DE LA MEMOIRE I
61. Les théories qui prétendent expliquer le phénomène de la mémoire par des impressions et des traces sur le cerveau sont entièrement hypothétiques 9 et ne jettent aucune lumière sur le sujet qu'elles cherchent à éclaircir.
62. Il faut convenir néanmoins que cette faculté parait dépendre beaucoup de l'état de notre corps : on peut en juger par les effets de Fivresse, de la maladie et de l'âge. Un recueil de faits relatifs à ces influences et aux diverses circonstances qui les modifient serait fort utile à la connaissance de Fesptit humain, et pourrait conduire à des inductions très importantes.
^ Voyez Reid , Recherches sur V Entendement humain , chap. 11 , sect. m , iv et v ; Essais , Essai III ( OBuvres complètes, tom. II et IV); Dugald-Stewart, Élémens de la pkiiosùphie^ chap» vi.)<
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63. Â ne considérer les choses que d^une manière superGcielle, on croirait qu'il y a des différences prodigieuses de capacité entre la mémoire d'un homme et celle d'un autre : mais , selon toute apparence, ces différences sont fort exagérées. On ne tient pas assez compte des nombreuses diversités que les esprits doivent offrir sous ce rapport , par suite de cette multitude de directions que Ton voit prendre aux hommes, soit par penchant, soit par le hasard de leur situation.
6&. Indépendamment de quelques inégalités dans la capacité naturelle, il y a des variétés de mémoire très remarquables qui servent de base à d'importantes distinctions entre les hommes sous le rapport de l'intelligence.
65. Ces variétés dérivent surtout des proportions dans lesquelles sont combinées les qualités constitutives de la mémoire. Une mémoire parfaite se composerait d'une grande susceptibilité à saisir, d'une grande capacité à retenir, et d'une grande promptitude à rappeler : mais une telle réunion de qualités est rare, et l'on ne peutguère en développer une qu'aux dépens des autres.
DE PHILOSOPHIX MORALE. 37
SECTION VIII
DE L*lMAGmAT10N '.
66. Le propre de rimagination est de recueillir au sein des objets divers que nous offre l'expe* rience certaines circonstances et certaines quali* tés y et de les combiner de manière à former un tout nouveau qui lui appartienne. Dans celle acception naturelle du mol 9 la faculté qu'il désigne revient à ce que quelques auteurs ont s^ppelé tima-^ gination créatrke ou poétique,
67. Cette faculté n*esl pas simple ; elle n*est que la réunion de plusieurs facultés différentes. Ainsi , par exemple^ l'effort que fait le peintre pour composer un paysage idéal implique la conception^ qui lui représente les belles scènes de la nature au sein desquelles il doit choisir les élémens de son ouvrage ; V abstraction^ qui sépare les matériaux choisis de toutes les qualités et de toutes les circonstances qui les accompagnent dans le sou<r venir ; enfin ie jugement ou le goût y qui fait le chou y dispose et ordonne la combinaison.
^ Voy€zReid, Essais^ Essai IV, ch. iv,et Essai Ylli (Œmm. compl. » tom. IV et Y) ; Dugald*Ste^art, Élémens de la Phi»
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