‹ Esquisses et impressionsChapitre 26 sur 41 · PKIÈRE DEVANT UNE ROSE · texte numérisé non relu

PKIÈRE DEVANT UNE ROSE

— Je ne veux plus savoir de qui me vient cette rose qui s'épanouit sur ma table de travail. Me vient-elle d'une femme? d'une femme changeante et journalière comme moi-même? Je l'ai oublié, et que m'importe? Cette rose vient d'un rosier, elle vient delà Nature, de la Nature immuable comme les affections devaient l'être, de la Nature qui nous recevra dans son sein, nous qui nous aimons, nous couchera proprement l'un à côté de l'autre et tirera du sang de notre cœur des roses belles, indifférentes et adorées comme celle-ci.

— Regarde-moi bien, rose mon amie. Ce qui me plaît en toi, c'est que tu n'as point de forme précise, mais seulement une couleur, ou plutôt vingt ombres de nuance variées et incertaines; c'est aussi ton parfum, ton parfum fugitif et vain comme le souvenir d'un baiser; c'est surtoutque tu es faible et à ma merci ; c'est que je pourrais te détruire sije voulais, sans effort, par méchanceté pure et sans que tu te plaignes. Car l'amour veut être le maître du bonheur et de l'existence de ce qu'il aime; il veut être une libéralité gratuite et capricieuse; il veut, selon le vent qu'il fait ou les phases de la lune, pouvoir être le contraire de l'amour.

— Mais ne crains rien. Sije tiens à la puissance de te

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