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ligne; mais il ne doit pas seulement le faire pour les arts qu'il professe, il doit voir autour de lui l'état de la science...
L'artiste ne produit rien du néant, il ne fait que saisir des rapports, analyser des figures, combiner des traits, les représenter. C'est là ce qui constitue sa création.
Donc, plus il observe, plus il découvre. L'inspiration est en lui proportionnelle à l'observation. C'est pourquoi, chez le véritable artiste, l'inspiration, on peut le dire, ne faiblit jamais.
Et pour l'application particulière de telles recherches à l'architecture et à la forme des objets, il me semble qu'elle se justifie d'elle-même par les exemples. En somme, M. René Binet cherche dans le monde invisible ce que d'autres ont cherché dans la flore. Mais la fleur, souple, malléable, s'offre d'elle-même pour l'ornementation, tandis que tout ce monde invisible foisonne de formes rigides, définies, complètes, toutes prêtes pour l'architecture. C'est là, au point où la science nous fait assister à l'un des états de l'évolution des espèces, où elle prend sur le fait l'unité soupçonnée de la matière, c'est là que cet artiste, très humble et très modeste écolier, s'est attaché à recueillir les leçons de formes et de mouvements que pouvait lui donner le monde [des choses en éclosion et en croissance. C'est là qu'il a pris toutes ces lignes, tous ces [angles, tous ces cercles, toutes ces ellipses, toutes ces étoiles, toutes ces figures qui deviennent, au tracé de son crayon, comme une extraordinaire géométrie vivante.
Son imagination a fait plus, et son apport personnel ne consiste pas seulement en un choix de moyens et de matériaux, ce qui constituerait déjà une œuvre considérable, infiniment utile. Par une opération d'esprit qui paraît toute simple maintenant qu'elle a été suivie d'exécution, mais qu'il fallait concevoir et mener à bien, M. René Binet a vu, dans cette vie invisible et précise sur laquelle il se penchait avec un désir si avide de pénétration et d'assimilation, non seulement les moyens de créer les formes architecturales et les ornementations sculpturales des objets, mais il y a vu aussi, magiquement, les objets eux-mêmes, tout faits, tout prêts pour la réalisation.
Pour cette raison, s'il avait besoin d'une raison, il peut généreusement distribuer à tous cette moisson qu'il vient de faire. D'autres ne verront pas ce qu'il a su voir. Us ne verront rien, ou ils verront autre chose. L'honneur de la découverte lui appartient, et l'honneur d'une certaine réalisation, qui sera la sienne, lui appartiendra aussi. Son secret, car il en gardera un, sera d'avoir distingué^comment toutes ces formes d'existence lancées dans tous les sens pouvent suggérer l'idée d'appliques électriques, d'agrafes, de bagues, de bahuts, de balcons, de balustrades, de boiseries, de carrelages, de chapiteaux, d'entrelacs, d'encorbellements, de flambeaux, de girouettes, de grilles, d'horloges, de lanternes, de lustres, de mosaïques, de papiers peints, de pommes de cannes, de rosaces, de tapis, de vases, etc., pour prendre seulement quelques-uns des sujets abordés par cet ouvrage qui est un vaste dictionnaire de formes usuelles et décoratives. Bien mieux, M. René Binet a su voir, le plus souvent, dans la même forme, le principe de plusieurs objets différents, et il faut croire qu'il a raison puisque tout ce qu'il présente ici apparaît construit et logique.
Telle est, brièvement indiquée, la substance de ce recueil dont j'indique suffisamment les origines, dont je n'ai pas à indiquer, davantage, la documentation. On ne s'étonne plus alors de découvrir, dans les œuvres de l'architecte de la Porte monumentale de l'Exposition, on ne sait quelle parenté lointaine, que l'on n'arrive pas à définir, avec les conceptions de l'Inde, de la Chine, du Japon, de la Grèce, du Mexique, de la Mauritanie. C'est comme un vague ressouvenir de tout cela, et pourtant ce n'est pas cela, — il n'y a que la remontée vers les principes, la rencontre dans la même étude.
C'est dire le haut intérêt de l'œuvre qui va suivre. 11 sied d'ajouter que tous les objets rassemblés ne sont pas montrés seulement dans la forme linéaire généralement usitée par les architectes, mais dans leur forme complète, massive, avec leurs surfaces accusées par l'ombre et la lumière. La présentation est nette, l'explication est aussi attentive et détaillée que possible. La conséquence qu'il faut maintenant désirer, et qui paraît devoir fatalement découler d'un tel travail de recherches, c'est que M. René Binet nous donne, après de tels préceptes, des faits, — qu'il achève de créer, d'une main sûre, les objets que son imagination d'artiste a entrevus, et qu'il nous révèle déjà ici comme possibles et harmonieux.