Rechercher Teslimo d'autrui n'est pas
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toujours chose pratique ;|lrop peu de gens savont estimer. L'important consiste i s'en faire craindre, puisqne c'est le seul moyen que nous possedions d'en fetre respect6s.
49. — Nous pr6tendons toujours gagner les autres en leur offrant non ce qui leur plait, mais ce qui nous plairait k nous-m^mes, si nous nous trouvions a leur place.
50. — C'est le propre d'un sot de pr6tendre toujours gagner les gens au prix qui lui convient, et de leur en vouloir, s'ils s'estiment au-dessus de son evaluation.
51. — C'est par la flatterie que Ton acquiert de rempire sur I'esprit des hommes, et par la crainte qu'on le conserve.
52. — La flatterie la plus dangereuse n'est pas celle qui chatouille notre amour-propre, mais celle qui caresse nos vices et manage notre paresse.
53. — Au point de vue pratique, le faquin qui sait prendre les hommes par I'int^ret et Tamourpropre se montre infiniment plus sage que le pretendu moraliste, lequel s^obstine k les vouloir diriger par le sentiment du devoir et les lumieres du sens commun.
54. — On s'attache les moriels, non par le bien qu'on leur fait, mais par les esp6rances qu'on leur donne. L'homme pratique saura toujours joindre a Tart de gagner son prochain par de belles promesses, celui de ne gufere les tenir et d'6conduire son monde sans trop le desobliger.
55. — On domine les hommes par les promesses qu'on leur iait ; on se les ali^ne presque toujours par celles qu'on leur tient, puisque alors n'ayant plus rien a esp6rer de nous, il ne leur reste autre chose k faire qu'a chercher comment se venger du service rendu.
56. — II en est des promesses comme de ce3 billets dont r6ch6ance se trouve ind^finiment re* nouvelable. L'important, pour en tirer parti, n'est pas de les tenir, mais de savoir les remplacer par d'autres plus importantes, et que Ton ne tiendra pas davantage.
57. — S'obstiner k parlerraison k la plupartdes hommes est assez rarement un moyen de les convaincre, plus rarement d'en etre compris, jamais de les persuader.
58. — C'est uu entetement ridicule que de vouloir parler raison aux gens, alors qu'ils tiennent surtout a etre tromp6s.
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59. — On irompe moios les hommes enjeur prdchant Terreur que des verites trop auniessus de leur port^e.
60. — Ricn de plus propre h enraciner I'erreur dans Tesprit de ses auditeiirs que de pretendre la combattre par des arguments qu'ils soient hors d'etat d'apprecier et de comprendre.
61. — Dinger de Iravers ceux qui dependent de lui est la revanche la plus chere au coeur de celui qui n'est pas bien siir de ?avoir se diriger luimenie.
62. — Ce qu'il y a de plus difficile k obtenir de presque tous les hommes, c'est qu'ils consententa se tenir tranquilles dans les circonstances ou le succes depend surlout de leur inaction.
63. — Celui-la n*a pas connu le comble de Thumiliation a laquelle un homme puisse etre reduit, qui ne s'est pas trouv^ sous ]a domination absolue d'uii maitre qu'il ne puisse ni aimer ni estimer.
64. — Ce que nous pardonnons le moins a un homme, c'est de refuser de nous tromper, alors que nous tenons absolumcnt k Tetre.
65. — Le secret pour beaucoup obtenir des hommes, ce n'esl pas tant de se montrer trop exi-
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geant k leur egard, que de commeQcer par savoir beaucoup prendre sur soi-meme.
66. — L'homme fort, c'est celui qui est capable de se laisser convaincre, etl'esprit faible, celui qui ii'est susceptible que de se laisser diriger.
67. — II est certains affronts que notre m^pris pour riosiilteur parvient seul a nous rendre supportables.
68. — Nous pardonnons assez volontiers sou honnetete a celui auquel nous comptons bien n'avoir pas a pardonner sa clairvoyance.
69. — Ce qui rend le mechant particulierement ua^i^ereux, c'est qu'on ne pent pas plus compter sur sahaine que sur ses amities et qu'on le trou- •vera toujours, suivant Imteret du moment, aussi
. pret a abandonner ses complices qu'a se reconcilier avec ses adversaires.
70. — Un mauvais exemple est surtout pernicieux en raison de Texcellence des conseils dout il se trouve accompagne.
71 . — Ce qui nous empeche d'acquerir de I'empire sur les autres, ce ne sont pas tant nos passions el DOS vices que nos caprices et notre versa-
tilite.
72. — On ne conqiiierl pas plus le coeur d'un 4goi'ste k force de services rendus que la confiaucc d'uu sot par de sages conseils.
73. — L'excfes de severity nous fail quelquefois hair, et I'exces de condescendance, toujours mepriser,
74. — Cast trop compter sur Taffection des gens que de les croire disposes k se donner plus de mal pour nos propres affaires que nous ne sommes decides k nous en donner nous-m^mes ; quelque vif que se manifesto, chez Tami qui prend nos int^rSts, le d6sir de nous obliger, impossible qu'il le devienne davantage que n'est chez nous Tenvie de r6ussir.
75. — En vain, le sage reconnalt les hommes indignes que Ton recherche leurs suffrages ; le d6pit k lui caus6 par les d^dains de cenx qu'il meprise, le convainc lui-meme de deraison.
76. — On rencontre en ce monde bien moins d'61oges que de services desinteress6s.
77. — Ch^tier avec rigueur les fautes que Ton a soi-meme provoquees ou tol6r6es constitue le meilleur moyen que nous ayons de nous faire a la fois hair et m^priser.
78. — Presenter aux gens ses propres idees comme veaaiit d'eux, constitue sans doute un excellent moyea de les leur faire accepter ; le malheur, c'est qu'il ne soit pas toujours utilisable et qu'aucun artifice de rh6torique ne puisse les amener k decouvrir qu'ils sont des sots.
79. — Entre Tart de connaitre les hommes ct celui de les diriger, il y a toute la diff6rence qui separe la th6orie de I 'application, et de 1^ vient que les esprits les plus clairvoyants ne sont pas toujours ceux qui r^ussissent le mieux dans la vie pratique.
80. — Les hommes recherchent d'ordinaire comme persona grata celui qui a Tart de les persuader, mais f uient comme un importun celui qu'ils savent en 6tat de Jes convaincre.
81. -^11 y a gen6ralement moins d'inconv6nient a se donner des torts vis-i-vis du prochain qu'k se montrer trop sensible k ceux qu'il a eus k notre 6gard.
82. — Nous prenons souvent le parti d'offrir au prochain ce dont il ne se soucie pas pour nous 6viter I'ennui d'avoir k lui procurer ce qu'il desire reellement.
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83. — Nous avons le droit d'exiger de nos subordonn^s quails esecutent nos ordres, non qu'ils les devincDt, et serions mal venus a nous plaindre qu'on ne veuille pas nous obeir, lorsque nousmemes n'avons pas le courage de commauder.
84. -^ Pas d'art plus difficile que celui du commandemcnt puisqu'il suppose Thabilude de savoir ce qu'on veut et de le vouloir a propos.
85. — L'art de diriger les hommes consiste h savoir etre moins menager de leurs peines que de leur amour-propre,
86. — C'est une grande preuve de bon sens quo de ne savoir demander d'un homme que ce qu'il est en etat de donner.
87. — Chercher a humilier son adversaire, c'est se reoonnaitrc, a Tavance, incapable de le convaincre.
88. — II ne manque pas de gens reputes distingues dans le monde et dont toute la reputation tient exclusivement au soin qu'ils ont eu de ne jamais la mettre a Tepreuve.
89. — Se montrer indulgent pour les traver^ et les vices de ses subordonnes et ne pas savoir, en meme temps, manager leur amour-propre, cons-
litue le meilleur moyen de gagner leur haine sans parvenir a s'en faire eslimer.
90. — L'exemple d'un scelerat qui r6ussil a force d'habileie, offre ceci de particulierement pernicieux, qa'il excite les autres hommes a Timiter dans son absence de scrupiiles, tout en restant des imbeciles.
91. — II en est des concessions comme des definitions ; elles ne parviennent gufere a satisfaire que leurs auteurs.
92. — Le veritable esprit de concession est de savoir accorder k temps ce que la prudence interdit de refuser.
93. — Laplupartdes hommes sont d'un naturel si conciliant qu'on les trouve generalement disposes k toutes les concessions, pourvu qu'elles ne froissent ni leurs passions, ni leurs prejug6s, ni leurs interets, ni leurs caprices.
94. — C'est une question delicate, de sayoir quel est le plus sot, ou de celui qui repousse sciemment un bon avis ou de celui qui s'amuse a le donner en pure perte.
95. — II en est des meilleurs conseils comtne des plus belles maximes de la philosophic antique.
lesquelles pouvaient avoir tous les mSrites, hors^ bien entendu, celui de Tutilit^ pratique.
96. — ' Au premier rang des paroles oiseuses dont Dieu nous demandera compte, il convient, sans doute, de ranger les bons avis par nous donn6s au prochain, puisque nous ne pouvions, a Tavance, nous faire aucun doute sur leur parfaile inutilite.
97. — Certaines gens recherchent les conseils h la faQon dont on choisit son journal, non afin de s'6clairer, mais pour avoir leplaisir d'entendre soutenir par d'autres, ce dont ils sont d6jk. persuades eux-memes.
98. — II semble qu'il en soit des conseils comme des aliments,, ce ne sont pas les meilleurs qui nous profitent, mais ceux qui se trouvent le plus conformes a notre humeur et a notre temp6rament.
99. — En g6n6ral, les avis les plus sages ne prouvent bien qu'une chose, c'est le peu de sagesse de celui qui les donne. En effet, si Thomme auquel nous les adressons 6tait capable d'en profiter, sans aucun doute, il le serait 6galement de les pr6venir et, dans tous les cas, n'en aurait nul besoin.
too. — II semble que la nature ait inspire k tant d'hommes la d^maogeaison d'offrir leurs conseils au prochain par la mSme raison qu'elle donne a certaiuos planles, un nombre infini de graines ; c'est qu'elle les savait, bien d'avance, presque toutes destinees a se perdre et qu'il fallait en cr6er des milliers pour qu'une seule arriv^t igermer.
101. — La veritable sagesse consiste k etre parfois prodigue de ses bieufaits, toujours avare de ses conseils.
102. — Au point de vue pratique, la seule excuse valable pour le donneur d'avis, c'est qu'il se propose, non d'eclairer son prochain, mais simplement de Texaspirer.
103. — Le comble de la na'ivet6 pour un donneur d'avis, c'est de se figurer qu'on I'^coute. La patience de celui que nous fatiguons de nos conseils, prouve qu'il compte non pas les suivre, mais simplement exploiter le conseiller en flattant son amour-propre.
104. — Nous offrons nos conseils k autrui par vanit6, pour lui montrer notre sup6riorite ; ensuite, nous nous indignons qu'il ne nous soit pas reconnaissant du soin par nous pris de I'humilier et de lui faire sentir qu'il est un sot.
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105. — Le triomphe de la bonne education, c'est de parvenir a faire an homme correct de ' • celui que la nature avail cree an homme superieur.
106. — 11 conviendrait de tenir pour parfaite reducaiion qui nous laissant nos qualites innees, ne parviendrait pas a nous rendre plus sols que ne nous avail fails la nature.
107. — Celui-la meriterait, sans aucun doute, le renom d'educateur modele qui ne prendrail pas moins de soins a nous corriger de hos Iravers qu'a nous inculquer les siens.
108. — Le cote faible de la plupart des systemes d'education, c'est qu'ils tendentbien plus exclusivemenl a developper les facultes de rintelligence que celles de T^me et visent davanlage a faire des esprits cultives que des gens de caractere.
109. — Jl en esl de certains esprits trop bourres de fails, comme de ces cartes de geographie oil Taboridance des details empeche de riendistinguer. La veritable instruction consiste, non a savoir beaucoup de choses, mais seulement des choses utiles et a les bien savoir.
110. — C'est souvent louable perseverance de ne pas se laisser detourner du but a atteindre par
des echecs repet6s et toujours preuve de sottise que de persister dans Temploi des memes moyeiis, lorsque Texperience a prouve leur ineflicacit6.
111. — Quelle que soil leur rage de r6ussir, la plupart des hommes entendent moins employer les moyens qui conyiennent, que ceux qui leur conviennent h eux personnellement, et telle est la cause la plus frequente de leurs echecs.
.112. — Dans les aflfaires serieuses n^gliger remploi des petits moyens, c'est se priver de certaines chances de succes ; c'est se les enlever toutes que d'accorder ci ceux-ci une importance exclusive.
113. — Les clioses simples demand ent h etre faites simplement, et c'est parfois compromettre le succes d'une entreprise que de vouloir fairo preuve de trop d'habileteet de finesse.
114. — II y a en ce monde, a la fois, bien moins de choses difficiles et bien plus d'impossibles qu'on ne Tadmet communement. Si beau coup semblent malaisees, cela tient le plus souvent a ce que nous ne savons pas nous y prendre et si tant d'entreprises irrealisables nous paraissent susceptibles d'etre menees a bonne fin,
c*est simplement preuve de notre peu de discernement.
lis. — Lorsqu'une tAche est reconnue indispensable a accomplir, la declarer impossible constiiue la pire des excuses.
116. : — Les biens que nous recherchons avec le plus d'ardeur sont precisement ceux dont, raisonnablement, nous pouvons esperer le moins jou'ir. Nous sacrifions notre vie a courir apres une gloire posthume qui laissera nos heriliers tres indifferents ou a poursuivre une fortune qui ne se r^alisera que lorsque le grand kge nous aura mis dans rimpossibilite d'en jouir.
117. — Nous sacrifions toule reserve, toule pudeur, tout sentiment des convenances a notre desir de reussir et nous n'avons meme pas le coBur, en cas d'echec, d'avouer que nous nous sommes montres des sots.
118. — Une crainte excessive de so compromeltre ne nous fait guere commettre moins de fautes qu'un desir ardent de reussir et elle nous en fait souvent commettre de plus graves.
119. — Le brouillon est celui qui veut parvenir au but par n'importe quels moyens et Thomme
d'action, celui qui entend employer ceux-li seulemenl qu'il a reconnus utiles et profitables.
120. — L'on voit des gens iutejli gents, d61i6s en afTaires et que la crainte du ridicule ou la trop graride peur de commettre quelque maladresse, fait 6chouer dans presque toutes leurs entreprises.
121. — Bon nombre de gens confondent volontiers le calcul avec Thabilete et se jugenttres forts parce qu'ils ne manquent jamais I'occasion de s'embrouiller dans leurs propres combinaisons.
122. — Lorsque I'exp^rience nous a bien d6montre Tinefficacite des moyens par nous employes, nous ne manquons guere de nous figurer que uos echecs tiennent surtout k ce qiie nous n'avons pas su les employer avec assez de vigueur et de tenacity.
123. — La resignation et le stoicismesemblent les vertus les plus essentielles k Thomme qui a des infortunes en menage, car ce sur quoi il peut le moins compter, c'est sur la compassion de ses semblables, l^gerement deshonor6 s'il prend son mal avec plus de philosophic qu'il ne convient ; tout a fait ridicule s'il s'avise de s'en plaindre.