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Essai bibliographique sur les éditions des Elzévirs, les plus précieuses et les plus recherchées

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Cet ouvrage se trouve

FIRMIN DIDOT, imprimeur-libraire.

^ \ BARROIS aîné , libraire , rue de Seine, n** lo.

MEULIN, libraire ) quai des Augustins, n^ 7.

RENOUAJRD, libraire, rue de Toumon, n^ 6.

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i'xjES jolies éditions imprimées par les Elzévirs

"^^ pendant le dix -septième siècle sont, aujourd'hui ^ ^ recherchées avec un extrême empressement , et les amateurs de livres se décident souvent à les payer des prix considérables. Mais, il faut en convenir, cet empressement est parfois peu éclairé, et la réputation de ces habiles imprimeurs a fait élever la valeur d'ouvrages ordinaires , publiés par eux , au-delà de toute proportion raisonnable. Cela nous a fait penser qu'une notice où le mérite et la rareté de celles de ces éditions qui sont les plus désirables seraient appréciés pourrait être accueillie avec quelque intérêt.

L'utilité de la bibliographie ne saurait être contestée, et labibliomanie elle-même peut se justifier à plus d'un égard. Nous ne parlons pas de celle qui consiste à entasser sans choix comme sans mesure des ouvrages , parce qu'ils ont , avec ou sans raison 9 une réputation de rareté; nous voulons

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parler de ce goût éclairé qui porte celui qui l'éprouve à tâcher d'unir la beauté d'un livre à sa bonté. La bibliomanie envisagée sous ce point de vue , et resserrée dans de justes bornes , n'est donc que l'amour des livres bien entendu. Cet amour est une passion à -la -fois pure et honorable. Nous allons essayer, non pas de l'excuser, mais de l'expliquer : ce sera l'avoir justifiée que

de l'avoir fait comprendre. Les objets dont nous allons nous occuper sembleront bien peu intéressants , bien minutieux à d'autres qu'à des bibliomanes; mais aussi c'est particulièrement pour ces derniers que nous écrivons.

Le mérite d'un livre se compose àajbndy c'està-dire de l'importance ou de l'intérêt du sujet et du talent avec lequel il est traité, et de la^r/ne, c'est-à-dire de l'élégance et de la correction de l'édition , de la beauté du papier et de la perfection de la reliure. En général on recherche un livre dont le fond est bon ou utile alors même que la forme en est peu agréable. Quelquefois aussi la forme d'un livre suffit pour le faire rechercher, quoique le fond en soit médiocre ou même tout-à-fait nul. La perfection en ce genre consiste donc dans la réunion de ces deux espèces

de qualités, et dès-lors le mérite d*un livre est d'autant plus grand que le sujet en est mieux traité et que l'édition en est plus belle. A ces deux qualités il convient d*eti ajouter une troisième, c'est la rareté. Celle-ci, quoique fondée sur quelque chose de moinis positif que les deux autres , ne laisse pas néanmoîn& d'être l'oecâsion des ' plus grandes extravagances ; car il est difficile de savoir jusqu'où peut naus^ porter le désir d'une posses^ sion exclusive. Noub croyons» avoir réussi à démon^ trer comment un livre peut être à-la-fois bon y beau et rare y et si nous ne nous sommes pas trompé, nous avons- dà faire: voir aussi combien? dans le cas d'une semblable réunion il devenait désirable. Quoique nous proscrivions d'une manière générale les livres qui ne sont que beaux et ceux qui sont seulement rares, nous sommes cependant for^ ces de convenir que cette règle présente quelques exceptions. Quand on forme une collection, il faut souvent y admettre, malgré soi, des oirvrages que l'on rejetterait s'ils étaient isolés. Combien, par exemple , n'est-il pas d'éditions variorum médiocres ou mauvaises qui entrent cependant dans cette nombreuse collection. Le peu de cas que l'on faisait du Stace ad usum a occasionné sa

4 AVERTISSEMEIfT.

destruction lorsqu'il parut , et aujourd'hui le trèspetit nombre d'exemplaires échappés à l'épicier est d'un prix excessif. Il faut cependant se résoudre à acheter les mauvais variorum , et à payer follement le Stace ad usum sous peine de nuire à la valeur et à l'agrément de collections restées incomplètes. Nous pensons donc que lorsqu'un livre, indépendamment de son mérite, a, en raison de sa rareté, une valeur reconnue et constante, il peut ou doit faire partie de la bibliothèque d'un amateur éclairé; et l'on conviendra sans peine qu'il n'est guère possible de réprouver un goût susceptible d'une telle justification, même sous les rapports pécuniaires.

Nous venons de prouver qu'en fait de livres des folies pouvaient quelquefois «tre fort raisonnables. On ne nous blâmera pas de saisir cette occasion de réppndre à quelques-unes de ces plaisanteries que l'on se permet si légèrement, et par lesquelles on croit frapper de ridicule des objets dont souvent on n'a pas la première idée. Cette digression se rattache assez naturellement à notre sujet pour qu'on nous la pardonne.

// a la bonne édition y celle qui a la faute ^ diton plaisamment. Mais on ne réfléchit pas qu'il

peut arriver que cette faute soit unique dans un livre, et qu'ainsi cette indication soit celle d'une excellente édition; que d'ailleurs lorsqu'il s'agit de distinguer une édition d'une autre, on doit préférer la désignation la plus simple, celle qui se grave le plus aisément dans la mémoire, et que souvent cette désignation peut suppléer à la description d'un volume. On rit aussi quelquefois de l'importance que les amateurs attachent aux grands papiers et aux grandes marges; cependant, si l'on veut bien s'en rendre compte, rien ne paraîtra plus concevable qu'un pareil goût. Avant que les livres fussent communs, et se trouvassent pour ainsi dire dans les mains de tout le monde, ils étaient particulièrement destinés aux savants , à ceux qui s'en servaient pour travailler, et alors de grandes marges étaient nécessaires, puisqu'elles devaient être couvertes de notes. Ces marges caractérisaient donc les livres les plus précieux, ceux que les érudits recherchaient le plus, et l'habitude de les considérer comme tels se perpétua même quand on eut aban- . donné l'usage d'écrire dessus. On ne peut pas se dissimuler non plus qu'il existe une jouissance réelle pour les yeux dans de belles proportion*

6 A.VERTISSEMENT.

entre un texte bien imprimé et les marges qui l'environnent, avantage que l'on rencontre toujours dans les éditions tirées sur grand papier. La préférence accordée aux grandes marges s'explique encore d'une autre manière. Un sentiment tout-à-fait naturel , c'est de désirer posséder un objet tel qu'il a été créé : or plus les marges d'un livre sont grandes, et plus il se rapproche de son état primitif. Enfin un livre est d'autant plus susceptible de recevoir de nouvelles reliures que ses marges ont été mieux conservées. Il faut au surplus qu'il y ait quelque chose de bien fondé dans ce que je viens de dire; car rien n'est plus positif et plus constant que la valeur considérable des exemplaires grands de marges des ouvrages déjà anciens et de ceux qui sont rares.

Il me reste à dire un mot des livres recherchés par les amateurs parce qu'ils sont ce qu'on appelle laides et réglés.

Lors de l'invention de l'imprimerie, les livres eurent pour objet d'imiter les jnanusmts et de les remplacer; il est même certain que quelquesuns des premiers livres imprimés furent v^idus comme des manuscrits véritables. Pour ajouter encore à la ressemiblance , on entourait chaque

page d'un encadrement semblable à celui qui , dans les manuscrits, servait à régulariser l'écriture, et cet usage a continué lors même que l'impression n'a plus été l'imitation des caractères écrits. Gomme en général les livres étaient imprimés sur des papiers peu ou mal collés ^ pour éviter que les réglures ne bussent j quand cela étiait nécessaire , on trempait chaque feuille dans de l'eau d'alun, ce qui faisait dire que le livre était lavé. Cette opération , ainsi que celle de la réglure,qui se faisait après, étant dispendieuse, on choisissait nécessairement les exemplaires les moins défectueux et ceux qui avaient été imprimés sur le meilleur papier. Ce n'est donc pas à tort qu'on accorde la préférence aux anciens livres lavés et réglés sur ceux qui ne le sont pas , puisqu'il est évident que les premiers sont des exemplaires de choix. Revenons à notre sujet. *

Après avoir exposé les principes d'après lesquels nous croyons que l'on doit former les réunions de livres , nous allons en faire l'application à la collection des Elzévirs. Nous commencerons par indiquer les divisions de notre travail et les sources dans lesquelles nous avons puisé.

A la suite de cet avertissement l'on trouvera une

notice sur la famille des Ëlzévirs , soigneusement extraite d'une autre plus étendue insérée par M. Adry, ancien bibliothécaire de TOratoire, dans le Magasin encyclopédique y et augmentée de matériaux assez nombreux que nos recherches nous ont fait découvrir. La notice que nous annonçons sera sans doute regardée comme la partie la plus intéressante de ce volume.; elle l'eût été davantage encore si l'étendue du texte original nous eût permis de l'insérer en entier. L'ouvrage de M. Adry, dont cette notice faisait partie, et que sa mort ne lui a pas permis d'achever, différait de celui - ci sous deux rapports : sous celui de l'étendue , puisqu'il devait comprendre , sans aucune exception, tous les livres imprimés par les Ëlzévirs ; et sous le rapport de la critique, puisqu'il comptait se borner , à très-peu de choses près , à* la simple nomenclature des éditions. La partie historique de son ouvrage était la seule vraiment nouvelle, et la notice en reproduit la plus grande partie.

!Nous avons adopté pour la classification des ouvrages l'ordre chronologiquef, qui est à -la -fois le plus naturel , celui qui permet le mieux d'apprécier à quelle époque les Ëlzévirs se sont élevés

au plus haut degré de perfection, et quels sont ceux de ces imprimeurs qui ont le mieux mérité d'un art à Fillustration duquel ils ont tous tant contribué.

La première partie de notre travail comprend les éditions de formeit petit in-douze (i), qui ont une valeur constante et considérable , soit en raison du mérite des ouvrages, soit à cause de la beauté de l'impression, soit enfin parce qu'elles sont d'une rareté bien reconnue. Nous indiquerons , toutes les fois que cela nous sera possible , les plus hauts prix auxquels ces livres auront été portés dans des ventes publiques, ainsi que les mesures des exemplaires si chèrement vendus, en ayant bien soin de faire remarquer que ces prix ne sont pas ceux des livres d'une condition ordinaire, et ne tiennent qu'à la très -grande

(i) Nous croyons utile de faire remarquer que nous indiquons toujours les formats d'après la manière dont le papier a été plié, et que pour nous un in-ia résulte de la feuille d'impression pliée en douze, un in-8** de la même feuille pliée en huit^ etc. Cette remarque est nécessaire pour éviter la confusion; car le papier que l'on emploie aujourd'hui étant généralement plus grand que celui d'autrefois, il s'ensuit que . les anciens formats in-i a d'alors sont plus petits que la plup art des in-i8 actuels.

lO AVERTISSEMENT.

beauté des exemplaires auxquels ils s'appliquent. Quelques ouvrages imprimés par les Elzévirs^ pris isolément , n'ont qu'une valent médiocre , et cependant sont susceptibles d'en acquérir une assez grande par leur réunion. IN^ous donnerons une indication exacte des principales réunions de ce genre que l'on peut former , parmi lesquelles

on distingue les œuvres de Balzac, celles de

Brantôme, les mémoires et les ambassades de Bassompierre , les écrits relatifs au cardinal de Richelieu , etc. , etc. Cette classe , secondaire quant aux prix des ouvrages qui la composent , est assez intéressante quant à leur contenu.

Nous ferons une autre classe de quelques ouvrages sur la politique et sur l'histoire , qui , assez long -temps délaissés, ont repris faveur depuis quelques années, et fournissent une nouvelle preuve de la vérité de cet hémistiche de Terentianus Maurus, Habent suafata libellL Ici nous serons forcé d'être sobre et de ne pas trop nous étendre ; car dans ces ouvrages , dont bien peu sont remarquables , la nuance entre le médiocre et le détestable est presque imperceptible.

Les Elzévirs ont imprimé beaucoup d'ouvrages de format grand in-douze on petit in-octavo ^ parmi

lesquels il s'en trouve de précieux et de chers. Il peut résulter de ces ouvrages une autre espèce de collection qui, je crois, n'a pas encore été indiquée, et qui pourtant mérite de l'être. Au nombre de ces éditions grand in-douze, on compte le Montaigne de i^Sg, les Raggionamenti d'Aretin , les Voyages de Tavernier , et d'autres encore habituellement rares et chers.

Nous terminerons en indiquant un petit nombre de volumes d'un format inférieur ou supérieur à l'in-ia, et qui présentent encore quelque intérêt. Dans cette dernière partie se trouvera une notice sur les ouvrages imprimés en langues orientales par les Elzévirs. Nous devons à l'amitié de M. Langlès, conservateur des manuscrits orientaux de la Bibliothèque Royale , la plus grande partie des renseignements d'après lesquels cette notice est composée. Nous ayons heu d^ croire que ces renseignements sont en grande partie pubhés pour la première fois , et qu'ils ne seront pas jugés indignes d'attention.

Une portion de notre travail , comprise dans la première partie, est entièrement nouvelle. C'est celle où il est question des éditions d'oeuvres de théâtre de quelques auteurs qui avaient été , jusqu'à

la AVERTISSEMENT.

ce jour, injustement négligées par les bibliographes. Peu de personnes étaient instruites que les théâtres de Pierre et de Thomas Corneille avaient été complètement imprimés par les Elzévirs. Ces théâtres sont -extrêmement difficiles à réunir , sur - tout d'éditions originales , et il est facile de le concevoir lorsque Ton sait que chaque pièce était d'abord imprimée séparément , et ensuite réimprimée lorsqu'elle venait à manquer; que par conséquent les volumes de ces théâtres presque toujours dépareillés , que l'on rencontre , sont mélangés de ces réimpressions , ce qui rend les exemplaires entièrement de premières éditions d'une excessive rareté. Nous n'avons jamais vu qu'un seul exemplaire parfaitement complet de Pierre et de Thomas Corneille , et c'est celui sur lequel a été faite la description que l'on trouve ici. Les théâtres de Racine, de Quinault et de Molière, sont également décrits. Nous ne nous astreindrons cependant pas à indiquer toutes les pièces de théâtre, imprimées isolément, dont nous aurons eu connaissance. Ces pièces sont assez nombreuses ; mais quand elles ne forment pas un corps d'ouvrage, elles ne méritent qu'une médiocre attention.

AVERTISSEMENT. l3

Toutes les fois qu'il y a eu plusieurs éditions d'un même ouvrage, en les indiquant toutes d'une manière suffisante, nous avons décrit seulement celle que l'on doit préférer. Nous n'avons fait d'exception que lorsque l'une des éditions se trouvait, ce qui arrive quelquefois, la plus recherchée et la plus chère , bien qu'une autre fût la plus estimée et la meilleure; ou bien encore lorsqu'il y a d'un même ouvrage plusieurs éditions également estimées. Dans ces deux derniers cas, nous avons multiplié les descriptions, en ayant soin , pour la facilité desrecherches , d'indiquer toutes les éditions d'ui^nêrae ouvrage à la suite de la première.

On sentira aisément qu'il nous eût été facile d'étendre beaucoup ce travail; mais nous avons mieux aimé encourir le reproche d'être trop court que de mériter le reproche contraire. Si l'on objectait que nous avons négligé certains livres qui par des circonstances particulières ont été payés fort cher, nous répondrions que nous ne nous sommes attaché qu'à présenter des livres d'une valeur reconnue et habituelle , et que nous n'avons pas dû prendre pour base les résultats peu communs ou du caprice ou de la fantaisie.

l4 AVERTISSEMENT.

Nous espérons n'avoir commis que le moins d'erreurs possible. Cependant nous n'osons pas affirmer que nous en serons complètement exempts, mais aussi elles seront presque toujours dues à la variété des tirages des mêmes éditions , qyi.fait que ce qui est vrai pour un exemplaire ne l'est pas toujours pour un autre. Nous n'avons jamais indiqué d'éditions que nous n'ayons eu par nous-mêmes la certitude de leur existence, et il en résulte que nous aurons pu quelquefois en omettre, mais jamais en. supposer (i). Si un jour cet opuscule devenait susceptible d'être réimprimé, Ton pourrait réparer nos oublis, et cet essai s'en améliorerait d'autant. Nous sommés assuré du moins que la description des exemplaires est fidèle, est que les titres sont exactement rapportés ; car nous avoiîs constamment travaillé avec I I - • I '• • • - - - 1 ■..-.■ ■ - ' - ' 1 - - —

(i) La règle que nous nous sommes imposée de ne parler que des livres que nous avions sous les yeux nous en a fait omettre plusieurs dont l'indication se trouve dans le Manuel de M. Brunet. Malgré Inexactitude habituelle de ce bibilographe , comme il s'est glissé quelques erreurs dans son ouvragç, nous aurions craint de les propager en admettant, sans vérification , les renseignements qu'il nous fournissait. Le lecteur pensera sûrement comme nous , qu'une omission vaut mieux ^ju'une erreur.

AVERTISSEMENT, l5

les livres sous nos yeux. Sous ce rapport, ce petit ouvrage différera des bibliogi*aphies ordinaires , qui ne sont presque toujours que la copie de bibliographies précédentes , de façon que les erreurs se perpétuent comme les vérités, et, en quelque sorte, en s'appuyant sur elles.

Nous avons trouvé bien peu de ressources dans les anciennes bibliographies , et les catalogues les plus célèbres souvent nous ont offert des indications qu'un examen approfondi nous a fait reconnaître comme fautives. Notre intention n'étant nullement de nous ériger en réformateurs, nous n'avons pas toujours cru- devoir signaler ces erreurs, et if nous a suffi de ne pas les partager. On pourrait supposer que les catalogues publiés par les Elzévirs eux-mêmes nous ont été plus utiles, et l'on se tromperait encore. Ces catalogués, en général, n'indiquaient point les livres imprimés par eux, mais ceux qu'ils avaient à. vendre , qui vénales extant; et au milieu de tous ces livres , désignés de la manière la plus succincte, c'est-à-dire seulement par le nom de Fauteur, la date et le format de l'ouvrage, il est bien rare de rencontrer un renseignement dont on puisse tirer quelque profit.

l6 AVERTISSEMENT.

Nous nous plaisons à reconnaître que le Manuel du Libraire y de M. Bru net , nous a été plus utile , bien que presque toutes nos notes fussent déjà faites quand sa seconde édition a paru. Cet ouvrage , auquel on a reproché . amèrement quelques erreurs , et qui en contient sans doute , parce qu'il est impossible que de pareils livres n'en renferment pas, est encore parmi les ouvrages de bibliographie élémentaire ce qui existe de plus exact et de moins imparfait.

P. S. Des circonstances indépendantes de notre volonté ont retardé la publication de cet ouvrage, qui était terminé depuis long -temps lorsque la troisième édition du Manuel de M. Brunet a paru. Nous avons vu avec plaisir dans les nombreuses améliorations que renferme cette édition une partie de celles que nous indiquons ici. Les mêmes recherches ont dû nécessairement nous conduire aux mêmes résultats. Il est cependant une erreur grave que M. Brunet nous paraît avoir commise, et qu'il est impossible de ne pas signaler. A la fin de son quatrième volume, et à la suite de la table des Elzévirs, il indique une liste d'éditions qu'il regarde comme impri- ' mées par Abraham Wolfgank. Jusqu'à ce jour ces

AYERTISSEMEKT. I7

éditions avaient été attribuées aux Elzévirs. Nous allons donner l^s raisons sur lesquelles M. Brunet se fonde pour ne pas gdopter cette ancienne opinion, et nous exposerons ensuite celles qui nous paraissent propres à la maintenir*

Selon M. Brunet , la devise Qu^erendQ ( i ) n'a jamais été employée par les EUévirs; elle appartient à Abraham Wolfgank , imprimeur^ qui a exercé avec distinction depuis 1669 jusqu'en 1693, et qui a publié un grand nombre d'éditions où l'on trouve, indépendamment du quce-rendo, plusieurs fleurons remarquables qui ne sont dans aucune édition avec le nom d'Ëlzévir. Outre ces présomptions 9 M. Brunet croit trouver des preuves certaines de ce qu'il avance dans les deux faits suivants : en tête du théâtre de P. Cor-

(i) Cette devise et le fleuron qui Taccompagne sont assez mal ejçpliqués par M. Brunet. lï n'y voit qu'un renard guettant sa proie au pied d*un arbre. C'est en effet un renard , mais un renard qui cherche à découvrir dans le creux d'un arbre des rayons de miel dont il est très - friand , ainsi que l'indiquent les abeilles qui voltigent autour de. sa tête. Cet emblème présente d'une manière ingénieuse l'idée d'un éditeur qui ne néglige aucuns soins ni aucunes recherches pour se procurer des écrits dignes d'être offerts au publie.

f8 AVERTISSEMENT.

neille, édition de 16649 il existe un ans de Vintprimeur au lecteur^ signé Wolfgank; et dans une épître dédicatoire , qui précède le théâtre de Quinault de i663, on lit ces mots : Ce sont les œuvres de M. Quinault que je vous offre en qualité de celui qui les a ramassez et imprimez.

Ces preuves ne sont pas tellement positives qu'on ne puisse en appeler. Nous avouons bien que jamais nous n'avons vu d'édition avec le quœrendo et le nom d'Ëlzévir ; mais il faut aussi que M. Brunet nous accorde que plusieurs éditions portant le nom de Wolfgank n'ont point ce quœrendo , et qu'il y est remplacé par des fleurons reconnus pour appartenir aux Elzévirs ; comme , par exemple , dans la Logique de Port- Royal de 1675 (i), où le fleuron du titre est une sphère. Si dans plusieurs éditions de Wolfgank on

(i) Cette même Logique est indiquée dans le catalogue de Daniel Ëlzévir de 1675, quoique M. Brunet dise, positivement le contraire. Ainsi son dernier argument se trouve détruit comme les autres , et il ne reposait que sur une erreur matérielle. Ajoutons que ce catalogue est remarquable en ce que les livres imprimés par les Elzévirs y sont désignés par des lettres italiques , et que la Logique s'y trouve avec cette désignation.

AVERTISSEKENT. I9

trouve , à Tintérieur des volumes , quelques autres fleurons qui paraissent propres à ces éditions , on y trouve aussi quelques-uns de ceux que les Elzévirs employaient le plus habituellement. Les arguments tirés de ces fleurons ne sont donc pas décisifs : ils le sont d'autant moins , qu'un fleuron peut être la propriété d'un éditeur, qui le place en tête de chacun des ouvrages qu'il publie , même lorsqu'il se sert de différents impri* meurs, ainsi que le fait de nos jours M. Renouard, et que l'ont fait beaucoup d'autres éditeurs , qui cependant n'ont jamais possédé une presse.

La qualité d'imprimeur, attribuée à Wolfgank • dans l'avis qui se trouve en tête du Corneille, semble d'abord plus difficile à détruire. Cependant il est possible qu'elle n'ait été donnée que par une erreur du compositeur, erreur facile à concevoir dans une imprimerie dont le maître était souvent lui-même éditeur des ouvrages qu'il imprimait. Les mots qui se lisent dans l'avertissement du Quinault sont plus faciles encore à justifier; car rien n'est plus commun que de voir un auteur ou un éditeur écrire, y "ae imprimé telle chose, pour J'ai Jàit imprimer cette chose. Il est à remarquer aussi que le nombre des livres qui

aO AVERTISSEMENT.

portent le nom de Wolfgank est peu considéra* ble* Cependant, d'après Thypothèse de M. Brunet, i cet imprimeur aurait exercé son art pendant plus

I de trente ans. Peut -on supposer qu'une impri-

merie de laquelle seraient sorties d'aussi jolies / éditions , se fôt bornée à produire seulement un

' petit nombre d'ouvrages chaque année ?

Les motifs allégués par M« Brunet pour fonder son opinion sont, comme on le voit, bien légers, et ue semblent pas suf&sants pour détruire l'autre opinion^ qui est généralement reçue. Mais outre les raisonnements que nous lui opposons , et qui déjà peuvent paraître assez concluants ^ nous avons découvert à l'appui de cette ancienne opinion une circonstance tout-à-fait décisive.

Mézeray avait obtenu, en 1668, des états de Hollande et de Westfrise, un privilège qui lui permettait , pendant quinze ans , d'y vendre exclusivement sou Abrégé de V Histoire de France. Il parait qu^il négligea de joindre ce privilège aux exemplaires qui furent livrés au commerce, ce qui mit Wolfgank dans le cas de publier, en 1673, une nouvelle édition de cet Abrégé. Un procès pouvait résulter de cette espèce de contravention ; aussi Wolfgank s'adressa-t-il aux États

pour obtenir la permission de vendre sa réimpression , malgré le privilège accordé à Mézeray. Les raisons sm* lesquelles il s'appuie pour réclamer cette faveur sont étrangères à la question qui nous occupe; mais ce qui ne Test pas, c'est qu'à la troisième ligne du privilège qu'on lui accorde, et qui se trouve en tête de son édition, Abraham fTolffganch est qualifié, conformément à sa propre demande , de marchand libraire d^ Amsterdam. Or la profession d'imprimeur étant plus honorable et plus considérée que celle de simple libraire, il n'est pas douteux qu'il aurait pris le titre d'imprimeur, s'il en avait eu le droit. Ce n'est pas tout : à la vingt-cinquième ligne de la seconde page du même privilège, Wolfgank demande à pouvoir luy seul faire imprimer ou vendre ledit Abrégé ^ etc. Si Wolfgank n'était qvie marchand libraire y s'il ne demandait Q^L^ faire imprimer , il n'imprimait donc pas luimême , il n'était donc pas imprimeur.

D'après tout ce qui précède , nous croyons devoir, malgré l'innovation proposée ou imaginée par M, Brunet, continuer à attribuer aux Elzévirs celles des éditions, avec le nom de Wolfgank, qui portent le cachet de ces habiles artistes.

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