VARLETS ET PAGES
le f^arlet de Constantinople , parce qu’il n’était pas encore armé (c’est-à-dire écuyer); par la même raison, Louis de Navarre, Philippe, comte de Poitou, Charles, comte de la Marche, fils de France , et d’autres princes du sang, sont seulement qualifiés l’arlets dans un compte de la maison de Philippe IV : et le poète Gassc , en parlant du jeune Richard, duc de Normandie, s’exprime ainsi :
Ni ere mi chevalier, encor ere valetou
N*avoir encor envis ue barbe, ne guernon , etc.
C’était le titre que prenaient tous les nobles qui , étant issus de chevaliers, et prétendant à l’ordre de chevalerie , obtenu par leurs pères , entraient au service de quelque grand seigneur pour y apprendre les ■devoirs et les vertus de la chevalerie. Saintré était au service du seigneur de Preuilly, où on l’appelait page et valeton ; Bayard, placé comme page dans la maison de l’évêque de Grenoble, son oncle, le suivit un jour chez le duc de Savoie, et lui servit à boire, à table, avec le titre de varlet. Ou donne encore, dans nos anciennes chroniques, cette dénomination à Guy de Lusignan; à Savary, vicomte de Thouars ; à Guillaume de Lezay. Du Chêne , dans l’Histoire de la maison de Richelieu, rapporte un titre de l’an 1201, dans lequel Guillaume du Plessis se qualifie de valet, qui, dit l’historien, signifie écuyer ou damoisel. On lit , dans les registres de la chambre des comptes , un acte de Philippe-le-Bel, qui définit le valet un servi-
APPENDICES
leur noble allant partout où le chevalier son maître lui commande <T aller. Dans un autre acte du même prince , daté de 1 297, on lit ces mots remarquables : Philippus , Dei grattât Francorum rex, etc. Dilectus et Jidelis valet us noster aimericus de Pictavis domicellus.
Le nom de page s’appliquait également aux valets. Il vient de ce que, cbez les Romains, on les faisait élever sous la surveillance de quelques vieux esclaves appelés pédagogues , d’où ils prirent la dénomination de pedagogiani pueri , d’où, par contraction l’italien a fait paggio. Voici ce qu’on lit dans Montaigne : « C’est un bel « usage de notre nation, qu’aux bonnes maisons nos en- « fans soient reçus pour y être nourris et élevés pages , « comme en une école de noblesse et de courtoisie. »
Tout le monde sait qu’on appelle encore aujourd’hui pages les jeunes gens qui servent sous la livrée un souverain ou un grand seigneur. Il fallait être d’une noblesse militaire, sans anoblissement connu, pour être admis dans les pages des ducs de Bourgogne , comme dans ceux des rois de France.