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manité devaient nous engager à essayer d'éviter une ruine
totale et l’effusion de sang ; qu’enfin, j: ne voyais pas com-
ment Sir John Colborne pourrait ordonner ou permettre de mettre le feu et de piller, ni même souffrir que l’on fit le moindre mal à une population qui ne lui offrirait aucune résistance. Combien je me trompais !
La première personne que je vis, en arrivant au village de Saint-Benoît, fut Girod. Je lui adressai quelques reproches sanglants, et je lui conseillai d'éviter, non l’ennemi qu’il avait lâchement fui en sacrifiant nos braves, mais l'effet d’un juste ressentiment de la part de ceux qu’il avait ainsi exposés. 11 fondit devant moi, et je ne le revis plus.
Vous savez quelle a été sa fin malheureuse ; atteint par ceux qui le poursuivaient pour le faire prisonnier, il se fit sauter la cervelle, d'un coup de pistolet, pour éviter les suites d’une double
vengeance, Tout était en confusion, lorsque j'arrivai. Je trouvai ma
maison remplie des principaux citoyens qui m’engagèrent à chercher, sans délai, mon salut dans la fuite. Je voulus que madame Girouard restât chez elle, lui faisant entendre qu’assurément l'invasion étant conduite par des officiers, de haut rang, qui avaient une réputation et un honneur à conserver, il ne lui serait point fait de ma!, et que l’on respecterait, chez moi, les papiers publics dont j'étais le dépositaire. Elle n’y voulut point consentir, et force me fut de vider ma maison. Il fallut, en un instant, tout empaqueter. Je choisis, comme lieu le plus sûr, ja vieille maison inhabitée de Richer, voisine de ma terre, à environ neuf arpents, derrière le village. Là furent transportés mes minutes, mes livres et tous mes autres papiers, sans oublier mes nombreux papiers, notes et documents historiques, et surtout, l’histoire du Canada, par feu le Dr. Labrie, le tout bien renfermé dans des coffres et des valises. Après avoir donné quelques ordres et fait les recommandations que je crus nécessaires, dans une circonstance aussi pénible, je joignis mes amis, nous nous embrassâmes, et chacun prit son parti comme il put. Cependant, je fus sur le point de prendre la résolution
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de rester chez moi, dans l’espoir que je pourrais peut-être prévenir de grands malheurs, en me jetant eutre le vainqueur et mes braves bonnets bleus, mais il se faisait déjà tard ; les moments étaient précieux, et il fallut céder aux pres.antes sollici. tations de ceux qui m’entouraient et qui craignaient, avec raison, que si je tombais entre les mains de l’ennemi, je ne fusse
mis en pièces, au premier moment, Je pris donc ma route par les Eboulis.
Je n'ai voulu, jusqu’à présent, vous parler de moi, mon sensible ami, qu’en autant que cela a été indispensable pour vous mettre au fait des évènements. Je passerai donc sous silence les aventures de mon voyage, mes pertes et mes souffrances individuelles. De grandes calamités doivent faire taire les plaintes particulières, C’est sur les malheurs de la patrie que nous devons verser des pleurs. Sans doute, un ami et un bon ami, Comme vous, y trouverait de l'intérêt, mais je ne veux point interrompre ma narration, non que mes barbouillages soient faits avec ordre et sur un plan convenable, comme vous vous en apercevez bien, en les lisant ; ce que je veux dire, c’est que j'ai voulu entrer, le moins possible, dans les petits détails qui ne se rattachent pas directement aux grands évènements, quoiqu’ils en dépendent, Je crains beaucoup que vous ne me trouviez déjà trop long. Je suivrai le plan que je me suis proposé, en vous écrivant les tristes évènements qui se sont passés dans mon comté et dont je vais vous continuer le récit,
Les troupes stationnées à Carillon, avec les voiontaires et loyau x d’Argenteuil,de Chatham,de Grenville,et les orangistes de Gore, tous,ou au moins la plupart, armés et ammunitionnés par le gouvernement, se divisèrent en deux bandes pour donner sur Saint-Benoît. Le même soir de mon départ de chez moi, une partie de l'expédition bivouaqua dans la baie de Carillon pour déboucher par les Eboulis, et j’aperçus leurs feux, de l'endroit où j'étais arrêté ; l’autre partie chemina par la rivière Rouge et Saint-Hermas.
Le lendemain matin, vendredi 15 décembre, les ennemis ne
tardèrent pas à entrer dans les Eboulis le Tong du lac des Deux- Montagnes, Ils parcoururent lentement cette côte, s’arrêtant aux maisons marquées de proscription,pour y commettre toutes sortes de brigandages, pillant tout ce qu'ils trouvaient sous leurs mains. Tous y prirent part, le ministre Abbott fit sa provision de dindes et d’autres choses, et M. Forbes que vous connaissez, se chargea de butin. Arrivés à la belle maison de pierre du capitaine Mongrain, d’où sa dame s'était sauvée avec ses enfants, ils pillèrent cette maison et y mirent le feu, J'étais, à quelques arpents de là,dans le petit bois qui se trouve non loin du chemin,et je pus voir, de mes propres yeux, tontes ces horreurs. Je les vis, ces sauvages, danser, gambader et jouer de la trompette, devant la maison, en jetant des cris féroces. Ils mirent ensuite le feu à la grange du capitaine Mongrain et à la maison voisine appartenant à :a veuve Laframboise, près de la terre du père Payen que vous connaissez, et ils prirent le chemin de Saint-Etienne.
Il ne serait impossible de peindre la désolation que cette marche et les scènes barbares dont elle était accompagnée, répandirent dans les familles, Je fus obligé de passer une partie de la même nuit, ans une maison nouvellement bâtie dans le fond de la grande anse des Eboulis. Cette maison était entièrement remplie de femmes et d'enfants qui s’y étaient réfugiés avec quelques couvertures soustraites aux envahisseurs. Un grand nombre de jeunes filles se réfugièrent, dans la maison de la ferme du séminaire, à la Pointe-aux-Anglais, pour se soustraire aux poursuites et à la brutalité des loyaux et des soldats, J'aurai peut-être occasion de vous raconter, plus au long, ce qui se passa dans la maison où j'étais, les larmes et les angoisses dont je fus témoin, Oh ! que je passai de pénibles moments ! Que de douleurs et de chagrins, mais en même temps que de fermeté, de courage et de grandeur d'âme chez nos femmes canadiennes! Ah! s’il m'était jamais donné d'aller, quelque jour,à Saint-Benoît, oui, je veux rassembler toutes ces généreuses patriotes, pour leur témoigner ma reconnaissance ;
bâtie Laison taient seurs.
laison ur se et des us au et les inibles même > chez d’aller, tes ces sance ;
elles qui m’entourèrent des soins les plus touchants et refus èrent l’or qu'on leur offrait, à pleines mains, pour découvrir ma retraite.
Le même jour,au soir,arriva à Saint-Benoît Sir John Uolborne, à la tête de toute l'expédition de Montréal ; il y fut rejoint par les troupes et les loyaux venus par Saint. André et Saint- Hermas. Le jour suivant, il se trouva, à Saint-Benoît, entre cinq à six mille hommes. Son Excellence et plusieurs des gens de sa suite, couchèrent dans ma maison.
. Un fait à remarquer, avant d'aller plus loin, c’est que, peu après son départ de Saint-Eustache, Sir Joha Colborne avait reçu une députation, d'habitants de Saint-Benoit,pour l’informer qu'ils n’avaient aucune résistance à lui opposer, et le prier d’épargner les personnes et les propriétés. M. James Brown parut comme entremetteur, et d’après ce qu’il a rapporté luimême, ou ce que l’on m'a dit, il ne devait être commis aucun acte de violence à Saint-Benoît, non plus qu’à Saint-Hermas et à Sainte-Scholastique. C’est à M. Dumouchel même que M. Brown a communiqué ceci avec d’autres choses que je ne puis rapporter ici.
Quoi qu’il en soit, l’on fit rassembler dans ma cour, qui est très large, comme vous le savez, un nombre considérable d’habitants ; ils y furent mis en rang, et l’on braqua, sur eux, deux canons, par la porte-cochère, en leur disant qu’on allait les exterminer en peu de minutes. Il n’est point d’injures et d’outrages dont on ne les accablât, et de menaces qu’on ne leur fit pour les intimider et les forcer à déclarer la retraite de tous ceux que l’on appelait leurs chefs. Aucun d’eux ne put ou ne voulut donner le moindre indice, et les indignités, que les officiers leur firent endurer, furent en pure perte. Des officiers avaient appris que Paul Brazeau m'avait conduit jusqu'aux Eboulis. Ils le mirent, pour ainsi dire, à la question pour le forcer à indiquer ma retraite, Ils lui mirent le pistolet sur la gorge, le firent plusieurs fois étendre sur un billot, en menaçant de lui couper la tête, mais le généreux patriote resta ferme et nos barbares en furent pour leurs violences, Je ne sais pour-
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quoi ils firent prendre les noms de tous ceux que l’on fit rassembler chez moi et qui furent ensuite congédiés.
Alors commencèrent des scènes de dévastation et de destruction, comme on n’en vit jamais de plus atroces, le meurtre seul excepté, dans une ville prise d'assaut et livrée au pillage après un long et pénible siège. Ayant complètement pillé le village, ennemi y mit le feu et le réduisit, d’un bout à l’antre, en un inonceau de cendres, Il se dirigea ensuite de divers côtés, pillant et brûlant, sur son passage, toutes nos concessions de Saint Benoît. À Saint-Hermas, il y eut un nombre considérable d'animaux et d’effets emportés : la superbe maison et les dépendances du capitaine Laurent Aubry,furent incendiées, et l’église de cette paroisse ne fut sauvée, dit-on, que par l'entremise du curé, A Sainte-Scholastique, la maison et la grange de M. Barcelo et une bonne partie de la côte Saint-Joachim, devinrent la proie des pillards et de la flamme, L’ennemi continua ses dévastations dans plusieurs autres concessions, et surtout dans la côte Saint-Louis, et porta le feu jusque dans le village de Sainte-Scholastique, où l’église et la majeure partie des maisons ne furent sauvées que par la conduite ferme de Messire Bonin, curé du lieu.
Il n’en fut pas de même à Saint. Benoît, L'Eglise et le presbytèrc ne furent pas épargnés et furent consumés par les flammes, avec toutes leurs dépendances. Avant de mettre le feu à l’église, les soldats y étaient entrés et y avaient commis des profanations de toutes sortes. Ils n’y mirent pas leurs chevaux comme en celle de Saint-Charles, mais les uns montèrent sur l'autel pour briser les reliquaires, les autres s’emparèrent des vases sacrés et les firent servir à satisfaire leurs besoius naturels, après avoir percé, déchiré et foulé les hosties à leurs pieds. On en vit ensuite se revêtir des ornements sacerdotaux qu'ils avaient volés dans la sacristie et attacher des étoles autour du cou de leurs chevaux.
Je n’en finirais point, mon cher ami, si j'entreprenais de vous rapporter tous les actes de vandalisme, d’inhumanité et de cruauté dont les soldats et les volontaires se sont rendus coupables.
Qu'il vous suffise de savoir qu’un grand nombre de familles
perdirent, en cette occasion, tout ce qu’elles possédaient et qu'on leur arracha jusqu’à leurs vêtements.
Après avoir pillé tout ce qui se trouvait dans la maison et les bâtiments d’une ferme, et s'être emparé de tous les animaux, les barbares faisaient déshabiller les hommes, les femmes et les enfants, que l’on laissaient presque nus à la porte de leur maison embrasée, Les dames Dumouchel, Lemaire, Girouard, et Masson ne furent pas exemptes ; à peine resta-t-il, à ces dernières, de quoi couvrir leur nudité. Je ne sais encore ‘comment ces infortunées dames ont pu survivre à tant de misères et de malheurs. On avait défendu, sous peine d’incendie, aux habitants, de donner l'hospitalité à ces pauvres dames et elles seraient mortes de froid, sans le courage de quelques bons citoyens qui leur offrirent un logement, au risque de subir la vengeance loyale. Elles ont, néanmoins montré une fermeté et un courage au-dessus de leur sexe, et paraissent avoir conservé leur santé, à l'exception de Mile Ovide Lemaire et de Mlle Cléophé Masson.
La pauvre Ovide, ma chère fille, elle que je chérissais tant et qui m’aimait si tendrement ! Elle n’a pu survivre longtemps au froid et aux misères qu’elle a endurés. J'ai appris, ces jours derniers, la nouvelle de sa mort, et je vous avoue que ma sensibilite l’a emporté dans cette catastrophe ; j'ai été affecté jusqu’à en être s‘rieusement malade, moi qui avais supporté, avec tant de courage, tous les autres malheurs dont nous avons été les victimes. Quant à Mile Masson, son frère, le docteur Masson, vient d'apprendre qu’elle est dangereusement malade,
Ces barbares entrèrent dans la maison de Benjamin Maynard, à la côte Saint-Jean de Saint-Benoît. Sa femme y était avec un enfant au monde depuis deux jours seulement. Ils lui arrachèrent son lit et l’effrayèrent ment qu’elle en mourut le lendemain.
Les volontaires et les loyaux furent ceux qui commirent le plus de cruautés et de dépradations. Ils s’en retournèrent, chez