Le parti qui compte exclusivement pour
reussir sur les Fautes de ses adversaires, donne lieu k ceux-ci de compter sur son inerlie, pour se maintenir au pouvoir.
116. — Le principal inconvenient dudefaut d'organisation au sein d'un parti, ce n'est pas tant de Tempecher de se servirdes forces qu'il a, que de le corrompre en rendanl impossible toute reclamation coiitre les fautes etTegoisme des meneurs.
117. — II en est d'une cause comme d'un organisme vivant ; ses forces ne subsistent qu'a la condition d'etre exercees. Ne point en tirer parti au moment opportun , c'est les faire se rouiller et s'exposer a ne plus les retrouver alors que Ton voudra s'en servir.
118. — Au dire d'Homere, le jour qui voit un homme libre tomber dans Fesclavage, lui enleve la moitie de sa vertu premifere. Un sort plus Iriste attend le parti longtemps trahi par la fortune. L'iiisucces prolonge lui fait perdre jusqu'a Tesperance et ne laisse gufere d'intacts que ses travers et ses pretentions. L'esprit de coterie en I'envahissant, lui ravit tout ressort, tout sentiment de d6sint6ressement et le rendant incapable de sacrifice, finit, pour comble d'humiliation, parl'abaisser au niveau des adversaires qu'il combattait.
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119. — II est triste de voir uu chef de parti repousser les avis utiles et s'lndiguer que l*ou ose lui dire la verite, plus trisle eacore de le voir Tecouter paiiemment, mais k la conditiou de n'ea tenir jamais aucua compte.
120. — C'est presque toujours une grave erreur pour un pr^teudant que de se figurer n'avoir, au point de vue politique, rien a faire. £u admettant que combattre ses adversaires lui soit devenu impossible, il lui rcste encore k faire la police de son propre parti et ce n'est pas, d'ordinaire, la portion la moins importante ni la plus ais^e de sa tAche.
121. — On ne saurait mieux comparer la conduite d'un pretendant qui ne donne ni ordre ni organisation a son propre parti, qu'a celle d'un general prodiguant ses exhortations h ses troupes au lieu de leur ofFrir un plan de campagne.
122. — L'humanit6 estimant les proces et les maladies, choses trop 6ph6mferes, a sagement invents Thomme de loi et le medecin afin d'assurer a ces fleaux une duree raisonnable. C'est sans doute, pour se conformer k cet ordre d'id^es que les princes eu disponibilite ont institu^ les courtisans du malheur, gens du monde les plus
propres h les preserver des inconv6nients d'une restauration precipit^e ; rinfortune royale consliLuant en effet leur seule carriere et unique raison d'etre, ils ne sauraient avoir d autre objectif que de la prolonger le plus longtemps possible.
123. — Tel est le bcsoin d'intrigue inne dans le coeur de Thomme, que ni la perte du pouvoir, ni I'exil ne suffisent a debarrasser un prince de Tobsession des courtisans et que Ton continue a sc disputer sa faveur, alors m6me qu'elle n'a qu'un efFel platonique et ne pent plus servir a rien.
124. — Le pr^tendant que les fautes de ses partisans empftchent de revenir, doit se consoler de cette disgrA,ce en songeant qu'en cas de restauration, ceux-ci ne se montreraientpas moins habiles a rendre son maintien precaire qu'ils ne I'ont 6te a rendre son retour laborieux.
125. — La condition d'un pretendant semble participer k la fois de celles d'un chef de brigands et d'un pacifique maitre de maison ; parfois sur de la reussite, lorsqu'il remet ses interets entre les mains d'aventuriers 6nergiques et sans scrupules, to u jours certain d'uninsucces, s'il les confie h des hommes sots, intrigants ou simplement malhonnetes.
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126. — Un pays demande k etre sauve avant que d'etre gueri et il ne serait pas plus honn^te k un chef de parti, d'atiendre pour agir que tout le monde revieDoe k lui. que pour un m^decin de ne vouloir commencer la cure du malade, qu'une fois la convalescence d^claree.
127. — Quels que soient les dangers de Tadulation, il y apresque loujours moins d'inconv^nieut pour un prince k se laisser enivrer par les flatteries de ses partisans, quintimider par leurs reproches on leurs recriminations.
128. — De la part d'un pretendant, corrompre les gens sans leur inspirer confiance, c'est les payer tout exprfes pour qu'ils le trahissent.
129. — Un pretendant doit savoir exiger la soumission et Texaclitude k remplir leur tdche, des gens dont il a experiments la venalite, mais toujours se dSfier de leurs conseils. On achete parfois des services, jamais des dSvouements.
130. — C'est une ruine pour un parti quand ceux qui le dirigent entendent n'estimer les <^ens qu'a proportion de leur v6nalite, de leurs ambitions ou de la souplesse de leur conscience et traitent cnhomme d'opposilion, celui qu'ils ne
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peuvent acheter ou dont le devouement est inspire par son esprit d'ind^pendance.
131. — C'est une question delicate de savoir quel est le plus pr^judiciable i un parti ou de rinaction de son chef ou de la trop grande acliviti de certains de ses partisans.
132. — On peut parfois agir sur les masses en leur tenant un langage eleve ; on les ennuie toujours par des discours trop savants. Aux tirades d'unlettr6, elles prcfereront g6n6ralementlesboniments d'un Hercule defoire. Ce qu'elles r^clament c'est parfois un liberateur, jamais un professeur.
133. — Lors meme qu'un peuple ne tient pas a etre tromp6, encore veut-il qu'on lui mente. II aura d'autant plus foi dans les intentions et Thabilete de celui qui le mene, qu'il en aura moins dans ses allegations el lui continucra sa confiance. tant qu'il s'eslimera en droit de le juger un imposteur.
134. — Pas de spectacle plus triste que celui d'une nation enlrainee par son respect pour Tautorit6 legitime a se decharger sur elle du soin de ses propres affaires , puisqu'alors le sentiment meme du devoir devient la source de ses infor-
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lanes et la fait tomber dans le despotisme. II en est d'elle comme de ces fanatiques que leur faQon erronee d'enlendre la religion pousse au desordre et au crime.
135. — Rien ne sanrait remedier pour une nation aux defaillances du patriotisme ni a VindifTerence pour ses propres inlerets ; ie despotisme pent s'imposer quelquefois comme une necessite, raremenicomme un bien, la meme paresse d'esprit qui pousse les masses aux pteds d'un maitre toutpuissant, les empechant d'ordinaire de le choisir judicieusement.
436, — Les qualites, a la fois serieuses et briliantes, la superiorite des talents sembleut suriout necessaires a Tambitieux que ne recommandent ni Teclat d'un grand nom ni le souvenir d'eminents services rendus au pays. S*il n'a contre lui que son pen de capacite et en sa faveur que les fautes de ses adversaires, parvenir lui peut etre aise ; le difficile sera de se maintenir.
437, — Quand les esprits sont agites par un souffle d'insubordination , plus un prince se montre liberal et plus il donne barre k ses ennemis, pour Taccuser d'arbitraire et de tyrannic. Lorsqu'au contraire, le peuple reclame un maitre.
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I'ambitieux qui vise le pouvoir n'a guere qu'une chose k craindre, c'est que ses adversaires ometient de lui reprocher avec assez d'aigreur, ses aspirations k la dictalure.
138. — Une society reellement d^mocratique, c'est celle dans laqnelle le peuple ne veut pas souffrir de despote et une society r^voluiionnaire, celle ou les masses entendent que nul ne puisse resister aux tyrans qu'elles-m^mes se sont donnas.
139. — II en est du cesarisme comme de ces remedes qui empechent le malade de souffrir, k la condition d'abr^ger ses jours. En vain s'est-i.l impose k titre de necessite et ses debuts ont-ils procure quelque soulagemcnt k la nation. Pourpeu qu'il dure, on le voit d'ordinaire devenir un mal plus redoutable que ceux qu'il etait appele k guerir et laisser le peuple dans un elat pire que celui oil il Ta trouv6.
140. — On aequiert parfois la popularity k force de faire du bruit, on la perd a ne faire que du bruit.
141. — L'homme susceptible d'arriver a la popularity, sans avoir rien fait qui la justifie, ne prouve bien qu'une chose, c'est son incapacite k la jamais m^riter.
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142. — II en est de ces idoles crepes par la faveur populaire, comme des fetiches que se fabriquc le sauvage. On parvient tant bien que mat k les adorer ; le difficile, c'est d'arriver k les prendre au sSrieux et de pouvoir les respecter.
143. — Savoir se faire oublier k propos constitue la dernifere chance de succfes pour Fhomme politique aussi bien que pour le parti qui ne sait ou ne peut agir.
TABLE DES MATlfiRES