‹ Esquisses et SouvenirsChapitre 39 sur 51 · LES GRENOUILLES · texte numérisé non relu

LES GRENOUILLES

Plus je vieillis, plus mon imagination empiète sur mes yeux. Voilà pourquoi il advint qu'étant revenu à Athènes, j'ai négligé de me pencher comme autrefois sur l'onde harmonieuse et rare que 1' Ilissus promène entre des cailloux blancs et azurés.

O torrent! sur tes rives Socrate et le jeune Phèdre disputèrent de Lysias et de la Beauté. Ils s'étaient étendus dans l'herbe fraîche, un platane haut et large les abritait du soleil et les cigales faisaient entendre leur cri vif...

Molle grenouille, tille de l'Ilissus, Socrate vante la voix des cigales et il oublie la tienne ! Cependant ô grenouille ! près des colonnes dorées deZeus Olympien, dans tes palais liquides, chante, chante toujours : Brékékékex, coax, coax. Tu as pour te consoler les vers d'un grand poète qui te fait dire : « Je suis chérie des Muses harmonieuses, et de Pan au pied cornu, qui tire de si doux sons du chalumau ;

je fais les délices d'Apollon le dieu de la cithare, parce que je nourris dans l'eau de mes marécages le roseau qui sert de chevalet à la lyre. »

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