Château des sept tours
ia ESQUISSES BYZANTINES.
des églises de Saint-Mamas et de Saint-Théodote. Devant la Porte d'or, le palais de la source ou Philopatrion, entouré d'un grand parc de chasse, servait aux empereurs de résidence d'automne.
En revenant dans l'intérieur de la cité, l'église des Saints-Apôtres, presque égale à Sainte-Sophie par la grandeur et la richesse, attirait les regards. Dans ses caveaux, des sarcophages de marbre et de porphyre recevaient les corps des souverains de l'empire. Les Croisés brisèrent ces tombeaux qu'ils croyaient remplis de trésors. Les restes de Justinien, après sept siècles, revirent alors la lumière du jour. L'église toute voisine de la Sainte- Vierge de Sibis abrita plus tard la dépouille de plusieurs empereurs de la dynastie Paléologue. Tout près de la mer, à la place de l'ancien palais de Hormisdas, un portique reliait l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul à celle des martyrs saint Serge et saint Bacchus. En entrant dans cette dernière église, on pouvait se croire dans un temple consacré au Dieu du vin, car l'architecte (peut-être un adepte secret de V hellénisme)^ avait tapissé les murs et les voûtes d'une vigne de bronze qui s'enroulait autour des colonnes de marbre vert et rose, et couronnait de ses grappes leurs chapiteaux ioniens. Dans l'église de
tous les saints, on montrait la colonne où le Christ fut attaché pendant la flagellation, et la chaire de saint Ghrysostome ornée de perles. Il serait trop long de nommer les autres églises de Constanti-* nople : Notre-Dame des Sept-Golonnes, Notre- Dame Hodogétria, Saint-Nicolas, Sainte-Agathonique, les Quarante-Martyrs, le Chalcopration, le Pantocrator, etc., sans comper les églises particulières pour les notaires, les médecins, les avocats et les eunuques ; et celles affectées à diverses nations : églises des Égyptiens, des Arméniens, des Lycaoniens, etc.
Dans la ville et aux environs, les monastères abondaient comme les églises. Près du port du palais impérial, des moines eunuques gardaient les reliques de saint Lazare et de sainte Madeleine. Dans le couvent de Myriokéras, on montrait la corne pleine de l'huile qui servait à oindre les rois de Judée, et dans celui des Abramites, un portrait de la Vierge towbé du ciel. Mille religieux occupaient le monastère de Studius, doté d'immenses revenus par le patrice de ce nom. Helena Augusta, mère de Constantin, avait fondé le couvent de Bethléem. La docte Icasie, auteur d'hymnes renommé^, et dont Théophile avait failli faire sa femme, oublia les grandeurs un instant rêvées,
dans la maison religieuse qui portait son nom. Â Gatangium, sur le Bosphore, les moines du grand couvent des Acomêtes, divisés en trois catégories, n'interrompaient jamais leurs chants et leurs prières. En arrière de Ghrysopdlis, le fameux Samoaas, chambellan de Léon le Philosophe, avait bâti le monastère de Spira, où son maître ne tarda pas à le reléguer. A Garlaliménos, port sur la mer Noire, le monastère de Satyros, fondé par le patriarche Ignace en l'honneur de Tarchange Michel, occupait l'emplacement d'un temple antique dédié aux Satyres. Dans la ville abondaient aussi les fon* dations religieuses et charitables, hôpitaux, orphelinats, asiles pour les vieillards, vastes hôtelleries destinées aux pèlerins et aux voyageurs sans ressources.
Entre le forum de Constantin et le forum de Théodose dont la statue d'argent s'élevait sur une colonne triomphale, près du palais destiné aux ambassadeurs étrangers , s'étendait l'Artopolion (marché au pain), voisin du bazar d'esclaves que j'ai déjà mentionné. Sous Léon l'Isaurien, l'architecte Héliodore construisit aux alentours un gracieux monument revêtu d'airain, l'Anémodulion, rappelant le temple des Vents, à Athènes. Les douze statues des Vents, des bas-reliefs, représen-
LA VILLE. i9
tant des scènes de chasse et de pêche, des oiseaux dans les buissons, des amours nus jouant avec des pommes, en décoraient le sommet et les façades.
Venait ensuite le forum Âmastrianon, grande place carrée où se tenaient les gens d'Araastra, sur la mer Noire, robustes Paphlagoniens qui émigraient à Constantinople pour s'y employer comme portefaix. Sur ce forum destiné aux exécutions, et qui passait pour hanté par des spectres, deux mains coupées sur un socle de bronze rappelaient le châtiment infligé par Valentinieu à un vendeur à faux poids. La statue d'un Paphlagonien, souvent souillée par les passants, comme les statues d'Arins et de ses disciples sur le forum de Théodose , égayait ce lieu sinistre. Du reste, les statues posées « pour faire rire, » telles que le porteur de cornes duNéorium, des nains, des bossus et des porcs abondaient dans la ville. Les Byzantins prompts à la raillerie, grands faiseurs d'épigrammes, aimaient à s'exercer sur ces grotesques. Une statue de l'empereur Anastase, comme lé Pasquin de la Rome papale, se couvrait toutes les nuits de placards moqueurs et séditieux que la police enlevait le matin.
Non loin du forum Amastrianon, la partie infime des courtisanes de la ville était cantonnée dans un quartier, dont l'entrée s'annonçait par une statue
de Vénus sur une colonne. Le peuple croyait que toute femme peu chaste était contrainte par une
puissance surnaturelle à se dépouiller de ses vêtements en passant devant cette statue, affront éprouvé disait-on, par la femme de Justin Guropalate, un jour que se rendant à Blaquernes, la violence du vent le long du port l'avait forcée à traverser ce quartier.
La charité chrétienne, très-active à Byzance, n'abandonnait pas ces prêtresses de Vénus Pandémos. L'impératrice Théodora, avait transformé en refuge le palais d'été de Ghrysokéramos, sur la rive asiatique du Bosphore, entouré de vastes jardins. Quant aux femmes de théâtre et aux hétaïres, elles partageaient avec les héros du cirque l'enthousiasme de la foule, et recevaient parfois les mêmes honneurs publics. Sur le Sosthénium, s'élevait la statue de la danseuse Helladie. <i Les deux continents ont applaudi à ses danses, » disait l'inscription. La pantomime Anthousa obtint une statue dorée. Les poètes du temps n'ont pas assez d'hyperboles pour célébrer les charmes de Marie la citharède, de Libanie, Glycérie, Ghrysomallo etc. Enfin, l'étonnante fortune de Théodora, l'hétaïre couronnée (et il y en eut d'autres), atteste assez leur importance sociale.
Le forum d'Arcadiiis, avec la statue de cet empereur et un observatoire bâti par Sévère occupait la septième colline de la cité. Un portique troadien (construit en marbre de Troas), conduisait du forum d'Arcadius à la Porte d'or.
A l'entrée du Bosphore, le faubourg de Sykae*, relié à la ville par le pont de Justinien, étalait sur les collines escarpées ses palais d'été, ses couvents, ses églises. Déjà la colonie génoise , polype rapace attaché au flanc de Tempire y a bâti des rues étroites, aux solides maisons de pierre, à la fois magasins et forteresses. Bientôt, ces marchands pirates s'entoureront d'une enceinte de murailles, célébreront le culte latin dans leur église de San Giorgioin-Monte, et leurs messers traiteront de haut même un protostrator 1 Beaucoup de Juifs habitaient aussi le faubourg de Sykœ. Dans la ville, les Vénitiens et les Pisans occupaient plusieurs rues du quartier Embolos. La colonie russe, déjà nombreuse, avait pour résidence obligée le faubourg de Saint-Mamas ^, à l'extrémité du port.
En face de Gonstantinople, sur la côte d'Asie, s'élevaient Chalcédoine^, fameuse dans l'histoire