‹ Esquisses poétiquesChapitre 39 sur 55 · A PARIS, FRANCE · texte numérisé non relu

A PARIS, FRANCE

Allons, prends tes armes, viens ; hâtons-nous. Homère, Iliade.

« Debout ! Français ! debout ! la gloire te réclame,

« Debout!... revêts l'habit, prends l'arme des combats!

« Chez les fils des Gaulois, l'honneur, l'antique flamme,

« Ne se trouvent-ils pas 1 .. .

« Ecoutez !. . . écoutez ! . . . déjà le canon gronde « Et l'écho semble dire avec la voix d'airain : « Français ! ne sens-tu pas, une haine profonde

« Te pousser vers le Rhin }

1 Quoique les événements n'aient malheureusement répondu ni â notre attente, ni à nos désirs, nous n'avons pas cru devoir pour cela répudier cette pièce. Au contraire, nous la recueillons dans la famille do nos vers, afin qu'elle partage la bonne ou la mauvaise destinée des autres pièces, ses sœurs. — 1875

« France ! France ! on t'insulte ! on t'irrite ! on t'outrage ! « Ta Rivale t'appelle en un combat- sanglant . . . « Fais voir que du Français la gloire est l'apanage,

(( Va relever le gant ; n A vous, valeureux chefs, instruits à la victoire, « A vous, fils de ces preux vainqueurs de Nordlingen ; « A vous, les actions dont parlera l'histoire . . .

« VenQ:eance sur le Rhin !»....

— A cet appel guerrier, que l'écho leur apporte, Ils se sont tous montrés ; et d'un accent connu, Le grand peuple élevant sa voix terrible et forte

A déjà répondu :

n O France, me voilà ; connais l'enfant qui t'aime; « Me voilà : pour mon cœur ton cri n'est jamais vain ; « Tu verras le Français, être toujours lui-même,

« Et vaincre sur le Rhin !

« Trop longtemps tes enfants ont souftert l'insolence ; « Trop longtemps l'ennemi provoqua notre ardeur ; « Ils verront que le fils, du père à la vaillance, « Qu'il sait venger l'honneur ! . . .

« Oui, depuis trop longtemps, l'enfant près de sa mère « Pleure au triste récit de ce combat lointain \ « Où l'Aigle redouté, mais trahi dans son aire, -( Tomba non loin du Rhin.

« Leipsick et La-Ferté, nous demandent vengeance ; « Lyon et Waterloo, font jaillir nos sanglots : « Et vous, triste départ ! adieux de la Vaillance,

« Pleurs de Fontainebleaux ! . . . .

« Nous voulons effacer cette page sanglante, « Nous qui sommes les fils des vainqueurs de Berlin ! «Nous avons d'un affront la blessure saignante

« A laver dans le Rhin ! »

— Donc fidèle à l'appel, la nation se lève ; Tout s'appaise, se tait, plus de divisions : Aux combats instins, le Français a fait trêve ;

A bas les factions ! . . . .

Et déjà du clairon la note triomphale Mêle au soldat des camps, le Soldat-Citoyen ; Tous deux marchent de front, vers la côte rivale.

Combattre sur le Rhin !

1 ^Vaterloo.

C'est une mère ici qui dit au fils qu'elle aime : « Enfant, je n'ai que toi, toi seul pour me nourrir, « Mais il faut me quitter : c'est le moment suprême ;

« Va-t-en vaincre ou mourir.»

Puis c'est sa tendre sœur qui lui redit : <( Courage ; « Porte au sein des combats un front toujours serein ; « Adieu, va de ce pas, gagner ton héritage '

<( Sur les rives du Rhin ! »

O toi, noble Français, écho de tant de braves, Généreux Cassagnac, dont les brûlants écrits, Brisants des factions les perfides entraves.

Ont réveillé Paris; Tu viens de nous donner cette preuve éclatante, Qu'en face du danger ton cœur ne faiblit point : Quand sur ta lyre d'or vibrait l'hymne brillante.

Tu bondis vers le Rhin "^ !

Allusion à ces mots, soi-disant de l'Empereur : " Les lerres conquises seront partagées entre les soldats qui auront pris jiart ù la compagne."

2 M. Paul de Cassagnac, auteur d'écrits chaleureux qui tendent à réunir les fractions autour d'un drapoau commun , celui de la patrie. Après ces preuves brillantes de son anlcnl jialriolisme, il s'enrôlait, le 13 du courant, flans un régiment do Znuaves et l'art.iit dès le lendemain ])onr le chamj» de bataille.— Août, 1870—

Tel au temps de Fingal, le Barde à voix sonore Chantait : et les guerriers en flots tumultueux, S'armaient et combattaient aux sons de la claymore

Du Barde généreux :

Ainsi toi, Cassagnac, dans un noble délire, En marchant au combat tu chantes ton refrain : « Frères, prenons le glaive, abandonnons la lyre,

<i Et nous aurons le Rhin ! »

Montréal, 13 Août 1870.

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