A6 ESQUISSES
avantages. Les remarques suivantes se renferment dans la démonstration de la bonté et de Injustice de Dieu, attributs qui constituent sa perfection morale , et le rendent l'objet propre du culte religieux.
De résidence ctun dessein bienveillant dans
tordre de l'univers *.
286. Nos idées sur les attributs moraux de Dieu ne peuvent dériver que de nos perceptions morales. C'est par elles seules que nous concevons ces attributs; et c'est en elles que nous puisons les plus fortes preuves qu'il en est doué.
287. Le sentiment particulier d'approbation avec lequel nous envisageons la bienfaisance chez les autres y la satisfaction avec laquelle nous réfléchissons sur celles de nos actions qui ont contribué au bonheur de nos semblables , enfin le plaisir délicieux qui accompagne le développement de toutes les affections bienveillantes , nous conduisent à regarder la bonté comme le suprême attribut de Dieu. Et certes, il serait difficile de comprendre par quel autre motif un être com-
^ Heid, Essais , Essai IV, chap. xi (lotne Yl).
plètement heureux en lui-même aurait pu se déterminer à appeler d'autres êtres à rexistence.
288. Ainsi 9 préalablement à toute considération du bien et du mal réels , nous avons une ferme présomption de la bonté de Dieu. Et ce n'est qu'après avoir établi à priori celte présomption que nous pouvons avec sécurité procéder à Texamen du fait. Il est vrai qu'indépendamment de cette présomption les désordres que nous voyons dans le monde ne prouveraient point une intention méchante dans son auteur : car il resterait possible que ces désordres mêmes contribuassent au bonheur et à la perfection de l'ensemble. Mais l'hypothèse contraire serait tout aussi vraisemblable, et l'on pourrait également supposer qu'il n'y a rien d'absolument bon dans l'univers, et que la communication de la souffrance est la fin dernière des lois qui le gouvernent.
289. L'argument en faveur de la bonté de Dieu , tiré de notre constitution morale et fortifié de la considération que nous ignorons les plans de la Providence, fournit une réponse à toutes les objections contre cet attribut de la Divinité. Et la réponse est concluante dans tout état de chose, et quelle que puisse être la grandeur des maux dont nous nous plaignons.
290. Mais , bien que celle réponse sufOse pour faire taire nos objections, un sujet d'une si grande importance exige quelque chose de plus , qui soutienne notre foi et anime nos espérances. Si l'on ne pouvait rendre raison des maux de la vie qu'en supposant qu'ils sont utiles à l'ensemble; si 9 de plus 9 il paraissait que les peines , ici-bas , surpassentles jouissances, il serait difficile qu'aucun raisonnement spéculatif parvînt à bannir les mélancoliques suggestions du scepticisme. Nous sommes donc naturellement conduits , d'abord à rechercher quelques éclaircissemens sur l'origine du mal dans l'étude des faits qui nous sont connus, ensuite à comparer entre eux le bien et le mal qu'offre ce monde.
291. La question de l'origine du mal a, dès les premiers âges , exercé la sagacité des philosophes. Plusieurs systèmes ont été proposés pour résoudre la difficulté. Les suivans sont les plus célèbres :
1** La doctrine de la Préexistence;
2" La doctrine des Manichéens ;
^^ La doctrine de l'Optimisme.
292. Selon la première hypothèse, les maux que nous souffrons à présent sont la punition et l'expiation de délits moraux commis par nous dans une vie précédente. Celle hypothèse (sans
parler d'aucune autre objection) ne fait évidemment que mettre hors de vue la difficulté, sans en donner la moindre explication.
293. Les Manichéens rendent compte du mélange de biens et de maux, qu'on remarque en ce monde, par Faction opposée de deux principes coéternels et indépendans. Plusieurs auteurs ont examiné cette doctrine et Font réfutée par des raisonnemens à priori. Mais, de toutes les réfutations , son incompatibilité avec l'unité de dessein qui éclate dans l'univers est la meilleure.
294. Le principe fondamental des Optimistes est que tous les événemens sont ordonnés pour le mieux, et que tous les maux que nous éprouvons font partie d'un grand système réalisé par un pouvoir tout puissant sous la direction d'une sagesse et d'une bonté infinies.
295. Sous ce titre général sont néanmoins comprises deux classes très différentes de philosophes, ceux qui admettent et ceux qui nient la liberté des actions humaines. Les premiers se bornent à soutenir que toute chose est bien en tant qu'elle est l'ouvrage de Dieu , et s'efforcent de montrer que la création d'êtres libres , et par conséquent susceptibles de mal faire, d'une part, et le gouvernement du monde par des lois générales d'où
doivent résulter des maux accidentels, de Tautre, ne fournissent point une objection solide contre la perfection de l'univers ; mais en même temps ils maintiennent que quoique la permission du mal moral n'ôte rien à la bonté de Dieu, ce mal est imputable à Fbomme qui Taccomplit, et le rend justement digne de punition. Ce fut le système de Platon et des meilleurs philosophes de l'antiquité dont la doctrine , sous beaucoup de rapports, pouvait parfaitement s'accomn^oder avec la liberté de vouloir et d'agir,
296. Mais quelques auteurs modernes ont pro^ posé le dogme de l'Optimisme sous une forme inconciliable avec cette liberté, et qui conduit à justifier le mal moral jusque dans le coupable qui le commet
297. Il est très important de remarquer la différence qui sépare ces deux systèmes; car les sceptiques ne manquent pas de les confondre à dessein et d'étendre à tous les deux le ridicule qui s'attache avec justice au dernier. On trouvera dans les observations suivantes le fond des raisonnemens développés à l'appui de l'Optimisme platonicien,
298. On peut réduire à deux classes les divers sujets des plaintes humaines^ celle des mnua:
physiques et celle des maux moraux. La dernière comprend tous ceux qui dérivent de l'abus de la liberté, Fautre ceux qui résultent des lois de la nature, et que nos efforts ne peuvent prévenir.
299. Selon la définition du mal moral , la question de savoir comment Dieu Ta permis se ramène à celle-ci : Pourquoi lliomme a-t-il été fait libre? question à laquelle suffit, ce nous semble, l'une ou l'autre de ces réponses : ou Lien, que l'objet de Dieu dans le gouvernement de ce monde n'est pas uniquement peut-être de donner le bonbeur, mais de former ses créatures à l'excellence morale; ou bien, que la jouissance des degrés supérieurs du bonheur peut exiger l'acquisition préalable des habitudes vertueuses.
800. Dans cette supposition, les souffrances qu'entraîne le vice ne prouvent pas moins la bonté de Dieu que le bonheur donné par la vertu.
SOI. Ces observations justifient la Providence d'avoir permis le mal moral, aussi bien qu'une foule d'autres maux que nos plaintes ont coutume de ranger parmi les maux physiques. Combien n'en est-il pas effectivement qui sont la conséquence évidente de nos vices et de nos préjugés,
et qui 9 loin d'enlrer comme partie intégrante dans Tordre de la nature, semblent destinés à agir dans le progrès du développement de Thumanitéy comme un remède graduel conti*eles causes qui les produisent !
802. Quelques-unes de nos autres plaintes sur la destinée humaine paraîtront y quand on les examinera , prendre leur source dans des vues incomplètes de la constitution de l'homme et dans les fausses idées que nous nous formons sur les circonstances qui constituent son bonheur ou contribuent à son perfectionnement.
803. Et cependant la liste de nos maux n'est point épuisée : il en reste encore auxquels les explications précédentes ne sauraient s'appliquer. Tels sont ceux qui proviennent de ce que l'on appelle communément les accidens» de la vie. Si parfait que fût un état social, il ne pourrait y échapper, et s'ils servent à quelque bonne fin, au moins n'est-ce pas dans la sphère de notre connaissance.
. 80&. L'origine de cette classe de maux physiques doit se rapporter aux lois générales qui paraissent diriger le gouvernement de Dieu. Tou-jours on trouvera la tendance de ces lois favorables à l'ordre et au bonheur, et la philosophie n'a pas de plus noble attribution que de cheiv
cher à découvrir les desseins bienveillans auxquels elles conspirent. Mais toutefois, dans un monde ainsi gouverné et dont les habitans sont libres, quelques inconvéniens et quelques malheurs sont inévitables.
805. Cependant de bons effets résultent de cette influence du temps et du hasard sur les af- &ires humaines. La vertu devient désintéressée et les caractères se déploient plus complètement.
506. Plusieurs de nos qualités morales tiennent à des habitudes qui impliquent le mal physique. La patience, le courage, l'humanité, supposent une vie semée de souff'rances à subir soimême ou à consoler chez les autres.
507. C'est ainsi qu'il devient manifeste que non seulement les maux psuliculiers peut^ent é/re bons relativement à l'ensemble , mais qu'ils le sont réellement même dans cette faible partie de l'ensemble que nous voyons.
308. Les observations que nous venons de faire en faveur de la bonté de Dieu prendront une nouvelle force, si nous montrons que, dans la vie humaine, la somme du bien surpasse de beaucoup celle du mal.