‹ Esquisses de philosophie morale, trChapitre 34 sur 73 · Nous ne saisissons par nos facultés per · texte numérisé non relu

Nous ne saisissons par nos facultés per

* Voyez Reid , Essais, Essai V ( OËuvn s complètes , t. IV), cl Dugafd-Stewart , Élémvns de la Philosophie , chap. iv.

ceptives que ce qui est particulier ou individuel; mais ce n'est là qu'une petite partie du sujet que notre intelligence embrasse. Dans le plus grand nombre des cas, nos raisonnemens se rapportent à des classes entières de faits ou d'objets.

/i.8. L'œuvre de la classification suppose en nous le pouvoir de concentrer notre attention sur certaines qualités des objets, ou sur certaines circonstances des phénomènes, en la détournant de tout le reste. C'est ce pouvoir que les logiciens appellent abstraction. On peut le définir d'une manière très générale , la faculté par laquelle l'esprit divise les composés qui lui sont offerts, afin de simplifier l'objet de son étude .

49. Un mot appellatif ou générique est un nom commun applicable à un certain nombre de réalités individuelles qui se ressemblent par de certaines faces et diffèrent par d'autres. Au moyen de mots pareils, nos raisonnemens peuvent embrasser des classes entières d'objets et de phénomènes, et donner des résultats généraux qui renferment une foule de vérités particulières. L'usage que fait l'algèbre des lettres de l'alphabet en offre le plus bel exemple, et fait bien comprendre la nature du raisonnement général et les principes qui lui servent de règle.

Longtemps ces principes onl été mal compris par les philosophes, qui supposaient quuQ mol général exprime une réalité distincte des realités individuelles qui composent le genre y et qui pensaient que Tesprit a la faculté de diriger son attention sur cette idée générale ou essence sans le secours du langage . On doit en grande partie attribuer à cette erreur l'espèce de mystère qui enveloppe encore les sciences abstraites.

50. Comme c'est uniquement par le langage que nous pouvons nous élever au raisonnement général, la partie de la logique qui a rapport à l'usage des mots est, sans contredit , une des branches les plus importantes de cette science. On n'a pas accordé à cette matière toute l'attention qu'elle mérite.

51. S'assurer de la vérité des principes généraux n'est point une précaution suffisante contre l'erreur. Quelque justes qu'ils puissent être en eux-mêmes, et comme maximes spéculatives, on ne doit jamais les appliquer qu'avec la plus grande circonspection dans la pratique de la vie. Les avantages qui résultent du judicieux emploi de ces principes, et les méprises qui dérivent de l'abus qu'on en peut Faire fourniraient la matière d'un nouvel ei important article dans un bon ^ystènie de logique.

53. L'habitude d'une spéculation abstraite que l'expérience n'a pas corrigée, et celle d'une pratique aveugle que les principes généraux n'ont point éclairée, sont deux extrémités opposées où nous pouvons nous laisser aller dans la conduite de notre entendement; il est peu d'hommes qui ne manifestent dès leur jeunesse une inclination plus ou moins prononcée vers l'un ou l'autre de ces deux vices intellectuels.

SECTION VI

DE L ASSOCIATION DES IDEES i.

53. L'habitude d'allier ensemble différentes idées finit par amener ce résultat, que, dès que l'une parait dans notre esprit, l'autre semble naître spontanément à sa suite; parmi les phénomènes relatifs aux opérations de l'intelligence, celui-là est un des plus fi-appans. Les philosophes modernes ont donné à cette loi de notre constitution le nom ^association des idées. Dans ees derniers temps , on a employé cette expression dans un sens plus étendu pour désigner cette tendance de nos idées à se succéder dans un ordre régulier, soit que leur liaison dérive

^ Voyez Reid, Essais ^ Essai IV, sect. iv (OËuv. compl., t. IV ) , et Stewart , Elémens de la philosophie , ehap. y.

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