SUR
J^BS trayaux de l'histoire sont principalement consacrés à transmettre à la postérité les hauts faits des conquérants, les actes éclatant^ de la puissance des souverains, les règnes désastreux des tyrans. Les rois pères de* leurs sujets, les chefs de nations administrateurs habiles, laissent des souvenirs moins profonds dans la mémoire des hommes. On profite des institutions quils ont créées, souvent sans connaître à qui elles sont dues. Si la souveraine puissance employée dans rintérét des peuples ne défend pas de l'oubU, on ne doit pas s'étonner du peu de traces laissées par de laborieux savants ou par d'ingénieux artistes, qui ont consumé leiur vie dans d'utiles travaux. Ces travaux, à la vérité, nous révèlent leur existence; mais presque toujours nous en ignorons jusqu'aux moindres détails. Cependant l'histoire des inventeurs des arts et des sciences, et l'étude des progrès et de la décadence des diverses branches des connaissances humaines, présentent un intérêt et sur-tout une utilité quelquefois comparables
à celle de l'histoire proprement dite. L'oubli dans lequel on a l'habitude d'ensevelir ces modestes bienfaiteurs de l'humanité rend difficiles à réunir les matériaux nécessaires pour composer leur histoire : aussi doit- on quelque reconnaissance aux hommes qui se . livrent à de pénibles recherches pour arriver à ce but. Parmi les arts qui ont contribué à l'amélioration de l'espèce humaine, l'art de l'imprimerie tient sans contredit le premier rang; nous devons donc honorer ceux qui l'ont cultivé avec succès. Le savant Maittaire était animé de ce sentiment lorsque, au commencement du siècle dernier, il publia la vie des Etienne et celle de quelques autres imprimeurs célèbres de Paris. C'est sûrement à l'accueil favorable que reçurent ces ouvrages, et aux encouragements donnés à leur auteur, que nous devons les Annales typographîci y qui, malgré quelques défauts et quelques omissions, inévitables dans ce genre de travail, sont encore aujourd'hui le plus utile comme le plus vaste dépôt des connaissances bibliographiques. Ces Annales contenaient des matériaux (i) prêts à mettre en œuvre pour donner une histoire des Aides , qui illustrèrent l'Italie comme les Etienne ont illustré la France. Rivaux de gloire et de mérite, la destinée de ces imprimeurs fut différente. Les Etienne, en atteignant la célébrité,
(i) Ces matériaux ont été employés avec une grande habileté dans Texcellent ouvrage que M. A.-A. Renouard a publié sous le titre ai Annales des Aides, etc.
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obtinrent momentanément la fortune; tandis que les Aides ne recueillirent que la gloire pour tout fruit de leurs travaux. On ne peut lire sans attendrissement rhistoire de la yie , ou , pour mieux dire , des malheurs des trois Manuce , et sur-tout des deux derniers.
D'autres presses, qui sont l'honneur de la Hollande^ et dont rétablissement date de la naissance de cette république, roulèrent aussi pendant près dun siècle, et ne méritent pas moins notre attention. Maittaire , en accordant aux Elzévirs le tribut d éloges qu'ils méritent, témoigne ses regrets de ne pouvoir parler avec autant d'étendue qu'il le désirerait de la personne de ces imprimeurs et des fruits de leurs presses. Ce qu'il n'a pas pu faire , nous le tentons aujourd'hui ; heureux si nos travaux accueillis par les amis de l'histoire littéraire leur paraissent dignes de quelque attention. Ces illustres artistes doivent d'ailleurs nous intéresser à plus d'un égard. Leurs éditions les plus soignées ont été imprimées avec les caractères de Garamond , habile graveur et fondeur, qui fiorissait sous le règne de François I*' ; et le plus beau papier dont ils se soient servi était tiré des fabriques d'Angoulême. A ces titres, nous pourrions donc les revendiquer presque comme des imprimeurs français. - '
Les poinçons grecs , gravés par Garamond , sont conservés à l'Imprimerie Royale, et ses autres poinçons existent entre les mains des descendants du typographe Foumier. Ces derniers ont servi dans le cours du dixhuitième siècle à imprimer un grand nombre d'ouvrages,.
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parmi lesqpiek nous nous bornerons à citer la jolie collection des moralistes anciens , publiée par de Bure, en 1782 et années suiyantes. En comparant lettre à lettre les notes de cette collection. avec les belles éditions in-i2, particulièrement de Bonaventure et d'Abraham Elzévir, on parvient facilement à se convaincre que les mêmes cauractères ont été employés pour les unes et pour les autres. Ces caractères sont de la dimension connue en typographie sous la désignation de petittexte. Les caractères d'une dimension supérieure ont également servi aux Elzévirs pour les éditions d'un plus grand format. Et afin qu'aucun doute ne puisse exister à cet égard, nous ajouterons que dans leurs propres catalogues les Elzévirs indiquaient par le nom même de Garamond les nombreuses éditions imprimées avec les. caractères de ce graveur.
En 1783, François Ambroise Didot donna une édition in-*quarto des Jardins de l'abbé Delille , dont le texte était imprimé avec des caractères qu'il venait de faire graver, et les notes avec les caractères de Garamond. L'ancien graveur supporte u^s^bien la^concurrence, et peut-être ne se mon^enûton que juste en lui donnant l'avantage sur son successeur, dont les caractères sont un peu maigres. Depuis cette époque , les caractères d'imprimerie ont éprouvé d'immenses perfectionnements , que Ton doit sur ^ tout à Firmin Didot, second fils d' Ambroise. Les fils de Firmin suivent les traces de leur père; et désormais l'art ^pographique peut être considéré comme ayant, à bien peu de chose près, atteint les limites de la perfection dont il est susceptible.
SUR L£S ELZOÉVIRS. aj
On ne trouve nulle part une notice exacte sur les Elzévira (i). Baillet n'en compte que.quatre, et Lamonoye se contente de remarquer qu îl en a oublié un cinquième. Maittaire lui-même na connu que sept Elzévirs ;. encore ne paraît -il pas bien assuré qu'ils fussent parents. Tout ce qu'il dit à cet égard est yague et peu satisfaisant, et l'on n'y trouve de positif que le$ éloges mérités qu'il prodigue à c^ habiles imprimeurs. Les recherches que nous avons faites dans un trèsgrand nombre d'ouvrages, tant imprimés que manuscrits, et sur-tout dans les lettres des. savants qui travaillaient pour les Elzévirs, ou qui faisaient imprimer leurs ouvrages chez eux, tels que Sarrau, Saumaise, Gronovius, Heinsius, etc.; et, avant tout, l'arbre gé-
(i) Le nom de ces imprimeurs célèbres s'écrivait en latin Ehevirius. On a fait de ce. mot le nom français Elzéçtr, dont l'usage a prévalu, et que l'on emploie le plus ordinairement , qudique cependant à la tête de leurs éditions d'ouvrages en langue française on lise presque toujours Elsevier, Elzevier, et quelquefois seulement Elzevir,
C'est ici le lieu de remarquer le rapport qui existe entre deux mots hollandais , else , orme , et, par extension de signification, bois; et vuur, feu, et le nom des imprimeurs qui nous occupent. Cette espèce d'homonymie explique un em* blême que l'on voit dans plusieurs frontispices des éditions elzéviriennes , par exemple, dans ceux de la Sagesse de Charron , des Mémoires de Commines , etc. , et qui consiste dans un petit bûcher enflammé.
a8 NOTICE
néalogî({ue de cette famille, que M. Jean-^Jacob Elzërir, autrefois bourguemestre de Rotterdam, a bien touIu nous Communiquer, nous ont fourni les moyens de donner la filiation des Elzévirs, et de rassembler sur la personne des imprimeurs que cette famille a produits des détails intéressants qui n'ataient jamais été publiés. On voit par Tarbre généalogique des Ekérirs que cette fkmille était originaire de Liège , de Lourain , ou peut* être même d'Espagne. Elle était d une bonne noblesse, et ses armes sont remarquables* Elles ont pour sup* port deux lions d*or; pour cimier, un lion dor armé d une i^toix rècroisettée de gueules , le lion tourné à sénestre. Les annes «ont d'azur à la croix pleine en talus , cantonné au i et 4 d'un lion passant d'or^ et au a et 3 de trois fleurs de lys d'argent, deux et une (i)» Nous allons examiner, dans l'ordre de leur naissance, les diffàvnts membres de cette famille; et noua rapponerons , en parlant de chacun d'eux , les principaux traits qui les icûncernent. Le premier imprimeur ou hbraire qui ait porté le nom d'Ekévir est Lmiis V.
(t) Ces âitnes^ que M. Adry tenait de M^-h-h Elaévir, Dttt été gravées pour i»ervir de fumtbpîcé k te volume; et tm extrait de l'arbre généaiôgique oontenant «eux des Eixénrs qm ont exercé l'att de rimprimene a été inÉpmié et placé à la Ah de cette notice.
SUR L£S ELZEVIAS. fàQ
LOUIS r'.
C*est sur une édition d'Eutrope, imprimée en 1592, qu'on trouve la première trace du nom d'Elzévir. Il n^ paraît pas certain que ce chef de la famille ait été imprimeur. Sur presque tous le$ ouvrages qui portent sou nom ou trouve l'indication d'un autre imprimeur , et sur aucun Ton ne trouve indiqué qu'il ait été imprimé avec le* caractères d'Elzévir, tjpù ElzewHL Dans tous les ca3 , Louis I**^ faisait un commerce fort étendu , car plusieurs de* ouvrages qui portent son nom portent ausfi celui de différentes ville*; doU l'on doit conclure qu'il avait des magasins ou entrepôts dans ces villes. On trouve encore le nom de Louis I**^ sur àes ouvrages imprimés en 16179 en société avec Maire , et postérieurement on ne le retrouve plus, ce qui doit donner à croire que cette époque est celle de sa mort.
L'Eutrope de 15^2 offre au frontispice un ange qui tient un livre d'une main et une faux de l'autre ,• cependant la marque habituelle ou enseigne de Louis est un aigle sur un cippe avec un faisceau de sept flè^es accompagné de cette devise, si convenable à une maison de commerce : Concordiâ res parvœ crescunt.
Louis I^ a laissé quatre fils, parmi lesquels deux seulement ont suivi la profession de leur père.
3o iroTiCE
MATHIEU ou MATTHYS.
On trouve le nom de ce premier fils de Louis sur la Castramétation de Stévin et sur la Nouvelle /brt^ca-' don par écluses du même, où il est indiqué comme associé avec Bonaventure Elzévir. Comme on ne trouve plus de vestiges de cette association postérieurement à Tannée 1618, date de ces deux ouvrages, et que le nom de Mathieu ne reparaît plus , il est probable qu'il quitta le commerce vers cette époque. Scaliger parle dun Mathias Elzévir, qui paraît devoir être difïerent de celui dont nous nous occupons. Mathieu mourut en 1640. Il avait eu cinq fils, au nombre desquels se trouvent Isaac, Abraham et Bonaventure, qui- suivirent avec honneur la carrière typographique.
GILLES (iËGiDiiTs).
Second fils de Louis I^ , a été seulement libraire. Il exerçait sa profession à La Haye , ainsi que cela résulte de différents ouvrages sur lesquels il est indiqué comme résident en cette ville, et entre autres de l'ouvrage de Linschot sur la navigation.
THÉODORE (Elzévir douteux).
Le catalogue, très-souvent fautif, des foires de Francfort annonce le premier volume des Origines belgiques
SUR LES ELZévlRS. 3l
de Scrieckius, 16149 in*folio, en flamand , avec cette adresse : Tôt Amsterdam bjr Theodor Elzeçir. Comme on ne trouye aucun autre indice de ce Théodore, et que sur le second volume de l'ouvrage de Scrieckius, imprime en 161 6, on voit figurer Louis Elzévir, à Leyde, dans le nombre des libraires chez lesquels il se trouve, il est très-présumable que le catalogue de Francfort a commis une erreur, et que ce Théodore n'a jamais existé.