‹ Esquisses et sentencesChapitre 21 sur 57 · Toute passion peut nous induire en · texte numérisé non relu

Toute passion peut nous induire en

fauie, mais la vanile nous en fait commelire de plus ridicules.

149. — L'absence de vanit6 nous preserve parfois d'etre un sol, mais ne suffit pas toujours k nous empecher d'etre un fol.

150. — La vanite est Torgueil des sots, de meme que la faiblesse est la bonte des Ames saus energie.

131. — II est des gens tellement vaniteux qu'ils ne sauraient se resoudre a accepter, meme un service, qu'autant qu'il flatte leur amour-propre.

152. — C'est la preuve d'un excellent naturel que de pouvoir etre vaniteux sans malveillance.

153. — L'homme veritableirient insupportable, c'est celui que son orgueil meme n'a pu preserver de la vanite.

15i. — Le c6te faible du merite, meme transcendant. c'est qu'il ne suffit pas toujours a nous preserver de la vanite.

155. — Ce qui fait que notre conduite se trouve rarement d'accord avnc notre faQon de voir, c'est que nous jugeons d'ordinaire d'apres notre vanite et agissons d'apres nos convoitises.

156. — Cest, d'ordinaire, Tint^rfet qui divise les hommes et la vanite qui les rend irreconciliables.

157. — La vanite nous rend d'ordinaire plus accessible k la corruption que Tinteret.

138. — Je doute que rhumilit6 chretienne ait jamais rendu le saint le plus avide de mortifications aussi ingenieux a se rapetisser devant ses semblables que Test le vaniteux, lorsque par la, il espere se faire valoir a leurs yeux et s'attirer leurs louanges.

159. — Quelque difficile a garder que soit un secret, tout le monde en vient nisement a bout, pour peu que sa vanite sy trouve interessee.

160. — Quelque fort que nous prisions notre m6rite, nous sommes encore moins heureux de la bonne opinion que nous avons de nous-memes que de celle que nous nous flattons d'en inspirer aux autres.

161. — Nous aimerions mieux, tons tint que nous sommes, etre tenus pour des dr6les que pour des sots, si jamais I'homme depourvu de bou sens pouvait se resigner a admettre qu'on le juge tel qu'il est en realite.

162. — Ce qui rend le sot d'un commerce plus difficile que le coquin de profession, c'est que le premier d'ordinaire soufTre qu'on lui reproche ses m6faits pourvu que Ton n'ait pas Fair de s'en indigner et que le second ne saurait pardonner qu'on le trouve ridicule, mfeme lorsqu'on se borne k Ten plaisanter.

163. — Nous ne nous r6signons gufere a reconnaitre du m6rite k autrui qu'en raison de celui que nous le croyons dispose k nous attribuer k nous-memes.

164. — Quelque puissant que soit Tinteret sur le coeur de Thomme, le besoin de se sentir adule Temporte encore et Ton peut dire, k cet 6gard, que nous cherchons bien moins souvent^ tromper notre prochain qu'^ 6tre tromp6 par lui.

165. — M6priser le flatteur n'est pas mepriser la flatterie et nous ne pouvons nous empfecher, tout au moins, de juger homme de grand sens, le drole qui sail rendre pleine justice k notre rare merite.

166. — II faut que le besoin de Tadulation soit bien ancr6 dans le coeur de Thomme pour que le ridicule de certaines flatteries ne parvienne pas k en degouter meme les meilleurs esprits.

167. — II n'est giiere d'injure si cruelle qu'on ne puisse faire accepter avee plaisir de la plupart des hommes, pourvu qu'on sache lui donner Tapparence de la tlatterie.

168. — Le chMiment du flattenr de profession est de ne pouvoir se passer des flatteries de ceux qui dependent de lui.

169. — Pour certains hommes biases par le succes, la louange devient comme un pain quotidien que Ton goute sans plaisir, mais dont on ne saurait se passer.

170. — II y a moins loin de la vanite a la modestie qu'a une veritable ambition.

171. — La plupart des hommes recherchent le pouvoir comme un ornement dont on se pare sans s'en servir r6ellement et se croient ambitieux parce qu'ils out de la vanite.

172. — L'amour de la domination dans certaines ^mes tient au sentiment secret de leur incapacite. Elles s'attachent a Tautorit^ comme a un bien dont la possession ne leur semble jamais assur6e, puisque leurs fautes meriteraient a chaque instant de la leur faire perdre.

Page 1