‹ Esquisses biographiques extraites des tablettes généalogiques de la maison de Goethals par le Chevalier L'ÿvêque de la BasseMouturieChapitre 64 sur 75 · ANOBLI EN · texte numérisé non relu

ANOBLI EN

Vers le milieu du dix-septième siècle, il y avait à Madrid, parmi les gardes-du-corps de Philippe IV, roi d’Espagne, duc de Brabant, comte de Flandre, etc., un liomme fort recommandable, ayant nom Gérard Goethals; tel était le haut degré d’estime, de considération et de confiance dont il jouissait auprès de son souve rain, que, quoiqu’il ne fût point héraut d’armes, et qu’il ne pût pi’oduire ses titres de noblesse, il le nomma, lors de là réception du prince de Ligne dans l’ordre de la Toison-d’Or, pour remplacer le premier roi d'armes de Flandre dans l’auguste et imposante cérémonie qui devait se faire à Bruxelles.

Voici en quels termes est conçue sa nomination à cet office dans un édit royal du 28 novembre 1647, inséré dans la jurisprudentia heroica deChrystin, page 5 oo.

« Philippe, par la grâce de Dieu, roi de Castille, de « Leon, dArragou, des Deux-Siciles, de Hierusalem, de « Portugal, do Navarre, de Grenade, de Tolede, de Va- « lence, de Gallice, des Maillorques, de Seville, deSar- « daigne, de Cordube, de Corsicque, de Murcie, de

APPENDICES

« Iaen, des Algarbes, dAlgezire , de Gibraltar, des isles « de Canarie, des Indes, tant orientales qu occidentales,

« des isles et terre ferme de la mer Oceane ; archiduc « dAustrice, duc de Bourgongne, de Lothier, de Brabant,

« de Lembourg, de Luxembourg, de Gueldres et de « Milan; comte de Habsbourg, de Flandres, d’Artois, de « Bourgongne, de Tirol Palatin et deHaynaut, deHol- « lande, de -Zelande, de Namur et de Zutphen ; prince « de Swave; marquis du saint empire de Rome, seigneur « de Frize, de Salins, de Malines, des cité, villes et pays « d’Utrecht, d’Overyssel et de Groeninghe ; et dominait teur en Asie et Afrique, chef et souverain de l’ordre « de la Thoison-d’Or , à tous ceux qui ces présentes « verront, salut.

« Comme à raison de nostre souveraineté de nostredit « ordre et à imitation des chefs et souverains nos prede- « cesseurs de tres-haute mémoire , nostre désir est de , « non seulement le maintenir en sa splendeur ancienne , « mais aussi de laugmenter de plus en plus en estime et « honneur et de pourveoir les places vacantes des cheva- « liers confrères en. personnes dignes destre pourveus « en icelles : ayans entière satisfaction de celle de nostre « très cher et féal Cousin le Prince de Lions, en consi de- « ration de ses services et qualité de sa maison , et de ses « vertus , et louables comportemens, Nous nous sommes « favorablement inclinez à l’eslire et denpmmer, comme « en effecl avons eslu et dénommé pour chevalier con- « frere de nostredit ordre de la Thoison-d’Or, dont icellny

GÉRARD GOSTHALS.

« Prince nous a fait entendre de se tenir grandement « honore et recognoissant , et nous voulans faire suivre « l’execution de cette élection et dénomination par pro- « curation, et commission nostre, dirigée à un des che- « valiers confrères, qui plus commodément y puisse « assister es nos Pays-Bas, sçavoirfaisons que se trouvant « à présent esdits pays nostre très cher féal cousin le « Comte d’Isembourg j chevalier confrère de nostredit « ordre, et pour son ancienneté luy touschantpar delà « le premier rang au nombre des chevaliers, l’avons « député, commis et authorisé, députons, comettons « et authorisons par ces présentes pour commis nostre « en cette action , et au cas que pour son absence , ou « autre accident, il ne puisse s’en charger, avons pour « le mesme effet député, commis et authorisé, députons,

« commettons et authorisons par ccs présentes nostre « cher et féal cousin le prince de Barbanzon , aussi che- « valier confrère de nostredit -ordre, comme étant au- « jourd’hui, après ledit comte d’Isembourg, le plus an- « cien desdits chevaliers residens et assistens auxdits « Pays-Bas , en donnant audit comte d’Isembourg et, au « cas susdit audit prince de Barbanzon , et à châcun d’eux « en conformité de ce que dit est, plain pouvoir, aulhorité « et mandement especial, pour en nostre nom, et comme « commis nostre, recevoir et ranger en l’amiable frater- « nité et compagnie dudit ordre de la Thoison-d’Or ledit « Prince de Ligne, et lui en délivrer le collier, apres a l’avoir armé chevalier par l’espée d’honneur en nostre

APPENDICES

« nom , au cas qu’il ne l’ait esté auparavant et apres avoir « recen de luy le serment accoutumé , pour l’observance « et l’accomplissement des statutz cl ordonnances dudit « ordre, le tout aux ceremonies et solennités ordinaires « avec assistence des chevaliers confrères s’y pouvans « trouver presens, y assistant aussi nostre cher et féal « messire Henri Schotti , chevalier, nostre conseiller « et trésorier dudit ordre, et nostre cher et bien-aime « Gérard Goethals, l’un de nos archers de corps, au- « quel avons ordonné de se rendre expressément par « delà à cet effet, pour l’indisposition et au lieu de « nostre conseiller et premier roi d’armes ditThoison- « d’Or, promettans d’avoir, et tenir pour ferme, stable et <c aggreable tout ce, qu’en ce que dict est efcen dépend sera « fait et effectué par l’un desdits chevaliers cy-dessus « nommez, qui s’y sera entremis, comme si nous-mesmes « leussions fait et effectué par nostre propre personne. « En tesmoignage de quoy nous avons signé ces présentés « de nostre main et y fait appendre le scel de nostredit « ordre. Donné en nostre ville de Madrid, royaume de « Castille, le huictiesme jour de novembre, L’an de grâce « mille six cens et qnarante six, et de nos régnés le « vingt-sixiesme. Estoit paraphé Coloma vidit ; et signé « Philippe. Plus bas estoit : par le roy, duc deBourgongne, « chef et souverain dudit ordre de la Thoison-d’Or : signé « Balthasar Molinet, et scellé avec le scel de l’ordre en « cire rouge y dépendant en double queue, a Ce même Gérard Goethals fut pourvu de la charge de

GERARD GOETHALS

roi d'armes au titre de Bourgogne le 1 o février i65g £i)j il avait obtenu le i5 avril i65a des lettres de noblesse (2). De là quelques personnes , peu versées dans l’histoire de leur pays, ont cru trouver en lui la souche de la maison des Goethals de Gand et son origine nobiliaire !..... Or, pour admettre cette opinion, il faudrait déchirer tous les titres de la famille ; tous les brefs et documens qui existent dans les archives et les obituaires des principales villes de la Flandre; tous les cartulaires des Pays-Bas ; il faudrait détruire tous les monumens funéraires , etc. ; il faudrait démentir tous les généalogistes de la Belgique, tous les historiens depuis Trithemius jusqu’à Coomaus ; il faudrait enfin anéantir les témoignages recueillis dans cinquante auteurs , qui tous semblent se réunir pour constater l’antiquité et l’illustration de cette famille.

Sanderus cite la maison de Goethals parmi les plus anciennes et les plus relevées de la capitale de Flandre dans son énumération de quelques unes des nobles et honorables familles de Gand (3). Ph. de l’Espinoy la met au nombre des plus nobles des Pays-Bas (4) 35o ans

(1) Trophées du Brabant, par Butkens, tomes 1 et a, page 38o ****.

(a) Voir le Nobiliaire des Pays-Bas, page 3ao.

(3) Flandria illuslrata, tome i cr , f° i65et 166, édit. 1735.

(4) 11 ne cesse delà citer jusqu’en 1638, et son continuateur, qui la prend en i63i , la suit aussi jusqu’en l’an 1794. Voir Becherche des antiquités et noblesse de Flandre, par Philippe de l’Espiuoy, gr, in-4°. Douai, i63t , pages 36a, 3g5, 398, 4«4> 4 ,1 > 4‘9' 44 8 > 4 50 » 4 1 * 3 4 5 3, 4 Gi j

465, 47'» 474» 47 e » 47». 499» 5qi, 5n, 5tu, 5i8, 5a4, 53g, 599, 601,

APPENDICES

avant l’anoblissement de Gérard, et voici comment il s’exprime en parlant de l’illustre famille des d’Oosterzeele, page 3^6, ligne 16 :

« Le cinquiesme Escheuin (des parchons en l’an 1 30g) « estait Arnould d’Oosterzeele , laquelle famille ie « trouue en ladite ville (Gand) alliée auec les Goethals, « van der Coyen et autres nobles et honorables familles « de ladictc ville, comme se trouue és registres de la- « dicte ville. »

Archangelus Piccionus, dans sa vie d’Henri de Gand, né en iai y, le dit de la très-noble maison de Goethals Bonicolle ( voir page x de l’introduction).

La tombe de ce même Henri était, au treizième siècle, décorée de huit quartiers. Au quinzième siècle celle d’Henri, le doyen de Liège, l’était de seize, comme celle de son cousin Pierre; plus tard, celle de Marie (page 53 des Esquisses Biog.) en eut trente-deux, et ainsi de bien d’autres.

Le diplôme délivré en l’an 1 5o5 par Philippe-le-Beau, roi de Castille et comte de Flandre, à Pilippe Goethals, trisaïeul d’Amand et de Josse, dont il va être question, et quadrisaïeul de Michel, ci-après désigné, présente de la manière la plus claire et la moins contestable la filia-

6o5, 6o6, 6i i, 6i5, 624, 628, 635, 644, 655, 656, 657, 65g, 664, 674, 702, 708, 735, 755, 765, 789, 798, 8o3, 810, 814, 8ao, 85g, 86g, 87a, ga6, <j3 1 , ioo4, et la Continuation des magistrats de Gand, par Hane de Joliraont, pages 1, 3, 8, 16, ao, 24, a5, 3o, 33, 37, 3g, 49, 5i, 5a, 6a, 96, 99, 100, ia3, 126, i35, 140, 166, 173, 174, 179.

GERARD GOETHALS

des Gocthals depuis ce même Philippe jusqu’à Houorius. Ce bref, consigné dans le Zwaerten-bock , MS. de la bibliothèque du franc de Bruges, vient d’être inséré en entier dans le Messager des sciences et des arts de Gandj t. is37p. 493; mais son étendue ne nous a pas permis de l’admettre parmi nos Appendices déjà fort nombreux.

Conséquemment, pour concilier l’anoblissement de i65a avec le nom de Goethals que portait Gérard, on est obligé de reconnaître qu’il avait perdu la trace de ses ancêtres, ou qu’il n’était pas de la même famille; et en effet, c’est ce qui résulte évidemment de la déclaration de ce même Gérard dont voici la copie littérale :

Nous soubsignè Gérard- Fernand- Antonio -Maria Goethals, né en ceste ville de Madrid le dousiesme jour du mois de juing, l’an de grâce 1623, huy archier du corps de sa Maies té catholicque, Phelippe IF* roi d’Espaignes, ducq de Brabant , conte de Flandres * etc. j etc.* en conséquence de la signification que faite nous a esté par Alonsieur le Héraut d' Armes de Castille à la requeste du Premier Roy d’armes des Pays-Bas et de Bourgoigne, d’une protestation en date du 1 ojuing dernier de Monsieur Michael Goethals filz de Messire Pierre et de Dame Marie Parmentier , du présent à Bruges en Flandres, laquelle nous enjoinct et prescript de recognoistre et déclarer nostre non appertenance à la noble maison de Goethals dont il est ysseü laquelle est establyc à Garni depuis quasi sept cens ans en ça, etc.; ne pouuons a ceste occasion donner replicque aullre que

APPENDICES

celle par nous faicte à la sommation des sires Amand et Josse Goethals de Gand, mesme conté de Flan* dres en date du trente-un may de l'an dernier et que selon droict et iustice rapportons cy-aprez si comme s’en suict : « que nous sommes yssuz et jilz unicq de ffieronimo-Lorenzo Goethals en son viuant capitaine de vaisseau et aussy membre du priué conseil au départe * ment de la marine , décédé à Madrid le diziesme jour de aoust i63o, et de D a Maria yJleyda de Maglio y Peneranda ambedeux natif z de Guanaxuato en Mexicque,assauoir luy le quatriesmejour dejuing i5j6^etelle en 1 5g6 ; que nostre ave Barnabé Goethals estoit aultrefois Gouuerneur pour sa maiesté de la ville et prouince de G ua daxua to, qu'il auoit espousé Margrietta Pana * zaro , que luy trespassa en l’an i588, es ladicte ville et cité ; que nostre atave fust Willem Goethals, en son temps chef et commandant de Nauire à V era Cruz, dont les auteurs sont incognuz , que finabtement ces renseigne ■ mens estoyent les seulz lesquelz nous soyent parvenuz sur nos ayeulx et ascendans , cause pourquoy ayant voulu faire establir nostre nobilitè, nous nous auonsre tirez deuersS. M. Catholicque pour afin de impetrerdes lettres de recognoissance , ains que faulte par nous de poucoir produire àl’appuy de nostre semonce des tiltres, documens ou preuues aultres que les haultz employs que noz ancestres ont desseruiz esquelz Hz ont touiours vescu noblemt et honnorablcmt > nous avons esté déboutez de nostre requeste, raison pourquoy nous ont esté offertes

GÉRARD GOETHALS. 233

des lettres de noblesse que nous auons acceptées auccq beaucoup de recognoissance qu’a ceste fin nous auons prins pour armoiries trois testes de femmes > non par imitation de celles des Goethals de Flandres quy nous estoyent incognuez ains pour autant quicelluy scel estoil le cachet particulier dont nostre ataue souloit se sentir.

u Pour ce quy est de nostre consanguinité et apparenté auecque la très' ancienne maison de Goethals de Gand, ne cognoissons nulle bonne raison pour y maintenir plus que oneques l' auons faict si doneques et à default de cognoissance acertainée de nostre estocq et lignaige nous clamons et déclarons n’auoir jusques à ores nulle prétention d’apparente avecque ceste illustre famille. » C’est en foy de ce que dessubz dict est que nous auons signez et scellez de nostre scel particulier ceste nostre présente déclaration faicte à Madrid le trenteuniesme jour du mois de octobre mille six cent et cincquantc quatre. Etait signé : Gérard Goethals.

Place du sceau (i).

Cotte déclaration , dont l’original a été mis sous nos yeux , est revêtue de toutes les conditions de l'authenticité la plus régulière, par le rescrit de M ,rc Adrien Colbrant, premier roi d’armes des Pays-Bas et de Bourgogne en date du i5 décembre 1 654 » mis à la suite de la requête de Michel Goethals , et où il est établi que l’anoblissement de Gérard ne peut en rien préjudicier à

(i) Ce sceau est un écu de gueules à trois têtes de femmes ayant pour cimier un meuble de lccu au lieu du maure issani.

APPENDICES

l’état et aux droits nobiliaires de l’antique maison de Goethals de Flandre , à laquelle il n’appartient en aucune manière. *

Du reste, et en supposant même que Gérard fût de cette famille , il n’y aurait encore rien de bien extraordinaire dans la demande ou l’acceptation de ses lettres de noblesse ; l’histoire généalogique de France fourmille de pareils faits, et, pour ne pas aller chercher bien loin nos citations, nous rapporterons une petite anecdote qui s’est passée sous nos yeux, et dans la famille même, il y a précisément aujourd’hui (i 83 ^) quinze ans.

Guillaume, roi des Pays-Bas, ayant exigé que la noblesse de ses États justifiât de ses titres, un personnage très-connu par le rang qu’il occupe dans l’armée, et qui avait , dans le tourbillon des camps , perdu de vue l’histoire de ses aïeux, sollicita, comme une faveur, des lettres de noblesse. Ce juste prix des lauriers dont il avait doté sa patrie, ne pouvait lui être refusé, mais tandis que S. M. Néerlandaise délivrait d’une main une espèce de savonnette à vilain à ce brave guerrier, elle signait de l’autre à son cousin issu-germain du même nom, un diplôme daté du a 3 décembre 1822, par lequel son ancienne noblesse est reconnue pour lui et ses des cendans, comme issus de génération en génération d’une famille noble de race .

Ce ne fut pas sans difficulté que l’on parvint à faire anuihiler les lettres d'anoblissement, et à réparer ainsi l’erreur ou l’inadvertance de ce nouveau Gérard.

oooao ea oo e o o o oB Ooo e oo aeae oB a eo eaa oooaoooo aefre oooo aa ooooo e o o ow)

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