ARTICLE DIX-NEUVIÈME, SECONDE LETTRE
MoxTR£aL, NOUVELLE PRISON 28 avril 1828, Cher et excellent ami,
Il avait été décrété, par les autorités, que les forces considérables qui composaient l'expédition préparée contre es Canadiens du eomté des Deux-Montagnes, n'étaient pas destinées seulement à s'emparer des chefs de la prétendue révoite ou rébellion, mais bien, à détruire de fond en ecmble, s’il était possible, le patriotisme dans le comté, en portant le fer, le feu et le pillage, chez tous nos braves bonnets-bleus, Aussi, se garda-ton bien de faire au 1ne sommation préalable ; c’eût été de donner aux chefs patriotes, l’occasion de prévenir d'aussi grandes calamités,
Que faisaient alors les bons patriotes de Saint-Benoît, qui, comme je vous l’ai dit, n'avaient pas quitté leurs postes, menacés qu'ils étaient, à tout moment, d’une attaque du côté de Saint.
André d'Argenteuil ? A l'exception d’un seul, personne de Saint-Benoît, que je sache, n’était allé à Saint-Eustache, et ne se trouva au feu, Il en fut de inême à Saint-Hermas et dans plusieurs des concessions de Sainte Scholastique. Ils se tenaient done tous sur leurs gardes, et se préparaient à combattre vaillamment ceux qui viendraient les attaquer, lorsque leur parvint la nouvelle des désastres de Saint-Eustache, et en même temps, dela marche des troupes et de tous les habitants de Saint- André, Chatham, Grenville et surtout du Gore, au nombre de ë plus de deux mille hommes, se dirigeant simultanément sur Saint-Benoît, par Saint-André, tandis que les victorieux, de
Saint-Eustache, allaient nous tomber sur les bras de l’autre côté.
J1 n’y avait pas de temps à perdre, J'étais à visiter nos
postes, quand on vint nous dire que tout était perdu à Saint-
Eustache, et que Girod était rendu chez moi. J’ai pris le parti
qui me parut le plus sage, en engageant les habitants à se reti-
rer chez eux, et à demeurer tranquilles, après avoir fait dispa-
raître leurs armes et leurs munitions, Et en effet, à quoi aurait
servi une défense aussi inutile qu’elle eût été sanguinaire et
désastreuse dans ses suites ? Protégés par nos ouvrages de dé-
. | fense, et quelque bien préparés et résolus que nous fussions, nous aurions sans doute fait perir un très grand nombre d’ennemis, mais à la fin, il eût fallu succomber et céder au grand
4 nombre et à des forces supérieures, pressés que nous eussions . été, entre deux feux, par l’armée de Saint-Eustache et celle ve- À nant de Saint-André, Remarquez ensuite que, par suite de la u prise de $Saint-Eustache, Saint-Benoît se trouvait nécessaire- . ment réduit à ses seules forces pour soutenir une double attaque, Le sans pouvoir espérer aucun‘secours des étrangers Je vis, en ce L. moment, de nos braves, les larmes aux yeux et la rage dans le " cœur, protester qu’ils voulaient combattre en désespérés, parce que, disaient-ils, l'ennemi n’en ferait pas moins, parmi nous, les | ravages commis à Saint-Eustache, J’eus beaucoup de peine à f leur persuader que ce serait un parti plus téméraire que sage Le d'entreprendre de défendre nos postes ; que la raison et l’hu-
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