LES TOURNOIS, JOUTES, PAS D’ARMES ET CARROUSELS CO
Tournois.
Il ne faut pas confondre les tournois avec les joûtcs , et moins encore avec les carrousels qui leur ont succédé.
Les tournois étaient des fêtes publiques et militaires où l’on combattait à cheval , armé de toutes pièces , et par quadrilles. Ex ultrâquc parte aller in alterum veloci cursu ruebant.
Ces divertissemens guerriers sont fort anciens ; mais on varie sur leur origine : selon les uns, ils prirent naissance en Italie, vers le temps où Théodoric sup-
(i) A'oj'r Menesfrier, Traité des tournois ; La Corne de Sainte-Palaye, Mémoires sur l’ancienne Chevalerie ; Noël et Carpentier, Dictionnaire des origines ; de Saint-Allais , Dictionnaire encyclopédique de la Noblesse ; le Poly graphe Belge, octobre i835.
prima la coutume barbare des Gladiateurs ; selon d’autres, ils ne datent que du règne de Henri-l’Oiseleur, lors de son couronnement en 920, comme empereur de la Germanie ; néanmoins Nitard parle de tournois célébrés à Strasbourg, en 84 ^, lors de l’entrevue de Louis-le- Gerjnanique avec Charles-le-Cbauve ; et , dans l’année 870 , les enfans de Louis-le-Débonnaire signalèrent leur réconciliation par une de ces solennités.
On peut conclure de ces opinions divergentes, que les combats simulés remontent à la plus haute antiquité; mais que ceux auxquels a été donné le nom de tournois ne datent guère que de l’origine de la chevalerie régulière ( au temps de Charlemagne ).
L’étymologie de tournois est prise dans la basse latinité torneamentum ; à cause d’une épée tournante, ensis torneacensisj dont on s’y servait, ou plutôt parce que les limites ordinaires de l’enceinte obligeaient d’y tournoyer. Le roman de la Rose, qui parut en l’an ii85, semble appuyer cette dernière conjecture dans les vers suivans :
Cet chevallier nouuellement Feust uenu d’un tournoyement Où il auait faict pour sa mie Mainctes joustes et cheuallerie.
Les premières règles fixes de ces jeux chevaleresques, appelées écoles de prouesse , eurent pour auteur Geoffroy
TOURNOIS
de Preuilly, mort en l’an 1 066. Elles consistaient à ne point frapper de la pointe, mais du tranchant de l’épée; à ne point combattre hors de son rang; à ne point blesser le cheval de son adversaire ; à ne porter des coups de lance qu’au plastron ; à ne tirer ni saquer , c’est-à-dire pointer ou déchirer ; à ne plus frapper un chevalier dès qu’il avait ôté la visière de son casque , ou qu’il s’était déheaumé ; à ne point se réunir plusieurs-contre un seul. Ces lois fui ent renouvelées au 1 5 e siècle par René d’Anjou, roi de Sicile et de Jérusalem. Tout se faisait en l’honneur des dames , elles étaient le but de la valeur, et distribuaient seules les prix aux vainqueurs.
Les tournois avaient ordinairement lieu à la suite de quelque fête donnée à la cour d’un souverain, le plus souvent à l’occasion des mariages de la maison royale. Long-temps avant le jour fixé pour le combat, des hérauts d’armes parcouraient le pays, publiant avec solennité la noble emprise qui allait avoir lieu, les noms des illustres sires qui y prendraient part, et le nombre de lances qu’ils avaient promis d’y rompre en l’honneur de leurs belles.
11 est aisé d’imaginer quel mouvement devait produire dans les esprits la proclamation de ces tournois solennels, annoncés long-temps d’avance , et toujours dans les termes les plus fastueux ; ils engageaient dans chaque province et daus chaque cour tous les écuyers à faire d’autres tournois, où par toutes sortes d’exercices ils se disposaient à paraître sur un plus grand théâtre.
On n’admettaitdans les tournois que des cheval iers ( 1 ), des écuyers et des varlets.
Le parc ou lieu destiné au combat , placé dans la cour du prince ou dans une plaine , qui bientôt était couverte de tourelles, de tentes, de pavillons où s’étalaient tout le luxe et la magnificence des temps , avait ordinairement 120 à i 5 o pas (2) de long, sur 3 o à 5 o de large; il était sablé et entouré d’une double enceinte de barrières, derrière laquelle les spectateurs étaientplacés. A la partie dominante du pourtour était une estrade apppelée hour, où était le trône du souverain et où l’on admettait les dames, les anciens chevaliers, et toutes les plus hautes notabilités. Cette loge, décorée de riches tentures, était ornée de bannières, d’écussons, de banderoles, et de tout ce qui pouvait en rehausser l’éclat ; des juges nommés ad hoc j des maréchaux de camp, des conseillers ou assistans , avaient en divers lieux des places marquées pour maintenir, dans le champ de bataille , les lois du tournoi , et donner leurs avis à ceux qui pouvaient en avoir besoin. Les hérauts et les poursuivons d’armes ( 3 )
(1) Voyez ci-après l’article qui les concerne, page 207.
(2) Le pas d'alors , dont on a fait depuis le pas géométrique , était de 5 pieds ; l’enceinte avait donc a 5 o mètres de longueur sur 80 de largeur-
( 3 ) Les poursuivans d’armes étaient des gentilshommes qui s’atla- • chaient aux hérauts pour parvenir à leur charge , qu’ils n'obtennicn t qu’après sept ans d'apprentissage passés dans cet emploi; ils étaient sous la dépendance des hérauts et assistaient à leur chapitre ; un seigneur bannerot pouvait avoir des poursuivans sous l’aveu de quelque héraut.
TOURNOIS
avaient les yeux fixés sur les combattans } pour faire un rapport fidèle des coups qui étaient portés et reçus. Une troupe de ménestrels célébraient par une musique guerrière les hauts faits et les prouesses des tournoyans; des sergens actifs avaient ordre de se porter de tous les côtés où le service des lices les appelait, soit pour donner des armes aux combattans , soit pour contenir la populace dans le silence et le respect.
Trois ou quatre jours avant le tournoi, les joûteurs exposaient, sous la garde d’un héraut d’armes et de plusieurs archers, leurs bannières ou leurs écus armoriés, pour que chacun eût le loisir de les reconnaître, et de s’assurer que parmi eux ne se trouvait aucun chevalier félon ou discourtois; car, pour être admis au tournoi, il ne fallait avoir encouru aucun reproche du côté de la probité, de la politesse, de la galanterie, ni des alliances : les juges du combat, tous vieux chevaliers blanchis sous les armes , et d’une valeur éprouvée , examinaient si les armes étaient courtoises , et selon les conditions imposées.
La veille des tournois était annoncée dès le jour qui la précédait, par les proclamations des officiers d’armes. Les chevaliers qui devaient combattre venaient aussi visiter la place destinée pour les joûtes. « Si venait défi vant eux un hérault qui criait tout en hault : Seigneurs « chevaliers, demain aurez la veille du tournoy, où « prouesse sera vendue et achetée au fer et à l’acier. »
On solcnnisait cette veille des tournois par des espèces
APPENDICES
de joûles , appelées tantôt essais ou épreuves, tantôt les vêpres du tournoi, et quelquefois escrénice , c’est-àdire escrimes, où les écuyers s’essayaient les uns contre les autres avec des armes plus légères à porter et plus aisées à manier que celles des chevaliers, plus faciles à rompre, et moins dangereuses pour ceux qu’elles blessaient. C’était le prélude du spectacle nommé le grand tournoi, le maître tournoi, le maître éprouve que les plus braves et les plus adroits chevaliers devaient donner le lendemain.
Le jour du combat arrivé et la lice ouverte, les champions revêtus d’armes brillantes, et montés sur des coursiers richement caparaçonnés et chargés de leurs armoiries, s’avançaient au bruit des fanfares et accompagnés de leurs écuyers et varlels, aussi à cheval et portant leurs bannières, leurs lances et leurs boucliers. Quelquefois ils étaient conduits jusqu’à l’entrée de l’enceinte par leurs dames, dont ils portaient les couleurs : c’était une écharpe, un voile, un bracelet, un nœud, en un mot quelque pièce de leur habillement ou de leur parure. Souvent, dans la chaleur de l’action , divers accidens en occasionnaient la perte; souvent aussi le sort des armes faisait passer ces gages précieux au pouvoir des vainqueurs ; en ce cas la dame en renvoyait d’autres à son chevalier pour le consoler et pour relever son courage ; elle l’animait ainsi à se venger et à conquérir à son tour les faveurs dont ses adversaires étaient parés et dont il devait ensuite lui faire une offrande.
TOURNOIS
Lorsque les chevaliers qui devaient prendre part au tournoi avaient passé les barrières de la lice, ils allaient saluer le souverain et les dames placées sur l’estrade , puis les tenans et les assaillons, divisés en quadrilles, se rangeaient en ordre de bataille. Alors on sonnait la charge et le combat commençait; il était long et opiniâtre. D’abord les quadrilles se mêlaient et fournissaient pêle-mêle quelques coups de lance , comme pour faire l’essai de leur force et de leur prouesse. Mais bientôt s’engageaient des combats singuliers où chacun faisait briller son adresse et son expérience.
Le juge de paix choisi par les dames interposait son ministère toutes les fois que, par inadvertance, un chevalier ayant violé les règles du combat, voyait dirigées contre lui les armes de plusieurs combattans ; alors , dit Paulmy d’Argenson , le champion des dames , armé d’une longue pique ou d’une lance surmontée d’une coiffe, abaissait sur le heaume du chevalier ce signe de la clémence et de la sauve-garde des dames , et , dès cet instant , il n’était plus permis de toucher au coupable.
Le tournoi fini , on s’occupait du soin de distribuer le prix que l’on avait proposé , suivant les divers genres de force et d’adresse par lesquels on s’était distingué, soit pour avoir brisé le plus grand nombre de lances, soit pour avoir fait le plus beau coup d’épée, soit pour être resté plus long-temps à cheval sans être démonté ni désarçonné, soit enfin pour avoir tenu plus long-temps de
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pied ferme dans la foule du tournoi , sans sc déheaumer, ou sans lever la visière pour reprendre haleine.
Les officiers d’armes faisaient leur rapport du combat devant les juges, qui prononçaient le nom du vainqueur. Souvent on demandait l’avis des dames, qui adjugeaient le prix comme souveraines du tournoi ; et quand il arrivait qu’il n’était point adjugé au chevalier qu’elles en avaient estimé le plus digne , elles lui accordaient ellesmêmes un second prix. Enfin, lorsque le prix avait été décerné, les officiers d’armes allaient prendre, parmi les dames ou les demoiselles, celles qui devaient présenter ce prix au vainqueur. Le baiser qu’il avait droit de leur donner, en recevant le gage de sa gloire, lui paraissait le plus haut point de son triomphe.
Pas d’armes.
On appelait pas d’armes le combat ou défi qu’un tenant ou seul ou accompagné de plusieurs chevaliers offrait dans les tournois contre tous venans ; ainsi en 1 5 1 4 , lors des fêtes du mariage de. Louis XII, François, duc de Valois, avec neuf chevaliers de sa compagnie, entreprit dans la rue Saint-Antoine un pareil combat , appelé le Pas de l’arc triomphal * et le tournoi où Henri II fut blessé mortellement en 155g, était aussi un pas d’armes, puisqu’il est dit dans les lettres de cartel que le Pas est. ouvert par Sa Majesté très-chrétienne , pour être tenu contre tous venans dûment qualifiés.
PAS d’ahmes et joutes. 199
On dounait encore le nom de Pas d’armes à une place que les chevaliers entreprenaient de défendre ; par exemple un pont, un chemin, etc., par lequel on ne pouvait passer sans combattre la personne qui le gardait.
Les chevaliers qui défendaient le pas pendaient leurs armes à des arbres, à des poteaux ou à des colonnes élevées pour cet usage ; quiconque était disposé à disputer le passage , touchait une de ces armoiries avec son épée , ce qui était un cartel que l’autre était obligé d’accepter. Le vaincu donnait au vainqueur le prix ou la satisfaction dont ils étaient convenus avant le combat.
Joûtes.
La joute différait du tournoi en ce qu’elle était proprement un combat singulier d’homme à homme avec des lances. Elle avait ordinairement lieu dans les tournois, après les combats de tous les champions. Les dames, qui étaient l’âme de ces combats, y étaient célébrées d’une façon particulière. On la nommait le coup des dames, et cet hommage se répétait quelquefois à l’épée , à la hache d’armes et à la dague. C’était de toutes les joûtes celle où l’on se piquait de faire les plus nobles efforts.
Cependant il y avait des joûtes qui n’étaient précédées d’aucun tournoi , et elles prenaient le nom de Joutes à tous venans , grandes et plénières; elles se terminaient aussi par un dernier coup qu’on nommait la lance des.
aoo
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dames. C’était un hommage que la valeur rendait à la beauté.
Le règlement suivant d’une joûte tenue à Mons le I er juin de l’an i33q entre Jean de Moustier et Walfart de Croy, est une pièce des plus curieuses sur ce sujet. Elle est extraite d’un ancien registre du conseil de Hainaut intitulé Çarta Maria y et a été publiée par le Polygraphe Belge en octobre i835.
Che sont les devoirs des arrneures que Gentilzhomes pour cause de Batailles à cheval doit avoir consilliet (ont résolu) en la court à Mons en la chambre du Conseil le Mardi proch. après le jour du Sacrement premier jour du mois deJuncg qui fu en l’an mil iii. c xxx. ix. pour l’ocquison (occasion) du camp de bataille que Jehan de Moustiers appella alencon ( à l’encontre) de Jean de Thiane condist (dit) TVafflart Decroix , tous doij (deux) Gentielzhomes.
« Premiers soit consilliet que chacun des campions doit pour son corps garder et deffendre estre armez comme q. bon lui semblera pour son aise et pour son p.ffit.
« Item doivent ilz avoir ch. un sa glaue tout d’une longesse, ch. un son escut et ch. un ij espées telles qu’il leur plaira.
« Item doive. t il avoir ch. un j faulx estrier d’une semblable faclion et de tel poix qu’il plaira a ch. un de cieux pour lui.