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RENSEIGNEMENTS HYDROGRAPHIQUES

On comprend facilement la nécessité d'étudier les différents cours d'eau qui sillonnent ce pays, afin déjuger delà plus ou rûoins grande facilité des communications et, par suite, de l'exploitation des richesses qu'il renferme. Pour plus de clarté, nous indiquerons séparément les trois grands bassins que renferme le département du Nord, qui sont : le bassin arctique, le bassin Winnipeg et le bassin intermédiaire.

§ 1. — Bassin arctique.

Ce bassin renferme plusieurs fleuves importants, les uns comme voies de communication, les autres par les souvenirs historiques qui s'y rattachent.

Le fleuve MacKenzie est la grande artère qui traverse le bassin arctique ou le territoire du Nord-Ouest dans toute sa longueur, depuis le mont Hooker jusqu'à l'océan Glacial. Ce fleuve géant reçoit le tribut de toutes les eaux du territoire qui sont à gauche. Il ne perd à sa droite que celles qui se déchargent directement dans la mer. Nous plaçons la source de ce fleuve au pied des monts Hooker et Brown, tête de la rivière Athabaska, tout près des sources de la rivière Colombie, parce que, en ligne droite du moins, c'est le point le plus éloigné de l'embouchure. Ce fleuve magnifique, outre une multitude de petits tributaires, reçoit les eaux du petit lac des Esclaves, du lac la Biche, de la rivière de l'Eau-Claire, du grand lac Athabaska, de la rivière à la Paix, traverse la partie sud-ouest du grand lac des Esclaves, accepte plus loin le tribut de la rivière au Liard, de la rivière du grand lac d'Ours.

Ce fleuve porte plusieurs noms dans ses difi'érentes sections. Il se nomme rivière Athabaska depuis sa source jusqu'à la petite rivière qui vient du lac la Biche. Il emprunte ensuite son nom de cette dernière jusqu'au confluent de la rivière de l'Eau- Claire, plus connue sous le nom de petite rivière Rabaska. Il devient ensuite rivière Athabaska jusq'au lac du même nom ou des Collines ; puis, c'est la rivière de Roche, dont le prolongement s'appelle rivière aux Esclaves, jusqu'à ce qu'elle se soit perdue dans ce grand lac, à la sortie duquel son nom de rivière MacKenzie lui est donné jusqu'à son embouchure. Ce fleuve est déjà navigable, sinon depuis sa source, du moins depuis le fort Jasper jusqu'à son embouchure, distance d'environ 2,000 milles. Dans tout cet immense parcours, la navigation avec les embarcations en usage dans le pays n'est interrompue que dans deux endroits par legroupe des rapides de la rivière à la Biche et par celui de la rivière aux Esclaves. Ces derniers rapides, situés à plus de 1,200 milles de la mer Glaciale, sont le premier obstacle que des vaisseaux rencontreraient en remontant le fleuve. Des vaisseaux d'un moindre tirant navigueraient assez facilement depuis le haut de ces rapides jusqu'au pied de ceux de la rivière à la Biche, mais pas à toutes ies saisons de l'antiée, les battures de sables formant, à l'eau basse, des obstacles nombreux. Depuis les derniers rapides jusqu'au fort Jasper, le courant est extrêmement fort, l'eau ordinairement peu profonde ; en sorte que la navigation est très diôicile et n'est même possible que pour des bateaux de très faible tirant et d'une grande force motrice. La largeur de ce fleuve, qui n'est d'abord que d'environ un quart de mille, augmente graduellement, quoique irrégulièrement. En certains endroits il a jusqu'à deux milles de largeur, et, somme toute, c'est un des plus beaux fleuves du monde, tant pour sa longueur que pour le volume de ses eaux.

Depuis sa source jusqu'au lac Athabaska, ses eaux sont troubles, fortement chargées d'argile et de sable, ce qui forme des battures mouvantes bien difficiles à connaître et à éviter. Le peu de limpidité de l'eau augmente la difficulté de cet inconvénient. Dans le cours du mois de juillet ce fleuve, comme tous ceux qui descendent des montagnes Rocheuses, voit une crue subite de ses eaux due à la fonte des neiges sur les grandes montagnes. Dans le haut surtout, il devient un torrent impétueux, et alors

la navigation est bien diflScile, souvent même dangereuse. Cela arrive souvent quand des chaleurs intenses se succèdent pendant plusieurs jours dans la région des neiges. La durée de ce phénomène est ordinairement en raison inverse de son intensité.

Le delta de l'Athabaska, en arrivant au lac du même nom, est d'autant plus singulier qu'il est aussi soumis à l'action d'un grand cours d'eau, la rivière à la Paix, qui a son embouchure tout près de là. Ce3 deux puissantes rivières, outre des sables et des argiles, traînent encore des arrachis considérables. Ces débris se sont amoncelés dans la partie sud-ouest du lac pour former la langue de terre qui sépare les deux grandes sources delà MacKenzie. Ce travail n'est pas encore complété. Les rivières d'Embarras, d'Epinettes, le lac Mamawi, les Quatre-Fourches et une multitude de canaux sillonnent cette langue de terre et sont encore à attendre la fin de ce travail. Les courants de plusieurs des branches de ce delta changent de direction suivant la hauteur des eaux de l'Athabaska et de la rivière à la Paix. Quelques-uns coupent la langue de terre sur un plan rectangle avec celui des fleuves. A l'eau haute, une partie des terres de ce delta est inondée ; les points élevés, recouverts de foin, forment des îlots ordinairement oblongs qui apparaissent comme les filets d'un rets immense, dont les petits lacs qui les séparent seraient les mailles énormes.

De là le nom d^Athabaska ou Ayahaska (Filet de foin), que nos voyageurs ont souvent rendu par le mot Rahaska. Le grand lac des Esclaves, par un concours de circonstances semblable à celui que nous venons d'indiquer, voit graduellement sa rive méridionale s'agrandir par des dépôts qu'il reçoit des rivières qui s'y déchargent, et que les vents du nord, qui sont les plus violents et les plus fréquents, refoulent vers la rive sud, qui est la plus basse et à laquelle ils adhèrent plus facilement.

Le haut du fleuve Athabaska traverse des pays fertiles et bien boisés. Après une descente violente du pied des grands monts, il reçoit le tribut du petit lac des Esclaves, magnifique bassin, espèce de vivier immense qui a vingt-cinq lieues de long et une dizaine de largeur dont les rives s'élèvent en amphithéâtre et sont d'une grande beauté. Ce tributaire de la gauche a, un peu plus loin, à droite, son pendant dans le beau lac la Biche, moins grand que le précédent, mais tout aussi recommandable et environné d'un pays d'une grande fertilité et très propre à la colonisation. Du lac la Biche, il y a une route, par terre, jusqu'à la Rivière- Rouge, par conséquent jusqu'aux Etats-Unis. De là des transports s'efî'ectuent par cette voie, et le lac la Biche pourrait devenir l'entrepôt du commerce qui se fera sur tout le fleuve Athabaska-Mackenzie.

Le tributaire le plus important que l'on rencontre ensuite est la rivière de l'Eau-Claire, ou petite rivière d'Athabaska. Ce délicieux petit cours d'eau, qui a sa source à l'est du portage à la Loche, a jusqu'à ce jour, malgré la difficulté de sa navigation, joui du privilège d'être à peu près la seule voie de communication vers Athabaska-Mackenzie. En descendant des hauteurs du portage à la Loche, on s'embarque sur cette petite rivière qui, pour retenir le voyageur au milieu dea beautés saisissantes qu'elle ofî"re à ses regards, jette sur son chemin des obstacles à la

ESQUISSE SUR LE NORD-OUEST DE L'aMÉKIQUE

navigation qui nécessitent les portages de la Terre- Blanche, des Pins, de la Grosse- Roche, de la Bonne et des Cascades. Cette rivière n'est pas navigable pour d'autres embarcations que celles en usage dans le pays, et encore ce genre de navigation n'est pas facile»

En descendant le grand fleuve, on entre dans l'extrémité sudouest du lac des Collines, qui s'étend à l'est. Le lac Athabaska est une belle nappe d'eau profonde, claire, mesurant plus de 200 milles de longueur, à une élévation d'environ 600 pieds au-dessus de la mer. Il ne paye le tribut de ses eaux au fleuve géant du nord qu'après avoir reçu lui-même celui d'une partie des eaux du lac Wollaston. Ce dernier, comme le lac des Iles, d'où sort

âl^.

Port de Pembina.

la rivière de l'Eau-Claire, ne pe détermine à prendre la route du nord qu'après avoir fourni son contingent au fleuve Churchill dont il alimente les tributaires. Nous l'avons dit déjà, un peu plus bas que le lac Athabaska, la rivière à la Paix j oint ses eaux à celles du grand fleuve. Plusieurs regardent cette dernière rivière comme la source du fleuve Mackenzie. Il importe moins de discuter cette opinion que de faire connaître la rivière ellemême. La rivière à la Paix est, sans contredit, une des plus belles du pays, peut-être même du monde. Sa navigation, du moins pour les embarcations actuellement en usage, ne rencontre de difficulté que dans une chute assez petite et queques rapides. Ces obstacles ne résisteraient pas à des travaux d'un ordre secondaire, et alors la rivière serait navigable dans tout son cours.

même pour des embarcations considérables, et cela à peu près tout l'été. Cette rivière, qui arrose une vallée aussi belle que riche, a ses sources dans les montagnes Rocheuses, tout près de celles de la célèbre rivière Fraser, et forme avec cette dernière, comme l'Athabaska avec la rivière Colombie, une ceinture hydraulique qui relie, presque sans interruption, la mer Glaciale à l'océan Pacifique, et forme une voie de communication qui, sans doute, n'est pas sans difficultés, quoique ces difficultés soient bien moindres qu'on ne le supposerait naturellement à l'idée de passer les montagnes Rocheuses par eau.

Cette route, découverte par le chevalier Mackenzie en 1793, a été suivie par les traiteurs de pelleteries. Elle trouve des avocats qui prétendent que c'est la voie naturelle pour pénétrer sur le territoire du Nord-Ouest. La vallée qu'arrose la rivière à la Paix ne peut manquer de se peupler, et alors bien des curieux et des intéressés admireront ce beau cours d'eau que la pauvre nation des Castors, qui habite ses rives, voit peut-être aujourd'hui avec assez d'indifférence.

Entrons de la rivière à la Paix dans la rivière des Esclaves ; nous la descendrons avec rapidité jusqu'à sa première cascade, que nous éviterons en faisant le portage de la Cassette. C'est le commencement du second groupe des grands rapides du fleuve Mackenzie. Le premier, dans la rivière à la Biche, était formé par les couches calcaires qui la traversent ; celui-ci doit son existence aux promontoires non fossilifères qui viennent ici saluer le grand fleuve ou essayer sa puissance en jetant sur son passage des obstacles qui ne sauraient résister à la violence de son cours, et le fleuve furieux bondit à travers ces obstacles, se dédommageant des efforts qu'ils lui coûtent par le magnifique coup d'œil qu'offrent ses chutes et ses rapides. Le voyageur a le loisir de contempler ce spectacle, puisque, outre le portage de la Cassette, il lui faut encore faire ceux des Embarras, du Brûlé, de la Montagne, enfin le portage Noyé. En jetant un dernier regard sur cette âpre nature, encourageons-nous à continuer notre route, tout en regrettant de ne pas trouver ici quelque beau vaisseau qui sans obstacles nous conduirait à la chasse à la baleine sur la mer Glaciale. A défaut de ce secours, montons sur la berge qui nous attend; à 15 milles nous saluerons en passant la petite rivière au Sel, et, si nous n'avons pas encore contracté l'habitude de manger tout doux, nous nous approvisionnerons sur ces bancs cristallisés qui apparaissent comme des bancs de neige. Plus loin, après avoir passé un autre delta, nos regards se perdront sur une autre mer d'eau douce, c'est le grand lac des Esclaves. L'îie de Pierre, masse de granit, nous dira qu'à l'est et au nord ce grand lac, comme tous ses frères géants, est solidement entouré de roches primitives, tandis qu'au sud et à l'ouest, il est ceint de calcaires. Ce lac est un des plus grands de l'univers, sa profondeur égale celle du lac Supérieur, ses eaux sont magnifiques et nourrissent une quantité prodigieuse de poissons. Malheureusement la navigation n'y est certaine que depuis le comencement de juillet jusqu'au milieu d'octobre. Après avoir traversé le lac des Esclaves, le grand fleuve prend définitivement le nom de celui qui en a fait la découverte. Avant de descendre cette dernière partie, mettons pied à terre, nous devons être plus civils que nous ne l'avons été jusqu'à ce moment, puisque nous n'avons encoie salué

personne. Il y a ici dea missionnaires, un évêque, des prêtres » des sœurs de charité sont sur cette rive, c'est l'établissement de la Providence, résidence du vicaire apostolique de la rivière Mackenzie.

Reprenons notre course pour nous arrêter à l'embouchure d'une autre grande rivière, cellle dite rivière au Liard, ou rivière aux Montagnes. Ceux qui veulent savoir comment une grande rivière descend des hauteurs escarpées, comment nos voyageurs sont assez hardis pour s'aventurer sur des eaux mugissantes qui coulent avec un horrible fracas au milieu des hautes murailles qui les bordent, ceux-là n'ont qu'à monier la rivière au Liard.

D'abord ils n'auiont pas trop de difficulté, mais à mesure qu'ils approcheront de la cime des montagnes.je leur promets des émotions. Ils iront saluer les sources des rivières Pelly et Lewis, qui, avec celle du Liard, forment un autre cordon hydraulique presque non interrompu, entre la mer de l'Ouest et celle du Nord. En descendant la rivière du Liard il faut se cramponner fortement au bateau qui vous entraîne, car en certains endroits le courant est tellement violent que celui qui gouverne se lie à l'embarcation pour n'être pas arraché de son poste par la secousse que la force de l'eau imprime au gouvernail qu'il tient en main.

Revenus au fort Simpson, où la rivière du Liard se décharge dans le fleuve de Mackenzie, continuons à descendre ce dernier pour admirer les beautés sauvages qu'il va nous permettre de contempler. C'est la chaîne des montagnes Rocheuses que le fleuve va saluer à son tour. Cette puissante muraille repousse le rapide visiteur qui pour l'éviter dévie quelquefois de sa course. Plus loin, il semble que l'eau l'a emporté sur le roc et que le fleuve impatient, au lieu de décrire des sinuosités nombreuses, s'est élancé à travers ces masses énormes qui encaissent son lit de chaque côté. De nombreux affluents descendent des montagnes, empor dans leur chute rapide le tribut des lacs que ces dernières renferment dans leurs flancs.

Après que l'on a examiné les couches de charbon, le bassin de lignite que traverse le grand fleuve, voilà qu'une colline coupée verticalement à plus de 200 mètres nous invite à contempler la grande rivière qui coule à ses pieds, c'est la rivière du grand lac d'Ours. Nous pouvons la remonter pour aller visiter le lac immense qui lui donne son nom. Mais souvenons-nous qu'il est couvert de glace pendant onze mois de l'année : nous ne pourrons donc pas nous y arrêter longtemps, quel que soit le degré d'intérêt qu'il puisse inspirer, tant par sa grandeur que par les souvenirs historiques qu'ont attachés à son nom les expéditions arctiques qui en ont fait leurs quartiers d'hiver. Une autre raison encore nous fait aimer ce lac, puisque les rigueurs exceptionnelles du climat qui y règne n'ont pas découragé l'apôtre qui y a porté le flambeau de la foi ; nous saluerons ce missionnaire à Good Hope, la dernière de nos stations. Passons ce qu'on appelle le rapide qui, à l'eau basse, pourrait quelquefois faire mentir l'assertion que nous avons faite, que le fleuve est navigable pour de gros vaisseaux jusqu'à la mer Glaciale, où il débouche à travers un delta de terres alluviales.

Le bassin arctique renferme plusieurs autres rivières qui, quoique sans utilité pratique, ne manquent pas d'intérêt, et qu'ont rendues célèbres les noms et les aventures des illustres voyageurs qui

ont exploré ces plages inhospitalières. La rivière de Cuivre est la première qui ait attiré l'attention ; sa recherche a été l'objet du premier voyage fait par terre dans les régions arctiques, c'est celui de Samuel Hearn en 1771 ; puis la rivière du Poisson ou de Back qui, comme la précédente, a été le théâtre de bien des scènes émouvantes, qui a vu la dernière expédition par terre, celle de MM. Andersen et Stuart en 1855. C'est à l'embouchure de cette rivière qu'on a fait les découvertes qui ont mis un terme à l'incertitude causée par l'ignorance du sort du capitaine Franklin et de ses généreux compagnons de voyage. Noua parlerons de ces rivières en parlant de l'histoire du pays.

§ 2 — BASSIN DU WINNIPEQ.

La description de ce bassin entraînera tout naturellement celle des grands cours d'eau qui se déchargent dans le lac de ce nom, et qui vont ensuite s'engloutir dans la baie d'Hudson. Nous ajouterons quelques mots sur les principales rivières qui tombent aussi dans la même baie à l'est du fleuve Nelson et que nous rattacherons au bassin du Winnipeg pour ne pas trop multiplier les divisions.

Le lac Winnipeg est assis au centre d'un plateau immense ; c'est vers Inique convergent les grandes rivières qui égouttent ce plateau; elles viennent de l'est, du sud, de l'ouest, et après avoir mêlé leurs eaux, vont toutes par une issue commune se perdre dans le grand lac salé, la baie d'Hudson.

Le lac Winnipeg, qui couvrait autrefois une surface triple ou quadruple de celle qu'il occupe aujourd'hui, offre pourtant encore une étendue considérable ; on lui assigne une superficie de 8,500 milles ; sa plus grande longueur est de 280 milles, tandis que sa largeur varie de 6 à 60 milles. Bei observations diverses établissent sa hauteur au-dessus du niveau de la mer à 600 ou 630 pieds. Sa profondeur n'excède pas 12 brasses. Ses eaux, pour battre le granit qui l'encaisse à l'est et les sables ou calcaires qui le bordent à l'ouest, n'en sont pas plus limpides ; c'est le Winnipeg de la nature comme celui du sauvage. Ce mot dans les langues algonquines veut dire eau sale, et si cette eau n'est pas bourbeuse, elle n'a pas non plus la limpidité qu'ont ordinairement les lacs de quelque étendue.

Outre les canots et les berges ordinaires, le lac Winnipeg a vu d'autres embarcations. Les archéologues aimeront plus tard à savoir que les premiers vaisseaux couverts qui ont navigué sur ses eaux ont été construits à Norway House dans l'hiver de 1831 à 1832. Ils avaient noms George et Alexander. Ces deux petites goélettes, du port d'une trentaine de tonneaux, ne filèrent leurs nœuds que pendant dix ans. En 1842, Isabellaet Mary, montées chacune, comme les précédentes, par quatre ou cinq hommes, remplacèrent leurs devanciers dont elles tuèrent le souvenir sans jeter beaucoup plus d'éclat. En 1848 Mary fut dévorée par un incendie, et en 1855 isaôe/^a se brisa au rivage. Le lac Winnipeg, veuf de sa petite flottille pendant neuf étés, a, au printemps de 1866, joyeusement accepté la légère Polly, qui le tyrannise depuis.

Pour étudier le Winnipeg comme moyen de communication,

nous examinerons ses affluents : l** à l'est ; 2<' sud ; 3° à l'ouest ; 4" au nord, où se trouve la seule décharge du lac.

l** Affluents de Vest. — Plusieurs rivières coulent naturellement dans ce grand lac, de toutes les directions. Du côté du levant, nous n'en mentionnerons que deux : la rivière aux Tourtes (^Barreri's River), qui a son embouchure à peu près au milieu du lac Winnipeg et qui n'a d'importance que parce qu'elle porte les petites embarcations nécessaires au commerce des deux postes de traite établis sur ses rives ; puis la belle et grande rivière Winnipeg, qui, prenant ses sources dans les hauteurs qui séparent le Canada du territoire du Nord-Ouest, excite naturellement le plus vif intérêt comme voie de communication. Ce cours d'eau a été l'objet d'études spéciales, surtout pendant les étés de 1857 et 1858. Nous empruntons aux rapports officiels publiés alors les chiffres suivants : Une des sources de la rivière Winnipeg se trouve au portage de la Savane, forme ensuite le lac des Mille-Lacs, puis la rivière à la Seine. Le tout, jusqu'à la petite chute, distance d'environ 65 milles, est navigable pour de petits bateaux à vapeur : de là au lac la Pluie, distance de 67 milles, la navigation est impossible pour autre chose que des canots ; les transports devront s'y effectuer par terre.

Depuis l'origine du lac la Pluie jusqu'à l'extrémité du lac des Bois, y compris la rivière à la Pluie, qui relie ces deux belles nappes d'eau, la distance est de 208 milles, et la navigation à la vapeur ne trouverait d'obstacle que dans la chute du fort Francis.

Cette magnifique cascade, qui a une élévation d'une vingtaine de pieds, nécessiterait des écluses ; en définitive, le cours d'eau dont nous nous occupons, depuis sa source jusqu'à l'extrémité du lac des Bois, présente des obstacles réputés insurmontables pendant une distance collective de 72 milles, tandis qu'il offre à la navigation une longueur de 263 milles. Il ne faudrait pas croire que même cette dernière partie, du moins dans le haut, soit sans difficultés. Je pense que, dans la pratique, on subirait bien des mécomptes ; mais aussi, quelles senties rivières qui, dans un si long parcours, ne présentent point d'obstacles? Dans l'hypothèse de l'adoption de cette route comme voie importante de communication, les travaux exécutés amèneraient le résultat indiqué par les explorateurs. Il est à regretter que la rivière Winnipeg cesse d'être navigable à l'endroit même où elle prend son nom, c'est-à-dire depuis le portage du Rat, où elle reçoit les eaux du lac des Bois, jusqu'au fort Alexandre où elle les verse dans le lac Winnipeg. Cette partie de la rivière, sur une distance d'environ 160 milles, est enrichie de tant de rapides, de chutes, de cascades, qu'il est impossible de songer à l'utiliser pour d'autres embarcations que celles actuellement en usage. Les canots d'écorce se jouent facilement dans les rapides, et se portent avec une facilité presque égale par-dessus les rochers qui les encaissent. Les berges employées, outre les canots, sont des bateaux découverts qui ont une trentaine de pieds de quille avec une capacité de quatre ou cinq tonnes et qui sont mises en mouvement, en temps calme, par six ou huit lourdes rames. Ces rames ne sont pas manœuvrées avec autant de facilité que la légère pagaie ; la berge ne vole pas sur les eaux comme le canot d'écorce ; cependant, au moyen de la longue rame qui lui sert de gouvernail, nos habiles voyageurs la dirigent facilement au milieu des rapides

ordinaires, et une quinzaine d'hommes la traînent même dans les portages les plus escarpés. Ces embarcations sont les seules dont on puisse faire usage dans la rivière Winnipeg ; il faudrait des travaux gigantesques pour en améliorer la navigation. La rivière Winnipeg compte vingt-six portages. En un endroit elle prend le nom de rivière Blanche, parce que les rapides sont si continus que l'eau est partout écumante.

Les affluents les plus remarquables de la rivière Winnipeg sont ; au nord, la petite rivière aux Anglais, qui décharge le lac Seul et qui est la route des canots pour se rendre, par la rivière Albany, au comptoir du même nom sur la baie d'Hudson ; et au sud, la série des lacs qui formaient autrefois la route des canots par le grand Portage et la rivière aux Tourtes. Le lac Vermillon y envoie aussi ses eaux.

Pour obvier à l'impossibilité d'utiliser la rivière Winnipeg comme voie de communication, on a imaginé d'ouvrir une route par terre, depuis le lac Plat (extrémité ouest du lac des Bois et terminus de la navigation jusqu'à la rivière Rouge). La distance de ce point au fort Garry est de 91 milles. La nature du sol, dans ce parcours, n'exigerait pas des travaux considérables pour un chemin de charrettes, à l'exception des bords du lac Plat.

2° Tributaire méridional. — Le seul tributaire du lac Winnipeg, au sud, est la rivière Rouge, dont quelques-unes des sources touchent à plusieurs de celles du Mississipi.

La rivière Rouge, sur les bords de laquelle est établie la colonie du même nom, est, sous quelques rapports, une bien jolie rivière. Son eau pourtant est loin d'être limpide ; elle coule sur un lit d'argile qui la charge souvent au point de la rendre bourbeuse. Plusieurs sources saumâtres donnent à ses eaux une saveur désagréable ; leur couleur forme un contraste singulier avec le nom qu'elle porte. On dit que ce nom doit son origine à un combat sanglant que se sont livré les sauvages sur les grèves du lac Rouge ; de là le nom de ce lac qui, étant un des principaux tributaires de la rivière dont nous parlons, lui a communiqué la même appellation. Cette rivière, qui aujourd'hui porte son nom depuis ses sources les plus éloignées jusqu'à son embouchure au lac Winnipeg, était divisée autrefois en trois sections différentes. La section supérieure, depuis les sources jusqu'à la grande Fourche, confluent de la rivière du lac Rouge, se nommait rivière des Sioux, tandis que la rivière Rouge d'alors ne comprenait que la section qui s'étend depuis le lac Rouge jusqu'au confluent de l'Assiniboine, la Fourche. L'Assiniboine, de son côté, conservait son nom, après sa jonction avec la rivière Rouge, jusqu'au lac Winnipeg. La plus grande longueur de la rivière Rouge est d'environ 400 milles par une ligne qui suivrait sa direction générale. Les sinuosités de son cours lui donnent en réalité une longueur presque double de cette ligne droite. Le département du Nord ne possède à peu près qu'un quart de cette rivière, c'està-dire depuis le confluent de la rivière Pembina jusqu'à l'embouchure, distance d'environ 100 milles par terre. Les sinuosités sont moins nombreuses et moins considérables dans cette partie ; la largeur moyenne est de 150 à 200 mètres. Il est bien difficile d'indiquer sa profondeur, qui varie de 2 à 30 pieds suivant les saisons.

La rivière Rouge a subi l'expérience de la navigation à vapeur. Un engin sillonne ses eaux depuis 1859. Cette expérience de huit années nous permet de formuler, sur les facilités de cette navigation, une opinion plus exacte que celle donnée par les observations ou études nécessairement superficielles qui se font dans un pays peu habité.

Le premier bateau à vapeur qui ait voyagé sur la rivière Rouge, est VAnson Northup que ses propriétaires y conduisirent à grands frais de la rivière Saint-Pierre, profitant, pour cet effet, des eaux débordées du printemps. Le bateau arriva à l'improviste au centre de la colonie, au commencement de juin. Personne ne l'attendait; son arrivée prit les proportions d'un événement, et à la surprise publique, le canon gronda et les cloches carillonnèrent en signe d'allégresse. Le sifflement de la vapeur, se promenant sur les eaux de notre rivière, disait aux échos du désert qu'une ère nouvelle allait luire pour ce pays. Chaque révolution de l'engin semblait diminuer d'autant la distance qui nous sépare du monde civilisé. Les troupeaux d'animaux domestiques, peu habitués à ce bruit, prenaient la fuite, secroyant, je suppose, poursuivis par une bête plus grosse qu'eux-mêmes, et les gens de beaucoup comme de peu d'esprit accouraient en foule pour voir le nouveau venu, qui n'était pourtant pas un chef-d'œuvre du genre. Les enfants, pour exprimer leur étonnement, disaient qu'ils avaient vu passer une grosse berge ayant un moulin à son arrière.

L'arrivée de VAnson Northup inaugura, de fait, une ère nouvelle pour le commerce de la colonie de la Rivière-Rouge. L'honorable compagnie de la baie d'Hudson se détermina à tenter cette voie pour une partie de ses opérations. Elle se procura une •licence pour traiter parmi les sauvages des Etats-Unis, fit l'acquisition de terres considérables auprès de l'embouchure de la rivière au Bœuf, éloignée de 200 milles du fort Garry.

On commença à cet endroit, que l'on considérait comme le point auquel le bateau à vapeur pourrait atteindre ordinairement, un établissement auquel on donna le nom de Georgetown, en l'honneur de sir George Simpson, alors gouverneur de Rupert's Land, et qui avait favorisé généreusement l'entreprise nouvelle. Les MM. Burbank et Cie, de Saint-Paul, établirent une ligne de diligences entre Georgetown et Saint-Cloud, pour la rallier à celle qu'ils avaient déjà entre Saint-Cloud et Saint- Paul ; en un mot, on fit tout ce que l'on put pour nous lancer en pleine civilisation, cette civilisation du moins que traîne la vapeur et, à son défaut, les chevaux bien enharnachés.

Au printemps de 1860, tout répondit à l'attente générale. L'eau était haute, le vapeur commença ses courses et les continua pendant tout l'été. A l'automne, l'eau basse suscita des difficultés ; il fallut se traîner difficilement entre les pierres des rapides des Outardes, que l'on commença à considérer comme une difficulté sérieuse, du moins à cette saison. En 1861, la rivière Rouge déborda dans tout son cours ; la vapeur n'a pas peur de l'eau ; c'est bien, au contraire, un des éléments de sa force, en sorte que notre petit bateau put courir en toute facilité entre le fort Garry et Georgetown, et cela jusqu'à la fin d'octobre. C'est grâce à lui et aux diligences de M. Burbank, que cette année, nous pûmes aller de Saint- Boniface à Montréal en douze jours.

Le succès de cette année encouragea tout naturellement les propriétaires du petit vapeur, qui perdit, lui, à son triomphe : on le trouva trop petit, trop laid, pas apsez fashionable pour la magnifique rivière Rouge ; bref, on décréta sa déchéance. Le splendide International, avec sa prétentieuse devise : Germinaverimt speciosa deserti, sortit des chantiers de Georgetown, laissant à sa place les 20,000 piastres qu'il avait coûté, et entreprit au printemps de 1862 de montrer la gloire de sa construction. Les circonstances le favorisèrent à un certain point de vue. L'engouement créé par la découverte des mines d'or de Caribou avait mis la fièvre jaune au cœur d'un grand nombre, qui croyaient la calmer plus facilement en prenant la route de terre pour arriver à la rivière Fraser. Cent cinquante mineurs partaient de Georgetown par le premier voyage de V Internutional, Le succès ne répondit pas à l'attente, il fallut six jours pour descendre au fort Garry. Quoi qu'il en soit, V International continua ses voyages presque tout l'été. Vers l'automne les basses eaux ne lui permirent pas de monter le rapide aux Outardes, il fut même obligé de prendre ses quartiers d'hiver un peu trop tôt au gré des intéressés. Là commence la série des échecs qui, pendant quatre ans, ont marqué la navigation à vapeur sur la rivière Rouge. En 1863, le steamboat, conduit jusqu'au port Abercrombie, n'en put plus bouger, non pas uniquement à cause des Sioux, que l'on redoutait avec raison, à la suite des massacres qu'ils avaient commis l'automne précédent, mais bien aussi parce que l'eau était trop basse pour le tenir à flot, quoiqu'il ne lui en fallût que 4 pieds pour ses évolutions. En 1864, on ne compte qu'un voyage au printemps, et encore le retour s'etïectua difficilement. En 1865, même résultat, un seul voyage possible au moment de la débâcle. En 1866, V International ne démarra pas du gros chêne auquel on l'attacha à Georgetown. Au départ de la glace, un voyage eût pourtant été possible, mais l'insuccès des années précédentes avait rendu si peu confiant que l'on ne prit pas même la peine de préparer du fret pour cette époque. En 1867, l'eau a été plus haute ; le bateau, qui ne fit que deux voyages, aurait pu facilement monter et descendre la rivière Rouge jusqu'à la fin d'août. Le fret manquant encore à Georgetown, on le fit voyager dans le bas de la rivière entre les deux forts Garry.

Voilà le résultat des expériences de huit années ; c'est-à-dire, en définitive, la moitié du temps le vapeur n'a pu fournir ses voyages, et l'autre moitié a été marquée par l'insuccès le plus complet. Ce résultat a un peu trompé les brillantes espérances, les riches calculs. Aujourd'hui l'idée d'un steamboat sur la rivière Rouge ne soutient pas l'enthousiasme qu'elle avait créé tout d'abord. Les riches et les négociants, instruits par l'expérience et le mécompte, redoutent l'incertitude du résultat. Les pauvres vont jusqu'à se prononcer positivement contre la vapeur et cela pour les trois raisons suivantes : lo la rivière Rouge est très poissonneuse et nourrit par là un grand nombre de nécessiteux ; on sait assez que les bateaux à vapeur ne sont pas très experts dans l'art de la pisciculture ; 2° le bois est très rare sur les bords de la rivière Rouge ; il y est pourtant bien nécessaire et les canots à feu font la guerre aux combustibles de la rive, tout comme aux comestibles qui se jouent dans l'onde ; 3" des transports par terre, des Etats-Unis ici, sont une source abon-

^ante de gain pour les propriétaires de la colonie, qui y utilisent ainsi leurs chevaux et leurs bœufs de travail, tandis que la circulation du steamboat les prive de cet avantage, et tout l'argent dépensé par les gens du pays pour le roulage de Saint-Cloud à Georgetown reste entre les mains des Américains. Quoi qu'il en soit de ces raisons ou de ces inconvénients, il n'est point douteux que la rivière Rouge continuera d'être sillonnée par des vapeurs. Si, au lieu de construire un vaisseau sur les proportions de V International^ on avait construit un tout petit bateau, on aurait certainement obtenu un résultat plus satisfaisant.

La rivière Rouge a sur le territoire des Etats-Unis, entre autres affluents, la rivière de la Queue-de-Loutre et la rivière du Lac- Rouge, qui, sortant toutes deux de lacs situés au milieu de belles et épaisses forêts, peuvent être très utiles pour la descente des bois. La Cheyenne et la Pembina sont aussi d'importants tributaires. La dernière semble être mise en sentinelle pour garder la frontière américaine, où elle décrit une courbe, après avoir laissé les possessions britanniques sur lesquelles elle a ses sources. Dans le département du Nord, outre quelques affluents d'aucune utilité, la rivière Rouge reçoit les eaux des rivières aux Roseaux, aux Rats et Sale, qui, sans offrir tous les avantages que possèdent les tributaires ci-dessus mentionnés, nous ont néanmoins déjà rendu de grands services, et nous en rendront de plus grands encore, quoique leurs lits soient presque desséchés la plus grande partie de l'été. Les rives delà rivière Rouge sont des falaises argileuses généralement très élevées. Cependant elles sont inondées ; ces inondations souvent élèvent le lit de la rivière jusqu'à 30 pieds au-dessus de son niveau ordinaire.

Le plus important tributaire de la rivière Rouge est, sans contredit, la rivière Assiniboine, qui était considérée autrefois comme la rivière principale et conservait son nom jusqu'au lac Winnipeg. L'Assiniboine n'est point navigable, quoiqu'elle ait un cours de plusieurs centaines de milles. Au printemps, mais au printemps seulement, on peut la descendre, et, de fait, on la descend en canots où en bateaux tout à fait plats, qui ne la remontent jamais. Je ne sache pas qu'elle soit habituellement propre à un autre genre de navigation. Son cours est excessivement tortueux, le bas coule sur un lit argileux à travers une vallée fertile, le haut traverse une plaine souvent sablonneuse et aride. Au printemps les ruisseaux qui descendent delà montagne Dauphin peuvent confier à l'Assiniboine, où ils se jettent, les bois que nous lui demanderons, après avoir épuisé ceux qui la bordent et qui nous ont déjà été d'une si grande utilité.

Larivière Rapide traverse de belles terres, qui plus tard seront certainement habitées.

Le grand affluent de l'Assiniboine, à l'ouest, est la rivière Qu'Appelle, petit ruisseau au fond d'une vallée délicieuse et dont l'élargissement forme huit lacs où abonde la meilleure qualité de poisson blanc. Avec plus de bois, la vallée du lac Qu'Appelle serait une place de premier choix pour la colonisation.

Quelqu'un a parlé de construire une chaussée à travers la branche sud de la Saskatchewan, pour rejeter dans la vallée de la Qu'Appelle la masse d'eau qui l'emplissait autrefois, et par là fournir à l'Assiniboine le moyen de devenir navigable. Sans m'arrêter à combattre une idée dont la réalisation me semble

tout à fait impossible, je me permettrai d'exprimer mon étonnement à l'annonce d'un projet conçu, en partie du moins, en faveur de la colonie de la Rivière- Rouge, et dont la conséquence serait de noyer, et, par conséquent, de détruire cette même colonie. Les inondations sont précisément le plus grand obstacle que la colonie ait trouvé à son développement, et l'on parle d'un plan qui, entre autres inconvénients, lui amènerait une masse d'eau presque égale à celle qu'elle reçoit naturellement et qu'elle ne peut contenir. Evidemment la rivière Qu'Appelle, au lieu d'être autrefois un tout petit ruisseau comme aujourd'hui, était une belle et magnifique rivière, ou un lac immense remplissant toute la vallée ; qui a près de 2 milles de largeur ; mais c'était à l'époque où toute la plaine au milieu de laquelle coulent la rivière Rouge et le bas de l'Assiniboine, était le fond d'un lac. Cette plaine redeviendrait encore un lac, si une partie considérable des eaux de la branche sud de la Saskatchewan étaient dirigées vers l'Assiniboine.

Au sud, la rivière Assiniboine reçoit les eaux de la rivière à la Souris, qui a ses sources tout près du Missouri. Des fragments de lignite, trouvés sur les bords de cette rivière, avaient fait croire à l'existence de couches carbonifères. Des recherches plus exactes n'ont point justifié cette attente. C'est en suivant la rivière à la Souris une partie de son cours, que les explorateurs de la rivière Rouge ont aussi découvert le haut du Missouri, et c'est là qu'ils ont poussé leur reconnaissance jusqu'aux montagnes Rocheuses, avant qu'aucun homme civilisé en eût salué le versant occidental, du moins à cette latitude.

Par elle-même, et par la rivière Qu'Appelle, l'Assiniboine va chercher les eaux de toute la plaine, jusqu'aux bords pour ainsi dire de la branche sud de la Saskatchewan, tandis que la rivière à la Souris et la Cheyenne reçoivent celles qui descendent du graud coteau du Missouri. La rivière Rouge, outre toutes ces eaux, recueille à l'est celles qui ne tombent pas dans le Mississipi. Il n'est donc point étonnant que les neiges fondues, qui ne trouvent point obstacle dans ces immenses plaines, d'où elles se précipitent vers le lac Winnipeg, le fassent en assez grande abondance pour n'être pas contenues dans le chenal qui doit les conduire, et cela est d'autant plus naturel que le lac, étant encore à l'époque de la fonte des neiges tout couvert d'une glace épaisse, ne se prête pas facilement à l'absorption de cette grande quantité d'eau. Nos inondations ont un caractère bien différent de celui qu'elles revêtent dans les pays montagneux. Ici nous ne sommes point envahis par un torrent qui se précipite avec fracas et rapidité dans notre plaine, presque horizontale ; la crue des eaux, rapide à son début, est très lente ensuite pendant plusieurs jours, puis elle devient comme insensible, c'est ensuite la stagnation complète pendant quelques jours ; enfin la décroissance se fait graduellement dans les mêmes proportions.

30 Tributaires de Vouest. — La côte occidentale du lac Winnipeg ouvre ses couches calcaires pour laisser passer deux tributaires dignes du plus vif intérêt, et qui absorberont notre attention de ce côté, à l'exclusion du grand nombre de petites rivières qui se déchargent aussi dans le grand lac. Ces deux tributaires sont la rivière Dauphin, dite Petite Saskatchewan, et la grande rivière Saskatchewan, justement célèbre.

La rivière Dauphin perd à n'avoir pas plus de profondeur ; son eau est si belle, si rapide ! Elle décharge, outre les lacs Manitoba et Winnipigous, tous ceux que nous croyons avoir été confondus autrefois avec ces derniers dans un seul et même bassin. La rivière Dauphin, qui n'a que quelques milles de longueur sort du lac Saint-Martin, qui en a 30 et qui reçoit les eaux du Manitoba par la rivière et le lac de la Falle-à-la-Perdrix. Le mot Manitoba est la corruption du mot Manitowapa, qui signifie détroit du Manitou, ou détroit extraordinaire, surnaturel. L'agitation de l'eau y est attribuée, par les sauvages, à la présence de quelque esprit. Le lac qui porte ce nom a une superficie d'environ 1900 milles, une longueur de 120, par une largeur ir régulière qui n'excède nulle part 20 milles. La petite rivière Blanche, White-Mud River, se décharge dans ce lac à son extrémité méridionale. Nous mentionnons ce petit cours d'eau, de peu d'importance par luimême, parce qu'il traverse une petite vallée très propre à la colonisation et sur les bords de laquelle, comme sur les rives du Manitoba, il y a déjà quelques établissements.

La rivière à la Poule-d'Eau, qui est restée le trait d'union entre les lacs Manitoba et Winnipigous, décuple deux ou trois fois dans son parcours la distance qui sépare ces deux lacs. Cette rivière est rapide, peu profonde, et a une foule de branches à travers un pays bas et marécageux.

Le lac Winnipigous (petit Winnipegj a une superficie à peu près égale à celle de son noble voisin. Sa longueur et sa largeur sont aussi à peu près les mêmes. Un phénomène assez singulier dans ces deux lacs, où les couches de calcaire abondent, c'est la présence de blocs isolés de granit s'amoncelant en battures qui se prolongent bien loin au large et rendent la navigation dangereuse. C'est sur une des battures du lac Winnipigous que le zélé M. Darveau perdit la vie, après y avoir brisé son canot. En certains endroits, ces battures de cailloux courent dans des directions parallèles à la côte, se couvrent de terre et même d'arbres, forment une première grève ou crête qui n'a souvent que quelques pieds de largeur, laissant en arrière de petits lacs ou marais quelquefois d'une grande étendue et qui offrent de sérieux embarras à ceux qui, mettant pied à terre, n'aiment pas à marcher dans l'eau.

Le joli lac Dauphin, long d'environ 20 milles et large de 12, porte ses eaux au Manitoba ; plus au nord, la rivière Plate paye le tribut du lac et de la rivière du Cygne ; enfin, tout à fait à l'extrémité septentrionale, la rivière à la Biche, l'une des premières découvertes dans le pays, fournit aussi son contingent. Tout naturellement les rives de cette dernière, comme celles de la rivière du Cygne, étant plus élevées, sont des terres propres à la culture et qui semblent d'une grande fertilité. Joignant à ces lacs et rivières déjà mentionnés une multitude d'autres qui couvrent tout le pays, on accepte plus volontiers que, à une époque même assez rapprochée, le tout ne formait, avec le grand Winnipeg, qu'un seul et même bassin ou mer intérieure. Le lac Saint-Martin n'a que 25 pieds au-dessus du Winnipeg, le lac Manitoba n'en a que 40, le Winnipigous 60, et le lac Dauphin, le plus élevé de tout ce groupe, n'en a que 70. Ce dernier se trouve à peu près au niveau des terres, au centre de la colonie de la

Rivière-Rouge, en sorte que le nivellement de ce groupe de lacs entraîne l'inondation des terres que nous habitons.

Les lacs Manitoba et Winnipigous sont de magnifiques nappes d'eau, navigables pour des vaisseaux tirant une dizaine de pieds ; malheureusement le chenal qui les relie, comme celui qui les unit au grand lac Winnipeg, n'a pas assez de profondeur pour porter des embarcations considérables. Cette dernière circonstance est d'autant plus regrettable, que sans elle ces lacs seraient la voie la plus commode pour pénétrer dans l'Ouest, où la vallée de la Saskatchewann'a que 4 à 5 milles de largeur. Le percement de cette langue de terre n'offrirait aucune difficulté sérieuse ; les deux lacs que ce canal unirait ont à peu près la même élévation, et on éviterait par là tous les obstacles qu'offrent à la navigation les 20 milles qui séparent le lac Bourbon du lac Winnipeg.

L'embouchure de la rivière Dauphin ou petite Saskatchewan, second tributaire en importance de la rive occidentale, est située au milieu du lac vis-à-vis l'embouchure de la rivière aux Tourtes (^BarrerCs River), second tributaire aussi en importance de la rive orientale. Cette espèce de symétrie se produit encore à l'embouchure des tributaires les plus considérables. Le seul affluent du midi semble aussi se rencontrer avec la seule décharge qui est tout à fait au nord. La rivière Winnipeg, premier tributaire oriental, a son embouchure à l'extrémité sud-est du lac ; tout comme la rivière Saskatchewan, le grand courant occidental se repose dans le lac à son extrémité nord- ouest. C'est de ce dernier que nous devons nous occuper maintenant. La rivière Saskatchewan a une importance tout exceptionnelle, qu'elle emprunte à l'immensité et aussi à la richesse de la plaine qu'elle arrose. Son nom est une abréviation du mot cris Kaskatchewan (^Rapide courant). Elle a ses sources principales dans les montagnes Rocheuses, ce qui, grâce à ses sinuosités, lui donne un cours de plus de 1200 milles. Ce grand fleuve se partage en plusieurs branches qui se promènent capricieusement à travers la vaste plaine qu'elles sillonnent en différents sens et souvent dans des directions tout à fait opposées.

La branche principale de la rivière Saskatchewan est celle du nord, nommée tout simplement la Saskatchewan, connue parmi nos voyageurs canadiens sous le nom de rivière du Pas. Nous l'avons dit plus haut, elle a sa source dans les montagnes Rocheuses, dans un petit lac près du mont Forbes, vers 51° 50. Au commencement de sa course, elle serpente au milieu des crêtes des montagnes dans une direction générale du nord-est, jusqu'à la pointe aux Pins ; de là elle court au nord-nord-est jusqu'au pied de la colline de la Grosse-Corne. Après avoir reçu les eaux de la coulée du même nom, elle se hâte vers le fort de la Montagne à l'est. De ce fort à Edmonton, sa course générale est nordest ; elle la continue dans cette direction au point de dépasser le 24e parallèle, pour le suivre assez longtemps, revenir ensuite vers le sud saluer le fort Pitt, formant entre ce dernier fort et le précédent un arc immense dont la direction générale est presque régulière. Du fort Pitt le grand fleuve continue à descendre au sud-est, jusqu'au coude, d'où il remonte subitement vers le nordest, d'abord jusqu'à Carlton, ensuite jusqu'au fort Cumberland. De ce dernier point, l'ensemble de la direction est vers le sud-est,

quoique les fortes courbes que décrit la rivière la fassent tantôt remonter vers le nord et tantôt descendre vers le midi.

Depuis sa source jusqu'au fort de la Montagne, distance d'environ 150 milles, la rivière Saskatchewan est tout à fait impropre à la navigation ; déjà pourtant sa largeur est d'environ 130 mètres.

Des lits de charbon commencent à s'y faire remarquer, sans continuité pourtant. C'est partout une forêt assez épaisse ; tout près du fort il y a une petite chute, puis des rapides ; c'est aussi tout près de là que la rivière à l'Eau-Claire se joint au cours principal. Du fort de la Montagne à Edmonton, distance aussi d'environ 150 milles, la navigation est possible pour des berges. Cet avantage n'est pas sans difficultés, tant à cause de la rapidité du courant, que parce qu'à certaines saisons l'eau est très basse. C'est à tel point que l'on a préféré laisser les embarcations et ouvrir un chemin à travers un pays en partie boisé. A peu près à mi-distance entre les deux forts, la Saskatchewan reçoit la rivière Brazeau, nommée aussi la Fourche- Nord, ce qui la fait quelquefois confondre avec la branche principale. Plus bas, c'est la rivière à la Terre-Blanche qui sort d'un joli lac, que l'on a voulu rendre célèbre en assurant que des mines d'or d'une grande richesse se trouvaient dans le lit de la rivière et sur les bords du lac.

Au fort Edmonton, le fleuve mesure 200 mètres de largeur, et la vallée dans laquelle il coule a une profondeur de 190 pieds. A quelques lieues plus bas qu'Edmonton, on aperçoit l'embouchure de la petite rivière Esturgeon, qui coule du lac Saint-Anne, traverse le lac Saint- Albert et reçoit les eaux des autres lacs de ce même groupe.

D'Edmonton à Carlton, distance par eau d'environ 500 milles, la Saskatchewan est navigable pour des bateaux à vapeur pendant six ou huit semaines. Certaines années, elle le serait pendant une plus longue période, mais l'incertitude et le peu de régularité de cette navigation, excepté depuis le milieu de juin jusqu'au commencement d'août, ne permettent pas de lui assigner un plus long espace de temps, pendant lequel on puisse compter sur un résultat certain. A l'eau basse, les petits rapides et les battures n'ont pas plus de 36 pouces d'eau, et avec la meilleure volonté du monde de faire chorus à ceux qui disent bien haut les avantages de la Saskatchewan, il nous est impossible de regarder ces 36 pouces d'eau, serpentant à travers des battures irrégulières et mouvantes, comme suffisant à une navigation de quelque importance.

A Carlton, la rivière a 480 mètres de largeur. Entre ce fort et l'embouchure de la branche sud, distance de 50 à 60 milles, se trouve un obstacle sérieux à la navigation. C'est le rapide la Colle, dont la continuité mesure une vingtaine de milles. De plus, avant d'arriver, il faut passer plusieurs endroits encore moins profonds qu'au-dessus de Carlton. Le courant dans les rapides de la Colle mesure jusqu'à 8 milles à l'heure, ce qui constitue une difficulté réelle. En bien des endroits, le lit de la rivière est intercepté dans toute sa largeur par des blocs de pierre qui rendraient la descente dangereuse, même à l'eau moyenne, et qui la rend impossible à l'eau basse, à moins de travaux très considérables. Cette descente n'est sûre qu'à l'eau très

haute et alors il serait impossible à des bateaux à vapeur de la remonter à cause de la rapidité du courant.

Depuis la Fourche, confluent de la branche sud, jusqu'au fort de la Corne, la navigation ne trouverait de difficultos que dansla rapidité du courant, qui varie de3 à 4 milles à l'heure.

Du fort de la Corne au fort Curaberland, distance d'environ 175 milles, la navigation est très incertaine ; le courant est très violent, les battures et rapides y sont nombreux ; à l'eau basse, plusieurs endroits ne mesurent pas plus de 2 pieds de profondeur, et cette eau basse existe même au printemps, quand en hiver il y a eu peu de neige. La crue des eaux du mois de juin donne sans doute à la rivière une profondeur suffisante pour porter des steamboats ordinaires, mais alors le courant est assez fort pour ne pouvoir être vaincu par un engin ordinaire.

lire autre difficulté dans cette section de la rivière, c'est la rapidité avec laquelle l'eau baisse à lasuitede cettecrue del'été: 4 ou 5 pouces à l'heure ; il ne faudrait j)as bien des heures pour réduire le niveau au point d'arrêter un bateau dans sa course : et si par malheur cet accident arrivait, il entraînerait la ruine complète du vaisseau, qui ne pouvant pas être tiré de ce mauvais pas, aurait peut-être à y attendre la débâcle du printemps suivant. La violence du courant, dans cette partie, imprime à la glace une force à laquelle le vaisseau ne résisterait pas. Cette crainte, assez singulière en apparence, est le résultat d'études et d'observations minutieuses faites par un ingénieur sérieux, dont le rapport nous a fourni quelques-unes des données que nous possédons sur la Saskatchewan.

Au fort Cumberland, au pied du lac Bourbon (Cerfar Lake), distance d'environ 200 milles, la rivière est très propre à la navigation ; le courant y est fort, mais jamais au point de créer de grandes difficultés. On ne peut songer à une navigation de quelque importance entre le lac Bourbon et le lac Winnipeg, distance d'une vingtaine de milles. Plusieurs rapides, entre autres ceux de la Demi-Charge, du Rocher-Rouge, surtout celui dit Grand- Rapide, forment des obstacles insurmontables à la navigation ordinaire. La nature du terrain offre des difficultés sérieuses aux travaux nécessaires pour vaincre ces obstacles, en sorte qu'il paraît certain qu'il faudrait attendre longtemps encore avant de voir le bas de la Saskatchewan se prêter à une navigation facile et constante. L'embouchure de la rivière forme un port sûr et commode pour plusieurs vaisseaux.

Quoi qu'il en soit des difficultés que nous avons cru devoir énumérer, telles que nous les connaissons, il ne faut pas perdre de vue les avantages. Depuis le pied du lac Bourbon jusqu'à Edmonton, distance d'environ 1,000 milles, pendant six semaines, et cela les années les moins favorables, la navigation à la vapeur ne rencontrerait même actuellement qu'un obstacle insurmontable, les rapides à la Colle, ou si l'on veut, depuis l'embouchure de la branche sud jusqu'à Carlton. On a parlé d'atténuer cette grave difficulté, en remontant la branche sud environ 60 milles, jusqu'au chemin de traverse qui vient de la rivière Rouge, d'effectuer là le transport par terre jusqu'à Carlton, pour ensuite continuer par eau jusqu'à Edmonton. Ce ])rojet donnerait deux sections de rivière, d'environ 500 milles chacune, un portage d'environ 22 milles pour les unir entre elles, et un autr« d'environ 20

ESQUISSE SUR LE NORD-OUEST DE l'aMÉRTQUE 39

•milles pour joindre les terminus de cette navigation avec le lac Winnipeg.

Nous avons déjà exprimé notre opinion sur la disette des bois sur les bords de la Saskatchewan. Le rapport de l'ingénieur dont nous avons parlé plus haut, corrobore parfaitement notre opinion que nous avions formée au reste sur les lieux mêmes. Du lac Bourbon (Cedar iaA;e) jusqu'auprès du fortCumberland, il n'y a pas même assez de bois de chauffage pour approvisionner un petit steamboat, et ce dans un pays inhabité. De Carlton au fort Pitt, 250 milles, pénurie presque égale. Du fort Pitt à Edmonton, comme de l'embouchure de la branchs sud au chemin de traverse, on trouve un peu de tremble et d'épinette blanche pour quelques années seulement. Nous le répétons, qu'y ferait une population nombreuse ?

La Saskatchewan coule en partie sur un lit d'argile ; sa première grève est aussi presque partout une falaise argileuse, en sorte qu'il n'est pas étonnant de voir ses eaux se charger fortement de matières insolubles et n'avoirjamais de limpidité.

Ces argiles et ces sables, entraînés par la rapidité de l'eau, se déposent en batturesque le courant promène et change capricieusement, au point de défier l'expérience des pilotes les plus habiles. La couleur de l'eau dérobe complètement à la vue ces barrières, quelquefois formées de la veille, ce qui crée une autre difficulté pour la navigation.

Le premier grand tributaire de la Saskatchewan que l'on rencontre en la descendant, est la rivière à la Bataille. Celle-ci a ses sources dans un groupe de lacs situés au sud de la Saskatchewan, vers le 53e parallèle, vis-à-vis le groupe de lacs Sainte- Anne, et à peu près également éloignés du fleuve. La rivière à la Bataille descend au sud jusqu'au 52e parallèle, vis-à-vis le point où la Saskatchewan atteint le 54e. Elle remonte ensuite jusqu'au 53e, pour redescendre un peu vers le sud et offrir ensuite à la grande rivière le tribut des eaux qu'elle roule assez difficilement depuis 300 milles. La rivière à la Bataille, qui coule dans une vallée profonde et étroite, traverse de belles terres. Son nom lui vient de nombreux combats qui se livrententre les sauvages Cris, Pieds-Noirs et autres qui habitent ces terres et qui se poursuivent d'une haine invétérée. Les accidents de terrain offrent des facilités pour les guerres d'embuscade que se fuit ces lâches et impitoyables tirailleurs.

Le bras sud de la Saskatchewan est à la branche nord ce que le Missouri est au Mississipi, c'est-à-dire un vassal plus puissant et moins célèbre que son seigneur. La branche sud, que nos voyageurs appellent ordinairement la Fourche des Gros- Ventres, a trois sources principales qui toutes coulent des montagnes Rocheuses. La plus méridionale conserve son nom de rivière des Gros- Ventres, qui est celui de la nation sauvage qui fréquentait ses bords lorsqu'elle a été ainsi désignée. La seconde branche, au midi, est la rivière aux Arcs, qui se joint à la précédente vers le 112e degré de longitude, et enfin la magnifique rivière à la Biche qui emporte à travers les pays d'une rare beauté les eaux du beau lac du Bœuf, et se joint à la branche sud de la Saskatchewan à peu près au point d'intersection du 51e parallèle par 109° 30 de longitude. Ces trois grands cours d'eau ainsi réunis forment une puissante rivière large de 300 à 400 mètres, profonde en certains endroits, et

partout très rapide. Comme la plainequ'elle traverse est sablonneuse jusqu'à une certaine distance de son embouchure, l'eau en est naturellement plus limpide que celle de la branche nord. Tout le pays que traversent les trois ramifications du bras sud e^t exclusivement occupé par des tribus nomades. Il n'y a pas même un seul établissement de traite dans cette immense étendue de terre. La crainte des sauvages d'abord, l'habitude ensuite, l'espoir d'avoir autrement le peu de founures qui s'y trouvent ont emi^êché qu'on ne s'y établît. En 1822, l'honorable compagnie de la baie d'Hudson, unie l'année précédente à celle du Nord-Ouest, construisit un fort à la jonction de la rivière à la Biche avec la branche sud. Ce poste fut nommé Chesterfield House. Des officiers des deux compagnies, qui au courage joignaient l'habitude des relations avec les sauvages de cette partie du ]jays, avec lesquels ils avaient traité dans leurs établissements de la branche nord, furent envoyés à ce poste dangereux avec une centaine d'hommes. On ne s'y maintint que quelques années, pendant lesquelles plusieurs hommes furent tués, ce qui détermina à renoncer à une tentative dont les périls ne trouvaient pas une grande compensation dans les avantages de la traite, la position néces-sitant des frais qui absorbaient tous les profits.

Les sauvages se sont bien adoucis depuis. Quelques-uns sont devenus chrétiens ; les mêmes dangers n'existent plus, et l'un de nos généreux missionnaires a déjà choisi, près le lac du Bœuf, un endroit où il donne rendez-vous aux terribles Pieds-Noirs qu'il y instruit et où il lui tarde de commencer un établissement stable, pour travailler plus efficacement à la conversion de ces redoutables enfants de la prairie.

Je regrette de ne pouvoir indiquer quelle facilité le bras sud peut offrir à la navigation. Il me manque à cet égard des données que je puisse considérer moi-même comme certaines. Les expéditions diverses qui ont traversé ce pays fournissent sans doute des renseignements nombreux et précieux ; cependantjene sache pas que l'on ait fait sur ces rivières des observations réitérées à plusieurs époques de l'année et à des années différentes, sans lesquelles il est impossible déjuger d'une manière certaine des conditions nécessaires à une navigation régulière. On a bien parlé d'une navigation à vapeur, non interrompue, sur tous les bras sud de la Saskatchewan et sur la rivière de l'Arc jusqu'aux montagnes Rocheuses ; mais, comme je sais que l'on traverse ces rivières à gué facilement en plusieurs endroits, j'en conclus que la navigation devrait, au moins quelquefois, rencontrer des obstacles. Cependant, quand on a navigué sur le Mississipi, surtout depuis le lac Pépin jusqu'à Saint-Paul, on comprend qu'il ne faut pas une grande quantité d'eau pour obtenir un résultat considérable. Les travaux d'amélioration, dans ces sortes de rivières, sont rendus comme impossibles par les sables mouvants dont nous parlons, qui descendent des montagnes et traversent une plaine presque complètement déboisée, voient le phénomène de la crue et de la chute de leurs eaux, se précipiter avec un rapidité beaucoup plus considérable que celles des rivières qui ont leurs sources dans des pays plats, ou qui coulent dans des terres cou vertes de bois. Cette dernière circonstance, en créant une difficulté par la violence des eaux à l'époque de leur crue, limite la

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navigation, puisqu'en quelques jours ces eaux débordées rentrent dans leur lit le plus bas.

Au nord, la rivière Saskatchewan reçoit par le lac Cumberland un tributaire qui jusqu'à ce jour a joué un grand rôle dans le pays. C'est la rivière à la Pente. Nous désignons sous ce nom la série des lacs et rivières qui reçoivent le? eaux au sud du portage du fort de Traite. Ce portage, que les Anglais nomment Frog Portage (portage à la Grenouille), a 365 mètres de longueur et passe des eaux dont nous parlons à celles de la rivière Churchill ou rivière aux Anglais. Le portage du fort de Traite est bas, et quand l'eau est haute dans la rivière Churchill, elle donne de son trop-plein à la place du portage un rapide que l'on peut quelquefois descendre en canot. C'est en sautant ce rapide que s'est noyé un officier de la compagnie du Nord-Ouest.

L'eau que laisse le portage du fort de Traite, entre bientôt dans le lac des Bois, puis dans le lac Chétek ou Pélican et le lac Mi- Rond. La rivière à la Pente proprement dite la conduit au lac Castor, limite méridionale du système laurentien à cette longitude. Cette eau se traîne ensuite, quelquefois assez difficilement, sur les interminables couches calcaires de la rivière Maligne, dans les fosses de laquelle se jouent les esturgeons et qui lui ont valu le nom de Sturgeon Hiver. Le lac Cumberland conduit ensuite cette eau à la Saskatchewan. Cette série de lacs et de rivières est très difficile à traverser ; même à l'eau haute on y rencontre treize portages et un grand nombre de rapides. A l'eau basse, c'est bien la rivière Maligne que nos voyageurs redoutent avec raison, et où j'ai souffert bien des fois, en les voyant s'y échiner d'une façon pénible.

Il est donc inutile de songer à utiliser la rivière à la Pente pour un autre genre de navigation que cette navigation primitive à laquelle elle sert actuellement.

La rivière à la Carotte et la petite rivière du Pas, qui a l'honneur de donner son nom au géant de l'Ouest et h l'établissement situé à son embouchure, sont aussi des affiuents de la Saskatchewan qu'elles longent sur sa rive méridionale. Un peu plus bas que le Pas, la rive septentrionale s'ouvre pour recevoir les eaux du lac d'Orignal. Le haut de la rivière surtout a un grand nombre d'autres affluents que nous n'avons point nommés pour éviter des longueurs. Quelques-uns de ces petits tributaires ont pourtant l'avantage, les uns, de sortir de lacs très poissonneux, et d'autres de pouvoir être utilisés facilement comme pouvoirs d'eau.

Les terrains houillers que traversent les différentes branches de la Saskatchewan sont une grande source de richesses et favoriseront la colonisation de cette vallée, où la nature a multiplié de? sites d'une beauté qui défie ce qu'il y a de plus remarquable au monde en ce genre. Je comprends la prédilection exclusive que les enfants de la Saskatchewan nourrissent pour leur pays natal. Après avoir traversé le désert, après s'être éloigné à une si grande distance des pays civilisés, que l'on croit parfois avoir le monopole du beau, on s'étonne de trouver à l'extrême ouest tant et de si magnifiques terres. A côté des grandes et sauvages beautés qu'offre l'aspect des montagnes Rocheuse?, l'Auteur de la création s'est plu à étaler le luxe si attrayant des plaines de la Saskatchewan.

4" Nord du lac Winnipeg. — Le lac Winnipeg n'a pas d'affluent au nord ; c'est vers ce point, au contraire, et vers ce point seulement, qu'il porte l'immense quantité d'eau qu'il reçoit des tributaires grands et petits qui se pressent sur tout son contour. Le lac Winnipeg se décharge par un détroit ou rivière large, profonde, rapide, mais très courte, qui conduit ses eaux dans le petit lac Pelé {Play GreenLake). Ce dernier, comme épouvanté de la position que lui fait cette agression, divise les eaux qu'il reçoit ■en deux branches et les rue contre les rochers arides qui le bordent au nord, sûr que, par cette double attaque, il réussira à donner le change et à se frayer un passage à travers cette épaisse muraille. Le premier effort est couronné de succès, ces liquides bataillons ont l'habitude de pareilles luttes ; car, il ne faut pas l'oublier, la rivière aux Tourtes, la rivière Winnipeg, la rivière Rouge, la petite et la grande rivière Saskatchewan et mille autres vassaux qui ont envoyé leur contingent, luttent les uns au milieu des rochers depuis leur formation, les autres ont essayé leur force au moins à travers les calcaires. En s'unissant dans le Winnipeg, ils n'ont pu que gagner en intrépidité. Aussi, il ne faut pas s'étonner de la vigueur qu'ils déploient en se séparant à l'extrémité du Play Green Lake. Après la victoire remportée sur ce premier obstacle commun, ils se rallient en un seul corps dans le lac Travers, comme pour attendre l'effet produit par le premier choc. Il leur semble entendre le mugissement d'un monde de lacs tenus en captivité dans les hauteurs qu'ils viennent d'ébranler. Ce bruit les encourage, ils sonnent de nouveau la charge en se précipitant avec fracas à travers les rapides qu'ils creusent sur leur passage, se reposent quelques instants dans un autre lac où les renforts apportés par la rivière aux Foins et envoyés par le lac aux Roseaux et autres, les déterminent à laisser le 55e parallèle pour, par la route du nord-ouest, arriver au point d'intersection du 56e degré avec le 90e méridien, décrivant dans ce parcours d'un côté la Katchevan, de l'autre la première section du fleuve Nelson. Ces deux branches se confondent de nouveau en arrivant au lac Fendu. C'est là que la rivière du Bois-Brûlé leur prête son concours, rendu plus puissant par la multitude des lacs qu'elle décharge. Cette masse d'eau reposée dans le lac Fendu qui la dirige vers l'est, forme de là à la baie d'Hudson le magnifique et impétueux fleuve Nelson, qui s'enrichit de la jolie rivière de la Pierre-à-Chaux, qui a reçu elle aussi les eaux de plusieurs lacs.

Le fleuve Nelson est un des plus puissants que je connaisse, puisque lui seul égoutte tout le bassin du Winnipeg, cette plaine immense que l'on ne borne qu'en courant des hauteurs du Saint- Laurent à celles du Mississipi et du Missouri, pour revenir par les montagnes Rocheuses, d'abord aux hauteurs du bassin arctique, puis à celles du bassin intermédiaire. Le fleuve Nelson offre des spectacles magnifiques par la variété et le nombre de ses chutes et rapides. On le comprend facilement, puisque son volume d'eau traverse la chaîne des Laurentides qui, à la vérité, ont perdu de leur élévation, mais qui néanmoins en conservent assez pour diversifier à l'infini l'aspect d'un des plus grands fleuves du monde les traversant audacieusement.

La navigation du fleuve NeUon est comme impossible, il a pourtant souvent été monté et descendu. On a tenté bien des

ESQUISSE SUR LE NORD-OUEST DE l'aMÉRIQUK 43

établissements sur les lacs qui s'y déchargent et qui forment nécessairement un très bon pays de chasse et de pêche. Mais, en somme, les difficultés de la navigation sont telles, qu'aujourd'hui rhonorable compagnie de la baie d'Hudson n'a sur tout le parcours de ce fleuve et des affluents qu'un seul poste de traite, qui se trouve dans le district de Norway House, et où l'on descend les marchandises que l'on a montées d'York avce tant de difficultés par la rivière flayes, imposant à ces infortunés colis et aux voyageurs plus malheureux qui les portent une route qui triple la distance qu'ils auraient à parcourir si la rivière Nelson pouvait être remontée avec moins de difficultés. Au point de vue économique, le majestueux fleuve est donc sans utilité actuelle, c'est pourquoi nous n'en dirons pas davantage et le laisserons mugir dans sa course impétueuse.

Tout effrayé des dangers auxquels sont exposés ceux qui descendent le fleuve Nelson, revenons par une autre voie au petit Play Green Lake d'où il sort. Nous dirons d'abordun mot de l'étroite langue de terre qui sépare ce petit lac du Winnipeg, dont naturellement il ne semble que le prolongement. Cette langue de terre est ce que l'on appelle la Pointe- aux -Mousses, et, en effet, d'épaisses couches de mousse et de débris végétaux couvrent une grande partie de cette pointe. Ces dépôts ont en certains endroits plusieurs mètres de profondeur, ils ont été probablement amoncelés par les courants qui régnent à l'extrémité du lac Winnipeg et les vents de nord qui combattent ces mêmes courants. Outre les eaux du Winnipeg, le lac Pelé reçoit encore un tributaire, c'est la rivière aux Brochets, qui donne son nom au dépôt à peu de distance de son embouchure et que les Anglais nomment tou]0\xYs Norway House. Ces deux noms donnés au même établissement font croire quelquefois que la route vers le nord, ou la baie d'Hudson, est par la rivière aux Brochets, taiidis qu'au contraire cette rivière vient plutôt du sud-est, où elle a sa source dans le lac du même nom. Ne trouvant point ici le chemin qu'avec tout le monde nous voulons suivre pour aller à la factorerie d'York, entrons dans la rivière de la Mer, qui n'est autre que le commencement du fleuve Nelson. Allons-y avec précaution pour n'être pas entraînés dans la dangereuse voie que nous voulons éviter, voyons s'il n'y a point quelque autre issue. Voici la rivière Noire. Cette rivière Noire n'est qu'un filet d'eau dans lequel les voyageurs glissent leurs embarcations, les traînant par-dessus les trois chaussées de castors sans lesquelles il serait impossible au bateau de tenir cette route.

Une loi bienfaisante a protégé pendant plusieurs années les ingénieux architectes de ces écluses qui, sûrs à la fin de cette protection, venaient sans crainte saluer les voyageurs. La noire ingratitude et l'insouciante imprévoyance de ces mêmes voyageurs ont violé la loi protectrice et détruit les paisibles familles de ces travailleurs ; mais depuis, les hommes doivent faire le métier de castors, dont ils s'acquittent assez mal, dans les réparations de ces chaussées. La source de la rivière Noire est précisément au pied de la hauteur des terres formée par la chaîne des Laurentides, que le grand fleuve Nelson n'a pas craint d'attaquer tout près de là et qu'il a vaincues glorieusement. De la hauteur des terres (portage de la Roche-Peinturée) on descend à York en suivant d'abord une petite rivière sans

nom, puis le lac du Milieu, la rivière au Couteau, le lac du Genou, la rivière aux Brochets, le lac Logan, la rivière du Roc {Hill River), la rivière d'Acier, et enfin la rivière d'York {Hayes River). Cette série de lacs et de rivières est un cours d'eau non interrompu, mais la navigation en est excessivement difficile, puisqu'on y compte jusqu'à trente-quatre portages sur une distance qui n'excède pas beaucoup 300 milles. Que l'on juge de la position de la colonie de la Rivière- Rouge et de tout le département du Nord, lorsque cette voie était la seule suivie et que tout ce qui pénétrait dans le pays ou en sortait devait subir l'épreuve d'être transbordé trente-quatre fois dans ce court espace, tandis que les épaules des voyageurs étaient les seuls véhicules en usage dans ces portages, dont quelques-uns sont assez longs. Pour remonter ce cours d'eau en berge, il faut de vingt à trente jours, et cela pour des voyageurs dont la force et l'agilité acceptent un travail à nul autre comparable. On va encore à la factorerie d'York et on en revient par la même voie, quoique la plus grande partie du commerce du pays se fasse actuellement par Saint-Paul Minnesota.

C'est à l'embouchure de la rivière Hayes que se trouve le port d'York, dit aussi port Nelson. Ce port ne peut offrir de protection qu'à deux navires et n'a que cinq brasses de profondeur; ce n'est, en réalité, qu'une cavité abritée au sud par la terre ferme, au nord par la batture de sable ou pointe aiguë qui sépare l'embouchure de la rivière Hayes du fleuve Nelson et que ces deux grands cours d'eau y ont déposée en la pressant de droite et de gauche. Le petit port est parfaitement abrité à la mer basse, car alors la batture est toute découverte et donne aisément l'idée d'unejetée artificielle. La mer haute la recouvre sans lui ôter toute sa force protectrice. L'accès de ce port n'est possible que pendant les mois d'août et de septembre, et n'est fréquenté que par les vaisseaux de l'honorable compagnie de la baie d'Hudson, qui annuellement y en envoie un ou deux. Le mouillage se fait à plusieurs milles de la factorerie, d'où l'on va chercher les marchandises des vaisseaux en rade, au moyen d'une petite goélette qui est une habituée du port, et qui fait de plus le service entre la factorerie et le fort de Churchill.

La rivière Severn, qui sert de voie .de communication pour arriver aux deux postes qui sont sur ses bords, est une assezbelle rivière. Sa navigation est difficile ; elle se décharge dans la baie d'Hudson à l'est du port Nelson. Par cette rivière et les lacs qui s'y déchargent, on arrive à la hauteur des terres d'où sort la rivière aux Tourtes, dont nous avons parlé plus haut. Les canots d'écorce suivent quelquefois cette route pour passer du lac Winnipeg à la baie d'Hudson.

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