‹ Esquisses poétiquesChapitre 38 sur 55 · PENDANT LA NUIT · texte numérisé non relu

PENDANT LA NUIT

Ne sourit qu'à la joie, et d'une aile légère Fuit la couche de la douleur.

O toi, pâle sœur de la terre.

Qui luis sur ces gazons en reflets réfractés ;

O lune, flambeau de mystère, Baigne-moi, baigne-moi de tes flots argentés,

Dans cette grotte solitaire.

Mais quel bruit dans l'air ébranlé !

La lune disparaît. Déjà dans le ciel sombre

Gronde l'orage amoncelé.

De sinistres éclairs se succèdent dans l'ombre.

C'est bien ! mon désir est comblé !

O mille voix de la tempête.

Foudre, fleuves, torrents, unissez vos concerts,

Bercez-moi de vos bruits de fête 1 Sifflez, noirs aquilons, rugissez dans les airs ;

Cieux, écroulez-vous sur ma tête !

Et vous, éclairs étincelants, N'offrez plus à mes yeux que forêts embrasées,

Qu'édifices partout croulants, Que châteaux abattus, que tours pulvérisées.

Que cendre et que débris fumants !

Rochers géants que l'onde mine, Ébranlez-vous enfin, roulez du haut des monts ;

Troncs noirs que le vent déracine.

Descendez effrayer les échos des vallons

Du fracas de votre ruine.

De ce tonnerre redouté.

De ce désordre affreux de toute la nature

Je ne suis point épouvanté :

Rien ne peut mieux répondre au lugubre murmure

De mon cœur toujours agité.

Octobre 1874.

A M. Paul de Cassagnac.

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