Esquisses historiques
La vérité sur Marseille pendant la première révolution restait ensevelie, sans qu'aucune main généreuse se présentât pour la déterrer. Les bons esprits, les amis sincères du pays, tout en gémissant de cet abandon, n'osaient pas encore déchirer le voile. Un vieillard, jadis témoin et victime , en conçut la pensée, et forma le projet de la réaliser. L'entreprise effrayait sa faiblesse; delà ses longues hésitations. Il consulta ses amis, et ses amis affermirent une résolution flottante. Le bon homme prit la plume , la quitta , la reprit, et quelques • fragments communiqués furent accueillis avec indulgence. Le travail , arrêté par les événements de 1830, fut délaissé pour attendre de meilleurs jours.
Les passions populaires s étant enfin apaisées, l'idée fixe du vieux Marseillais se réveilla , et la Gazette du Midi ayant ouvert avec courtoisie ses colonnes à notre faible essai, les Esquisses Historiques parurent suc-
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cessivement, d'abord à de longs intervalles, puis à des époques plus rapprochées, à mesure que la faveur du public excitait une main engourdie par l'âge. L'ouvrage annoncé n'est donc que la collection de nos feuilletons soigneusement retouchés.
D'injustes préventions pesaient depuis cinquante ans sur Marseille, nous les avons combattues avec quelques succès peut-être, en étalant les pièces du procès. Nous avons stygmatisé les méchants, glorifié les bons , prodigué surtout les noms propres, et cette partie de l'œuvre sera, ce nous semble, le passeport des autres parties. Les contemporains non prévenus sont tombés d'accord de la ressemblance de nos portraits, de l'exactitude de nos aperçus ; le reste s'est tu : ce silence en dit assez, mais que nous importe l'opinion du reste?
Les Marseillais de la vieille roche aimeront entendre parler de leurs pères, ils nous sauront gré d'avoir sauvé de l'oubli de touchants détails. Les amateurs d'anecdotes pourront aussi trouver de quoi se satisfaire dans nos histoires de coin du feu.
Si nos compatriotes ne font pas grâce à l'exécution, puissent-ils du moins nous tenir compte de la fin, car nous avouons volontiers que nous nous sommes complu dans un regard rétrospectif jeté du bord de la tombe, sur œtte terre de Provence que nous idolâtrons tous tant que nous sommes.
Depuis 4789 jusqu'en 181 S.