IMPRIMERIE LE NORMANT
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mTROBUcTionr historique
Il est de ces nobles familles dont l’origine, après avoir remonté le cours des siècles , va se perdre dans les ténèbres de l’antiquité; de ces races vénérables, témoins éloquens et irrécusables de la gloire et de la vieillesse des nations, comme les monumens noircis par les âges le sont du génie et delà décrépitude des cités ; enfin de ces nobles lignées qui semblent prédestinées à prêter dans tous les temps l’éclat de leurs lumières, de leur vaillance et de leur prud’hommie , à l’éclat du trône qu’elles entourent.
De ce nombre est incontestablement la noble maison de Goethals (Boni-colle ) , qui, dans sa milliade historique, compte, dans la ville de Gand, neuf siècles d’existence et d’illustration^
INTRODUCTION
La richesse des documens que possède celte famille et les hommages qui lui ont été rendus par une foule d’historiens belges de toutes les époques, nous ont permis de répandre sur les tablettes de sa généalogie des détails intéressans et précis, d’où découlent les preuves irréfragables de sa filiation comme de ses hauts faits, qui envahissent en quelque sorte toutes les pages de l’histoire de Flandre.
Dans l’extrait de nos tablettes généalogiques que nous avons inséré dans les Annales de la Noblesse , nous nous sommes borné à la nomenclature des Goethals qui, depuis mille ans, ont le plus marqué sur la scène du monde par leurs vertus et par leur position sociale; on y trouvera de preux Chevaliers, de sages et pieux Prélats, des hommes d’État, des Diplomates habiles, des Magistrats intègres, des Philosophes, des Savans du mérite le plus éminent , et la réunion de ces biographies brillantes ajoutera, nous l’espérons, quelque lustre aux fastes de notre pays(i).
(i) "Voici comment un archéologue gantois s’exprimait naguère à l’égard do celte maison :
« Il existe dans tous les pays de ces grandes et importantes « Familles où les vertus et le génie semblent héréditaires, où
INTRODUCTION
Avant d’entrer en matière, nous allons jeler un coup d’œil rapide sur l’extraction des Goethals, sur l’étymologie de leurs noms, sur l’origine de leurs armoiries, de leur cri de guerre, etc.
En l’an 880, sous le pontificat de Jean VIII, le valeureux Honorius, commandant une légion romaine dans un combat contre les Sarrasins, reçut à la gorge un violent coup d’épée, dont il ne fut garanti que par l’excellence de la trempe de son haubert (1). Il fut à cette occasion surnommé Boni-colli (Bon col).
Ce surnom a subi dans la suite différentes métamorphoses, dont nous donnerons plus loin l’explication.
« l’illustration se transmet de génération en génération , comme « si le père l’avait reçue en dépôt pour la rendre religieusement « k son fils : en Italie, les Médicis; en France, les l^a Roche- « t'oucauld ; en Angleterre, les Grey; en Belgique, les Lannoy u et les Lalaing, tous noms qui réveillent d’anciens souvenirs de •< gloire qui semblent, malgré nous, commander le respect.
« Parmi ces familles, il en est une. surtout dont la ville de « Gand peut à juste titre s’honorer : c’est la famille Goethals, « qui, depuis le fameux Docteur Solennel jusqu’k notre véné- « rable Grand-Vicaire, digne descendant d’une souche d’hommes « célèbres et vertueux, n’a pas démenti son illustration. » {Miscellanées historiques, par Jules de Saint-Génois.)
(1) Etymologie teutonique : hais (cou), bergen (couvrir).
INTRODUCTION
Vers l’an 965, un Comte de Flandre, Arnould le Jeune (1), étant allé en Italie épouser la fille de Bérenger, Roi de Lombardie, amena avec lui plusieurs Seigneurs italiens qui s’étaient distingués dans les tournois (2), et au nombre desquels était Pietro , fils de Giovano et petit-fils d’Honorius ( 3 ).
La terre de Mude-lèz-Gand fut octroyée à ce jeune Chevalier avec les droits, privilèges et prérogatives attachés à cette importante seigneurie (4).
(1) C’était alors l’usage des sobriquets: Louis le Débonnaire, le Bègue; Charles le Chauve, le Simple, le Gros, etc. lien était de même parmi les nobles, dont quelques uns se distinguaient par le chiffre : Jean I‘ T , Jean II; Pierre I er , fils de Jean, etc. Ce ne fut qu’en l’an 987 que les Seigneurs commencèrent à prendre le nom de leurs domaines. Les noms de famille ou surnoms étaient alors inconnus en Europe; et c’est cette absence de noms propres qui rend si difficiles les recherches généalogiques au-delà du dixième siècle.
(2) Voir l’article Tournois, aux Appendices .
( 3 ) Les autres seigneurs étaient Alexandre de la Luna (aujourd’hui Sersanders) , Philippe de Curia {Uutenhove), Simon Borlutto ( Borluut ), Jean Adorno ( Adorncs ), Gérard Bredelli ( Breydel ) et Horace Simoni ( Sersimoens ).
(4) La terre de Mude comprenait tout le terrain limité par la Lys et le hameau nommé Meulestede , qui forme le quartier et le faubourg de Muye ou Muyde. Gereni Goethals, I er du nom, pour subvenir aux frais de son voyage en Palestine, la vendit, en l'année 1095,
INTRODUCTION
Lors de la première croisade, en 1096, Gerem, Sire de Mude, sous-arrière-petit-fils de Pierre, premier du nom, suivit à la Terre-Sainte le Prince Robert de Flandre , dit de Hiérusalem. Pendant le séjour qu’ils firent en Orient, les compagnons du Sire de Mude, dit Boni-cul/i, traduisant le sobriquet de ses ancêtres en l’idiome grec qui y était en usage, l’appelèrent Euiracheleus (de eî, bon, et rpâ^oj, cou). A son retour de la conquête des lieux saints, ce surnom, s’adaptant à la langue flamande , se transforma en Goet-hals, qui signifie encore littéralement la même chose; et Boni-colli, se francisant ou se latinisant, se prononça tantôt
à Robert, 2 ' du nom, Comte de Flandre, à la réserve du titre et d’un tiers du terrain, qui conserva tous les privilèges du fief principal, avec les droits de haute et basse justice. Deux cents ans plus tard, les descendans de Gerem se trouvaient encore possesseurs du nom de Mude ; mais la portion qui leur restait était particulièrement désignée sous le nom de Herscip van den Nyenlande (seigneurie de la Nouvelle-Terre ), ou tout simplèment Nyenlande. Elle est aujourd’hui comprise dans l’enceinte de la ville de Gand, où elle forme la paroisse de Saint-Sauveur. Le nom de la rue principale Muyde-straete , celui de la rue Nieuwland, l’église et l’hospice Saiut-Jacques , fondés en 1283 par Henri de Gand , sont les seuls vestiges que ce quartier ait conservés de la domination de scs anciens maîtres.
INTRODUCTION
Bonicolle , tantôt Boni-collus ou Boni-collius. Plus tard on a fait éprouver à ces différens noms d’autres changemens ou altérations, tantôt on abrégea le nom d 'Eutracheleus en en latinisant la moitié : Eu-co/lus; ailleurs on donna aux Goethals leur cri d’armes ( als goet) :
Algoëlm , ou sa traduction grecque ( n m à'/aûoç ) , Panagaihus (voy. ci-après p. x, io, 33, 35, 58, et Foppens, p. 2^3 et 7 g 3 ). Ailleurs enfin on leur donna, comme à Henri de Gand, à François de Bruges, etc., le nom du lieu de leur naissance ou de leur domicile : Qubd nonnullœ ibi Jamiliœ sint , quibus ab urbibus cognomen dalum (Foppens , p. 446).
Feller, dans son Dictionnaire historique , t. vi , article Henri de Gand, dit: « Cette famille de « Goethals , établie dans la ville de Gand de- « puis plus de 700 ans, est une des plus hono- « râblés de la Flandre ; elle a fourni d’excellens « sujets à l’église , à la magistrature et à la ré- « publique des lettres. Elle est connue dans « l’histoire sous les dénominations diverses de « Gredals, Golthal , Algoethus, Eucollus, « Eutracheleus et Panagathus. »
Gkrem Bonicolli , Eutracheleus , Goet-
INTRODUCTION
hàls, de Mude ou de Nieuwland, comme on voudra l’appeler, se distingua au siège et à la prise de Jérusalem par des prodiges de valeur. Il eut le bonheur de sauver trois vierges chré- ' tiennes qu’un Maure de Joppé était sur le point d’immoler à son fanatisme (i), et cette action galante et glorieuse fut retracée dans son blason, dont le champ de gueules fut dès lors armorié de trois bustes de vierges de carnation, habillées d’azur et chevelées d’or, ayant pour cimier un Maure issant de sable , tortillé d’argent, tenant dans la main droite une tige feuillée de sinople à trois roses du champ. Ce blason est encore le même aujourd’hui (2).
La devise paraphrasée du nom : In als goel ( En tout bon ) , qui accompagne ces armoiries, fut, dans le même temps octroyée, comme cri
( 1 ) Le Majeur, dans son poëine sur la Gloire betgique, chant 8, p. 3ovi, a consacré au héros gantois le quatrain suivaut :
Bonni-Colle, ancien nom, l’effroi du Sarrasin,
Sous le nom de Goethals , qu’il tient du Souverain ,
Ayant sauvé les jours de trois jeunes captives ,
Fait orner son blason de leurs tâtes naïves.
(•a) Voyez l’ Armorial des Pays-Bas, publié par IN eu (l'orge ,
INTRODUCTION
de guerre, aux Seigneurs de Nieuwland, en récompense de leurs bons et loyaux services.
Le tableau des alliances de la famille Gof.thai.s offre la réunion de plus de deux cents noms, parmi lesquels iigurent les plus honorables de la noblesse des Pays-Bas : les Ghistelles, Commines , Mailly, Borluul, Berlhoult , Masmines, Mol, Artevclde , Vf" 7 enemaere, Uutendaele, Calckine, Audenburg , Gruutcre , Pape, Houweel, Surlet , Ingoyghern, Lembeke, Lannoy, Vos, Oosterzeele, V anderGracht, Baceschoot, Ackerman , U utenhove, Vicq, Sersimoens, Bette, Bruns, Damman , Baronnaige, Hym, Triest , Sanders, Oultrernont, Vander-Noot, Sweerts, Grysperre, Vanden-Cruyce, et cent autres des plus illustres familles des dix-sept. provinces, viennent tour à tour orner nos tablettes généalogiques de la célébrité de leurs noms vénérables, et répandre l’éclat de leur blason sur le magnifique armorial de la maison de Goethals.
C’est au soin religieux avec lequel cette noble famille a su, par des alliances dignes d’elle, conserver intact le dépôt nobiliaire qu’elle avait reçu de ses ancêtres , qu’elle dut , dans tous les temps, l’honneur d’être admise au magistrat
INTRODUCTION
de la ville de Gand (i), aux premières charges de la Cour, aux plus hautes dignités dans les chapitres nobles, et de couvrir ses monumens tumulaires de ses nombreux quartiers généalogiques. Dès le quinzième siècle , les tombeaux de Henri et de Pierre (n 05 27 et 55 de nos Esquisses biographiques ) étaient ornés de seize quartiers; au dix-septième, Marie Goethals (n° 70) , cousine du Prélat de Tronchiennes , et Supérieure des Hospitalières nobles d’Alost , en eut trente-deux , et ainsi de bien d’autres.
On peut facilement se convaincre , par l’examen des Esquisses biographiques que nous offrons au public, que notre ouvrage, dont elles
( 1 ) Voici comment Philippe de l’Espinoy, dans son ouvrage sur la Recherche des Antiquitez et Noblesse de Flandres, p. 33i, s’exprime sur la composition de ce corps : « Les Comtes de « Flandre ayans de tous temps confié et commis la pollice, con- « duicte et gouuernement des villes de leurdict pays aux Magis- « trats qui y estoyent establis à cest effect, ie monstreray clai- « rement par plusieurs mémoires qui sont encore en estre et « gardez aux archiues de diuerses villes, que lesdicts Magistrats « n’ont pas tousiours esté composez seulement de Gentilshommes « particuliers et des plus nobles bourgeois, comme aucuns se sont u persuadez , mais souuentesfois et en aucun temps de cauaillers a principaux et de Seigneurs de remarque, etc. » ( Voir l’astérisque de la note de la p. 38 , ci-après et la Notice sur le Magistrat de Gand, p. i85).
IXTBODCCTIOX.
sont extraites, est le fruit des recherches les plus pénibles, les plus assidues et les plus consciencieuses; que rien n’a été admis au hasard : que tous les faits principaux qui s’y trouvent consignés pendant la longue période de siècles qu’il embrasse, sont établis sur des docusnens historiques, sur des titres incontestables et sur des autorités imposantes , dont les témoignages s’accordent unanimement pour élever la famHle Goethals au premier rang parmi ces nobles et antiques races qui font l’honneur et l’orgueil die la Belgique (i). ( Voir auac Appendices.')
(*) Le même Pb'l'ppe de l’Espnoy, dans, sa Recherche, fait, en plusieurs endroiîs (p. 276, 3 c( 3 ), un titre à l’illustre maison d’Oosterzeeie de s’être alliée aux Goelhals.
Archange Piccion , dans sa Vie d’Henri de Gand, né en 1217, le dit de la très-noble famille Boni-Colle, autrefois Edtragheleüs, vulgairement appelée Goetbals ; Ilenricus gandavi ex nobilissimd Bonicollorüm ,, olim Eutracbelorüm; quos vulgù in Belgio Goethalsios vocabant famitiâ natus, etc., etc. ( Quodli beta Henrici à Gandavo, édition de Venise, de i6t3, déposé à la bibliothèque du séminaire épiscopal de Gand, p. I et 3 .),
Les épitaphes des membres de cette famille pavoisant la plupart des tombeaux de nos églises, et figurant dans les obituaires et les recueils tumulaircs de la Belgique, nous eussent permis d’étayer nos articles de leurs témoignages respectables, si nous n’avions cru devoir être fort sobre de ces sortes de citations.
Observations essentielles .
Notre travail sc bornant à la collection des articles biographiques des personnages les plus célèbres de la maison de Goethals, nous aurions, dans l’intérét historique, désiré pouvoir les classer suivant l’ordre chronologique; mais le manque de certitude que nous avions sur un grand nombre de dates des naissances nous a obligé d’adopter le système de classification d’après lequel nous avons rangé ces divers articles dans les Tablettes généalogiques de la maison de Goethals, d’où ils sont extraits, et que l’on trouvera dans le 7 e volume des Archives généalogiques de France, par M. Lainé.
Le Croquis généalogique que l’on trouvera ci-après p. 101 et suivantes, suffira pour faire connaître la filiation de chacun des personnages portés dans nos Esquisses, dont le numéro et la page sont indiqués à la marge.
ageae oo B OM B oaa ae ou o o eoe o a oooÈ i ooooo eaa oo e oo o ooo e oo ag oo aô o ea o—
CITEAlTC* OC*
TABLETTES GÉNÉALOGIQUES DE LA MAISON DE GOETHALS (en FLANDRE),
TB1M1T1TENEST DITE
Bosi-Colle ou Eotracbeleus , Seigneurs de Mude, de Nieuwland, etc.
I. Honorius (x) , Capitaine romain, commandait une légion contre les Sarrasins, qui, s’étant rendus
(i) L’histoire d’Honorius et sa filiation jusqu’aux Seigneurs de Mude ont été reconnues et certifiées par divers diplômes des Comtes de Flandre. Le premier date du 3 i janvier 1398; le second, du 6 décembre le troisième, du 6 mai i 5 o 5 , et le
quatrième, du 11 décembre 1 546 .
Voici comment ces faits sont en outre consignés dans une note du poème de Le Mayeur, intitulé La Gloire belgique , tome u page 374 :
<« La famille de Boni-Colle, originaire de Rome, a pris son « nom dans Honorius, Gentilhomme romain, qui, en 880, fut « envoyé, avec la principale noblesse du pays, contre les Sar- « rasins débarqués dans la Pouille. Un collier de fer (le haubert) « que portait ce Gentilhomme l’ayant préservé d’un violentcoup « de cimeterre, on le gratifia du nom de Bon-Col.
« Cette famille, avec six autres, passa d’Italie en Flandre, à
maîtres d’une partie de la Sicile et de la Calabre, firent, vers l’an 880 (1), une invasion dans l’Apulie (aujourd’hui la Pouille, au royaume de Naples).
Dans un combat singulier qui précéda l’engagement général et la victoire des Romains sur les Infidèles, Honorius reçut du chef des Musulmans un violent coup d’épée au défaut du heaume, et dont son haubert le garantit; il fut, à cette occasion, surnommé Boni colli (Bon col). Ce sobriquet fut plus tard recueilli par sa descendance.
II. Pietro , I" du nom, fils de Giovano et de Judith Donati et petit-fils d’Honorius, après avoir gagné ses éperons à Milan et s’être distingué dans les tournois, vint en Flandre, en g 65 , à la suite d’Arnould-le-Jeune, et se signala dans les guerres du Hainaut (2).
Il reçut de la munificence de ce Prince, et en récompense de ses services, la vaste terre seigneu-
« la suite du Comte Arnould-le-Jeune , alors qu’il revint en son « pays, après son mariage avec Roselle, fille de Bérenger.
« Gerem Bonicolle, I er du nom, arrière-petit-fils de Pietro, k ayant pris la croix, etc., etc., etc. »
(1) Une bulle du- pape Benoit VII fixe la date de ce fait au 7 des calendes de juin 880. ( Voir aux Appendices.)
(?) I) figure comme témoin dans' une charte de donation faite en 987, par Arnould, Comte de Flandre, en faveur du chapitre de Sainte-Pharaïlde, à Gand; il y est désigné ainsi' qu’il suit :
riale de Mude-lès-Gand ( voyez la p. iv de l’Introduction qui précède, et Le Mayeur, p. 374, t. a).
III. Arnould I er , fils de Pierre I er , et deuxième Seigneur de Mude, assista, en 1006, sous Baudouin IV, Comte de Flandre, à la prise de Valenciennes, puis à la défense de cette place contre Robert, Roi de France, Henri, Empereur d’Allemagne, et le Duc de Normandie, dont les armées coalisées furent contraintes, par la bravoure des Flamands, de lever le siège (1).
IV. Arnould, II e du nom, fils d’Arnould I er et d’Anne de Ghistelles, prit part à la guerre soutenue par Baudouin V, Comte de Flandre, contre l’Empereur Henri , puis à la conquête de la Ix>tricie (comté d’Alost), à la reprise du château de Gand et à l’envahissement de la Lotharingie. Enfin il se distingua dans les hostilités contre les Impériaux , jusqu’à la paix de Cologne en 1067.
Il scella aussi, comme témoin, une charte de donation faite, en io 65 , par le Châtelain de Gand, à l’abbaye de Saint-Pierre (voyez le Zwarten-Boek ,
Petrus Bonicollius , Dapifer, et Dominus de Mudd. Cet acte est dalëtlu sixième jour après la fête de la Pentecôte.
(1) Il scella, en 997 , un acte de donation de Baudouin IV, en faveur du chapitre de Sainte-Pharaïlde.
V. Baudouin, Sire de Mude, fils d’Arnould II, qui précède, et de Jeanne de Comines , fut du nombre des Gentilshommes flamands qui accompagnèrent Guillaume-le-Conquérant, Duc de Normandie et fils de Robert-le-Diable , à la conquête du Royaume d’Angleterre, en 1066. Il participa aux guerres que son Souverain, Arnould III, eut à soutenir contre Philippe, Roi de France, et se couvrit de gloire à la bataille de Cassel, en 1071.
Il mourut en 1086, à la Terre-Sainte , où il était en pèlerinage à la suite du Comte Robert I", surijommé le Frison (1).
VI. Gerem, I" du nom, fils de Baudouin et de Jeanne de Mailly, naquit vers l’an 1078, à la terre de Mude, dont il devint, très-jeune, le cinquième Seigneur, par la mort prématurée de ses parens.
Il s’exerça de bonne heure au métier des armes,
(1) Ce Prince lut accompagné dans ce voyage par plusieurs grands Seigneurs flamands, dont les principaux étaient Baudouin, vicomte de Gand, Bouchard de Comines, Gérard de Lille, Waultier d’Oudenbourg, Waultier de Courtrai, Gratien d’Ecloo, Baudouin de Mude, Raes de Gruutere, etc. Robert ne revint en Flandre qu’en 1091 (Meyer).
11 est à remarquer que Robert I er armoriait déjà son écu d’or au liou de sable. Ce fait est constaté par une patente de 107a (Panekoucke, Abrégé chronologique de l’histoire de Flandre, p. 9a, édition de 176a).
et, dès l’âge de dix-sept ans, il prit la résolution d’accompagner à la première croisade (i) son Souverain, Robert de Flandre. Pour subvenir aux frais considérables qu’entraînait une pareille expédition, il vendit, en ioq 5 , à ce même Prince Robert, la terre de Mude, à la réserve d’un tiers du terrain qui , sous le nom de Nyenwlan.de (Nouvelle-Terre), fut érigé en haut fief, dont la bannière était de gueules , au chef dor. Il partit en 1096 pour la Terre-Sainte, avec l’élite de la noblesse flamande.
Gerem se distingua au siège de Nicée, d’Artésie et d’Héraclée; à la conquête de la Lycaonie, de la Cilicie, de la C&ppadoce, puis à la prise de Jérusalem. Il assista, le jour de Noël, l’an 1101, en qualité d’Ecuyer et de représentant du Com le Flandre, au couronnement de Baudouin comme Roi de Jérusalem , succédant à son frère Godefroy de Bouillon, décédé le 18 juillet précédent.
Pendant le séjour qu’il fit dans la Palestine, Gerem I er sauva, au péril de ses jours, trois vierges
(1) La première croisade fut décidée au concile de Clermont , sur la proposition du pape Urbain II. Ce fut dans ce concile que pour la première fois le noin de PAPE fut donné au chef do l'Église, à l’exclusion des évêques qui le prenaient auparavant. A cette époque, les évêques précédaient encore lys cardinaux, (président Hénaul).
chrétiennes qu’un Maure de Joppé voulait offrir en holocauste à l’islamisme (i). Le héros gantois fut généralement applaudi de cette actiôn généreuse; et, pour en perpétuer le souvenir, il meubla son écu , qui était de gueules, de trois têtes de femmes de carnation , et le surmonta en cimier d’un Maure, tenant dans la main dextre une branche chargée de trois roses. Ses descendans ont encore aujourd’hui les mêmes armoiries.
Gerem , qui avait repris le surnom de Boni colle , fut tour à tour surnommé Eutracheleus en Orient et Goethals en Flandre (a).
Il assista’, en 1 1 iG, au duel judiciaire célèbre que son cousin Juste Goethals, fils de Jean de Courtrai et petit-fils d’Arnould II (n° 4 qui précède), soutint à Ypres /contre André Booren, en présence du Comte de Flandre Baudouin VII, qui lui fit l’insigne honneur d’être son champion avec quatre de ses plus nobles Chevaliers ( Chroniques de Flandre (3).
Il avait épousé, en i io5, Mathilde de Sarchainville, fille d’Elbode, et nièce de Balderic, quarante-
(i) P. vu de l’Introduction.
(a) Voyez a l’Introduction, p. v, et le § a de la note de la p. xi voyez aussi Le Majeur, t. a , p. 374.
( 3 ) Voyez ci-après, p, IJ 5 .
troisième Evêque de Tournai (i), où il décéda en l’an 1 158 (a).
VIL Gerem Goethals, II e du nom, Sire de Mude et de Nieuwland, fils de Gerem, qui précède, et
(i) Quelques auteurs prétendent que Balderic fut le quarantequatrième Evêque de Tournai. Voici comment Raissius, dans son ouvrage ayant pour titre Belgia christiana , décide la question (p. a34) i
■ XLIII. Baldericus Aibcrti equitisfil. Gerardo I et II, ac a Divo Lieberto , Cameracencis et Atrebatensis Episcopîs à sa- « cris et secretis , posteà Tornanensis Canonicus et Cantori , « demùm Tornacensis ac Noviodunensis Episcopus . Hic coati sensu Eleodi scilicet Ellebardi fratrum suorum , terrant de « Qcéant, trigenta mencaldis ( ut vocant ) tritici et quatuor- « decim avenas assignatis sacris virginibus in Viridario juxtà « Oziacum Deo famulantibus , etc. »
(a) L’existence et la date de la mort de Gerem I er et des deux qui le suivent sont, ainsi que leurs alliances, attestées par l’épitaphe suivante qu’on trouve dans le Recueil des anciennes épitaphes de la cité de Tournai , par le chanoine de Calonne-Beaufaict , au chapitre des antiques ruines de la vieille église des Rccollets, p. a5a :
« A la chapelle de saincte Languide sur une pierre bleuse :
« Chy gist noble home Gerclme Goethals , bourgeois de cestc uille « de Tournay, mort xj° lviij, et damoisellc Math, de Sarchainville , « morte en xj c xl, nièche en son uiuant de Mons r le vesque de « Tournay.
« Chy gist noble home Gerelm Goethals II, escuycr, que trespassa « l’an de N. S. Jhés. Ch. xy vj, et sa feme et espouse, laquelle « morust es l’an xj Ixxxix, et avoytpour nom Agniés Berthold.
« Chy gyst aussy Gerelm Goethals III , cheuallier, et sa compaignc « et espouze Marg 1 ' - Masmines défuncts li es l’an xy xxx elle es xy r lxvj. * Prié Diex pqur eulx six qu’il ayt leurs âmes. Amen. ».
de Mathilde de Sarchainville , se croisa en 1 147, sous les ordres de Thierry d’Alsace (1), avec lequel
11 revint en 1 i 5 o, après avoir assisté aux sièges d’Édesse, d’Antioche et de Damas. Il avait épousé damoiselle Agnès de Berthoult.
Ce Gerem eut pour frère Balderic Algoëtus, qui fut sixième abbé de Ninove, dont, après cinq ans d’exercice, il abdiqua la prélature en 1 199, à cause de son extrême vieillesse (Devos, Gènéalogie-boek , p. 78).
VIII. Gerem III, surnommé de Mude, fils du * précédent, et Sire de Nieuwland, prit part aux croisades des années 1 188, 1 ig 5 et 1 199 (a). Il fut du nombre des Chevaliers flamands qui concoururent, en 1204, à la prise de Constantinople sur l’usurpateur du trône grec, Alexis Y, puis sur le tyran Murzuphle; et qui assistèrent au couronnement de Baudouin de Hainaut, Comte de Flandre, comme Empereur d’Orient.
Il rendit d’utiles services à ce Prince dans la
(1) Ce Prince fut, dit l'histoire , accompagné de son neveu Arnould , de Lambert de Montaigu, de Thierry de Dixmude, de Henri de Wulfliegem , de Gauthier de Bcrthold de Malines, de Gerem Goethals , sire de Mude et de Nieuwland, et de plusieurs autres Seigneurs du pays belge ( Fastes militaires des Belges, t. 2, p. .i 3 g).
(2) Fastes militaires des Belges, t. \, p. 218, lig. 20.
'S/f/V/r //////>■ <■/ Z/ff//'/ '/ . /Z/r/ ( / crï/vti
mort en 1290.
jr/f/sy/f/.
guerre contre les Grecs, et se distingua sous les murs d’Andrinople , où le malheureux Baudouin fut vaincu et fait prisonnier, le i 5 avril 1205 (i). Gerem servit ensuite avec non moins dedévouementHenri de Hainaut, frère et successeur de Baudouin au trône de Constantinople , dans la guerre contre les Bulgares.
La fin des hostilités et le désir de revoir sa patrie lui firent quitter le Levant vers 1210.
Entré au service de Ferdinand de Portugal , Comte de Flandre, il prit part à la lutte que ce Prince eut à soutenir contre Philippe- Auguste, et assista, en 1214, à la sanglante bataille de Bouvines, où Ferdinand fut fait prisonnier (2). Gerem, dans cettte journée aussi glorieuse pour les vaincus que pour les vainqueurs, soutint, par des prodiges de valeur, le haut renom que déjà il s’était acquis dans les guerres d’Orient.
IX. Henri , fils de Gerem III et de Marguerite Mas mines , surnommé le Docteur solennel, de Mude, ou de Gand, parce qu’il était né en cette ville, en 1217 ( 3 ), fut un des plus beaux génies du
(1) Oudeg., t. 2, p. 54 .
(2) Il figure parmi les chefs qui s’y trouvaient sous les ordres immédiats du Comte Ferdinand de Portugal ( Fastes militaires des Belges , t. 2, p. 275).
( 3 ) Voici comment Valerius-Àndræas, daus son ouvrage in-
treizième siècle. Elève d’Albert-le-Grand , condisciple de saint Thomas-d’ Aquin , intime ami de saint Philippe Benitti , Docteur de l’Université de Paris, il rendit son nom célèbre par des écrits dont l’église et la littérature ont enrichi leurs annales.
Il fut honoré de l’estime du Pape Honorius IV, du Roi de France Philippe-le-Bel , et particulièrement des Comtes de Flandre.
Parmi les nombreuses fondations que l’on doit à sa pieuse libéralité , on peut citer, la chapelle de Sainte-Marie-Magdeleine de l’église de Saint-Piat, à Tournai , le Béguinage dans la même ville , et l’hospice Saint-Jacques, établi à Garni, en ia83, au milieu de la seigneurie de Nieuwland.
litule Bibliotheca belgica (p. 445 J, publié par Foppens , explique ces diilérens noms :
HENRICÜS A GANDAVO.
Cognomento Goethals, sive Bom-Coliius , Archidiaconus et Canonicus ecclesiæ Tornaconsis , Doctor Sorbonœ Parisiensis, ac Philosophas sui sceculi celeberrimus , ade'o ut commuai academies suffragio , et receplo prceconio , Doctoris solemnis nomen meruerit.
Ceterùm observet Lector Henrico huic cognomentum Mudani tribui à Meyero in Annalibus , à Mass ceo in Chronico , et Marrhantio in Flandriri , à Muda suburdia , tjuod hodiè urbis pomerio inclusum.
ESQUISSES BIOGHAEHIQUES.
Il mourut Grand-Archidiacre de Tournai, le 29 juin 1293 (1).