MAISON DUCALE
La Prusse orientale, qui fut alors nommée Ducale, fut même déclarée héréditaire dans cette famille, à condition que les ducs en feraient hommage à la Pologne.
Guillaume I er , fils d'Albert, profita des troubles qui agitaient ce royaume pour obtenir la cessation de l'hommage , et fut reconnu duc et souverain indépendant.
MAISON ROYALE DE BRANDEBOURG-HOHEN-ZOLLERN.
Frédéric, fils de Guillaume I er , porta ses vues plus loin, et, de sa propre autorité, se fit couronner roi de Prusse en 170-1. Les puissances de l'Europe le reconnurent sous ce titre à h paix d'Utrecht (1713).
Son fils, Frédéric-Guillaume I er , lui succéda en 1713.
Il encouragea l'industrie et le commerce; mais il ne donnait aucune attention aux sciences et aux lettres, et traita durement son fils Frédéric, qui s'y adonnait avec passion.
11 acquit, dans une guerre contre la Suède, le duché de Stettin, qu'il détacha de la Poméranie suédoise.
Ce prince fut, pendant toute sa vie, un mélange vraiment extraordinaire d'originalité; il fut très-cruel, non-seulement envers les étrangers, mais encore envers sa famille. Son fils Frédéric, voulant se dérober à son injuste sévérité, forma le projet de s'enfuir avec Kat, jeune officier : celle évasion lut découverte, Frédéric fut mis en prison à Cuslrin, sur TOder, et Kat décapité sous les yeux mêmes de son jeune protecteur.
Frédéric II avait vingt-huit ans lorsqu'il monta sur le trône en 1741 : il ne fut pas moins excellent administrateur que grand guerrier.
La mort de l'empereur Charles VI embrasa l'Europe. Pe
PRUSSIENS
toutes parts des mains avides se portèrent sur le legs fait à Marie-Thérèse par son père; Frédéric soutint ses prétentions avec autant de succès que de fermeté.
L'armée prussienne fut organisée , disciplinée et formée aux grandes évolutions dès la première année de son règne.
Ses victoires mirent si promptement la haute Silésie, la Moravie et une partie de la Bohême en son pouvoir , que l'Angleterre s'empressa d'interposer une médiation, dont la paix, signée à Berlin le 28 juillet 1742 , devint le résultat.
En 1744, la Prusse s'agrandit de nouveau par la prise de possession de i'Esl-Frise, après la mort de son dernier prince.
L'Autriche, humiliée , ne laissa l'Allemagne en repos que quelques années. Par ses instigations, une nouvelle ligue , composée des plus puissants souverains de l'Europe, se forma contre Frédéric II;
Alors commença la guerre de sept ans(de i756à 1765), durant laquelle Frédéric fit faire les plus grands progrès à la science militaire.
L'année suivante, elle fut continuée avec une grande activité. Frédéric avait alors contre lui non-seulement V Autriche, mais encore la Russie, la Suède, la Saxe, et une grande partie de Y Empire, la diète ayant déclaré contre lui la guerre d'Exécution , comme étant perturbateur de la paix publique par une invasion qu'il ayait laite en Saxe.
Berlin faillit être ruiné par les ennemis ; mais il fut racheté moyennant 1,700,000 écus.
En 1765 , Frédéric fit la paix à Wesel avec la France , et peu de temps après, avec l'Autriche et la Saxe, à Hubertsbourg , maison de plaisance de l'électeur de Saxe.
En 1772 , il établit une compagnie de commerce maritime.
Le dernier événement important du règne de Frédéric le Grand a été la conclusion de la confédération germanique , dont le but était le maintien de l'indépendance germanique contre la maison d'Autriche.
Ce héros mourut le 1 7 août 1786, âgé de soixante et quinze ans ; il en avait régné quarante-sept.
PKbSSJENS.
Frédéric II mérita le tilre de Grand : il cultivait les lettres avec succès. Sa Correspondance avec Voltaire est célèbre; il laissa plusieurs ouvrages, et rédigea un code de lois qui porte son nom. Il était très-simple dans sa vie privée , et avait distribué ses moments avec une régularité toute militaire.
Frédéric-Guillaume, neveu de Frédéric II, lui succéda. C'était un prince bon, mais faible, trop adonné à ses plaisirs, et ne ménageant pas les trésors que son prédécesseur lui avait laissés , et sans lesquels la Prusse ne pouvait se maintenir au point où Frédéric II l'avait élevée. Sous lui, la discipline des troupes se relâcha, et l'administration tomba en décadence.
Frédéric fit passer dans les Provinces-Unies vingt mille hommes qui , dans l'espace d'un mois , s'emparèrent de ce pays et y rétablirent le stathoudérat héréditaire (1787).
Il prit contre la Russie et Y Autriche le parti de la Porte , avec laquelle il avait signé, le 31 janvier, une alliance défensive.
La paix de Bàle, qu'il signa avec la France le 5 avril 1 793 , était plus conforme à la saïne politique. Les Français évacuèrent les Étals prussiens qu'ils occupaient sur la rive droite du Rhin ; mais le roi renonça à ceux qu'il possédait sur la rive gauche, contre un équivalent qu'on lui promit.
En 1791 , Frédéric-Guillaume acquit les principautés tfAnspach et de Bareuth, par la cession volontaire du dernier margrave, Christian-Frédéric. Il mourut en 1797, le 16 novembre.
Frédéric-Guillaume III succéda à son père. Il annonça , dès les premières années de son règne, le dessein de maintenir la paix signée à Bàle.
Il s'appliqua à rétablir les finances, en introduisant dans les parties de l'adminislraiion une sage économie , par laquelle il réussit en peu d'années à payer les dettes laissées par son père, et même une partie de celles de la Pologne, dont il avait été chargé par le dernier partage.
Ayant déclaré la guerre à la France, il se vit contraint, par la suite de la bataille d'Iéna, de signer, à Tilsitt, un traité par lequel il céda une partie de ses Étals. Mais en 181 5,
SAùLE : .
profitant des désastres de la campagne de Moscou, il encouragea l'association patriotique connue sous le nom de Tugend- Bund ( fédération de la vertu ) , formée à Kœnigsberg en 1808, ainsi que la formation des corps volontaires, et promit à ses peuples des institutions politiques en rapport avec les lumières du siècle. Après huit ans d'attente, il a paru , le 1 er juillet 1823, une loi rendue par Guillaume 111 sur l'organisation des états provinciaux pour la marche de Brande* bourg et le margraviat de la basse Lusaee.
SARDES
La Fable rapporte la première colonisation de la Sardaigne à Sardus, fils d'Hercule : c'est un indice de son ancienneté. Les Phéniciens , les Troyens, les Grecs, y établirent successivement des colonies. Elle tomba ensuite au pouvoir des Carthaginois , qui n'y maintinrent leur domination pendant trois siècles que par une odieuse tyrannie et une guerre presque continuelle contre les insulaires , qui furent enfin chassés de cette possession importante par les Romains, lors de la première guerre punique.
La fertilité de la Sardaigne fut d'un tel prix pour le peupleroi, que plusieurs de ses écrivains l'ont nommée la nourrie» de Rome, la favorite de Cérès, h mère des troupeaux. Les insulaires n'en demeuraient pas moins sous un dur esclavage. Ils ne firent que changer de maîtres après la décadence de l'empire. Les Vandales, les Goths, les Mores, s'emparèrent successivement de la Sardaigne ; elle fut enlevée à ces derniers par les Génois , à qui bientôt les Pisans la disputèrent avec opiniâtreté. La lutte dont cette île était l'objet entre les deux républiques rivales fut tout à coup terminée
arrogé, en investit le roi d'Aragon, don Pèdre IV.
Après s'être emparé de la Sardaigne (1554) , ce prince y mit en vigueur les institutions qui régissaient déjà son royaume , c'est-à-dire ce mode de gouvernement représentatif que repoussent encore aujourd'hui quelques monarque» d'Europe, comme une innovation dangereuse.
Ainsi f dès le xiv e siècle , florissait dans ce petit État , à
SARDES
peine compté parmi les nations modernes, une constitution associant le pouvoir souverain au droit imprescriptible des peuples. Malheureusement, il manquait un autre principe de vitalité au gouvernement de la Sardaigne, alors que le peuple , ainsi que le clergé et la noblesse , était représenté dans les cortès ou assemblées des états : elle était morcelée, par une conséquence du système de l'hérédité féodale , et formait quatre souverainetés distinctes , ou judicats. Cette division, qui nécessairement amenait des luttes fréquentes , empêcha le développement de toute force nationale. D'ailleurs, après la fusion des divers royaumes de l'Espagne , la Sardaigne ne fut plus qu'une annexe de cette couronne. Elle fut gouvernée par des vice-rois espagnols jusqu'en 1706, et enlevée à cette époque par les Anglais , qui , alliés à l'archiduc Charles dans la guerre de la succession d'Espagne , la rangèrent sous l'autorité de ce prince. Onze ans après, elle fut reconquise à Philippe V par une flotte qu'Alberoni équipa à cet effet ; et enfin , en 1720 , elle fut consignée au roi de Sicile et de Savoie, Victor-Amédée II , par le prince d'Ottaïano , qui l'avait reçue des Espagnols au nom de l'empereur Charles VI.
La Sardaigne fut érigée en royaume. Depuis, on a compris sous le titre d'Etats sardes, ou royaume de Sardaigne, la réunion en une même souveraineté de l'île de Sardaigne, de la Savoie, du Piémont, du Montf errât, la principauté d'Oneglia, le marquisat de Saluées et le fief de Langhes. Le règne de Victor-Amédée 111 ( 1795-1796) a été signalé par sa lutte impuissante contre la république française , dont il se fit bientôt l'allié, et par l'état de dépérissement où, à sa mort, il laissa le royaume. Les mains de Charles-Emmanuel I V n'étaient point assez vigoureuses pour le relever sur le penchant de sa ruine. Une révolution éclata sous son règne , et il fut réduit à l'île de Sardaigne.
La bataille de Marengo décida du sort du Piémont. Bonaparte y établit une sorte de gouvernement provisoire ; et dès que la famille de Savoie eut perdu son unique prolecteur par la mort de l'empereur de Russie, Paul I er , un décret fut rendu qui réunissait h la France ses possessions d'Italie.