ROME DEPUIS LES GUERRES PUNIQUES
Rome; elle fixa l'attention de l'Europe. Dans la troisième (149-146), les Romains s'emparèrent de ['Afrique: Carthage fut détruite par Scipion Emilien.
Pendant les deux dernières , et dans les intervalles qu'elles laissèrent , avaient eu lieu les quatre guerres de Macédoine, contre Philipiie et Persée, la guerre de Syrie (191—88), contre Antiochus, et d'autres moins importantes, qui s'étaient terminées par la soumission des provinces dw VAsie (188), de VIstrie (177), de la Macédoine (168), et de la Dalmatie (155).
La prise de Thèbes et de Corinthe décida la réduction de la Grèce en province romaine, sous le nom d'Achaïe fi 46).
Numance, un instant révoltée (141-133), succombe avec le reste de Y 'Espagne. La conquête du monde entier devient de moins en moins douteuse. Mais les vices corrupteurs de ces nations passent à leurs vainqueurs, et les deux Gracchus (Tibérius et Gains) trouvent la mort en poursuivant des réformes impossibles (133-123).
Des guerres nombreuses et célèbres contre les étrangers., entre autres, celles de Jugurtha (11 9-1 06), vaincu par Marius, des Esclaves siciliens (104-102), des Cimbres et des Teutons (102-101), des Marses (91-89), de Mithridate, roi de Pont (88-64), vaincu tour à tour par Sylla, Lucullus et Pompée; de Sertorius (85-72), des Gaules (59-49), et des Parthes (54), signalèrent le siècle suivant ; mais des luttes intérieures et des guerres de citoyen à citoyen le rendirent encore plus tristement célèbre. Marius et Sylla (88-82) , César, et Pompée vaincu à Pharsale (48), les triumvirs et Brutus (48), Octave et Sextus Pompée (36), enfin Octave et Antoine (31), se disputent la toute -puissance sur le champ de bataille, couvert du sang des Romains. Deux proscriptions, celle de Sylla (84) et celle des triumvirs (45), ajoutèrent encore à tant d'horreurs. Cependant ces luttes cessèrent ; Rome, maîtresse du monde, reconnut le pouvoir d'un seul maitre, et la monarchie impériale commença après la victoire
d' Octave- Auguste, à Actium (31), sur Marc-Antoine et Cléopâlre, reine d'Egypte (29 ans av. J.-C.)-
(Cinq siècles, de 29 av. J.-C. à 476 ap.)
L'histoire de cette période comprend cinq siècles.
DANS LE PREMIER, que nous nommerons siècle des Césars, Rome, après avoir goûté le bonheur et le calme le plus parfait sous Auguste (29 av. J.-C, à 14 ap.), qui protégea les lettres, et n'éprouva d'autre échec que la défaite de Varus , en Germanie (9 de J.-C.) , subit successivement la tyrannie du cruel Tibère (44 à 37), qui fit empoisonner Germamcus, de l'insensé Caligula (37), de l'imbécile Claude (41), de l'atroce Néron (54-68), qui fit périr sa mère, Agrippim, et elle ne respire un instant, sous Vespasien (69) et sous Titus (79) (qui s'empara de Jérusalem en 70),. que pour tomber entre les mains àeDomitien(S\), qui réunit tout ce que ses prédécesseurs avaient d'odieux.
Le SECOND SIÈCLE, ou siècle des Antonins, est aussi heureux pour l'État que l'autre a été funeste. Le sénat avait nommé à l'empire un homme probe, Nerva (de 96 à 98), à la suite duquel se présentent quatre hommes non moins vertueux. Peu jaloux de laisser la puissance suprême à un fils ou à un neveu, Nerva ne consulte que l'intérêt de l'État, et, après avoir régné deux ans, il adopte Trajan (98), Espagnol d'origine , et le premier étranger parvenu au trône de Rome. Trajan recule, par des conquêtes en Dacie et en Asie, les bornes de l'empire. Adrien (H7), avec des talents militaires, se montre pacifique et ami zélé des lettres et des beaux-arts ; il élève une muraille dans le nord delà Bretagne, contre les Calédoniens; il agrandit la
nouvelle Carthage , et rebâtit Jérusalem. Sous lui, les Juifs se révoltèrent , furent défaits et dispersés définitivement (135). Viennent ensuite Antonin (138), le plus vertueux des monarques : son règne fut la plus heureuse période de l'empire; Marc-Aurèle (161), surnommé le Philosophe ; il s'était associé Lucius Verus, jeune homme prodigue et dissipé, auquel, cependant, il donna sa fille. C'est sous cet excellent prince qu'eurent lieu la bravoure et les prodiges de la légion chrétienne fulminante, dans la guerre contre les Marcomans et leurs alliés. Marc-Aurèle réussit à assurer les frontières de l'Empire du côté du Danube ; mais il fut le premier qui permit aux Barbares de s'établir dans l'intérieur, et qui les prit à la solde de l'État ; il légua la pourpre à son fils, le lâche et cruel Commode (180), sous lequel une horrible tyrannie ensanglante l'Empire. Un meurtre délivre les Romains de ce monstre, mais laisse le gouvernement sans guide.
Ici commence LE TROISIÈME SIÈCLE , siècle de l'anarchie militaire; Pertinax (193), après trois mois de règne, meurt de la main des soldats. La couronne est mise à l'enchère : Didius Julien ose l'acheter. Pescenninus- Niger, SeptimeSévère, et Albinus la lui disputent. Le premier est proclamé en Syrie, le second en Illyrie, le troisième en Bretagne (197).
Septime-Sévère (194-21 î), resté seul maître de l'Empire, le relève par un règne assez ferme , fait la guerre aux Parthes , aux Bretons , et rétablit la muraille d'Adrien* Il meurt à York; mais le cruel Caracalia (211), son fils, l'ébranlé de nouveau. Il fait assassiner son frère Géta dans les bras de sa mère, désole les provinces qu'il traverse, et fait un massacre effroyable du peuple d'Alexandrie. Macrint préfet du prétoire, l'assassine.
Après la mort de Caracalia, les soldats sont de nouveau maîtres de l'empire. Us élisent successivement Macrin, qui
ne règne qu'un an (2117) ; Héliogabale (218), prince cruel et débauché ; Alexandre Sévère, un des meilleurs princes et des plus grands empereurs de Rome (222-235), qui règne plusieurs années, mais dont l'administration n'a pas détruit le mal.
A sa mort, Vanarchie reparaît plus puissante que jamais. Vingt-cinq princes et cinquante usurpateurs envahissent et occupent un instant le trône. Trois d'entre eux seulement, Claude, Aurélien et Dioctétien, méritent une mention. Clauie II (268-270), bon général, remporte de grandes victoires sur les Goths ; il est surnommé le Gothique. ; Aurélien (270-275), grand guerrier, soumet les princes l'Orient, après la défaite de Zénobie, reine de Palmure ; il émet sous son obéissance toutes les contrées de l'Occident, fui, depuis Gallien (259), avaient des maîtres indépendants. 1 meurt assassiné. La mort d' Aurélien fut suivie d'un inerrègne de six mois ; le sénat disposa du trône en faveur lu vertueux Tacite, qui mourut assassiné. Après lui, les rmées élurent successivement Florien, frère de Tacite, qui te gouverna que trois mois, et Probus, général d'un mérite lare (276). Cet empereur qui fut toujours en guerre avec les allemands, qu'il repoussa, ne manquait pas d'une certaine Uelligence pour les arts de la paix ; il bâtit plusieurs villes u'il peupla des prisonniers de guerre, et fit planter à ses oldats des vignobles sur les collines voisines du Rhin. J Après les règnes obscurs de Carus , Carin et Numérien , ;>ioclétien monte sur le trône (284) ; à son avènement commencent les partages. Ce prince suspendit pendant quelque Itmps les maux de l'empire, mais il abdiqua et se retira à \\alone (305).
| LE QUATRIÈME SIÈCLE, ou siècle de Constantin (306-
|37), est célèbre : 1° par le triomphe du Christianisme, qui est
! evé sur le trône en la personne de Constantin (3 1 2) ; 2° par
translation de l'empire à Byzance , qui prend le nom d®
Constantinople(330)'. 3° par les victoires et le règne de Julien- V Apostat (361), dernier prince de la race de Constantin, et le plus habile de tou3 ; il abjure la religion chrétienne et fait de vains efforts pour relever le paganisme : il porte la guerre en Perse, et meurt d'une blessure qu'il reçoit en combattant (363) ; 4* par le partage de l'empire (364) entre Valenset Valentinien I. Le grand Théodose réunit, en 394,|le monde romain; mais, en mourant, il consomme la séparation définitive des deux empires, dont il règle le partage entre ses deux fils : Arcadius al' Orient, H onorius a l' Occident (395).
On voit alors se multiplier les perpétuelles invasions des Barbares, qui pourtant ne s'établissent pas encore au cœur de l'empire.
AU CINQUIÈME SIÈCLE, ou siècle des invasions, les légions romaines abandonnent la Bretagne et la Gaule aux Angles, aux Francs et aux Bourguignons, l'Espagne aux^ Alains, aux Suèves et aux Visigoths, l'Afrique aux Vandales, et le nord de l'Italie à tous les Barbares. La pourpre impériale, prise, donnée et enlevée tour à tour, couvre des fantômes de princes, et s'avilit de plus en plus. Le Suève Hécimer, qui ne daigne pas la prendre, en revêt successi-i vement Sévère et Anihémius; Augustule, qui lui succède! (475), est, l'année suivante, chassé du trône par Odoacre,roi des Hérules, qui refuse l'empire, et substitue au titre d'empereur des Romains celui de roi d'Italie. Il n'y a plus! de Romains qu'à Constantinople, où peu à peu ils prennen le nom de Grecs, et oublient complètement de qui ils descendent (476). Sur les débris de l'empire d'Occident s'éij lèvent successivement tous les états modernes.
La Perse est appelée dans VÈcriture Sainte, pays tfElam
du nom d'un fils de Sem. Le premier roi connu de ce pays est Chodorlahomor, qui vint, avec quatre rois ses alliés, envahir la Palestine, prendre et piller Sodome, et emmener Loth prisonnier ; mais la Perse ne sortit de l'obscurité qu'après la fin du premier empire d'Assyrie (759).
Depuis qn'Arbacès eut affranchi les Mècles , ces peuples s'étaient eux-mêmes donné des lois , s'étaient divisés en tribus et avaient établi des juges pour les différends qui pourraient s'élever. Déjocès fut le premier roi qu'ils se choisirent. Il s'attacha principalement à civiliser ses sujets. A Déjocès succédèrent , sans laisser de grands souvenirs : Phraorte, Cyaxare Ier, Astijage et Cyaxare II (Darius-le- Mède).
Cyaxare H nomma pour général de son armée Cyrus, fils de Mandane, sa sœur, et de Cambyse, roi de Perse, sujet de l'empire des Mèdes. Cyrus prend Crésus, roi de Lydie, à la bataille de Thymbrée, près de Sardes ; il dompte les autres alliés de Nériglissor, roi de Babylone, marche contre cette ville, et s'en empare après un long siège (538). Ayant détourné les eaux de YEuphrate, il avait pénétré, par un canal de ce fleuve, au sein de la ville, où Balthasar, successeur de Nériglissor, faisait célébrer une grande fête. Ce prince fut égorgé avec tous les grands de sa cour, qu'il avait rassemblés dans un repas magnifique.
Quelque temps après, 'Cyaxare et Cambyse moururent ; Cyrus leur succéda en 536, et, réunissant le royaume des Mèdes à celui des Perses, il fonda le plus grand empire qui eût jusqu'alors existé dans le monde.
Ce grand conquérant publia, en 536 avant J.-C, le fameux décret en faveur des Juifs, captifs depuis soixante-dix ans, et auxquels il permit de retourner à Jérusalem. Poursuivant ensuite ses conquêtes, il donna pour bornes à son empire, à l'Orient le fleuve Indus, au nord la mer Caspienne et le Pont-Euxin, à l'Occident la mer Egée, au midi VEihiopie et le golfe Arabique. Suivant Hérodote, il fut tué
dans une bataille contre Tomyris, reine des Scythes ou Messagètes, qui plongea la tête de Cyrus dans un vase plein de sang : Abreuve-toi de sang, dit-elle, puisque lu en as toujours eu soif.
Cambyse succéda à Cyrus, son père (de 529 à 522). Il fit la conquête de V Egypte, et voulut même soumettre Y Ethiopie. Il fut malheureusement trop célèbre par sa cruauté et par sa tyrannie, et ne survécut pas longtemps à son frère Smerdis, qu'il avait fait tuer.
Un mage s'était pait passer pour ce prince infortuné, et était parvenu à régner sept mois sous le nom de Smerdis ; mais l 'imposture fut découverte, et l'indigne prêtre fut massacré par les principaux seigneurs qui s'étaient révoltés contre lui. L'un d'eux, Darius, fils d'Hytfaspe (de 521 à 485), s'empara du royaume, qu'il dut, dit-on, au hennissement de son cheval. Il montra quelques vertus guerrières ; mais son ambition coûta trop de sang à la Perse. Il se faisait nommer le meilleur et le mieux fait de tous les hommes.
Il passa le Bosphore de Thrace pour marcher contre les Scythes d'Europe ; il s'avança jusqu'au delà du Danube, sans pouvoir les atteindre, et perdit beaucoup de monde.
Ce fut ce Darius qui porta la première guerre en Grèce, d'abord pour soumettre une nation qui lui paraissait orgueilleuse, et dont, cependant, il n'avait entendu parler que par un médecin grec, nommé Dèmocède, et ensuite pour venger Hippias, tyran d'Athènes, qui était allé lui demander du secours. C'est la première guerre médique ou persique.
Darius envoie en Grèce son gendre Mardonius, à la tête d'une armée formidable. Milliade le défait avec dix miile hommes, à Marathon, l'an 490. Darius mourut peu après.
A Darius succède Xercès Ief (485-412), son fils, qui, croyant pouvoir réparer l'affront qu'avaient éprouvé en Grèce les armes des Perses, dirige ses troupes vers cette contrée. (C'est la deuxième guerre médique.) Alors eurent lieu, en^O,\^batailkdes Thermopyles, le combat naval près
d'Artémise , et la bataille de Salamine ; enfin, un an après, les combats de Platée et de Mycale. Ârtaban, capitaine des gardes de Xercès, l'assassine et fait monter sur le trône Artaxercès- Longue- Main (499-424) , sous lequel finit la guerre entre les Grecs et les Perses, par la défaite de la flotte des Perses, près du fleuve Eurijmêdon : Cimon, fils de Miltiade, commandait les Grecs. C'est à ce prince que le célèbre Hippocrate refusa d'aller en Perse, malgré les plus belles promesses, parce que ses concitoyens avaient besoin de ses soins et de ses talents. C'est aussi à la cour d'Jrtaxercès-Longue-Main que se réfugia Thémistocle.
L'histoire de Perse ne présente plus que deux règnes célèbres, celui d' Artaxercès- Mnémon, sous lequel eut lieu la fameuse retraite des Dix-Mille, en 401 , et le traité d'Antalcidas (387) ; et celui de Darius III Codoman, qui punit l'assassin de ses prédécesseurs, le cruel égyptien Bagoas (336-330).
La Perse aurait peut-être joui, sous ce prince, des douceurs d'une paix chèrement achetée, si Alexandre-le-Grand ne se fût proposé la conquête du monde.
Darius, attaqué par le héros macédonien, perdit successivement les batailles du Granique, d'Issus et d'Arbelles.
N'ayant plus avec lui que quelques troupes sans courage, Darius se retirait vers la Parthie, lorsque Bessus, commandant de la Baciriane , se saisit de sa personne et l'enchaîna sur un chariot, L'arrivée d'Alexandre détermina Bessus à fuir, et le conquérant reçut le dernier soupir du roi des Perses.
Avec Darius-Codoman finit la monarchie des Perses, qui avait duré 205 ans.
MACÉDONIENS
L'origine des peuples de la Macédoine, comme celle des
208 MACEDONIENS.
peuplades anciennes, est couverte de ténèbres. Il est inutile de chercher à débrouiller ce chaos ; il suffit de savoir que les ancêtres de ceux qui devinrent peu à peu les maîtres de toute la Grèce et de toute l'Asie étaient une colonie d'Argiens qui, sous la conduite de Car anus, originaire tfArgos et descendant d'Hercule, vinrent s'établir dans ce pays en
Les Macédoniens passaient pour être braves et courageux; mais ce ne fut que depuis le règne de Philippe, père d'Alexandre-le-Grand, que la guerre devint une occupation nationale. Avant ce temps, la Macédoine était un royaume héréditaire, mais si peu considéré, que Démosthène disait : « C'est un vil coin du monde qui n'a pas même produit un » bon esclave.»
Plusieurs rois, depuis Caranus , n'avaient pu faire sortir ce royaume de son obscurité. Des dissensions intestines l'avaient , au contraire , rendu moins propre à se faire connaître , lorsque Perdicas , un de ses rois , vint à mourir , laissant" pour successeur son fils Amyntas , encore enfant. La Macédoine devint alors le théâtre de troubles domestiques ; chacun prétendait au trône ; Fausanias , Argée , s'armaient l'un contre l'autre ; les ennemis, profitant de ces divisions , pénétraient dans le cœur de l'état ; mais tout désordre cessa à l'arrivée de Philippe, fils d' Amyntas II et de la reine Eurydice. Envoyé comme otage à Thèbes, il fut à la fois l'ami et l'élève de Pélupidas , de Polymnis, père ftÉpaminundas, et d" É paminondas lui-même, auprès duquel il apprit le grand art de gouverner les hommes et de conduire les affaires. Philippe , à la nouvells de la mort de Perdicas. s'échappe de Thèbes, arrive en Macédoine, se fait déclarer tuteur de son neveu, et enfin s'empare du trône de Macédoine, à l'âge de vingt-quatre ans seulement, mais réunissant quoique jeune toutes les qualités d'un grand politique. Les Athénien* cependant, au milieu des désordres et de la mollesse , ne virent pas sans crainte l'avènement de
MACEDONIENS. 209
Philippe; ils embrassèrent aussitôt le part à'Argée. Le nouveau roi de Macédoine marche contre son rival, et conclut avec les Athéniens une paix captieuse ; car, peu de temps après, il s'empare dtAmphipôUs, quoique cette ville lut une colonie athénienne, et pour ôter à ses anciens maîtres tout prétexte de se plaindre, il la déclara ville libre. Deux principaux moyens lurent employés par ce monarque, le plus grand politique de son siècle , pour venir à bout de ses desseins. Le premier lut de se ménager des intelligences dans toutes les républiques de la Grèce, et de corrompre, avec les trésors de la Macédoine, les principaux magistrats et les meilleurs orateurs ; le second, de se faire charger par les A?nphyctions du soin de venger les injures faites au temple de Delphes par les Phocidiens , qu'il battit et qu'il remplaça dans le conseil. Cette victoire mit fit à la guerre sacrée, qui avait duré dix ans, et ouvrit à Philippe l'entrée de la Grèce, dont il projetait la conquête.
Ce qui arrêtait ce monarque, c'étaient les orateurs qui avaient du pouvoir sur les Athéniens. Il eut recours à ses richesses pour acheter leur éloquence. Eschine, Démade, et quelques autres, n'avaient pu résister à ce moyen de séduction ; Phocion, cet illustre général que Démosthène appelait la coignée de ses discours, et qui avait vaincu Philippe à l'île d'Eubée , était incorruptible ; ses vues, du moins , étaient pacifiques, et par conséquent il ne pouvait inquiéter le roi. Mais le plus grand ennemi de ce prince, celui qui avait su démêler sa politique, et qui ne montait à la tribune que pour préserver les Athéniens de ses embûches, c'était ce même Démoslhène, cet illustre orateur, dont les Philippiques sont un modèle d'éloquence et de patriotisme. En vain Philippe couvrait-il tous ses projets d'un voile mystérieux ; en vain achetait-il à prix d'argent les réponses de la prêtresse de Delphes; Démosihène devinait tout, déjouait toutes {ses mesures, et disait aux Athéniens que la Pythie phiUppisaii. La politique de Philippe sortit cependant victorieuse de
ri
210 MACÉDONIENS
cette lutte. Ce prince se rend maître de Méthone elà'Olynthe, rentre ensuite en Grèce, sous prétexte d'assister à la diète des Amphictyons , tombe brusquement sur Elatée , qu'il prend, et remplit toute îa Grèce d'étonnement et de terreur. Enfin, continuant sa marche victorieuse, il défait les Athéniens et les Thébains à Chêronée (338) . Il dut le succès de cette bataille à la valeur de son fils Alexandre, âgé alors de dix-neuf ans , et à la bravoure de cette phalange macédonienne si vantée dans l'histoire.
Cette victoire causa tant de joie à Philippe, qu'il se transporta au lieu du combat, insultant aux morts et aux prison-^ niers, et mit en chant les premiers mots du décret que Démosthène avait fait passer contre lui. On dit que l'orateur Bèmade, indigné de cette conduite, osa dire à ce prince : « La fortune t'a donné le rôle (ÏAgamemnon, et tu joues » celui d'un Thersite.'» Philippe fit îa paix avec les Athéniens, et allait porter avec eux la guerre en Asie, lorsque Pausanias, jeune macédonien (336), l'assassina dans des jeux qui furent célébrés en l'honneur du mariage de Cléopâtre, fille du roi, avec Alexandre, roi d^Êpire, frère tfOlympias, que Philippe avait répudiée pour épouser Cléopâtre, nièce d'Aliale, un des principaux officiers de son armée.
Aussitôt que les Athéniens apprirent la mort de ce prince, ils se livrèrent à la joie la plus immodérée, et Démosthène se couronna d'une guirlande, quoique sa fille vînt de mourir, éteindre, fils et successeur de Philippe, devait leur faire payer cher cette conduite indigne d'un peuple qui aspirait à l'honneur d'être regardé comme le plus civilisé de la terre.
La mort de Philippe semblait avoir réveillé toutes les passions; tout avait tremblé devant ce prince, tout se réunissait contre son successeur, que l'on croyait hors d'état de gouverner, Démosthène ranimait en Grèce les espérances fies Athéniens; les villes tributaires de la Macédoine yqu-
MACEDONIENS. %\\
laient secouer leur joug; Âniyntas et Altale aspiraient à la couronne; enfin, le royaume, menacé au dedans par des factions, et au dehors par des voisins redoutables, demandait un homme consommé dans l'art de gouverner. Alexandre, que nous avons déjà vu à la bataille de Chêronée, se présente pour succéder à Philippe, son père : âgé de vingt-un ans seulement, il unissait déjà à de grandes dispositions naturelles une excellente éducation. Les exploits de son père et les leçons du célèbre Aristote en auraient fait un prince accompli, s'il ne se fût pas laissé entraîner par deux passions terribles, pour un prince, qui doit avant tout consulter l'intérêt de son peuple : une ambition démesurée et le désir de la gloire (336).
Alexandre n'écoute pas les timides conseils de ses amis, qui voulaient lui faire abandonner la Grèce; il trouve dans sa grandeur d'àme et dans son courage le moyen de pacifier ses états. Il fait tuer Amyntas, et réduit par la force de ses armes les nations barbares qui s'étaient soulevées. L'éloquence de Démosthène avait fait révolter les Thébains, et les Aihémens étaient entrés dans la ligue; Alexandre marche à grandes journées vers la Grèce, y pénètre, met le siège devant Thèbes, l'emporte d'assaut, la livre au pillage et la brûle entièrement. La Grèce, étonnée et tremblante, envoie des ambassadeurs féliciter le prince macédonien, qui exige qu'on lui livre dix orateurs, parmi lesquels serait Démosthène; mais les Athéniens parviennent à le fléchir, et il se contente de l'exil de Charidème, général distingué , qui va chercher un asile à la cour du roi de Perse.
La Grèce pacifiée, Alexandre n'est plus occupé que de la guerre contre les Perses; à cet effet, il convoque à Corinlhe tous les états de la Grèce, et se fait nommer généralissime de l'armée. Les Lacédémoniens seuls refusent de lui fournir des troupes. De retour dans ses états, il règle l'intérieur de son royaume, et nomme Antipater pour le gouverner en son absence. On prétend que, tandis qu'il méditait à Biym
212 MACEDONIENS.
le plan de l'expédition qu'il allait faire, il vit en songe un vieillard plein de majesté, sous l'habit d'un grand-prêtre, iqui l'invita de passer en Asie, lui promettant l'empire des Perses (33 4). Bientôt Alexandre traverse VHellespont à la tête d'une armée aguerrie ; il aborde en Asie, sacrifie sur le tombeau d'Achille, et défait aux bords du Granique, les Perses conduits par Memnon, lieutenant de Darius. Ce premier succès lui ouvre les portes de Sardes, de Milct, d'Halicarnasse, du royaume de Pont, et enfin de toutes les villes de la Phrygie Après avoir tranché, à Gordium , le nœud gordien, et avoir soumis les peuples barbares des frontières de la Lycie, il permet aux soldats nouvellement mariés d'aller passer l'hiver en Macédoine. A la campagne suivante, il soumet la Galatie, la Paphlagunie, la Cappadoce et enfin la Cilicie. où il est arrêté par une maladie dont il est attaqué pour s'être baigné dans le Cydnus. Remis de cette indisposition, il marche contre Darius et le défait près de la ville d'Issus. 11 se rend maître de son camp, de ses trésors, de sa famille même (333).
Alexandre domine sur mer , en s' emparant de Tyr , après un siège de sept mois ; ii soumet l'Egypte sans combat, et fonde Alexandrie.
Enfin, le désir de la gloire d'un côté, la nécessité de se défendre de l'autre, remettent, une troisième fois, les deux concurrents en présence. Darius est entièrement défait dans les plaines de Gangamela , près d'Arbelles (331). Le roi de Perse, dans sa fuite, trahi par les siens, est mis aux fers et traité indignement par Bessus, un de ses généraux, qui l'assassine au moment où Alexandre venait à sa rencontre. Le héros reçut son dernier soupir (330).
Avec Darius finit Vempire des Perses, après une durée de plus de deux siècles.
Après avoir subjugué l'empire de Cyrus , Alexandre va porter dans les Indes ses armes victorieuses. Les succès qu'il y eut contre Parus le firent sortir ou caractère <fc
modération qu'il avait montré jusqu'alors. Enivré de ses conquêtes, il se laissa aller à tous les excès que peuvent suggérer l'orgueil et le bonheur. Il revint à Babylone; une fièvre lente, mais dévorante, causée par l'intempérance ou le poison, le mit au tombeau dans la vigueur de l'âge, après douze ans de règne.
A la mort d'Alexandre, en 324, sa vaste monarchie fut démembrée. Quatre généraux, après des guerres sanglantes, se partagèrent les pays qui la composaient : \ ° la Macédoine propre échut à Cassandre; 2° la Thrace et la Biihynie à Lysimaque; 3° la Syrie à Séleucus; 46 YÉgyptek Ptolémée, chef des Lagides.
Quant à la Macédoine propre, les Grecs firent de vains efforts pour la soumettre, et causèrent des luttes sanglantes jusqu'à ce qu'enfin les Romains terminassent le débat, en faisant la guerre à Philippe et à Persée, qui fut vaincu a Pydna par Paul-Émile, et conduit prisonnier à Rome (1 48),
SYBIENS.
; Peuplée par des tribus de race arabe, la Syrie forma ii'abord une foule de petits États indépendants, parmi lesquels on cite les quatre royaumes de Damas, Emèse , Gessur i Sobah. Pendant plusieurs siècles , ils furent continuellement en guerre entre eux et avec les Juifs. Tout le pays ftit soumis par les rois d'Assyrie et de Babylone (de 733 â J370 avant J.-C). Puis il passa sous la domination des Perses, sous celle d'Alexandre, et appartint ensuite, successivement , à plusieurs de ses généraux : Laomédon, \Ar,tigone> Ptulémée, Séleucus. Ce dernier en resta définitivement possesseur après la bataille d'îpsus(301 av. J.-C.)* bfc fonda la célèbre dvnastie des Séleucides.
La rivalité de la Syrie avec l'Egypte, les attaques des ■ Par thés , qui enlevèrent aux Séleucides leurs provinces : orientales, la guerre que leur firent les Romains (de 193 ] à 1 96) , sous Antiochus-le- Grand , l'indépendance de la 3 Judée, proclamée par les Machabées (169), sous Antiochus Epiphane (V Illustre), enfin les discordes de la famille royale, . amenèrent la ruine totale de l'empire des Séleucides ; et la i Syrie fut réduite en province romaine (64 avant J.-C.), par i Pompée, qui détrôna le dernier successeur de Séleucus, . Antiochus XIII V Asiatique.
Florissant sous la domination romaine, ce pays fut cependant ravagé par les Parthes (53-41 avant J.-C), et par les rois Sassanides de Perse (257 et 261 de J.-C.)- La Syrie avait été, après la Judée, la première province où eût pé- j nétré le christianisme. Le siège épiscopal d'Antioche devint i un patriarchat.
La Syrie tomba une des premières au pouvoir des Arabes (634-638), et appartint tour à tour à leurs différentes dy-,i nasties. Lors de la première croisade, elle se trouva par-i tagée entre les chrétiens, qui y formèrent divers petits États (Jérusalem, Antioche , Tripoli), et les princes musulmans de Damas et d'AIep. Les chrétiens furent définitivement chassés de la Palestine par Kelaoun, sultan d'Egypte, et la Syrie resta près de trois siècles unie à l'Egypte, jusqu'à ce que le sultan ottoman, Sélim I , conquît ces deux provinces sur les Mamelouks (1516-1517).
Depuis cette époque, la Syrie est demeurée province^ ottomane; à quelques révoltes près (tantôt sous l'émir:, druze , Fakreddin (1635), tantôt sous quelques pachas, entre autres, Ahmed-Djezzar , à la fin du 18e siècle). En 1798, les Français, déjà maîtres de l'Egypte, tentèrent, ; sous la conduite du général Bonaparte, la conquête de la Syrie ; mais ils échouèrent au siège de Saint- Jean -d'Acre (1799).
Dernièrement, la Syrie avait été cédée à Mohamed-Ali J