par leurs talents et qui depuis se sont distingués; les fils de nos cultivateurs commençaient à écouter cette voix patriotique qui leur criait: "emparons-nous du sol! "

"Malheureusement, une voix qui s'imposait à la race française du Canada, par sa haute respectabilité et par la grande dignité attachée à sa position ecclésiastique, se fit entendre dans la province de Québec. Mgr Taché conseillait à la jeunesse canadienne-française de ne pas se diriger vers le Manitoba.

"Ce fut le glas funèbre qui annonça du coup et la mort de Cartier et la mort du mouvement français vers l'Ouest.

" Aujourd'hui, la province du Manitoba est anglaise et protestante."

Au paragraphe V, publié dans le n" du 15 janvier, l'auteur de l'article précité répète son accusation et dit à vos lecteurs :

" Nous avons fait connaître, samedi dernier, le malheureux incident qui a fait échouer le mouvement français vers le Manitoba. Cartier a subi là, dans l'application de sa politique, un échec qui fut un malheur national dont notre race ne se relèvera jamais ; mais nous ne pouvons pas lui attribuer cette

faute, la responsabilité en tombe sur d'autres épaules. Cartier avait fait son devoir, d'autres ne l'avaient peut-être pas compris "

Comme il s'agit de faits historiques de la plus haute importance, je ne crois pas pouvoir laisser passer sans protestation des assertions si complètement fausses dans ce qui me regarde. Pour prouver cette regrettable falsification de l'histoire, je dirai quelque chose de ce que j'ai fait pour la colonisation du Manitoba,

1° Avant que sir George Cartier y eût jamais songé ;

2° Pendant que ce grand homme d'Etat s'efforçait de déterminer un mouvement d'émigration vers cette province;

3° Après que le glas funèbre eut annoncé la fin prématurée de celui que tout le pays a tant raison de regretter.

1° Monseigneur Taché a travaillé pour la colonisation de Manitoba avant que sir George Cartier y songeât.

Il y a 50 ans, sir George Cartier ne songeait pas à coloniser la Rivière- Rouge, tandis que pour moi j'en avais la pensée. Mon premier effort dans cette direction date du mois de septembre 1844. Il est vrai que dès le début ma propagande ne fut pas heureuse. Je ne gagnai alors qu'un seul colon, auquel il manquait bien des qualités ; il en possédait cependant une, celle de la persévérance, puisqu'il est encore aujourd'hui sur les bords de la rivière Rouge, et n'a pas regretté un seul instant son départ, eff'ectué en 1845, et déterminé, à ma suggestion, je le répète, en 1844.

Ce colon, c'est moi, et depuis un demi-siècle je nourris le désir de voir le pays de mon adoption mieux apprécié et plus recherché par les Canadiens- Français. C'est à la réalisation de ce désir que j ai consacré une large part de mon existence. Ce vœu entendra mon dernier soupir, et si Dieu me fait miséricorde, il m'accompagnera jusqu'au pied du trône de l'Eternel.

Après avoir prêché d'exemple, j'ai prêché par paroles et par écrits. De ces écrits j'en ai un sous la main et, comme il a été publié officiellement par ordre de la législature, je le choisis pour le mettre sons les yeux de vos lecteurs.

Cette citation est empruntée à une lettre publiée en 1859 et qui fait partie du " Rapport sur l'exploration de la contrée entre le lac Supérieur et la rivière " Rouge, par S. J. Dawson, écuyer, I. C."

Voici comment je m'exprimais dans cette lettre à l'article de la colonisation :

RiviÈRE-RouGE, 7 février 1859.

Canadiens-Français de cœur autant que d'origine, je verrais sans doute de préférence nos terres occupées par quelques-uns de nos braves et respectables habitants du Bas-Canada, si pour des raisons particuhères et exceptionnelles, il leur faut s'éloigner du lieu qui les a vus naître, s'ils sont décidés à prendre le bâton de pèlerin, au lieu de les voir se diriger vers les i Etats-Unis. J'aimerais mieux les voir venir à la Rivière-Rouge. Ici du moins leur foi ne serait pas exposée ; s'ils n'ont pas tous les avantages matériels désirables, ils auront en compensation des avantages d'un ordre supérieur. Leurs enfants trouveront ici des maîtres et maîtresses qui, en éclairant leurs esprits, formeront leurs cœurs à la vertu. L'expérience de tous les jours me permet de leur promettre des prêtres zélés, qui seront véritablement leurs pères, et qui, ici comme dans la patrie, leur diront dans la langue de leurs mères, et les bienfaits de leur Dieu et l'amour qu'ils lui doivent. Ce que je

puis leur promettre encore, c'est l'intérêt affectueux que leur porte déjà et que leur portera toujours le pasteur sous la houlette duquel ils viendraient se ranger. L'évéque de Saint-Boniface, Canadien comme eux, leur frère par conséquent, leur ami, éprouvera une véritable jouissance s'il lui est permis de leur venir en aide, et s'engage volontiers à consacrer au bonheur de ces nouveaux venus, comme à celui du reste de son peuple, tout ce dont il peut disposer.

Personne au reste n'a plus de droit à l'occupation de cette vallée de la rivière Eouge, et même de la rivière Saskatchewan, que les Canadiens d'origine française. Ce sont nos pères, ces hardis pionniers de la civilisation, qui les premiers ont pénétré jusqu'ici. Rien de plus naturel que de voir nos frères s'emparer de nouveau des terres découvertes par leurs ancêtres et consacrées par eux il devenir le théâtre de la régénération des races infortunées qu'ils y trouvèrent.

Remarquez que cette lettre est publiée depuis trente-cinq ans, tant en français qu'en anglais, qu'elle est dans les archives publiques, à quelques pas du bureau de votre rédaction. Cette invitation faite aux Canadiens-Français de venir à la Rivière-Rouge plutôt qu'aux Etats-Unis est de huit années antérieure à la confédération, et a précédé de onze ans la création de la province de Manitoba. L'invitation était faite lorsque ce pays n'était pas encore annexé au Canada et avant les négociations qui ont amené ce résultat. J'ai donc raison de vous dire que j'ai travaillé à la colonisation du Manitoba avant que sir George y songeât.

2° Mgr Taché a travaillé à la colonisation du Manitoba de concert avec sir George Cartier.

Après la création de Manitoba, sir G. Cartier a tra veillé à déterminer un courant d'émigration. Non seulement il n'a pas trouvé d'opposition de la part de Mgr ïaché, mais ils se sont parfaitement entendus à cet égard. A l'époque du transfert du pays, le 15 juillet 1870, j'étais à Ottawa avec sir G. Cartier. Je voyageai ensuite avec lui. Nous passâmes ensemble plusieurs jours, et dans un parfait et commun accord, nous déterminâmes tout ce qui pouvait se faire alors. Je repris la route de Manitoba en compagnie de plusieurs ecclésiastiques et de MM. Girard, Royal et autres. Non seulement nous voyageâmes ensemble, mais, rendus à Saint-Boniface, ces messieurs acceptèrent l'humble hospitalité de ma maison, où les avait précédés M. Dubuc, et où je m'estimais heureux de jouir de leur compagnie. Au printemps de 1871, M. l'abbé G, Dugas se rendit à Montréal pour travailler à la colonisation ; il y vit sir George et bien d'au/res, va sans dire, et déterminait un joli contingent de colons à le suivre. A son arrivée, M. Dugas me fit part de ses impressions et de celles de sir George, signalant un moyen à prendre pour généraliser un mouvement vers le Nord-Ouest. Comme les vues exprimées étaient aussi les miennes, je me rendis à Québec où était sir George. Les évêques canadiens étaient réunis en assemblée provinciale. Je demuidai à Leurs Grandeurs de vouloir bien nous aider dans notre importante entreprise. Tous me promirent leur concours, à la condition qu'il ne se ferait rien qui put enrayer l'œuvre de la colonisation, telle que poursuivie dans la province de Québec. Les vénérés prélats s'arrêtèrent au projet d'une lettre pastorale qui serait signée par tous, et l'on m'en confia la rédaction.

Voici la copie de cette lettre telle qu'imprimée alors et envoyée à tous les curés de la province de Québec :

Archevêché de Québec, 23 octobre 1871.

Monsieur le Curé,

Au milieu des questions importantes qui font l'objet des préoccupations des évêques de la province ecclésiastique de Québec pendant leur réunion, il en est une sur laquelle ils veulent attirer votre attention avant même de se séparer.

Cette question, que l'on peut appeler vitale à cause de ses immenses conséquences sur notre état social et religieux, est la question de la colonisation. Nous ne pouvons que gémir à la vue du grand nombre de nos compatriotes qui désertent journellement le foyer domestique, la terre natale, pour aller demander à la prospérité de nos voisins un bien-être qu'il nous semble pourtant possible de trouver ici, au milieu des avantages nombreux que la Providence a départis à notre chère patrie.

Votre cœur comme le nôtre ressent tout ce que cet état de choses a de pénible; aussi nous n'avons pas besoin d'insister pour faire comprendre nos trop justes regrets à cet égard.

Notre unique but, dans cette lettre collective, est d'encourager votre zèle, au milieu des efforts qu'il fait pour s'opposer à ce torrent d'émigration qui prive la patrie des bras et de l'intelligence d'un grand nonibre de ses enfants.

Le remède efficace à ce mal ne peut se trouver que dans le succès qui couronnera les tentatives faites pour rappeler et retenir dans les différentes provinces de la Confédération canadienne ceux de nos compatriotes que la nécessité ou l'amour du changement ont poussés ou poussent encore vers la terre étrangère. Le résultat obtenu par les sociétés de colonisation nous remplit de joie et de consolation et nous permet d'espérer qu'un jour notre beau pays sera tout occupé par ses propres enfants et que les Canadiens n'auront point le regret d'avoir privé leurs descendants de la terre que la Providence leur avait destinée.

Que tous les Canadiens continuent cette noble et patriotique œuvre de la colonisation de nos terres inoccupées.

Les sacrifices faits dans ce but ne peuvent qu'attirer la bénédiction du ciel.

Notre jeune pays n'est pas renfermé dans des limites assez étroites pour qu'il soit nécessaire de l'abandonner.

Plus que jamais d'immenses étendues de terrains s'offrent à notre population dans les limites mêmes do la patrie.

L'acquisition du territoire du Nord-Ouest, la ciéation de la, protin ce du Manitoba, offrent un avantage réel à ceux qui n'aiment pas le défricliement des terrains boisés et qui pourtant voudraient s'éloigner de la paroisse qu'ils habitent.

Il n'est pas nécesaire de passer la frontière canadienne pour trouver les riches prairies de l'Ouest.

Notre pensée n'est pas de demander aux paisibles et heureux habitants de la province de Québec de changer une position certaine et avantageuse pour les incertitudes et les risques d'une émigration lointaine; mais s'il en est auxquels il faut un changement et auxquels il répugne de s'imposer les rudes labeurs du bûcheron, à ceux-là, M. le curé, veuillez bien indiquer la province du Manitoba.

Un octroi gratuit de 160 acres de bonne terre de prairie est promis, par

le gouvernement, à tout homme de 21 ans qui voudra aller ee fixer dans ces nouvelles contrées.

Ces contrées, si nouvelles pour les idividus, ne le sont pas pour le Canada.

C'est l'énergie de nos pères qui les a découvertes ; c'est le zèle de nos missionnaires qui les a régénérées et préparées à l'ère de prospérité qui semble les attendre. Ces contrées lointaines ne sont donc pas la terre étrangère.

Environ la moitié de la population y parle le français et est d'origine canadienne, en sorte que dans toutes les paroisses on est certain de trouver des parents, ou du moins des amis.

Dans cette nouvelle province, il y a un collège où les garçons peuvent recevoir une éducation soignée ; des couvents où les filles puisent l'instruction qui leur est prodiguée au Canada. Des missionnaires, trop heureux du renfort qu'ils recevront par cette émigration, étendront volontiers aux nouveaux venus l'afiection qui les anime envers leurs ouailles actuelles.

En colonisant une partie du Manitoba, les Canadiens- Français s'assurent dans la législature fédérale l'équilibre qu'ils possèdent aujourd'hui, et qu'ils perdront nécessairement s'ils ne sont point en nombre dans le territoire du Nord-Ouest.

Nous consdérons donc, M. le curé, comme chose bonne et désirable l'établissement de quelques-uns des nôtres dans ces régions, et nous verrions avec plaisir qu'il se fit quelque chose dans ce sens ; si, par exemple, entre deux ou trois paroisses, on pouvait assurer le concours d'une famille honnête, chrétienne et laborieuse, qui irait former dans le Nord-Ouest une population comme celle qui est venue, il y a deux siècles, jeter les fondements de notre nationalité au Canada.

Vous apprendrez dans la première partie de l'hiver, par les journaux, ce que le gouvernement doit faire pour faciliter le transport et l'établissement des colons du Manitoba ; nous vous écrivons aujourd'hui afin que vous connaissiez notre intention à ce sujet, et que, si l'occasion s'en présente, vous puissiez diriger de ce côté ceux qui voudraient émigrer.

Par cette émigration d'un genre nouveau, nos compatriotes ne se sépareront pas de nous, ils resteront Canadiens, soumis à nos institutions religieuses et civiles, dans un milieu où leur foi ne sera pas exposée ; où, au contraire, ils aideront à faire luire ce divin flambeau, au milieu des vastes déserts de l'Ouest, qui n'ont été découverts par nos pères que dans une pensée toute de foi.

t E.-A., Aech. de Québec,

t Ig., Ev. de Montréal,

t Jos. -Eugène, Ev. d'Ottawa,

f- Alex., Ev. de Saint-Boniface, O. M. L,

t C, Ev. de Saint-Hyacinthe,

t L.-F., Ev. des Truis-Rivières,

t Jean, Ev. de Saint-G. de Rimouski.

Sir George Cartier est le premier auquel cette lettre fut montrée après avoir été signée par les évêques, et sa franche loyauté se serait justement révoltée d'indignation si on lui avait dit, qu'après 20 ans, il se trouverait des Canadiens-Français assez ignorants ou assez peu sincères pour publier, dans la capitale canadienne, l'inqualifiable assertion qui se lit dans votre journal et que je lui emprunte de nouveau : " Mgr Taché conseillait à la jeunesse cana- " dienne-française de ne pas se diriger vers Manitoba." Cette circulaire des évêques, adressée à tout le clergé canadien et lue à tous les prônes, a été,

de puis et à maintes reprises, imprimée dans les journaux et documents publics. Elle est reproduite dans l'admirable brochure écrite par M. T.- Alfred Bernier et intitulée : "Le Manitoba champ d'émigration. " Le talent si distingué de ''honorable sénateur a fait ressortir dans son travail les avantages de Manitoba. Après avoir cité la lettre des évêques, il en fait l'analyse suivante;

" Le lecteur remarquera que l'épiscopat canadien recommande le Mani- ' toba comme un champ d'émigration où les intérêts matériels et spirituels de " nos compatriotes seront favorisés et sauvegardés.

" La raison religieuse,

" La raison sociale,

" La raison politique,

" La raison nationale,

" La raison historique,

" La raison d'intérêt y sont invoquées avec une autorité qui s'impose à " tout esprit sérieux et juste."

Après avoir obtenu cette lettre de Nosseigneurs les évêques, je demeurai près de trois mois dans la province de Québec, m'efforçant de promouvoir l'œuvre de la colonisation vers le Manitoba. Je revis sir George, qui me parla avec un sentiment d'affection, d'estime et de reconnaissance qui étonnerait celui qui a osé écrire dans votre journal que ma conduite à l'article de la colonisation fut " le glas funèbre qui annonça, du coup, et la mort de Cartier et la " mort du mouvement français vers l'Ouest."

3° Monseigneur Taché continue l'œuvre de la colonisation au Manitoba, après le décès de sir George Cartier.

Les regrets et le deuil d'un de nos hommes d'Etat les plus distingués, ne pouvaient pas avoir été et n'ont pas été provoqués par la mort du mouvement français vers l'Ouest. Ce mouvement, commencé avant que sir George y pensât, ce mouvement aidé par lui plus tard, s'est poursuivi et se poursuit depuis la mort de ce grand patriote, et Mgr Taché a fait tout ce qu'il était moralement possible de faire pour arriver à un résultat qu'il a toujours eu à cœur. Chaque année, depuis 1871, j'ai envoyé dans la province de Québec et dans les Etats- Unis des amis de Manitoba, pour en faire connaître les avantages et y attirer des émigrants. Si le succès n'a pas répondu à mes efforts, ce n'est pas ma faute, et vous pourriez dire de moi ce que vous avez dit de sir George Cartier :

" Nous ne pouvons pas lui attribuer cette faute, la responsabilité " en tombe sur d'autres épaules. "

Les ennemis de notre race et de notre foi me reprochent d'avoir fait trop d'efforts pour attirer ici une émigration catholique et surtout une émigration canadienne-française. Votre journal, au contraire, pour arriver au même dénigrement, veut que je sois responsable de ce que, pour me servir de votre expression, " aujourd'hui la province de Manitoba est anglaise et protestante.' ' En 1873, un touriste français, mais protestant, visita Maniloba ; il fut en relations intimes avec tous les Canadiens instruits qui s'y trouvaient. M. H. de Lamothe raconte sou voyage dans un ouvrage fort intéressant qu'il dédia à monsieur Onésime Eeclus et qu'il intitula : " Cinq mois chez le» Français d'Amérique. " Voyagh au Canada et a la Kivière-Rougk du Nord, "

Monsieur Lamothe a étudié la question de la colonisation française au Manitoba et voici, entre autres choses, ce qu'il dit de celui que vous ne craignez pas d'insulter à cet article :

" Si notre nationalité parvient à se maintenir entre la rivière Winnipeg '• et les montagnes Rocheuses, l'histoire dira sans doute un jour dans quelle

*' large mesure l'archevêque de Saint-Boniface aura contribué à ce résultat. " Ce qu'il a conçu, tenté, opéré pour l'amélioration morale et matérielle du pays " au temps où gouvernait la Compagnie de la baie d'Hudson ; ce qu'il a dé- " dépensé d'énergie, pendant et après les troubles occasionnés par l'annexion, " pour maintenir sur le terrain de la légalité une résistance que des provoca- *• lions insensées pouvaient d'un moment à l'autre faire dégénérer en lutte ou- " rerte, tout cela demanderait, pour être exposé fidèlement, plus d'espace que " n'en comporte ce livre. "

Votre obéissant serviteur,

t ALEXANDRE, o. m. i.,

Archevêque de Saint-Boniface.

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