‹ Esquisses poétiquesChapitre 26 sur 55 · ENDYMION · texte numérisé non relu

ENDYMION

Au sommet de Lathmos, le beau mont de Carie, Il faut que chaque nuit s'illumine et sourie :

Loin tous nuages imposteurs ; Autant que les frimas, loin ces molles haleines, Qui font des simples fleurs, habitantes des plaines,

Sourdre des poisons séducteurs !

Point de ces chants obscurs, exhalés sous les voiles D'un feuillage étouffé, mais de fraîches étoiles

Le silence mélodieux ; Et la céleste lyre aux cordes invisibles, Dont les sons seulement à l'âme perceptibles,

Jaillissent sous la main des dieux !

Et cependant l'élu de ces blanches retraites, Le noble initié qui veut ces chastes fêtes, N'est fils ni des dieux ni des rois ; D'aucun pouvoir fatal les jalouses entraves

N'entourèrent ses pas d'impérieux esclaves Qui sans cesse évoquent des lois.

C'est un simple berger, presque un enfant encore, Plus libre que les airs et plus beau que l'aurore,

Sauvage, taciturne et fier.

Le laitage et les fruits, austère nourriture, Comblent tous ses besoins ; jamais sa lèvre pure

N'a goûté le vin ni la chair.

D'une peau de bélier sa ceintUi-e est tissue, Et l'air qui vient souffler sur sa poitrine nue,

La sent à peine palpiter.

Ses beaux pieds sont posés sur la sandale antique ; Ses bras sont d'une vierge, et la crosse rustique

Semble faite pour les porter.

Sa bouche, arc phrygien qu'une flèche soulève, Reste dans son sourire, et lentement s'achève,

Teinte d'un sang toujours égal.

Le fruit sombre du myrte environne sa joue ; Le pampre sur son cou se recourbe et se joue.

Autour du chapeau pastoral.

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Dans ses yeux sans mélange une étoile lointaine Respire, comme au fond d'une ombreuse fontaine,

Un rayon dormant du soleil ; Et nul souffle importun, nulle vapeur livide N'a troublé cette source et de ce front limpide

Terni l'harmonieux sommeil.

Lorsqu'à demi voilé d'une ombre diaphane,

Ses dogues à ses pieds, debout, son regard plane,

Vers l'astre qui blanchit le ciel.

On dirait, à le voir, rêverie ou prière, Sur le penchant du mont quelque berger de pierre

Montrant le bercail éternel.

Aussi bien les beautés qui hantent la vallée Jamais, si beau qu'il soit, n'ont, d'une âme troublée.

Cherché ses regards ni ses pas ; Et lui-même jamais ne s'est tourné vers elles : Il habite au milieu des nymphes immortelles,

Et son cœur ne s'en émeut pas.

Ce n'est point le fardeau d'une ignorance obscure Qui l'a pu retenir : déjà de la nature

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Il sait la voie et les secrets ; Il a vu du troupeau les poursuites lascives; Mais jamais le printemps d'étincelles plus vives

N'a fait trembler ses yeux distraits.

Les bergers querelleurs, respectant son silence, N'ont jamais de ses chiens ému la surveillance

Ni raillé son oisiveté.

Ils le laissent régner au plus haut pâturage, Et tous redouteraient, en lui faisant outrage,

De commettre une impiété :

Car bientôt cet enfant, âme toujours sereine, Pour son amante aura Phœbé, la blanche reine,

Déesse des contemplateurs.

Les rêves éthérés, oii l'extase pénètre, De l'amour ici-bas ne lui feront connaître

Que les clartés sans les ardeurs.

Décembre 1874.

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