‹ Esquisses morales, pensées, réflexions et maximesChapitre 10 sur 25 · I 28 ESQUISSES MORALES · texte numérisé non relu

I 28 ESQUISSES MORALES

Me promenant, par une belle journée d'octobre, dans les jardins de la villa Pampbili, soudain je fus frappé de la beauté merveilleuse d'un grand nombre d'arbres verts que je n'avais point aperçus durant l'été, cachés qu'ils étaient par l'épais feuillage des massifs, alors dans tout l'éclat de la végétation, maintenant dépouillés. Humble et patiente amitié, pensai je, c'est ainsi qu'on t'oublie aux heures splendides de la jeunesse et de l'amour ; c'est ainsi que tu apparais, douce et consolatrice, vers le soir de la vie, quand la passion est morte et l'existence dénudée.

Le grand art de consoler les douleurs,

c'est d'en distraire avec délicatesse.

L'amour y est plus habile que l'amitié. L'àme affligée n'est point eu garde contre sa muette éloquence, tandis qu'elle se cabre et regimbe contre les discours, même les plus insinuants, de l'amitié.

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Il y a trois sortes de bonté qu'il ne faudrait pas confondre : celle qui réside dans l'intelligence, celle qui a sa source dans lecœur, et celle enfin qui naîtd'une certaine faiblesse, ou, pour me servir d un mot moderne, d'une certaine impressionnabilité des nerfs. La première, plus grande, plus calme, plus constante, moins sujette à des excès et à des retours, mais un peu froide en apparence, se rencontre plus fréquemment cliezles hommes; on la pourrait nommer la bonté virile. La troisième, passagère,

superficielle, capricieuse, est, hélas!

seule à l'usage de la plupart des femmes. Quant à la seconde, la bonté du cœur, je la tiens pour aussi rare que le génie.

Pouvoir, en ce monde pervers, être impunément bon, sans réserve et sans mesure, n'est pas donné à tous ; c'est l'heureux privilège des forts. Et c'est pourquoi la force m'a toujours paru si enviable.

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