‹ Esquisses de philosophie morale, trChapitre 60 sur 73 · Plusieurs écrivains qui ne partageaient · texte numérisé non relu

Plusieurs écrivains qui ne partageaient

l'œil et des beautés sans nombre et des splendeurs infinies de la création visible !

Sili' Parmi ces marques de bienveillance datis l'organisation de l'homme , il en est une qui ne doit pas être omise : c'est le pouvoir de l'habitude. Son influence est si grande, qu'il est difficile d'imaginer une situation avec laquelle elle ne puisse peu à peu réconcilier nos désirs, et dans laquelle méoie, à la fin, nous ne parvenions pas à trouver plus de bonheur que dans celles que la multitude envie. Ce pouvoir de s'accommoder aux circonstances est comme un remède mis en réserve dans notre constitution, contre la plupart des maux accidentels que l'action des lois générales peut causer.

Si5. En appréciant les sentimens des personnes qui sont placées dans des situations très différenles de la nôtre, nous tenons rarement assez de compte des effets de l'habitude : et c^est ce qui fait que nos estimations du bonheur de la vie restent si fort en deçà de la vérité.

De Févidence du goui^ernement moral de Dieu,

316. Nous l'avons déjà remarqué (§ 286), nos premières notions des attributs moraux de Dieu

dérivent de nos perceptions morales; et c'est par elles que nous obtenons la démonstration la plus directe qu'il les possède réellement.

317. Notre esprit, comme nous l'avons observé (§ 200), conçoit, entre le juste et l'injuste, une distinction tout aussi éternelle, tout aussi immuable qu'entre le vrai et le faux* mathématiques. Quand donc nous nous servons de nos jugemens moraux pour apprécier l'administration de Dieu, on n'a pas le droit de censurei* cette induction, ni de prétendre que nous étendons illégitimement à la nature divine les principes arbitraires de notre constitution.

318. Entre les facultés qui nous élèvent audessus des bêtes, celle de concevoir cette distinction est une des plus remarquables ; le sentiment d'obligation qui l'accompagne s'annonce avec une prééminence qui le distingue de tous nos autres principes d'action (§ 213;. Soumettre notre conduite à ses prescriptions est évidemment le plus haut degré d'excellence que notre nature puisse atteindre, et nous sommes forcés d'étendre à tous les êtres intelligens la même règle d'appréciation morale.

319. Outre ces inductions que paraît impli-^ quer notre perception des distinctions morales,

d'autres^ parfailement concardaiites , s^emparent sans cesse de noire esprit dans Tapplication de nos jugemens moraux, soit à notre conduite, soit à celle des autres. La déférence que nous sentons être due aux avertissemens de la conscience, le sentiment de mérite et de démérite qui accompagne nos bonnes et nos mauvaises actions , le vif intérêt que nous prenons au bonheur des hommes vertueux, l'indignation que nous font éprouver les triomphes accidentels du crime heureux , tout, en nous, implique une secrète conviction de l'administration morale de l'univers*

320. Un examen du cours ordinaire des affaires humaines ajoute à la force de ces considérations, et démontre en fait, que malgré la distribution, en apparence aveugle, du bonheur et du malheur dans la vie, la récompense de la vertu et la punition du vice sont le grand objet de toutes les lois générales qui gouvernent le monde. Et en même temps, lorsque nous appliquons notre sentiment de mérite et de démérite aux désordres qui , dans un monde comme le nôtre, ne peuvent manquer de naître parfois, nous sentons s'élever en nous la présomption que le gouvernement moral que nous voyons commencer ici-bas recevra, dans un état futur, son plein et entier développement.

DE PHILOSOPHIB MORALE. 159

ARTICLE lU.

D'un état futur.

321. La contemplation des attributs de Dieu appelle nalurellement notre pensée vers la suite de ce plan d'administration morale, qui ressort avec tant d'évidence du sein même des désordres apparens delà condition présente, et qui, si nous en croyons notre constitution morale et les perfections divines, se développera plus complètement sur quelque nouveau théâtre réservé à la nature humaine. Tout système de croyances religieuses parait impliquer presque nécessairement la doctrine d'une autre vie : car pourquoi serions-nous capables d'élever à Dieu nos pensées, si nos espérances ne devaient point franchir les limites de ce monde, et pourquoi ces facultés puissantes qui s'élancent à travers l'infinilé de l'espace et du temps , si notre destinée devait être la même que celle des animaux qui périssent tout entiers? Mais, si toute religion implique de cette manière la doctrine d'un état futur, cette doctrine elle-même n'implique point aussi nécessairement les vérités religieuses : même l'athéisme absolu ne ruine pas toutes les preuves de l'immortalité de l'ame; car c'est un fait que des lois générales gouvernent les affaires humai-

nés, et que, même en ce monde, nous apercevons entre la vertu et le bonheur une connexion manifeste. Soit qu'on veuille reconnaître dans ce fait l'œuvre d'une intelligence souveraine, soit qu'on s'y refuse, aucun homme n'en peut nier la réalité. Or, pourquoi la nécessité ne prolongeraitelle pas une existence qui lui doit son origine, et pourquoi le rapport établi entre la vertu ei le bonheur ne subsisterait-il pas toujours?

De r argument enjaveur dune autre vie^ tiré de

la nature de Came.

322. En rassemblant les diverses preuves d'une vie future que les lumières de la raison peuvent fournir, on a communément attaché trop d'importance à l'immatérialité de l'ame. En effet, la doctrine de l'immatérialité de l'ame ne prouve pas que l'ame soit physiquement et nécessairement immortelle, mais seulement qu'elle peut exister indépendamment du corps, ce qui répond aux objections qui nient cette possibilité. Or, bien que nous ne connaissions pas assez la nature de l'ame pour en tirer sur ce point un allument positif, si cependant l'on peut montrer que la dissolution du corps n'entraîne pas nécessairement l'annihilation de l'ame, et que même la présomption est fortement en faveur de l'opinion

DE PfllLOSOPHlB MORALE. 161

contraire^ la doctrine d'une rétribution future se trouvant ainsi d^gée des difficultés métaphysiques dont on craignait- qu'elle ne fût enveloppée ^ on recevra plus aisément les preuves morales qui rétablissent.

S23. Nous ^vons déjà fait observer (§ 28) que nos idées de l'ame et du corps sont purement relatives; que nous ne connaissons le corps que par ses qualités sensibles , et l'ame que par les opérations internes dont nous avons conscience. Quand nous nous disons que l'ame n'est point matérielle 9 nous affirmons une proposition dont la vérité est impliquée dans les seules conceptions de la matière et de l'esprit que nous puissions avoir.

d2&. Si des doutes se sont élevés sur la distinction de la matière et de l'esprit^ il faut les attribuera l'habitude que nous contractons dans notre enfance, de ne faire aucune attention à nos opérations mentales. Ce fut évidemment rintention de la nature que nos pensées se dirigeassent habituellement vers les choses extérieureSy et c'est pourquoi le vulgaire est , d'une part , peu disposé à étudier les phénomènes intellectuels, et de l'autre, peu capable du degré de réflexion qu'exigerait cet examen. Aussi, quand nous commençons à analyser notre constitution

interne 9 les faits qu'elle nous présente se trou* vedt tellement associés dans nos oonceptioas avec les qualités de la matière ^ qu'il nous est inoh possible de tracer d'une manière ferme et distincte la ligne qui doit les séparer. De là vient encore que toutes les fois que l'esprit et la matière concourent dans un même fait, l'esprit es|t entièrement inaperçu 9 ou regardé tout au. moins comme un principe accessoire , dont l'existence dépend de la matière. Le penchant de tous les hommes à rapporter aux objets qui l'exciteqt la sensation de couleur peut faire comprendre de quelle manière les qualités de l'ame et du corps se mêlent dans nos conceptions.

325. Si ces remarques sont justes , les préjugés qui servent de base au dogme du matérialisme ne sont pas de nature à être guéris par des raisonnemens métaphysiques, quelque clairs , quelque concluans qu'ils soient, aussi longtemps que les associations profondément enracinées dont nous venons de parler continuent à ^arer le jugement. L'habitude de réfléchir sur les lois de la pensée, telles que la conscience les recueille, celle de résister à ces illusions de l'imagination , qui conduisent les investigateurs superficiels à substituer l'analogie à la réalité, voilà les moyens qui disposeront peu à peu notre attention à saisir la différence des phénomènes de la matière et des phéoamènes de l'esprit : et dès que cette diffé-

reoce commence à se montrer , Tabsurdité du matérialisme devient d'une évidence intuitive.

sua. Ce sont ces habitudes de familiarité avec les objets matériels , et d'inattention pour tout ce qui se passe en nous, qui expliquent comment le matérialisme peut nous paraître, à la première vue, moins absurde que le système opposé, qui fidt de l'esprit l'unique existence qu'enferme l'univers. Et cependant, de ces deux doctrines, celle de Berkeley est à la fois la plus vraisemblable et la plus philosophique, non seulement parce qu'elle ne dément que nos perceptions, tandis que l'autre contredit notre sens intime, mais encore parce qu'on peut tirer des phénomènes des songes quelques argumens plausibles en sa faveur, tandis qu'on ne peut citer aucun cas où la sensation et l'intelligence paraissent résulter d'une combinaison de molécules matérielles.

827. Outre ces témoignages en faveur de l'existence de l'esprit, rendus par notre propre con- Bciehce^ et répétés pour ainsi dire par tous les êtres vivans, il se révèle encore dans toutes les parties du monde matériel et inanimé. Nous sommes tellement constitués, que tout changement nous suggère la notion de cause efficiente, et toute combinaison de moyens tendant à une fin, celle d'intelligence. De là vient qu'à toutes les

époques on a considéré les changemens que pre^ sente la nature comme les effets de là. puissance j Tordre et la beauté de l'univers comme ceux de la sagesse \ c'est-à-dire que dans le mouvement et l'arrangement du monde, on a toujours reconnu l'action de l'esprit. Aussi, dans les choses matérielles , non moins que dans la nature animée, concevons-nous le corps comme un objet passif, et l'esprit comme l'agent qui meut et gouverne. Et, ce qui mérite d'être remarqué, c'est que dans le monde inanimé, l'esprit nous apparaît comme mettant en mouvement et arrangeant les parties de la matière, sans être uni avec elle comme dans la vie animale.

328. Diverses circonstances concourent à faire penser que l'union entre l'ame et le corps dans l'état actuel, loin d'être essentielle au développement de nos facultés, a pour but au contraire de resteindre la sphère de notre instruction , et d'empêcher que nous n'acquérions sur ce premier théâtre de notre existence une vue trop claire de l'organisation et du gouvernement de l'univers. Certes, lorsqu'on se représente la différence qu'il y a entre les opérations de l'esprit et les qualités de la matière, on a bien plus de peine à comprendre que les deux substances soient intimement unies, comme nous le voyons , qu'à supposer que la première puisse exister à

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part , et garder dans cet état la conscience d'elle-^ même et l'intelligence des choses.

3139. Et néanmoins, les objections les plus plausibles contre la doctrine d'une autre vie ont été tirées de Fintimité de cette union. L'ivresse, la folie, et quelques autres maladies, font voir qu'une certaine disposition du corps est néces<saire aux opérations intellectuelles, et dans les vieillards on remarque généralement que le dé din des facultés de l'esprit suit le déclin de la santé et des forces corporelles. Le petit nombre d'exceptions à l'universalité de ce fait prouve seulement qu'il est des maladies funestes à la vie, qui n'attaquent point les parties de l'organisation plus particulièrement en rapport avec les opérations de l'intelligence.

SâO« La réponse que Cicéiron a faite à ces objections est aussi ingénieuse que solide : ^ Sup- » posez, dit-il, qu'une personne eût été élevée » dès son enfance dans une chambre d'où elle » n'aurait pu voir ce qui se passait au-dehors 1» que par un petit trou ménagé dans le volet de ». la fenêtre : n'est-il pas vrai qu'elle regarderait » ce trou comme essentiel à sa faculté de voir, » et n'aurait-on pas quelque peine à lui persua- » der que la perspective s'agrandira par la dén molition des murs de sa prison? >» Que cette analogie soit purement imaginaire, nous y con^^

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ifi6 ESQUISSES

dans l'bypoihèse de laonihilatiaii t de rendre, compte de ces souffrances, qui affligent ordinai-^ renient une partie de la vie de Thoiiinie;

7^ Le désaccord qui se manifeste entre nos jugemens moraux et le cours des affaires humaines;

8^ L'analogie du monde matériel, dont quelques parties laissent paraître Tordre le plus systématique et le plus complet, et dont l'ensemble manifeste de plus en plus le même caractère, à mesure que le cercle de notre connaissance s'agrandit. La supposition d'un état futur peut seule nous donner la clef des dé&ardres actuels du monde moral; et sans elle, un grand nombre des phénomènes les plus frappans de la vip demeurent à jamais inexplicables;

9^ L'inconséquence qu'il y aurait à supposer que les lois morales, qui règlent le cours des affaire humaines, ne se rattachent à rien au-^ de là des limites ^e cette vie terrestre, tandis que tous les corps qui composent l'univers vi-< sible annoncent, par leur enchaidemeut, qu'ils tiennent à d'autres que nous ne voyons pas, et font partie d'un grand système qui embrasse le monde physique tout entier.

â33. De toutes ces considérations, il n!en est pas une peut-être, qui, prise à part, ne fut suffisante pour établir la vérité 'qu^«Ua« çj^n^euraB^

à praftt¥er; réunies , leur force parait irrésistible. Non seulement y elles aboutissent toutes à la métne conclusion , mais elles s'éclairent mutuellement, et laissent apercevoir de Tune à Tau-* tre cette espèce de conséquence et de liaison impossible à supposer dans une série de propositions fausses.

S3&. On peut étendre la même remarque aux autres principes de la religion naturelle. La chaîne qui les lie est si étroite , que si Fun est lidmisy tous les autres s'éclaircissent et en deviennent moins difRciles à comprendre.

335. Et ce n'est point seulement entre eux que ces principes sont liés; ils ont des rapports avec tous les autres principes de la philosophie morale , au point que si Ton a sur les uns des idées justes, on est bien près d'en avoir aussi sur les autres. Peut-être n'y aurait-il point de témérité à affirmer qu'ils se rattachent à presque toutes les vérités que nous possédons sur le monde moral, sur le monde intellectuel et sur le monde matériel. Une chose certaine, du moins , c'est qu'à mesure que notre connaissance s'agrandit, nos doutes, nos objections s'évanouissent; de toutes parts une nouvelle lumière rayonne sur ce monde , et fait ressortir plus pettement l'ordre systématique qui le gouverne.

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âM. Ajoutons comme une nouvelle ccmsidé^ ration à l'appui de ces remarques, que lés dé* couvertes les plus importantes dans les sciences physiques et morales ont été faîtes par des hommes attachés aux principes de la religion natu-^ relie. |^es écrivains qui ont affecté le scepti* cisme sur le dernier point ont en ^oéral porté dans leurs autres recherches l'esprit de paradoxe et de Sophisme. Ce fait, qui prouve de nouveau l'étroite liaison qu'ont entre elles les différentes classes de vérités, montre en même temps que les esprits le mieux organisés pour la découverte et la reconnaissance de la vérité sont ceux-là mêmes que les preuves de la religion frappent avec plus de force.

337. L'influence qu'exerce sur Is^ «conduite .et le bonheur des hommes le dogme d^^ Vautre vie ne tend pas peu à .confirmer sa , légitimité.. Cette influence est si frs^ponte,. que plusieurs philosophes n'ont vu dan^^ l'idée dfup, é^ts^. futur qu'une invention des législateurs pour assifrer le bon onke de la société et j»outeiiin les âmes faibles conti^ les soul&ances de 1^ vie.: Mais comment lui reconnaître cette tendançf^ heu^reuse, et supposer que k Créateur ait fait sortir et dépendre d'une croyance chimérique;, que les huaières .<k te philost^phie devsuienV4i^sip^Vi des résuliats d'une si grë^nde , împQrtaijce .?. N'^Ë^str il paâ^ beaucoup plii$ pi:ôb£^le que; le {WQ&^é^

des liittiières , ki purssieimtfnent servi par* le principe de curiosité, au lieu de diminuer la naô^alité et le bonheur des hommes, l'augmentera; et que 'loin de répandre un nuage obscur < sur la création, et d'éteindre les espérances que la nature nous inspire, il dévoilera graduellement à notre esprit, dans le monde moral, le même ordre et la même beauté que nbns admirons dans le monde matériel ?

338. Après le conp^d'œil que nous venons de jeter sur les principes de la religion naturelle^ nous n'avons pas à nous étendre beaucoup sur les devoirs envers Dieu. Comme créatures rm4 sonnabies et morales, capables de reconnaître l'existence d'une cause toute^^puissan te, et d'é^ prouver pour elle des sentimens de dévotion , ce nous est un devoir 4'appliquer nos facultés à l'étude de la sagesse, du pouvoir et de la bonté qfâ'il a déployés avec tant d'évidence da&s.ses oii^ vrages; et raccomplissement de ee premier: <1&» voir nous conduit à tous les autres, et développe en nous le sentiment de l'obUgation religieuset Ceux qui nourrissent des idéeâ justes sur ce su*^ jet, le plus important de tous, admettront eotnaie des propositions évideiiikt es par eUestmémes^'iès conséquences pratiques suivantes, qui comprennent ' quélquei-uns des principaux eïTets ^ pro«

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du ifs par la religion sur notre caractère et notre conduite.

339. Premièrement 9 si Dieu possède une ex-^ cellence morale infinie , nous devons sentir pour lui^ à un degré infini, toutes ces affections d'a« mour, de reconnaissance et de confiance qu'excite en nous le mérite imparfait de nos semblables; car nous ne pouvons nous former quelque faible notion de la nature divine qu'en élevant à la plus haute perfection tout ce qu'il y a de bienveillant et d'aimable dans l'homme. On peut donc considérer avec raison comme le premier élément de la moralité, le soin d'entretenir en nous pour rÉtre suprême un amour et un respect habituels; et la vertu d'un homme dont l'ame est étrangère à ces sentimens de piété n'est ni complète, ni surtout conséquente à elleinéme.

3&0. Secondement, bien qu'on ne puisse avec vérité considérer la religion comme l'unique fondement de la moralité, cependant, lorsque nous sommes convaincus que Dieu est infinimeot bon, et qu'il est l'ami, le protecteur de la vertu, nous trouvons dans cette croyance lès plus puis^ana encouragemens à la pratique de toutes les parties do devoir. Elle nous conduit à regarder la conscience comme le vicaire de Dieu , et à considérer ses suggestions comme les command^onens de cet Être dont nous avons reçu l'existence, e\

D£ PHILOSOPHIE HOBALE. 173

dont le grand objet, dans le gouverDemeDt du monde , est de conduire toute la création à la perfection et au bonheur.

S&l. Troisièmement, la considération de notre bonhear après cette vie (considération qui cons* titue, comme nous le verrons plus tard, une obligation morale) doit concourir, avec les motifs dont nous avons déjà parlé, à déterminer en nous les vertueuses résolutions. Les perceptions morales, que nous tenons de Dieu, et plus particulièrement le sentiment de mérite et de démérite, peuvent être regardés comme des indications claires de récompenses et de punitions futures, tenues en réserve par sa justice, et qu'il ne manquera point de départir en temps convenable. La religion est donc une espèce de loi souveraine confirmée par la plus imposante sanction , et qui enveloppe dans sa dépendance nos pensées comme nos actions. Chez les hommes des classes inférieures, incapables de spéculations abstraites^ et dont les sentimens moraux ne peuvent avoir reçu beaucoup de culture , il est certaip que si quelque chose garantit Faccomplissement des devoirs sociaux, c'est avant tout cette perspective religieuse qui intéresse leurs craintes et leurs espérances.

312. Ajoutons enfin que le sentiment religieux, lorsqu'il est sincère, entraine nécessairement

après soi une résignation complète à la Tolonté de Dieii : il nous apprend, en effet, que tous les évënemens, quelque afHigeans qu'ils puissen t être, ont une fin que nous sommes incapables de concevoir*) mais qui est bonne , et qu'ils contribueront sans aucun doute à la perfection et au bonheur de notre nature.

SECTION II

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