‹ Esquisses historiques ou cours méthodique d'histoire composé sur un nouveau planChapitre 75 sur 148 · CAPÉTIENS · texte numérisé non relu

CAPÉTIENS

La troisième race se divise en trois parties : 1° les Cape (s, 2° les Valois , 3° les Bourbons; elle compte trente-huit rois, et dure depuis près de huit siècles et demi. .

Sous les CAPETS , nous remarquons :

1° L'établissement des communes , ou affranchissement du peuple , esclave jusqu'à cette époque ; il put dès lors se défendre contre la tyrannie féodale, dont cette institution diminua l'oppression sous Louis VI (H08).

2° Les croisades, ou expéditions religieuses pour aller délivrer le tombeau de Jésus-Christ, qui se trouvait au pouvoir des Turcs. Elles hâtèrent les progrès des arts et de la civilisation, en Europe , donnèrent une nouvelle impulsion au commerce et à la navigation , diminuèrent la puissance toujours croissante des seigneurs ; mais aussi elles occasionnèrent de grandes pertes d'hommes et d'argent. Elles commencèrent sous

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Philippe I er (1095), et finirent sous Louis IX (1270) , qui mourut de la peste à Tunis.

3° Les conquêtes de Philippe* Auguste, qui battit les Anglais et les Allemands , à Bouvines, en 1214, et réunit à la couronne la Normandie , l'Anjou , le Maine , la Touraine , etc.

4° Les établissements, ou législation de saint Louis, qui lui-même rendait la justice à ses sujets , assis au pied d'un chêne, au bois de Vincennes,

5° La convocation des états généraux, composés du clergé, de la noblesse et du peuple , appelé tiers état. Ils affermirent l'autorité du roi , affaiblirent celle des seigneurs , et tirèrent le peuple de son abaissement (1 302) .

6° L'article de la loi salique qui exclut les femmes de rhéritage de la terre de conquête ; il est regardé comme loi fondamentale de l'Etat, par deux décisions mémorables : 1° à la mort de Jean I er , en faveur de Philippe V, dit le Long, contre Jeanne de Navarre, fillede Louis X (1316); 2° à la mort de Charles IV, dit le Bel, en faveur de Philippe de Valois, contre Édouard III , roi d'Angleterre (1328).

Sous les VALOIS , la France fut malheureuse au dehors et au dedans.

Au dehors, 1° par les guerres d* Angleterre , qui mirent la France en péril , sous Philippe VI , vaincu à Crécy ; sous Jean 11 , dit le Bon, vaincu et fait prisonnier à Poitiers ; sous Charles VI , vaincu à Azincourt , et dont la femme , Isabeau de Bavière, vendit la France aux Anglais, au traité de Troyes (1420); sous Charles VII, réduit d'abord à la ville de Bourges , puis vainqueur des Anglais , qu'il chassa de France avec le secours miraculeux de Jeanne d'Arc , jeune Lorraine.

2° Par les guerres d'Italie, qui furent la source des plus grandes pçrtes en hommes et en argent , sous Charles VIII , vainqueur cependant des ennemis à Fornoue (Parme) ; sous Louis XII, vaincu à Séminare et Cérignoles (royaume de Naples), mais vainqueur à Agnadel et à Ravenne; sous François I er , victorieux d'abord à Marignan, mais vaincu et fait prisonnier à Pavie (1523).

3° Parles guerres d'Autriche sous Henri II. Vainqueur d'à-»

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bord des Impériaux àRenti, ce roi est vaincu à Saint-Quentin par les armées de Philippe II , roi d'Espagne, ligué contre la France avec l'Angleterre.

Au dedans , par les guerres civiles qui désolèrent la France pendant trois siècles : 1° celle de Charles le Mauvais, roi de Navarre et gendre de Jean le Bon , qui voulait monter sur le trône; 2° celle des paysans contre les seigneurs, guerre appelée la Jaquerie ; 5° celles des Orléanais ou Armagnacs , et des Bourguignons , princes français rivaux , sous Charles VI ; A 0 celle des protestants et des catholiques, sous François 11, Charles IX, et Henri III; la conjuration d'Amboise, sous François II, et le massacre des protestants le jour de la Saint-» Barthélémy (1572), sous Charles IX, en sont hs conséquences les plus funestes.

Mais la branche des Valois offre cependant des événements qui rachètent en quelque sorte les malheurs que nous venons de signaler.

Nous y remarquons :

1° La fixation de la majorité des rois à 14 ans : sous Charles V (xiv e siècle) ;

2° Les découvertes qui amenèrent des révolutions complètes dans l 1 csprit humain , telles que l'artillerie , sous Philippe VI ; l'imprimerie , sous Charles VII ; la découverte de l'Amérique, le passage aux Indes, sous Charles VIII; la poste aux lettres , sous Louis XI ;

5° La renaissance des arts et des sciences, particulièrement sous François I er , et la chaîne non interrompue de nos écrivains.

Les BOURBONS. Cette famille est la plus ancienne de FEurope ; elle règne sur plusieurs pays , et présente le souverain le plus grand, le meilleur, Henri IV! Depuis 248 ans qu'elle occupe le trône de France, de glorieux événements ont été mêlés à d'affreux revers, et une catastrophe terrible est venue donner au monde un grand exemple de la fragilité des grandeurs humaines et des crimes que peut enfanter une révo/uaon,quelles que soient les conséquences heureuses qui peuvent en naître. Nous ne jeterons qu'un coup d'œil sur les rois de cette branche. Nous y remarquerons :

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1° Henri IV (1589) , le père de ses peuples : il met de Tordre et de l'économie dans les finances , de concert avec Sully, ministre digne de lui ; au moment où il se dispose à abaisser la maison d'Autriche, il est assassiné par un monstre nommé Ravaillac (.1610).

2° Louis XIII : il laisse régner à sa place le minisire Riche- , lieu, homme de génie, qui abaisse la maison d'Autriche, diminue le pouvoir des grands, arrache La Rochelle aux protestants, et prépare, par la fondation de l'Académie française , le siècle de Louis XIV (1610 à 1643).

3° Louis XIV, dont le règne de 72 ans fut illustré par 5ou8 les genres de gloire. Sa minorité fut orageuse : la régence d'Anne d'Autriche, sa mère, et le ministre Mazarin , causèrent la guerre de la Fronde , c'est-à-dire une guerre civile entre le parlement et la cour. Son âge mûr fut brillant : le roi gouverne par lui-même ; le ministre Colbert fait fleurir les sciences, les arts, lë commerce, tandis que Louis XIV étonne l'Europe par ses victoires en Flandre, en Hollande, etc. Sa vieillesse fut malheureuse : la succession d'Espagne, les défaites de Malplaquet, de Ramillies, batailles gagnées par Marlborough, général anglais, et par le prince Eugène, général des Impériaux, mettent la France dans une situation critique. Louis XIV mourut, laissant le trésor public endetté d'une somme énorme (1715).

4° Louis XV, arrière-petit-fils de Louis XIV, dont l'enfance fut confiée à Philippe d'Orléans, prince aimable, brave, politique, mais immoral. Le système des finances d'un Écossais nommé Law ajouta encore à la position critique du trésor. La guerre de la succession d'Autriche vit briller la France à Fontenoy, victoire due au maréchal de Saxe ; mais la guerre de sept ans lut malheureuse pour les Français , qui eurent à combattre les Anglais et les Prussiens t et qui furent battus complètement à Rosbach : ces désastres et l'épuisé* ment des finances présageaient déjà une commotion (1774).

5° Louis XVI , petit-fils de Louis XV ; il ne put éviter la plus terrible des révolutions , préparée sous ses deux prédécesseurs. Sa sagesse, ses vertus, ses réformes salutaires, tout fut inutile ; il mourut victime de la fureur des partis, que sa

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trop grande bonté ne put dominer. Il fut décapité à Paris le 24 janvier 4793.

6° La république française, fondée en 4792 , dura jusqu'en 4804 ; elle est remplie par des excès inouïs , par des atrocités sans exemple , et aussi par des actions de vertu , de courage , de patriotisme , dignes d'une grande circonstance , sous la Convention , le Directoire et le Consulat

7° Yj empire français: une nouvelle dynastie, celle de Napoléon , occupe le trône des Français jusqu'au 40 avril 4844.

La France est la première puissance du monde ; les victoires continuelles des Français , les nombreuses améliorations dans les lois, la prospérité du commerce, la culture brillante des arts, font oublier l'ambition du chef de l'Etat ; d'affreux revers amènent les troupes étrangères jusque dans la capitale de la France. Napoléon tombe deux fois , et les Bourbons remontent deux fois sur le trône de saint Louis (1844). La bataille de Waterloo , perdue par les Français , met un terme aux guerres de l'Europe (4845).

8° Le règne paisible et juste de Louis XVIII, de 4815 à 4 824 , répare les maux de la France. Une charte constitutionnelle garantit les droits des Français. C'est parce que les ministres de Charles X ne l'ont pas respectée que la branche aînée des Bourbons a cessé de régner. Le peuple français, après la révolution des 27, 28 et 29 juillet 4830, a donné la couronne à Louis -Philippe oV Orléans, descendant de Henri IV, aujourd'hui régnant (1838).

SUR L'HISTOIRE DE FRANCE

PAU M. LAMÉ fXEUM.

Nous avons vu , après la chute de l'empire de Rome, l'élément romain se combiner pendant toute la durée des deux premièresdynastiespour produire, sous la troisième, le régime féodal, véritable transition entre la révolution ancienne et la civilisation moderne.

Dans la première période, tout est individuel : la volonté,

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la force, le libre arbitre, appartiennent en propre à l'homme, et contribuent à son développement moral.

Dans la seconde , ce n'est plus l'homme qui agit sur luimême, c'est le travail de la société qui tend à se former.

Tout le reste de noire histoire n'est que le résultat de ces deux actions , quelquefois simultanées , quelquefois opérant séparément, très-souvent lentes et insensibles , parfois aussi rapides et accélérées. C'est ce que nous avons nommé le mouvement social.

Une vérité incontestable est résultée pour nous de l'exposition des faits qui nous ont passé sous les yeux , c'est que dans l'histoire en général les hommes ne sont que les représentants des idées ou de la tendance de leur époque.

En effet , en remontant depuis la première dynastie française jusqu'à nos jours , on reconnaît dans Clovis le type de la royauté barbare , dans Charlemagne , celui de la royauté ' impériale et de ce besoin de stabilité dont l'enfantement fut le travail de tout le moyen àçe.

Hugues Capet nous apparaît comme le représentant de cette féodalité , seul intermédiaire qui fût possible entre le inonde et l'Europe nouvelle.

Philippe-Auguste, saint Louis, Philippe le Bel, figurent exactement les premiers efforts tentés pour concentrer le mouvement social, divisé en une multitude de sociétés locales, sans union et sans harmonie.

Étienne-Marcel, Philippe d'àrteveld, Jeanne d'Arc, Luther lui-même, sont les symboles caractéristiques de l'esprit général des époques auxquelles ils appartiennent.

L'union du pouvoir absolu et de la politique moderne est représentée , pour la première fois , par Louis XI , dont l'antagoniste Charles le Téméraire est le véritable type de l'ambition chevaleresque des seigneurs féodaux , et de leur politique imprévoyante.

Sous Charles Vlll , lorsque les grands , dépossédés de leur puissance territoriale, aspirent à conquérir une puissance morale qui les associe à la souveraineté , c'est le duc d'Orléans (depuis Louis XI 1) qui personnifie la lutte de la noblesse son ire la royauté.

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Pendant les guerres de la religion , les Guise, comme les princes de Bourbon , tendent à s'assurer l'héritage de la maison de Valois, dont la décadence est manifeste : les deux partis cherchent un appui dans la force populaire, mise en aciion par l'irritation religieuse. C'est encore la faction des grands luttant contre la royauté.

Le maréchal de Biron , sous Henri IV, renouvelle les mêmes prétentions et les expie de sa tête.

La lutte de Richelieu contre la haute noblesse continue le combat de la monarchie contre les traditions de l'aristocratiè féodale.

Dans la guerre de la Fronde, au contraire, la puissance des grands n'agit plus que comme cause secondaire ; c'est l'esprit populaire, favorisé par la résistance des parlements , qui commence à manifester un besoin de réforme dans la constitution de la monarchie.

Louis XIV, représentant de la royauté pure , seule forme de gouvernement qui n'eût point encore été essayée chez les Français, ne fait que recueillir et exploiter à son profit le fruit des victoires de Richelieu sur la haute noblesse , et de M azarin sur l'esprit de réforme.

Mais à la mort de ce prince, le vide laissé par la ruine des anciennes institutions, qu'il avait dissimulé par l'énergie de son règne, se montre à découvert; la vieille monarchie se trouve en présence d'une société jeune et vivace, qu'elle ne peut contenir ni diriger. Le mouvement a passé du gouvernement à la nation.

Tout le règne de Louis XV, où les symptômes d'une dissolution prochaine de la monarchie ne sont plus équivoques, n'est que le bouillonnement de cette surabondance de vie qui déborde de toutes parts.

' Mirabeau , avec ses vices et ses passions, est le fidèle représentant de cette vitalité surabondante qu'il lui eût appartenu peut-être de maîtriser, s'il eût pu vivre.

S'il nous était permis , en finissant, de jeter un coup d'oeil rapide sur les événements qui suivirent, période trop récente pour que nous ayons osé l'aborder, nous dirions que le plus grand homme des temps modernes , Napoléon , gigantesque

LOMB\RDS. — ESPACXOLS

enfant de la révolution française, méconnut le caractère de son siècle, lorsqu'il tourna l'activité de l'esprit national vers la gloire militaire ; que la restauration, qui n'avait pas favorisé cet élan irréfragable du mouvement social, fut emportée par lui, et qu'enfin, à l'époque où nous sommes parvenus, la science du gouvernement consiste uniquement à seconder, mais en la dirigeant, la tendance actuelle de l'esprit humain.

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