‹ Esquisses de philosophie morale, trChapitre 62 sur 73 · ARTICLE · texte numérisé non relu

ARTICLE

De la bieni^eillance.

Sftft. Quelques moralistes ont supposé que la

bienveillance était le seul objet immédiai. de Tappi^obatioû morale, et que la tendance au bien de la société était le seul caractère qui pût rendre une action et la rendit en effet obligatoire à nos yeux.

M5. Malgré les apparences diverses qui y dans la nature humaine , semblent à la première vue favoriser cette théorie, elle est sujette à des objections insurmontables. Si le mérite d'une action doit uniquement se mesurer sur la quantité de bien qu'a voulu produire son auteur , il s'en suit que les rapports qui existent entre les individus ne peuvent en aucun cas modifier la bonté d'une action : conséquence directement contraire aux jugemens universels de l'humanité, relativement aux obligations de reconnaissance ^ de véracité, ^ de justice.

346. A moins que nous n'admettions que ces devoirs sont immédiatement obligatoires, nous devons admettre la maxime, qu'une bonne fin sanctifie les moyens nécessaires à son accom* plissement, c'est4-dire que nous pourrions npus soustraire aux devoirs de reconnaissance , de véra-ciiéeX àe justice j toutes les fois qu'en le faisant nous aurions pour objet quelque intérêt essentiel delà société.

3&7. Peut-être dira-t-on que, dans de pareils

cas, la considération de la plus grande utilité produirait une conduite invariablement conforme aux règles générales, parce qu'en dernière analyse on fait plus de bien en restant fidèle à ces règles qu'on ne pourrait en obtenir en les abandonnant au gré des circonstances; puis on prétendra que c'est l'idée dLUtilité qui nous conduit d'abord à l'approbation des différentes vertus, et qu'ensuite l'habitude et l'association des idées font que nous les observons sans plus songer aux conséquences. Mais n'est-ce pas pour avoir adopté cette manière de laisonner que les philosophes qui ont essayé de déduire toutes nos actions de Yamour de soi ont été si sévèrement censurés par les auteurs du système de la bieni^eiUance; et les argumens que ceux-ci ont employés contre leurs adversaires, ne peut-on pas les rétorquer contre eux?

â&8. Que la pratique de la véracité j de la justice et de tous les autres devoirs soit utile à l'humanité, les moralistes de toutes les sectes le reconnaissent; et certes il y a de bonnes raisons de croire que, si quelqu'un pouvait apercevoir toutes les conséquences de ses actions, il verrait qu'il est toujours utile à la société d'agir conformément à ces règles , même dans les cas où la faiblesse de notre intelligence nous fait pencher pour l'avis contraire. Il est possible que dans Dieu la bienveillance ou la recherche de la plus grande utilité

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6oit le seul principe d'action, et que la fin dernière pour laquelle il imposa les devoirs de véracité et de justice h. ses créatures fut d'assurer leur bonheur; mais toujours est-il que pour l'homme ces lois sont indispensables , puisqu'il perçoit immédiatement leur rectitude; et en vérité s'il n'en était pas ainsi, mais qu'on lui eût laissé le soin de déduire la bonté de ces lois des heureuses conséquences qu'elles produisent, il est très douteux qu'il fut resté sur la ferre assez de vertu pour sauver et maintenir la société.

3&9. Ces remarques s'appliquent à un grand nombre de systèmes moraux qui ont été présentés au monde sous des formes très différentes , mais qui s'accordent tous à dériver de Y utilité les règles pratiques d'une conduite vertueuse. Tous ces systèmes ne sont que des modifications de la vieille doctrine qui résout toute vertu dans la bienveillance.

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