DESCRIPTION DE LA MAISON GOETHALS A LA DRAP-STKAET
Tout le monde sait maintenant ce que c*était que les Steenen, ces habitations solides, spacieuses, imposantes de nos ancêtres , dont plus d’uue ville de Flandre , Gand surtout , conserve encore de précieux vestiges. Parmi les maisons de cette espèce qui appartenaient aux plus auciennes familles, il en est une qui mérite d’attirer une attention toute particulière : nous voulons parler de Goethals-Steen , qu’on remarque rue aux Draps , n° 28 , à Gand.
En 1 262 , Eustache Goethals , descendant , d’après ce qu’on pense (1), de la maison italienne des Boni-Colli ,
(1) Le savant et spirituel écrivain à qui nous empruntons cette description n’emploierait point ici la forme dubitative s'il avait eu , comme nous , sous les yeux , les nombreux documens qui attestent l'origine italienne de la famille Goethals, origine à laquelle nous ne tenons d’ailleurs que dans un intérêt purement historique.
En effet, Archakcelus Picciorus et Valkrius Ardræas, que nous
a ao
était caraérier tic Guy de Darapierre, comte de Flandre. Riche et considéi’é, il voulut se bâtir une habitation digne du rangjqu’il occupait dans la société. Il fit élever, rue aux Draps, un vaste et magnifique hôtel , ou plutôt une sorte de résidence fortifiée , crénelée et garnie de
avons cités textuellement à la page x de l'introduction de cet ouvrage , et à la note 3 de la page 1 1 , expliquent clairement cette origine; le livre de la fondation de l'hôpital W enemaere (i re partie , p. ta) dit , en parlant du même ser Justaks (ou Eustache) Gokthals, dont il est ici question, qu'il était fils de Gerrem et de dame de Masmines ;'qu'il était arrière-petit-fils de Gerrem Goethals, premier du nom, issu de l'ancienne et illustre famille de Mude, qui descendait d 'Honorius, surnommé Bomcolli , appartenant à une famille sénatoriale de Rome (*), le bref de i5o5 établit la filiation de la famille jusqu'aux seigneurs de Mude, et la descendance de ceux-ci de la famille Lonicolle ( V. p. a3o), et. enfin, brochant sur le tout, la bulle du pape Benoit VII ne laisse plus la moindre possibilité du doute sur l’existence du valeureux Honorius , vainqueur des Sarrasins en 8So , et sur sa descendance jusqu'aux sires de Mude, ancêtres de la maison Goethals. Voici la traduction de ce bref, dont le fac simile se trouve ci-après, p. a35.
« Benoit , évêque , serviteur des serviteurs de Dieu , à notre cher « fils en Jésus-Christ, Pierre Jionicolli , seigneur de Mude près « Gand , salut et liénédiction apostolique.
« Voulant vous donner un témoignage authentique de notre bicn- « veillance particulière comme au fils du sire Giovan et de dame n Donati dont les vertus chrétiennes sont gravées dans la mémoire de « notre mère la sainte Eglise, et surtout comme au petit-fiis du brave n Ilonorius , dont la valeur délivra le domaine de saint Pierre de la
(') Ser Jooslaes Goethals , was zoon van Mhcr Gerrem Goethals en van vrouw de Masmines, en was agter-kleynezoon van Mher Gerrem Goethals en van vrouw Mathilde de Sarchainville , Eersten van dien naein en wapens , gesproten uyt het oud en luysterlyk geslachte dur seigneurs van Mude , welkc seigneurs afstammen van Honorius BooicoUi , Eersten van dien naem , vuorlkouiende van een Raeds-heerlyke famille van Itoomen.
( Fondatie-Bock van Wt-ncmacrs-hospilacl f I)ecl,blads 12 .)
GOETHALS-STEEN
tourelles. Cet édifice était adossé aux fossés de la ville par derrière, de sorte que , de ce côté , il se trouvait suffisamment défendu. Vers le milieu du 16' siècle, ce Steen était habité par Paul van der Haghen , époux d’Elisabeth Goethals, qui lui avait transmis cette propriété. Ce seigneur entreprit des réparations considérables à la résidence patrimoniale des Goetlials, qui tombait alors de vétusté, lézardée qu’elle était et usée de toutes parts. Il modifia presque tout l’intérieur et renouvela de fond en comble la façade, telle que nous la voyons encore maintenant , portant le cachet irrécusable de la Renaissance. Quoique lourde et froide , l’architecture de ce vieil édifice a cependant quelque chose de pittoresque, d’original ; ces étages superposés avec symétrie, ces fenêtres oblongues à croisières de pierre ; ces petits cari’eaux enchâssés dans des lanières de plo ob, tout cela nous reporte à une de ces époques déjà loin de nous, où
« destruction des §arrasins lorsque , sous le pontificat de Jean VIII « (il y a aujourd'hui 100 ans), ils firent une irruption dans l'Apulie, « nous avons chargé le révérend père Baudouin , moine de l’abbaye « de Saint-Bavon (située dans un hameau près de Gand, nommé vul- «t gairement Boerheim ), et qui a été député vers nous par Arnould II , « comte de Flandre , votre puissant maître et protecteur, de vous re- « mettre trois osselets des saints Marcellin, Maximin et Quirinien , « dont vous pourrez disposer ainsi que vous en avez témoigné le désir « en faveur des églises de Saint-Bavon près de tiand , de Saint-Jeau et « Sainte-Pharaïldc , dans la même ville , ce qui vous vaudra les béné- « dictions du ciel.
« Donné à Rome , le vu des calendes de juin (a 4 mai), de la 4 "' année « de notre pontificat (980). ■
APPENDICES
runiformité des lignes n’avait pas encore succédé au capricieux des formes gothiques.
Sur la mensole qui sert de clef au cintre de l’arc-boutant de la porte côchère, se trouvent sculptées les armoiries de Paul van der Haghen; l’écusson est d’argent à trois hures de sanglier de sable. Un peu plus loin, sur la porte d’entrée principale , on lisait encore , il y a quelque temps , la date de 1 563 .
Les vastes souterrains de l’ancien Steen d’Eustacbe Goethals, n’ont guère été changés ; ils sont peu profonds, mais remarquables par la hardiesse des voûtes, qui ressemblent à ces plafonds sans cintre , composés de ciment et de pierres, qn’on rencontre dans l’architecture romaine. Dans ces souterrains l’on distingue encore deux cachots pour les prisonniers. L’un d’eux présente l’aspect terrifiant d’une oubliette. On y a découvert, il y a uqe dizaine d’années, des anneaux de fer, un carcan attaché au mur et des ossemens humains enfouis sous les dalles. En sortant des caves , on rencontre l’escalier, qui est fait de grandes pierres grises, usées et couvertes aujourd’hui d’une couche de crasse. D’étage en étage il se replie sur lui-même et vient aboutir au grenier. Sur chaque palier s’ouvrent des portes de chêne à ogives bâtardes, qui servent d’entrée à autant de salles et de chambres séparées. Ces salles, fort grandes, fort élevées d’ailleurs, sont curieuses à cause de leur large cheminée et de leur solides plafonds de chêne, qui sont doubles, et dont les poutres-mères sont sculptées aux extrémités. Le nombre
GOETHALS-STEEN
des appartemens , des cabinets , des réduits qui sillonnent ce vaste bâtiment est immense. Dans une des mansardes qui couronnent l’édifice, le pavement est composé de petites pierres rouges dont le vernis s’est effacé par le temps et le frottement des pieds. Quelques unes de ces pierres portent cependant encore une fleur de lis sur un fond jaune. Çà et là on voit aussi quelques têtes sculptées dans le mur, mais elles ont été si souvent badigeonnées , qu’il est presque impossible d’y reconnaître une face humaine.
Du reste, cette habitation, naguère si somptueuse, si imposanîe, n’offre plus maintenant au-dedans que l’aspect pénible de la misère et des haillons. Plus de trente familles pauvres , et cependant toujours actives et travailleuses, végètent aujourd’hui dans tous les recoins du Goethals-Steen. Les murs nus et crevassés offrent en beaucoup d’endroits le spectacle de la plus dégoûtante malpropreté. Les araignées tendent partout leur toile * épaisse ; les paliers de l’escalier sont couverts d’immondices ; une odeur infecte vous monte à la gorge à chaque pas. On dirait d’un immense cloaque. Si l’opulent seigneur qui jadis , sans doute , donnait des fêtes et des festins dans ces salles noires et dégarnies devait revenir dans sa noble résidence et rencontrer autour de lui cette population hâve , souffrante , chétive , qui a succédé aux hôtes puissans de cette maison $ si au lieu de lambris dorés, de fines tapisseries, d’ornemens choisis, il voyait cet ameublement bigarré de vieux lits, de tables et de •
APPENDICES
chaises boiteuses, de grabats trempés de sueurs et de larmes, de cloisons faites de mille chiffons disparates, d’ustensiles grossiers , il sentirait son cœur se serrer, il aurait peiné à retenir des pleurs amers. La vue d’un changement si complet briserait sa fermeté. Et cependant dans sa douleur il trouverait des compagnons d’infortune de son époque, plus grands, plus puissans que lui, dont l’habitation a eu lé même sort que la sienne : le palais des comtes de Flandre , ce vieux bourg autrefois si brillant, si magnifique, n’est-il pas aujourd’hui la demeure des prolétaires les plus pauvres , les plus nécessiteux ! Singulière destinée des choses d’ici-bas , à qui le temps fait subir tant de modifications !
En finissant cette courte notice , nous remarquerons que ceux de la branche des Goethals qui habitaient cet hôtel sont souvent appelés par l’Espinoy ( Recherches des Antiquités et Noblesse de Flandre) Goethals à la * Drap-Straet , afin de les distinguer des membres de cette famille qui demeuraient au quartier de Terre-Neuve , dans un autre Steen qu’on nommait Hoochuus (maison haute), et qui, pour ce motif, conservaient la dénomination de Goethals op T" hoochuus.
NOTICE
SUR GÉRARD GOETHALS