A CHICAGO
J'ai dix-huit ans : et déjà la souffrance M'a fait gémir sous les coups du destin ; Au souvenir des jours de mon enfance, Je sens des pleurs qui coulent dans mon sein. Eh ! je croyais au bonheur dans la vie . . . Des rêves d'or enivraient mon printemps ; Mais l'espérance, hélas ! me fut ravie A dix-huit ans !
Que j'aime à voir auprès des vieilles tombes Mourir le jour au milieu des débris, Le roitelet ou les blanches colombes Chantant perchés sur les branches des buis! Alors, rêveur, j'interroge l'espace, Je suis des yeux les nuages flottants, L'oiseau qui vole ou la feuille qui passe ! j'ai dix-huit ans !
Il fut un jour, jour fécond en alarmes, Où d'une sœur j'aperçus le cercueil ; Le cœur brisé, je versai bien des larmes, Et rev'etis le noir habit de deuil.
Souvent depuis sur sa tombe glacée.
Je vais prier.... Et là, de temps en temps. Je donne aux vents mes soupirs, ma pensée... A dix-huit ans !
Frappé du coup quand donc pourront renaître, Me dis-je alors, des jours, des temps plus beaux ? Jamais viendrai-je encore à ma fenêtre, (iofiter les chants de mes jx'tits oiseaux ?