‹ Esquisses byzantinesChapitre 2 sur 16 · Anthologie, 1. 11, -p. 189 à 196, cdit. Ilachetle · texte numérisé non relu

Anthologie, 1. 11, -p. 189 à 196, cdit. Ilachetle

cachots comparé au Ténare par la frayeur populaire ; un port spécial où n'abordaient que les galères et les yachts de plaisance, affectés au service personnel d^ Tempereur, complétaient ce petit monde où vivaient, avec le souverain, sept à huit mille individus, soldats, courtisans, fonctionnaires, prêtres, femmes, eunuques, esclaves.

Le palais comprenait trois divisions principales :

La première, la Chalké, tout extérieure et de défense, flanquée de tours à cellules pour les prisonniers, avait reçu son nom du haut portail d'ai^ rain qui lui servait d'entrée. Au pied des tours, sous la voûte à huit coins, dans les salles et les corps de garde intérieurs, stationnaient, la hache d'armes ou la hallebarde à Tépaule, les soldats de la garde, candidats, varangiens, protectores, sous l'inspection du drungaire de la veille, préposé à la sûreté du palais.

Une statue de Daphné avait donné son nom à la deuxième division qui faisait face à l'Hippodrome. Elle comprenait des salles du conseil et de réception, la bibliothèque et la garde-robe ou l'on conservait les costumes d'apparat de Tempereur.

La troisième division formait le palais proprement dit, habité par Tempereur et par sa famille, « le palais sacré, gardé de Dieu, » avec ses appar-

ments d'hiver et d'été. De longues galeries en reliaient les diverses constructions entourées de jardins. Une salle circulaire surmontée d'un dôme et dont huit apsides étendaient la superficie formait le triclinium d'or (chrysotriclinium) précédé d'un vestibule appelé Sigma. Dans le Pantheum, étaient exposées en grand nombre des images de saints et de martyrs. La salle du trône resplendissait dans le triclinium de Magnaura d'où un passage voûté conduisait à Sainte-Sophie. Une autre galerie permettait à l'empereur de se rendre au palais.de la tribune, ou loge impériale (cathisma) , fort élevée au-dessus du grand cirque.

Versailles, au xvii® siècle, aurait pu donner une idée approximative, bien qu'affaiblie, de l'immensité du palais impérial de Gonstantinople. Mais il ne faut pas croire qu'on y retrouvât le grandiose de l'habitation du roi Soleil. L'aspect général n'offrait rien de majestueux. Les tours massives étaient peu hautes. Un luxe outré et emphatique, des associations disparates, un splendide mauvais goût caractérisaient cet amas démesuré de constructions à un ou deux étages seulement. Dans l'interminable série de ces salles hypostyles, aux mosaïques d'un éclat criard, où les statues antiques faisaient l'effet de figures de

Michel- Ange dans un salon Pompadour ; dans ces oratoires pavés et lambrissés d'or et d'argent, rayés de bandes multicolores et piqués de perles et de pierreries ; da;is ces parterres où des animaux fantastiques rangés autour des phialés, vomissaient des flots d'eau parfumée dans des bassins de jaspe, un contemporain de Périclès n'aurait ressenti qu'un eiinui profond. Mais introduit aux grands jours, dans le triclinium de Magnaura, dont le plafond entr'ouvert laissait descendre l'empereur, vrai Deus ex machina^ sur son trône salomonique, entouré de lions et d'arbres d'or ou des oiseaux automates chantaient devant les envoyés barbares en extase, il eût salué d'un sourire ces splendeurs comiques. Déjà, devant le platane d'or du grand roi, Alcibiade s'était borné à remarquer que sur de pareils arbres, une cigale ne trouverait pas à se nourir.

Le grand palais n'était pas la seule résidence impériale de Constantinople. Blaquernes, tout près de la mer, avait pour forteresse le Cyclobion*, château extérieur au rempart. A l'extrémité nord du triangle de la cité, s'élevait l'Hebdomon, bâti par Constantin, agrandi par ses successeurs et voisin

Page 1