PENDANT LA NUIT
Où vais-je ? — En ce lieu solitaire Arrêtons-nous : ce lieu répond à mes douleurs.
Déjà, d'un voile salutaire Le jour, qui de mes maux augmentait les horreurs,
Couvre sa torche funéraire.
Antre calme et silencieux Que pénètre un rayon de la lune paisible,
Ouvre ton sein au malheureux Qui, fuyant la rigueur du sort le plus horrible,
Cherche un asile dans ces lieux.
Ici, je pourrai sans contrainte, Mêlant ma triste voix à la voix clos torrents,
.Gémir, percer l'air de ma plainte ; Ici, mes ennemis, sourds à mes longs accents,
Ne sauraient m'inspirer de crainte.
Unis, hélas ! par le malheur.
Nous gémirons ensemble, ô tendre Philomèle ;
Nous souffrons la même douleur :
Tu pleures tes amours, moi, je meurs loin de celle
En qui j'ai mis tout mon bonheur.
J'ai vu fuir le jour que j'abhorre.
La nuit dans le silence a plongé l'univers ;
Tout dormira jusqu'à l'aurore, Et nous seuls, par nos cris troublant la paix des airs,
Nous seuls, nous veillerons encore.
Aucun baume consolateur Ne viendra rafraîchir notre ardente paupière : Le sommeil, ami du bonheur,