‹ Esquisses et sentencesChapitre 31 sur 57 · Les dangers les plus k craindre ne sont · texte numérisé non relu

Les dangers les plus k craindre ne sont

pas toujours ceux qui semblent les plus imminents, et il en est auxquels nous succombons fatalement, par cette seule raison que nous nous 6tions refuses trbp longlemps a les croire possibles.

125. — S'en rapporter au hasard, lorsque la r6ussite depend surtout de notre intelligence et de notre activity, c'est se reconnaitie k Tavance incapable de profiter de ses faveurs.

126. — Le hasard a ceci de commun avec la Providence, qu'il ne vient guere en aide qu'aux gens qui out commenc6 par s'aider eux-memes et se montre secourable a ceux-la seuls qui ont tout fait pour se passer de ses services.

127. — Les anciens elevaient des temples h la Fortune, et cela se congoit, puisqu'ils se la representaient fantasque, mobile et assez capricieuse pour favoriser meme ses adorateurs. Je ne sache pas qu'ils en aient eleve au Hasard. Quelle apparence, en effet, que les hommes se soient jamais senti beaucoup de devotion pour une divinite qui leur laisse tout a faire etdontlecaractere essentiel est de ne tenir aucun compte des priferes de ceux qui I'invoquent?

128. — Rien de plus vain que de compter reussir uniquement par les fautes de ses adversaires,

lorsqu'on ne s'est pas mis soi-rneme en elat d'en profiler.

129. — Nous pouvons quelquefois compter sur le hasard pour reparer les fautes deja commises, jamais pour reparer celles que nous aurions rinlention de commettre k I'avenir.

130. — C'est lorsqu'ils s'aperQoivent avoir compromis le succes d'une entreprise par leur imprudence ou leur legerete que la plupart des hommes se croient en droit de tout attendre du hasard.

131. — Rien de plus dangereux que les succes iiniquementdus au hasard ; ils troublent les esprits les plus senses et font absolument perdre la tete aux autres.

132. — C'est une triste infirmit<5 que d'avoir le gout des choses dont on ne possede ni Fintelligence, ni la capacite.

133. — Nous nous figurons toujours que les choses nous seront plus faciles qu'^ d'autres et que les fautes les plus lourdes perdront de leur gravite par cela seal que c'est nous qui les avons commises.

134. — La finesse de I'esprit et la promptitude de rintelligence ne suppleeut guere a Tesprit pra-

tique ni k la rectitude du jugement el Toq voit souvent des gens de merite depenser des tresors de machiaveiisme k ne jamais commettre que des maladresses.

135. — Le bon sens nous apprend a eviler de commettre des fautes, et Thabilet^, simplement, h savoir profiter de celles d'autrui.

136. — Le grand ecueil pour les gens reelle- ' ment adroits en affaires, ce n'est pas de manquer

d'habilete, c'esl de se laisser aller a en deployer plus qu'il ne faut et hors de propos.

137. — Trop de durete k Tegard de ceux qui dependent de nous peut^tre unmoyen de nous en faire craindre, non de nous en faire considerer, et ce serait pure illusion de croire qu'il suffit de se rendre odieux pour se preserver de paraitre ridicule.

138. — II n'est guere d'intrigant qui ne deviennela dupe de ses propres manoeuvres.

139. — La naivete de Tintrigant, c'est de ne jamais supposer que Ton puisse 6chapper k ses finesses et le moyen le plus infaillible de le tromper consiste encore k savoir, h propos, paraitre sa dupe.

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140. — Celui-lane fera jamais qu'un bien mediocre intrigant auquel son amour-propre permet de se montrer plat k Toccasion, tout en Ini interdisant de jamais etre souple.

14i. — II est des gens auxquels il n'a jamais manque pour devenir des intrigants redoutables, que d'avoir seulement su commander un quart d'heure k leurs nerfs ; la vue du but auquel ils tendent les aveuglant au point de les rendre incapables de jamais Tatteindre.

142. — Certains faiseurs sont comme ces femmes qui se vendent uniquement par haine du travail et afin de pouvoir vivre dans Toisivete. Ce qu'ils recherchent dans Tintrigue, c'est moins le moyen d'arriver qu'un procede pour reussir sans se donner de mal.

143. — Celui-lk ne fera jamais qu'un bien pauvre intrigant qui pretend s'imposer a ses semblables, sans etre parvenu seulement a s'eu faire accepter.

144. — Nous n'employons guere pour tromper autrui que les moyens par lesquels nous pourrions etre trompes nous-memes.

145. — Nous soihmes plus souvent pris k. nos propres pieges qu'a ceux que nous tend autrui.

tOi ESQUISSES ET SENTENCES

146. — Nous coufondons toujours la duplicite avec I'adresse, et une foule de gens se figurenl Iromper le prochain par leurs roueries sans plus j-.'Mi-.iir que ce pcrsonnage de vaudeville, leqiiel pour D'etre pas reconnu, faisait semblaot d'etre un h«mme d'infiniment d'espril.

1 i7, — L'art contrefait k nature, sansparvenirk liiiiiter et n'en donne jamais qu'une copie inlidele, C'est dordinaire bien moiiis son hatilete que notre p^iresse d'esprit et uotre legeret^ qui permettent a I'intrigant de nous induire en erreur.

148. — L'homme verilablement difficile a tromper, ce ii'est pas Thomme habile, mais celui qui sait toujours fetre ^galement sincere vis-k-vis de lui-mfeme et des autres.

149. — Quelque habile comedien qu'un homrae puisseiStre, les defauts de son cceurne sont gu^re, ilia longue, plus facilos i celor que ceu-i: de sou esprit.

150. — L'absence de scrupules ne constitue pas plus I'habilete que la pretention, le jn^rite, el c'est I'ecueil le plus habituel des fourbes sans intelligeiice de se figurer qu'il leur suffira de toujours mentir pour fitre toujours crus.

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