JI8 ESQUISSES MORALES
âmes se cherchent et se confondent dans une ineffable paix. Naïfs comme des enfants , car la passion ramène aux énergiques simplicités de la nature, ils se complaisent dans leur mutuelle beauté ; leur sourire est un grand enchanteur qui transforme le monde.
Tout en eux et autour d'eux suit un rhythme si facile et s'ordonne en une si douce harmonie, qu'ils se demandent surpris l'un à l'autre pourquoi donc tous les hommes ne goûtent point des félicités pareilles. Et comme ils sont compatissants! comme ils plaignent les maux, les erreurs, et surtout les plaisirs de ceux qui n'aiment point ! Ils sentent en leur cœur une source de joies inépuisables qu'ils voudraient épandre sur L'humanité tout entière. Et quand l'heure sacrée a sonné pour eux, quand un enfant est né de leurs embrassements.... A genoux ! a. genoux ! Taisez-
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vous, ô parole humaine, vous avez été trop souillée et trop profanée. Immortalité de l'amour, nous t'adorerons en silence !
L'amour, dites-vous, est un sentiment passager. Quelle erreur est la vôtre !
De toutes les passions qui animent le cœur humain il n'en est point à qui une plus longue durée soit nécessaire. Il faut, pour qu'il arrive à cette perfection qui seule peut remplir l'âme tout entière, qu'il ait traversé mille épreuves : la présence et l'absence, la santé et la maladie, la prospérité et l'infortune, le monde et la solitude, la faute même et le mutuel pardon. Il lui faut enfin la consécration suprême de la fécondité.
Une telle passion ne se produit point dans les froides régions où vous végétez.
Vous en concluez qu'elle n'existe pas; moi je conclus seulement que c'est vous qui n'existez pas.
L'amour se métamorphose dans la société humaine ; il suit et exprime en ses formes mobiles toutes les phases de l'histoire. Chez les Grecs, il est volupté. A ses grâces juvéniles siéent également la tunique ouverte de Sapho et la robe traînante d'Aleibiade. Au moyen âge, il devient passion et ceint la bure d Héloïse. Aux temps aimables de la Renaissauce, galanterie ingénieuse et chevaleresque encore, il enlace au croissant de Diane la salamandre de François Ier.
Au siècle du grand roi, il prend les majestueuses allures des choses éternelles.
Sous la Régence, débauche capricieuse,
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il effeuille sa couronne de roses aux lueurs blafardes de l'orgie. Quant à nous, tristes enfants dune civilisation vieillie, comment le voyons-nous apparaître? Sous l'aspect effronté d'un vice impuissant qui ne sait plus parler ni à nos cœurs, ni à nos sens, mais qui sollicite notre bourse.
L'avenir réserve encore à l'homme la plus belle des conquêtes morales : l'amour. Quand la femme ne sera plus seulement par manière de dire, mais véritablement et selon l'esprit, la moitié de l'homme, le sentiment de l'amour, qui n'a encore été que volupté plus ou moins raffinée ou passion plus ou moins chimérique, deviendra, dans sa con-
stance et sa plénitude, l'harmonie suprême de la vie humaine.
L'amour mystique me rappelle cet oysel alérion dont parle Alain Chartier, lequel, dit-il, lia point de piez pour errer sur terre, mais est tout son mouvement par esles qui l cxausfent en F air.
Quelle misère que cet amour prétendu platonique dont votre orgueil se targue ! Songez donc, ô Batilde, qu'en donnant votre âme à un amant auquel vous refusez votre corps, vous témoignez ainsi faire infiniment moins de cas de l'une que de 1 autre. Si je ne me
trompe, cette subtilité de spiritualisme a pour principe un matérialisme grossier.
Aussi longtemps que la science n'aura pas précisé l'action de la force magnétique sur l'organisation humaine, on n'aura pas le secret de ce que nous appelons les amours indignes ; on ne comprendra pas, on ne plaindra pas assez ces passions subies plutôt qu'éprouvées, qui nous ravissent tout empire sur notre volonté sans aveugler notre jugement :
affreux supplice pour une âme bien née; maladie devant laquelle les remèdes moraux sont inefficaces, mais que l'on apprendra peut-être un jour à guérir comme on guérit la fièvre et les fluxions de poitrine.
L'amour est aujourd'hui toute l'ambition de la femme. Pour l'homme, au contraire, il n'est, le plus souvent, que le sommeil momentané de l'ambition.
En amour, la plupart des hommes ne sont pas exempts d'indélicatesse.
L'image de la femme aimée n'est jamais assez isolée sur l'autel pour cpie d'étranges confusions ne se fassent point dans leur esprit. Lorsqu'ils s'inclinent devant elle, pareils au flot qui vient saluer la rive, ils déposent à ses pieds, malgré eux, le limon de leurs habitudes corrompues, l'écume de leurs souvenirs,
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Vous me parlez d'amour, mais nous ne saurions nous comprendre. Pour moi, l'amour est un héros qui conquiert, au péril de ses jours, la domination du monde. Pour vous, c'est un pauvre honteux qui mendie à la dérohée sa précaire existence.
Souvent deux amants s'éprennent l'un de l'autre pour des qualités qu'ils n'ont pas, et se quittent pour des défauts qu'ils n'ont pas davantage.
Le sentiment le plus parfait, le plus doux à l'âme, dans sa plénitude tranquille, c'est F amitié qui succède à 1 amour entre un homme et une femme qui n'ont à rougir ni de s'être aimés passionnément, ni d'avoir cessé de s'aimer avec laideur première de la jeunesse .
Très-peu de femmes, dans l'état actuel de nos mœurs , sont capables d'amitié. Habituée au despotisme ou à l'esclavage, leur âme faible ou altière, toujours emportée au delà du juste et du vrai, ne sait point goûter le charme tempéré d'un sentiment sérieux et solide qui repose sur une égalité parfaite.
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Tout concourt à faire de 1 amitié entre frère et sœur le sentiment le plus fort peut-être et le plus doux ensemble du cœur de l'homme. Le charme que projettent sur la Me les souvenirs d'enfance, tristes ou gais, toujours attendrissants, et qui ne se retrouvent jamais avec une si complète identité dans les autres affections; l'attrait voilé des sexes qui se fait sentir même dans le commerce des intelligences, en excluant les rivalités jalouses ; la protection et la confiance librement données et reçues, exemptes de cette notion de devoir qui glace si souvent les relations entre le père et l'enfant, entre l'époux et l'épouse ; toutes ces douceurs, toutes ces grâces, font de la piété fraternelle un sentiment ineffable qui échappe presque complètement, dans son ardeur placide, aux misères et aux déceptions des autres amours.