DE LA DÉFINITION GÉNÉRALE DE LA VERTU
A.&8. Tous les différens devoirs que nous avons considérés ont une qualité commune , celle ôlétre obligatoires pour les agens raisonnables et libres , et tous 'sont imposés par la même autorité, celte de la conscience. Ces devoirs ne sont donc que les différens articles d'une même loi dont la dénomination propre est le mot vertu.
Uk9. Le même mot, comme nous le montrerons plus particulièrement dans la section suivante, s'emploie pour exprimer l'excellence morale d'un caractère. Dans cette acception, il semble désigner une habitude constante de Tame, distincte des bonnes dispositions qui n'agissent qu'accidentellement. Nous avons dit plus haut (§ ]6i) que les dénominations de voluptueux y
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à' ambitieux y etc., par lesquelles on spécifie la nature de certains caractères dérivent des principes particuliers d'action qui prévalent dans la conduite. On peut donc à juste titre nommer veriueuxVhomme dont le principe régulateur habituel est le sentiment du devoir ou la considé* ration de ce qui est bien. C'est sous ce point de vue que les anciens pythagoriciens définissaient la vertu g|/^ rov Hoylo^ , de toutes les définitions de la vertu la plus ancien ne , et peut-être de toutes celles qui ont été proposées la plus complète.
450. Ces observations donnent l'explication d'une maxime d'Aristote, qui paraît paradoxale au premier coup d'œil : il dit dans sa Morale que là où il y a sacrifice j il riy a pas de vertu ^ çt voici y selon nous^ comment on doit l'entendre. Sans doute le mérite des actioBs particulières s'accroît par le sacrifice de soi-même qui les accompagne: là-dessus il n'y a point de contestation ; mais il n'y a d'effort dans le sacrifice que tant que nous en sommes encore à Fappren tissage du devoir: car il en est du renoncement à soimême comme de toute autre chose^ l'habitude le rend plus facile. Si donc on désigne par le mot de vertuL cette liabilude de l'ame à laquelle tout homme de bien doit aspirer, il faudra dire qu'à mesure que nous approchons de la vertu le sacrifice de nous-fmême diminue, et qu'il oesf^e
entièrement dès que le but est complèlement atteint.
SECTION VI
DU DOUBLE USAGE QUE l'oN FAIT DES MOTS JUSTE
ET INJUSTE y VICE ET VERTU.
/i51. On applique quelquefois aux actions et quelquefois aux intentions de Fagent les épi* thètes de juste et ^ injuste j de vertueux et de v/cieux. L'usage des mots correspondaiis dans les autres langues présente la même confusion.
k^% La distinction établie par quelques morar listes entre la moralité absolue et la moralité rela^ the a eu pour objet de remédier à la confusion que ce double emploi des termes tend à produire; et cette distinction est d'une assez grande importance pour mériter quelque explication dans un système de morale.
&53. On peut dire d'une action qu'elle est ab^ solument bonne^ quand elle est ce qu'exigeaient qu'elle fût les circonstances dans lesquelles l'a^ gent se trouve placé; en d'autres termes , quand elle est telle qu'il l'aurait pu faire avec de bonnes intentions et une intelligence éclairée.