ISAAC
Isaac, petit-fils de Louis P' et fils de Mathieu, imprima, dès Tannée 161 7, différents ouvrages, au nombre desquels on compte ceux de Constantin Porphyrogenète. En 161 8, il fit paraître plusieurs autres ouvrages sur lesquels on lit: Apud Elzes^irios ^ ou ex offUina Elzeviriorum ^ ce qui prouve que dès -lors il existait une association de commerce entre plusieurs frères Elzévirs, ou entre des parents de la même famille. Au nombre des livres dignes d'être remarqués, sortis des presses d'Isaac, se trouve un premier chant ' de riliade d'Homère, en grec. Ce fragment est imprimé TfpU haaci Elzeviri^ sumptibas Henrici Lau-' rentii^ i6ig. Nous ignorons si l'on a donné suite à cet ouvrage, dont le format était petit in-4^. Isaac avait adopté, pendant quelque temps, la devise ou enseigne de Louis V. Dans la suite , il prit l'arbre autour duquel une vigne entortille ses branches , avec le solitaire et
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ces mots : Non solus (i). Cette marque fut aussi celle de Bonaventure, d'Abraham, et de Jean EIzévir. Cet arbre n'est pas un olivier, comme 1 était celui des Etienne, avec ce proverbe des Grecs : iV# êxtva oleas (ne passez, pas les bornes y parce qua 1 une des extrémités du Stade étaient plantés des oliviers), mais un orme, autour duquel un cep de vigne entrelace %es rameaux chargés de firuits. Ce symbole d amitié pouvait représenter l'association des deux frères , lels sentiments qui les unissaient plus encore que les liens du sang et les relations du commerce. Le solitaire qui accompagne Farbre est un autre symbole qui désigne le travail du cabinet , et convient à tout homme de lettres qui peut se dire avec Scipion : Sa nunquhm minus esse solum quàn% cùm easet soàis, et qui recueille alors les plus grands fruits de sa retraite. ]Lie dernier ouvrage sur lequel se trouve le nom dlsaao est YHyvmus Tabetei de Thortua, 1638, in^^. On doit croire qu'il est raQ|*t cette année ou l'année suivante.
(i) Ce fleuron étant en quelque sorte propre'aux Elzévirs, et ne se trouvant que sur leurs livres , nous avpns cru devoir le faire reproduire avec exactitude , afin de le placer en tête d'un ouvrage qui leur est consacré. Les Elzévirs ont aussi employé le fleuron des Etienne dont on parle ici, et il se voit sur plusieurs de leurs éditions; mais ce n'est que postérieurement à la mort de Bonaventure et d*Abraham.
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BONAVENTURE et ABRAHAM.
Une association de plus de YÎngt^huit ans, qfuia jeté les fondements de la gloire des Elxévirs, et qui ne fut rompue que par la mort;des'associés>,.ne'per« met pas de séparer ces illustres frères, qui, comme Isaac, étaient fil^ de Mathieu. Uarbre généalogique place Abraham le premier; sur les éditions c'est Boha^ ▼enturequi occupe le plus ordinairement ce rang; ma^s. il n'est pa^ sans exemple, quii) sqn nom soit.pldcé après .celui d'Abraham. Nous ignorons quel était l'ainé; nous savons seulement qu'Abraham était né environ un an apr^^ le mariage de son père , ce qui déciderait la question, à moins qu'ils ne fussent jumeaux, ainsi qu'il j a plusieurs raisons de le penser, et qu'ils ne soient nés dans le. même temps, comme ils sont morts à*peu-près à la même époque.
L'association des deux iréres BonaTentîive et Abraham fut plus heureuse que celle de Mathieu et de>son fils Bonaventiixe. On a prétendju que la durée de cette association fut Tunique époquje des belles éditions des Elzévirs; nous prouverons ailleurs que cette opinion, assez généralement reçue , n'est nullement fondée. Quoi qu'il en soit, la grande célébrité des Elzévirs date de ce moment. Bonaventure et Abraham obtinrent, le i5 mai i6a6 , le privilège des Etats de Hollande pour leurs petites Républiques (i). Ces e^èces de statistiqujes. des
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(i) Le peu de cas que Von fait actuelleiniebt de ces Bépu-
différents pays, autrefois fort recherchées, sont tombées aujourd'hui dans un abandon qu elles ne méritent pas entièrement. Elles renferment en général des détails fort exacts, et sont, comme la plupart des ouvrages de ce temps , faites en conscience. C'est en imprimant cette petite collection que les deux associés prélude-* rent, pour ainsi dire, aux chefs-d'œuvre de typographie qui ont immortalisé leur nom.
Us disent en plusieurs endroits, et notamment en tête du César de i635, qu'en puUiant des éditions correctes des meilleurs auteurs de l'antiquité, ils ne cherchent qu'à bien mériter de la république des lettres. Malgré cette protestation , nos deux associés n'ont pu se garantir du reproche d'avoir été avides de gain. On trouve dans la correspondance d'une partie des savants avec lesquels ils étaient en relation des imputations peu favorables sur leur compte; maïs s'ils sont accusés par les uns , ils sont d^endus par les autres , et l'on peut aisément supposer que ces plaintes n'ont pas de motifs bien graves , et qu'elles sont de la nature de celles que n'ont jamais cessé et ne cesseront jamais
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bîiques nous a autorisés à ne point nous en occuper. On trouve d'ailleurs, dans les Mémoires de Littérature de S*** (Sallengre), tome II, page 149, de la seconde partie, un eatalogue de toutes ces Républiques y avec l'indication des différentes éditions, et de celles que l'on doit préférer. Ce catalogue est fait avec beaucoup d'exactitude , et nous y renvoyons ceux qui pourraient se plaindre de notre omission.
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de s'adresser réciproquement les auteurs et les imprimeurs. Le reproche de lenteur pouvait être mieux fondé. En effet, les ElzéTÎrs étaient extrêmement occupés, et Abraham et Bonayenture ont donné, à eux seuls, un plus grand nombre d'éditions que tous les autres imprimeurs du même nom réunis.
On a accusé bien légèrement les éditions des Elzévirs d'être incorrectes. J avoue qu'on peut faire ce reproche au Virgile de i636; aussi les amateurs ne le recherehent-ils que pour la beauté des caractères , et Heinsius lui-même se plaint -il de son incorrection. C'est donc à tort que l'on a prétendu dans une édition stéréotype que ce Virgile était regardé comme trèscorrect, quoique, ajoute-t-on, il fourmillât de fautes. On n'a jamais regardé comme très- correcte que l'édition de 1676, qui sert encore de base aujourd'hui à toutes les bonnes éditions de Virgile.
Si Ton a blâmé souvent les éditions des Elzévirs sous le rapport de la correction, elles ont été quelquefois aussi le sujet d'éloges exagérés. Cependant
Elles n'ont mérité Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.
Elles sont véritablement plus remarquables par la beauté de leur exécution que sous tous les autres points de vue. Néanmoins les ouvrages français publiés par ces laborieux artistes ne sont guère moins cor« rects que ceux que l'on pubUait en France à la même époque, et les éditions des classiques anciens, à très*
peu d'exceptions près , ne le cèdent à aucunes autres. Un exemplaire du Pline de i635, conservé dans rimportante bibliothèque vétérinaire et rurale de M. Huzard, fait connaître , au surplus, de quelle ma* nière les Elzévirs soignaient celles de leurs éditions qui leur en semblaient dignes. Chaque feuillet de cet exemplaire est imprimé d'un seul coté, et découpé ensuite pour être collé sur de grandes pages blanches, de manière à figurer un in-folio à' deux colonnes et à marges très-larges. Ces marges destinées à recevoir les corrections de l'éditeur en contiennent en effet un bon nombre ,- d'une belle écriture , et dont on a feit usage dans l'édition telle qu'elle a été publiée. On peut juger par ce détail de la recherche avec laquelle certaines éditions étaient corrigées, et des résultats que l'on devait obtenir avec de pareils soins.
Les deux frères étaient également habiles dans l'art de la typographie et dans le commerce de la librairie, et ils avaient fait plusieurs voyages pour se perfection* ner dans l'un et dans l'autre. Ils n'imprimèrent euxmêmes qu'à Leyde, et l'on ne trouve que bien peu de livres imprimés ailleurs à leurs frais. Quelques ouvrages imprimés en i652 portent encore leur nom , mais c'est leur dernière année. Abraham mourut le i4 août i653y et Bonaventure ne peut lui avoir survécu que bien peu de temps, puisque Ulitius, dans une lettre datée du 6 des ides de novembre i652 , et adressée à Nicolas Heinsius, lui dit: « Vous^ avez sans doute appris la « mort des deux Elzévirs. » Leur vente se fit le i6 avril
i653, et il paraît que, dans le courant de cette année, les fils de Bonaventure et d* Abraham imprimèrent encore quelques ouvrages sous le nom de leurs pères.
Quelque temps avant de mourir ils s'étaient brouillés avec Saumaise, mais sans que ce f&t tout -à- fait de leur faute. Le sujet de la querelle était venu de Toubli qu'ils avaient fait de lui envoyer à Paris des exem* plaires du Defensio regia qu'ils venaient d'imprimqr pour lui. M. Sarrau les ayant avertis, ils réparèrent leur négligence; mais Saumaise ne la leur pardonna, pas, et prit le parti de faire donner par Lofiis Elzévir d'Amsterdam une nouvelle édition du même livre. Le caractère bouillant de Saumaise aurait permis, même sans ces détails, de penser que tous les torts n'étaient pas du côté des Elzévirs.
Avant de terminer cet article, nous remarquerons que Bonaventure et Abraham Elzévir sentaient bien tout le prix de leurs travaux et le mérite des éditions qu'ils donnaient. Dans l'épître du beau Salluste de 16349 ils disent à Bôxhornius : «Nous ne vanterons « pas ici nos ouvrages et l'élégance de nos caractères; « les savants en jugeront ainsi que la postérité. » Ils observent ensuite qu'il ne suffit pas qu'un livre ait un grand mérite du côté de la typographie , qu'il faut dé plus que le texte y soit offert avec la plus grande correction. Nous ajouterons que l'immensité de leurs affaires pouvait bien leur faire pardonner un peu d'inexactiitude ; et que , lorsque l'on considère le nombre et la perfection des ouvrages qu'ils ont publiés , il est
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difficile de ne pafl leur reconnaître des drmts incontestables à l'estime et à la reconnaissance de la postérité.