‹ Esquisses biographiques extraites des tablettes généalogiques de la maison de Goethals par le Chevalier L'ÿvêque de la BasseMouturieChapitre 60 sur 75 · CHEVALIERS, LES ÉCUYERS ET LES VARLETS · texte numérisé non relu

CHEVALIERS, LES ÉCUYERS ET LES VARLETS

La chevalerie, qui date de l’époque où Charlemagne arma solennellement le prince Louis son fils , peut cependant remonter son origine bien plus haut, puisqu’on en trouve des traces sous la première race des rois francs , et que Tacite témoigne qu’un pareil usage était établi chez les Germains.

Mais à la considérer comme une dignité militaire , telle qu’on l’a vue briller jusqu’aux nobles règnes des Charles- Quint et des François I er , elle ne date que du onzième siècle. En effet, le premier ordre de la noblesse était alors celui de chevaliers bannerets ( i ) ou barons ; il comprenait tous les gentilshommes qui étaient élevés en dignité, tant à cause des titres qui leur avaient été accordés , qu’à cause de leurs fiefs , en vertu desquels ils avaient droit de porter la bannière dans les armées et d’y conduire leurs vassaux : c’est pourquoi ils étaient plus ordi-

(i) C’est parce que ceux-ci avaient presque toujours la qualité de chevaliers qu’on les appelait ainsi ou tout simplement bannerets.

APPENDICES

uairement reconnus sous le nom de bannerets , et souvent sous le terme de barons ; ce qui a fait dire à Divœus : Barones vocari soient ii pmceresj qui vexillum in bellum ejfenmt. Le second ordre était celui de bacheliers (baschevaliers) ou simples chevaliers ; le troisième celui A' écuyers .

Les bannerets seuls avaient droit au cri d’armes ; le plus ordinaire était leur nom.

Le grade de chevalier était la première dignité. Dans l’ordre militaire, c’était le prix le plus insigne qu’on pût proposer dans les occasions périlleuses de la guerre pour redoubler le courage des guerriers. On le regardait comme un caractère qui imprimait des sentimens élevés au-dessus de l’humanité. C’était aussi la récompense la plus capable de payer les plus grands travaux, et d’acquitter les plus grands services rendus au souverain et à la patrie.

Cette dignité se conférait par une espèce d’investiture accompagnée de certaines cérémonies et d’un serment solennel.

Des jeûnes austères, des nuits passées en prières avec un prêtre et des parrains , les sacremens de péniteUce et d’eucharistie reçus avec dévotion ; des bains qui figuraient la pureté nécessaire à l’état de la chevalerie $ des habits blancs pris à l’imitation des néophytes , comme symbole de cette même pureté : tels étaient les préliminaires de la cérémonie par laquelle le novice allait être ceint de l’épée de chevalier. Après avoir rempli tous ces devoirs ,

CHEVALIERS

il entrait dans une église et s’avançait vers l’autel avec cette épée passée en écharpe à son cou ; il la présentait au prêtre qui la lui rendait après l’avoir bénite. Le novice allait ensuite, les mains jointes, se mettre à genoux aux pieds du seigneur ou de la dame qui devait l’armer. Celui-ci recevait en même temps son épée et son serment que nous allons transcrire dans toute son étendue , comme un sujet capable de donner la plus juste idée de cette noble institution. Les néophytes juraient donc la main sur l’Evangile :

« 1 0 De craindre , de révérer et de servir Dieu religieu- « sement, de combattre pour la Foi de toutes leurs forces , « et de mourir plutôt de mille morts que de renoncer « au christianisme.

« 2 ° De servir leur prince souverain fidèlement, et de « combattre pour lui et pour la patrie très-valeureuse- « ment.

« 3° De soutenir le bon droit des plus faibles , comme « des veuves , des orphelins et des damoiselles en bonne « querelle , en s’exposant pour eux , selon que la néces- « sité le requerrait, pourvu que ce ne fût contre leur « honneur propre, ou contre leur roi ou prince naturel.

« 4 ° Qu’ils n’offenseraient jamais aucune personne ma- « licieusement, ni n’usurperaient le bien d’autçuij mais « plutôt qu’ils combattraient contre ceux qui le feraient.

« 5° Que l’avarice, la récompense, le gain et le profit, « ne les obligeraient à faire aucune action, mais la seule « gloire et la vertu.

APPENDICES

« (i° Qu’ils combattraient pour le bien et pour le profit « de la chose publique.

« 7 0 Qu’ils tiendraient et obéiraient aux ordres de leurs « généraux et capitaines, qui auraient droit de les com- « mander.

« 8° Qu’ils garderaient l’honneur, le rang et l’ordre de k leurs compagnons, et qu’ils n’empiéteraient rien par « orgueil , ni par force sur aucun d’eux.

« 9° Qu’ilsne combattraient jamais accompagnés contre « un seul, et qu’ils fuiraient toutes fraudes et superche- « ries.

« i o° Qu’ils ne porteraient qu’une épée, à moins qu’ils « ne fussent obligés de combattre contre deux ou plu- « sieurs.

« ii° Que dans un tournoi ou autre combat à plai- « sance , ils ne se serviraient jamais de la pointe de leurs « épées.

« 12° Qu’étant pris prisonniers, en un tournoi ou pas « d’armes , ils seraient obligés par leur foi et par leur « honneur d’exécuter de point en point les conditions « de l’emprise, outre qu’ils rendraient aux vainqueurs « leurs armes et leurs chevaux, s’ils les voulaient avoir, « et ne pourraient combattre en guerre ni ailleurs sans « leur congé.

« 1 3 ° Qu’ils garderaient la foi inviolablement à tout le « monde, et particulièrement à leurs compagnons , souci tenant leur honneur et profit entièrement en leur ab- « sence.

CHEVALIERS

an

« i 4 ° Qu’ils s’aimeraient et s’honoreraient les uns les « autres , et se porteraient aide et secours toutes les fois « que l’occasion s’en présenterait, et ne combattraient « jamais l’un contre l’autre, si ce n’est par méconnais- « sance.

« 1 5 ° Qu’ayant fait vœu ou promesse d’aller en quelque « quête ou aventure étrange, ils ne quitteraient jamais « les armes , si ce n’est pour le repos de la nuit.

« i6° Qu’en la poursuite de leur quête ou aventure, « ils n’éviteraient pas les mauvais et périlleux passages , « ni ne se détourneraient du droit chemin , de peur de « rencontrer des chevaliers puissans, ou des monstres, « bêtes sauvages , ou autre empêchement que le corps et « le courage d’un seul homme peut mener à chef.

« 1 7 0 Qu’ils ne prendraient jamais aucun gage ni pen- « sion d’un prince étranger.

« i8° Que commandant des troupes de gendarmerie, « ils vivraient avec le plus d’ordre et de discipline qu’il K leur serait possible, et notamment en leur propre pays , « où ils ne souffriraient aucun dommage ni violence être « faits.

« iq° Que s’ils étaient obligés de conduire une dame « ou damoiselle, ils la serviraient, protégeraient, et la « sauveraient de tout danger et de toute offense , ou moui’- « raient à la peine.

« ao° Qu’ils ne feraient jamais violence à dames ou da- « moiselles, encore qu’ils les eussent gagnées par.armes , « sans leur volonté et consentement.

APPENDICES

« ai° Qu'étant recherchés de combat pareil i ils ne se « refuseraient point, sans plaie, maladie, ou autre émit pëchement raisonnable.

« 22° Qu’ayant entrepris de mettre à chef une emprise , « ils y vaqueraient an et jour, s’ils n’en étaient rappelés « pour le service du roi et de leur patrie.

« 23 ° Que s’ils faisaient un vœu pour acquérir quelque « honneur, ils ne s’en retireraient point qu’ils ne l’eus- « sent accompli , ou l’équivalent.

« 24° Qu’ils seraient lidèles observateurs de leur paie rôle et de leur foi donnée , et qu’étant pris prisonniers « en bonne guerre , ils paieraient exactement la rançon « promise, ou se remettraient en prison aux jour et temps « convenus, selon leur promesse , à peine d’être déclarés « infâmes et parjures.

« 25 ° Que retournés à la cour de leur souverain, ils « rendraient un véritable compte de leurs aventures , en- « core même qu’elles fussent quelquefois à leur désa- « vantage, au roi et au greffier de l’ordre, sur peine « d’être privés de l’ordre de chevalerie.

« 26° Que sur toutes choses, ils seraient fidèles, cour- « tois , humbles et ne failleraient jamais à leur parole , « pour mal ou perte qui leur en pût advenir. »

Le chevalier, après avoir prononcé le serment , recevait toutes les marques extérieures de la chevalerie ; on le revêtait successivement, et dans l’ordre suivant, des éperons, du liautbert ou cotte de mailles, de la cuirasse , des brassards et des gantelets ; puis on lui ceignait l’épée.

CHEVALIERS

Quand il avait été ainsi adoubé , il se remettait à genoux , et le seigneur qui devait lui confier l’ordre lui donnait l’accolée. C’était ordinairement trois coups du plat de son épée sur l’épaule ou sur le col , en prononçant ces paroles ou d’autres à peu près semblables : Au nom, de Dieu j de saint Michel et de saint Georges je te fais

Il ne lui manquait plus que le heaume ou casque , l’écu ou bouclier, et la lance qu’on lui donnait, après quoi il montait à cheval pour se montrer au peuple qui témoignait sa joie par des acclamations.

En temps de guerre on dbnférait la chevalerie d’une manière plus expéditive et plus militaire. Tout le cérémonial se bornait à présenter son épée par la croix (la garde) au prince ou au général de qui l’on attendait l’accolade, et il constituait le chevalier avec les mots sacramentels d’usage.

Les chevaliers avaient seuls le droit d’enrichir d’orne mens d’or leurs vêtemens , les harnais de leurs chevaux et leurs armes; leurs femmes pouvaient, seules aussi, porter de pareils ornemens sur leurs robes. On les distinguait les premiers dans le discours et dans les actes parles titres de dom, sire, mcssire , monseigneur; on donnait à leur femme ceux de dame , de madame. Les chevaliers seuls enfin avaient le droit de fourrer leurs manteaux de vair, d’hermine et de petit-gris.

APPENDICES

Ecuyers.

Le titre d’écuyer (scutarius) a été donné de tous temps au jeune militaire qui accompagnait au combat le guerrier, lui. servait de second, portait sa lance et son écu jusqu’à ce qu’il voulût s’en servir} sous ce rapport, les titres et l’office sont aussi anciens que les armures des temps héroïques.

A la décadence de l’Empire romain, il y avait deux sortes de gens de guerre qui surpassaient tous les autres en réputation de bravoure s- c’étaient les Gentils et les Ecuyers (en latin Gentiles et Scutarii ). Ammien Marcelin rapporte que l’empereur Julien fut assiégé dans la ville de Sens par les Sicambres, parce qu’ils savaient que les écuyers et les gentils n’y étaient pas.

On appelait écuyer, dans l’ancienne milice, le gentilhomme qui faisait le service militaire à la suite d’un chevalier, jusqu’à ce que lui-méme parvînt à cette dignité j il devait être fort assidu auprès de son maître, soit à l’armée , soit dans les tournois , et de quelque haute naissance qu’il fût, il lui devait et lui montrait la plus entière subordination. Il ne se couvrait point devant lui, ne s’asseyait pas à sa table , et dans le monde avait un siège plus bas et un peu écarté en arrière- de celui du chevalier (i). Un écuyer qui aurait frappé un chevalier,

(i) II ne portait , comme le chevalier, ni éperons dorés , ni habit de

BCUYERS.

ai5

si ce n’est en se défendant, était condamné à avoir ]e poing coupé.

Dès qu’un jeune gentilhomme avait atteint l’âge de sept ans , on le retirait des mains des femmes pour le confier aux hommes. Une éducation mâle et robuste le préparait de bonne heure aux travaux de la guerre et de la chevalerie.

De l’ctat de page, le jeune gentilhomme passait à celui d’écuyer : il devait être âgé de quatorze ans pour parvenir à ce grade , qui lui était conféré avec des cérémonies religieuses. Il devait servir au moins sept ans en qualité d’écuyer, parce que l’âge fixé pour le grade de chevalier était vingt-un ans, à moins qu’une haute naissance ou de grandes actions le dispensassent de cette loi.

C’était sur les écuyers que les seigneurs se reposaient du soin de leurs maisons ; ils servaient à table , découpaient les viandes , faisaient les honneurs aux étrangers qui venaient visiter leurs maîtres; ils les accompagnaient dans les chambres qu’ils leur avaient eux-mêmes préparées. Approchant plus près de la personne de leurs seigneurs, admis à leur familiarité, ils pouvaient encore mieux profiter des modèles d’honneur et de vertu qu’ils se proposaient d’imiter.

Pendant la paix, ils ne s’occupaient que des exercices propres à les endurcir à la fatigue et à les former à l’art

velours; scs éperons étaient d'argent et scs habits de soie : on le qualifiait de monsieur, de damoiseau, et sa femme demoiselle.

APPENDICES

de la guerre et de la chevalerie , qui faisait toute l’ambition de la noblesse par la suprême gloire qui y était attachée. Guy Coquille, en parlant des écuyers, dit : Ecuyers naissent , chevaliers se font par faits d’armes.

Ils avaient soin de dresser les chevaux à tous les usages de la guerre, ils tenaient les armes de leurs maîtres toujours propres et luisantes. Toutes les nuits, un écuyer faisait la ronde dans les chambres et dans les cours du château.

Pendant la guerre , quand le maître montait à cheval , les écuyers s’empressaient à l’aider en lui tenant l’étrier ; ils portaient son arme, l’aidaient à s’en revêtir, conduisaient dans les routes les chevaux de bataille qu’ils donnaient au chevalier lorsqu’il fallait combattre l’ennemi ; ils demeuraient derrière lui pendant le combat pour lui fournir des armes et le secourir en cas d’accident; ils gardaient les prisonniers qu’il leur confiait pendant la chaleur du combat. Ge spectacle était pour les écuyers une leçon vivante d’adresse et de courage, et un puissant motif pour faire naître dans le cœur de cette jeune noblesse l’envie de se signaler par de semblables exploits.

Varlets, Valets et Pages.

Le terme de variété valet ou valeton 1 était autrefois un titre honorable. Les fils des empereurs étaient appelés varlets ou valets. Ville-Hardouin, en parlant du jeune Alexis, héritier de l’empire d’Orient, ne le nomme que

Page 1