DIX-HUIT ANS
Illusion : auprès d'un tendre père J'allais souvent adoucir mes tourments ; Il m'est ravi... Je n'ai plus que ma mère, A dix-huit ans !
Il m'en souvient : c'était un soir d'automne, Le vent du Nord sifflait dans le's rameaux ; L'astre des nuits dans son cours monotone, Silencieux, se mirait dans les eaux.
D'un père, alors, sonna l'heure suprême ; Je le perdis encore à mon printemps...
Qui n'accusai-je en ma douleur extrême ; A dix-huit ans !
Plaisirs si doux, adieu ! vous, dont les charmes Firent pour moi couler de si beaux jours ; Je n'aurai plus désormais que des larmes, De tristes nuits, des regrets sans retours. Quand je verrai sourire la nature, Je répandrai tout seul des pleurs brûlants, Car du malheur j'ai trop connu l'injure A dix-huit ans !
Noble poëtc ! 6 muse enchanteresse !
Toi dont les chants ont consolé mon cœur ; Dans ces couplets permets que je t'adresse, Le triste adieu que je fais au bonheur. Dans un ami, si l'ami trouve un frère, Soutiens ce cœur brisé depuis longtemps ; Pleure avec moi . . . car je n'ai plus de père, A dix-huit ans !
2 Août 1S69.
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O Gloire, vœu d'une grande âme, Quel prestige entoure ton front ?
Par toi la vertu nous enflamme D'un amour sublime et profond. De quel éclat tu l'environnes !
Pour flétrir ses blanches couronnes Le crime se déchaîne en vain ; En vain l'Envie à l'œil farouche, Vomit l'écume de sa bouche Et les noirs poisons de son sein.
Dans la nature plus d'abîmes Que nos regards n'aient explorés ; Par toi, ses spectacles sublimes Décorent nos lambris dorés ; Grâce à toi, dans sa nuit profonde, Le génie éclaire le monde ;
Tout cède à ton pouvoir divin; Pénétré de ta sainte flamme, L'art sait donner la vie et l'âme A la toile, au marbre, à l'airain.
Par toi, la Grèce, sans rivale Brilla sur cent peuples divers.
Et Rome fut la capitale De l'empire de l'univers.
Lors même que le Temps rapide Eut brisé de sa faux stupide Tant de puissance et de grandeur, Par toi, leur cendre et leur poussière Sèment encore une lumière Dont rien n'égale la splendeur.
Par toi, ceint du rayon du sage, Le regard fier et plein de feu, Au milieu de l'Aréopage Socrate apparaît comme un dieu :
O crime affreux que rien n'expie !
Entendez : — une bouche impie A prononcé l'arrêt mortel !
A cet homme, l'honneur d'Athènes, Socrate est flétri par des chaînes, Et, victime, marche à l'autel.
Pourtant nulle ombre de tristesse
Ne trouble la sérénité
De ce front qu'un rêve caresse,
Présage de l'éternité.
O merveille ! la prison s'ouvre ;
De son manteau la nuit le couvre ;
Il peut se dérober au sort :
Mais lui, fidèle à sa mémoire,
Il exclame : » O gloire ! ô ma gloire ! »
Et d'un trait avale la mort.
Épris de ce beau diadème
Dont tu ceins le front des guerriers,
L'homme immole tout ce qu'il aime
A d'imaginaires lauriers.
Un héros près de sa maîtresse
Goûte-t-il une douce ivresse :
Tu l'appelles, et du repos
IKÎ ESQUISSES POÉTIQUES.
Soudain s'effacent tous les charmes.
Invincible aux plus tendres larmes, Il part, il vole à ses drapeaux.
Que le ciel s'obscurcisse et gronde, Que le sol tremble sous le pas ; Que chaque élément se confonde Et s'entre-choque avec fracas ; En vain se pressent mille obstacles:
Ton nom enfante des miracles.
Entraîné par un noble élan, Pline, que ta flamme aiguillonne, Vole cueillir une couronne Sous la pluie en feu d'un volcan.
La vie est, sans un peu de gloire, Néant, misère, et nudité ; Mais aux lueurs de la victoire, La mort, c'est l'immortalité.
— En vain le démon des batailles Ne vomit que des funérailles :
Pour toi, dans l'horreur des combats, Couverte de sang et de i)oudrc.
La Garde, bravant feux et poudre, La Garde meurt, ne se rend pas.
O Gloire, es-tu coéternelle
De celui qu'inondent tes flots ?
Et quand sa parole immortelle
Ebranla l'informe chaos.
Etais-tu là, Gloire féconde,
Pour couronner l'œuvre du monde ?
Es-tu fille du Créateur ?
Comme le temps et la lumière.
Es-tu née avec la matière.
D'un souiïle du suprême Auteur ?
N'es-tu que le puissant mobile Dont l'Eternel arme son bras, Pour hâter vers un but utile La famille humaine ici-bas ?
N'es-tu qu'un être imaginaire, Entouré de pompe éphémère, Qu'un beau rêve aurait enfanté ?
Si de l'homme tu fus l'ouvrage.
Oh ! oui, l'homme est la vraie image Du Dieu sans qui rien n'eût été.
Gloire ! o Gloire ! de quelle ivresse Ton nom fait palpiter mon cœur !
Pour mériter une caresse, Un sourire, un regard flatteur.
Dis-moi ce qu'il faut que je fasse.
Tu consoles dans la disgrâce ; Tu couronnes les grands revers :
Eh bien ! ramasse sur ma tête Tous les maux que l'enfer apprête, Tous les fléaux de l'univers.
Qu'un peuple, abaissé dans sa rage, Au lâche office de bourreau, M'envoie en quelque île sauvage Essayer vivant le tombeau ; Vienne l'exil et ses supplices !
Ah ! tu changerais en délices Les plus déchirantes douleurs, Si, sur mon front, ta main mal close Ou de myrte, ou de laurier-rose Laissait échapper quelques fleurs.
Mai, 1S73.