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Les sensations n’ayant aucune ressem

DE PHILOSOPHIE MORALE. a3

blance avec les qualités de la matière , les philosophes ont été embarrassés pour expliquer comment nous acquérons la notion des qualités premières. Cette difficulté a donné naissance au scepticisme moderne sur l’existence de la matière.

3/j. Selon l’ancienne théorie de la perception , les qualités sensibles sont perçues par le moyen d 'images ou espèces transmises des objets à l’âme par les organes des sens. On supposait que ces images (connues depuis Descartes sous le nom d'idées ) offrent la ressemblance parfaite des qualités sensibles, et, comme l’impression du cachet sur. la cire, en transmettent la forme sans en transmettre la réalité. Cette hypothèse est devenue très-célèbre sous le titre de théorie des idées.

35. Berkeley, en partant du principe de cette théorie, démontra l’impossibilité de l’existence de la matière : car, si nous ne connaissons que nos sensations et nos idées, nous ne connaissons rien qui ait au dehors une existence indépendante des phénomènes intérieurs de la perception.

36. Cet argument est sans réplique contre l’existence de la matière , si on admet la théorie des idées; mais cette théorie, loin d’être évi-

dente, est au contraire tout-à-fait inconcevable. C’est un fait que les notions que nous avons des qualités des corps ne ressemblent en rien , ni à nos sensations, ni à aucun phénomène dont nous ayons conscience ; et nous ne devons pas mettre en question la réalité de ce que nous percevons , parce que nous ne pouvons réconcilier ce fait avec les théories philosophiques qu’il nous a plu d’adopter.

37. Le Docteur Reid , qui a le premier révoqué en doute la théorie des idées , ne présente aucun argument en faveur de l’existence de la matière, mais considère notre conviction sur ce point comme un fait de notre nature qui ne s’explique par aucun autre. Cette conviction repose sur le même fondement que notre croyance à la réalité des sensations que nous éprouvons, croyance que personne n’a jamais mise en question.

38. La théorie des idées n’est pas la seule tentative qu’on ait faite pour expliquer la mystérieuse communication qui s’opère entre lame et la matière dans le fait de la perception. Le système de l’harmonie préétablie de Leibnitz, prenant pour accordée l’impossibilité d’une communication immédiate entre deux substances si essentiellement différentes, représente l’esprit et le corps comme deux machines indé-

pendantes, construites et montées de manière à correspondre invariablement l’une avec l’autre, ainsi qu’il arrive entre deux horloges qui marchent d’accord. Au moyen de la meme hypothèse , il s’efforce d’expliquer le phénomène des mouvemens volontaires.

89. D’après tout ce qu’il est possible d’induire des faits connus, voici les lois générales les plus importantes de nos perceptions.

i° L’objet extérieur, soit immédiatement, soit par quelque medium matériel, fait une impression sur l’organe.

20 Par le moyen de l’organe, une impression est faite sur les nerfs.

3° Par le moyen des nerfs, une impression est produite sur le cerveau.

4o. Quant à la manière dont ces impressions se communiquent plus loin , et même quant à la nature des modifications opérées dans les nerfs et le cerveau , nous sommes dans une complète ignorance , et rien n’annonce que nous puissions jamais en sortir. Les physiologistes, aussi-bien que les métaphysiciens, ont trop souvent, en cette matière, perdu de vue les règles d’une sage philosophie : les conjectures qu’ils ont proposées non-seulement n’ont point expliqué le phénomène , mais ont encore

quelquefois conduit à de dangereuses conclusions.

SECTION III

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