ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE
sur
'O mtvaoço; ToûXXi&ç, é Tri; «aXaii;
Ceci n'est point un essai de critique ni d'esthétique littéraire , pas même une modeste étude de philologie, à propos du plus illustre des polygraphes romains. Nous n'avons jamais eu la présomptueuse pensée d'oser, en quelques pages, chercher à apprécier quelle incontestable et salutaire influence ses nobles écrits ont exercée do tout temps sur la philosophie, sur la législation, sur l'économie morale, politique ou religieuse des peuples auxquels les bienfaits de la civilisation les ont transmis. IN nus n'oserions même entreprendre de relever ni d'analyser les excellen-
tes notions de pureté, d'élégance et d'athéisme que les maîtres clans l'art de parler et d'écrire ont puisées à pleines mains, depuis dix-neuf siècles, dans cette source intarissable. Au point de vue philologique, comme à celui de la morale et de la philosophie , cette admirable thèse a été plus d'une fois soutenue, avec autant d'érudition que d'éclat, par les grands esprits du moyen Age et de la renaissance, aussi bien que par les savants et les penseurs de notre époque.
Notre but est restreint dans un cadre infiniment plus modeste, et pourtant il offre peut-être un certain intérêt de curiosité, intérêt qui nous a soutenu jusqu'à la fin des nombreuses et minutieuses recherches qu'il nous a fallu faire, et qui contribuera, nous l'espérons du moins, à nous faire pardonner ce que présentent toujours de sécheresse et de monotonie les nomenclatures et les catalogues.
Essayer de faire l'histoire des manuscrits de Cicéron, raconter, aussi succinctement (pie possible, les péripéties par lesquelles ils ont dû passer depuis les époques barbares jusqu'à la découverte de l'imprimerie, c'est-à-dire jusqu'à la renaissance des lettres; faire suivre cet aperçu, nécessairement fort imparfait et un peu confus, d'un extrait bibliographique relatif aux premières et aux meilleures éditions des nombreux ouvrages
suit UCÉKON.
du prince des orateurs romains ( c'est la formule consacrée depuis des siècles ) , voilà ce qu'il nous a paru intéressant de tenter; et, si le résultat, bien imparfait, auquel il nous a été possible de parvenir, est loin de satisfaire la juste susceptibilité du public des lettrés et des érudits, peut-être au moins voudra-t-il bien , malgré la sévérité à laquelle son caractère l'oblige , nous tenir compte des extrêmes difficultés auxquelles nous avons dû nous heurter à chaque pas dans un genre de travail où tout est hypothèses , ténèbres, contradiction , et pour lequel manquent presque absolument les documents sérieux et les faits acquis au domaine de l'histoire.
Les manuscrits des grands classiques grecs et romains furent conservés en grand honneur pendant les cinq premiers siècles de l'ère chrétienne. Deux causes principales amenèrent leur destruction , qui fut malheureusement aussi rapide que complète.
L'invasion des hordes barbares, peu soucieuses des chefs-d'œuvre des lettres et des monuments des beaux-arts d'Athènes et de Rome, invasion qui détermina instantanément et fatalement la corruption de la langue, en même temps qu'elle fit disparaître jusqu'aux plus faibles vestiges du
à ÉTUDE
goût et île l'élégance qui avaient jeté un si spleil • dide rayonnement sur les grands siècles de Périclès et d'Auguste.
En second lieu , la décadence rapide de la so ciété civile romaine, en même temps que la prédominance d'une religion nouvelle, qui, sortant triomphante des luttes terribles qu'elle avait soutenues contre ses persécuteurs , les empereurs de la Kome païenne , fut peut-être tout d'abord presque aussi funeste aux monuments littéraires , derniers débris d'une civilisation à tout jamais vaincue, qu'avaient du l'être les déprédations sauvages des Huns , des (ïoths et des V andales.
Ne nous est-il pas également permis de croire que les polémiques violentes , suscitées , dès les premiers siècles de l'Église, par un fatal besoin de controverse , entre les docteurs orthodoxes et les hérésiarques qui ne tardèrent pas à surgir, amenèrent la destruction d'un grand nombre de manuscrits profanes?
L'fcgiise était alors fertile en grands courages .
qui versèrent des flots d'encre, et, quand le parchemin manqua, employèrent tout ce qui leur tomba sous la main ; des scribes ignorants croyaient pouvoir, dans leur zèle pieux, sacrifier Tacite, Horace et Cicéron, ces (lambeaux éblouis
SLIl CICÉRON. 5 sauts d'une civilisation redoutée , aux écrits des Tertullien, des Origène, des Lactance et de tant d'autres grands esprits, qui pourtant avaient puisé, sinon leur inspiration , du inoins leur élégance et leur pureté aux sources limpides des lettres antiques.
Hâtons- nous d'ajouter que si, pendant une période qui ne fut, hélas ! que trop longue, l'incurie et l'ignorance des moines, et même de quelques évéques, occasionnèrent la dilapidation et provoquèrent la ruine des plus précieux trésors des grandes civilisations passées , pendant les siècles suivants, au contraire, certains prélats et quelques couvents de France et de Belgique , d'Angleterre et d'Italie , appartenant à des ordres lettrés, apportèrent à la recherche des monuments littéraires , enfouis dans leurs archives , une ardeur passionnée, une fièvre (l'investigation , qui produisirent les résultats les plus féconds ; secondés par le zèle éclairé de quelquesuns de nos rois , Charlemagne , saint Louis et Charles V, entre tous, ces travailleurs infatigables , ces modestes pionniers de la civilisation moderne, dont l'histoire aurait du conserver les noms, parvinrent , après des efforts qui durèrent des siècles, à retrouver, à coordonner et à transcrire une grande partie de ces monuments inestimables, dont les esprits élevés déploraient ,
dès ces époques reculées , la perte à jamais regrettable.
Ce qui contribua également à préserver jusqu'à l'époque de la renaissance (du v* au xiv e siècle) quelques fragments antiques, et facilita singulièrement les investigations des hommes véritablement dévoués à la science, ce fut la conservation de la langue latine , chez tous les peuples qui n'étaient pas absolument retombés dans la barbarie, comme langue officielle pour les actes légaux , pour les pièces politiques et les correspondances cléricales , enfin et surtout comme langue usuelle des savants et des lettrés. 11 est fort rare cependant , du vi c au xn c siècle , époque néfaste où d'épaisses ténèbres couvrent presque sans éclaircies l'Europe entière (il faut en excepter un demi-siècle pour l'épopée carlovingienne, et, longtemps après, quelle éclatante lumière jettent ces grands esprits essentiellement cicéroniens, les Abélard, les saint Bernard, les Jean de Salisbury, les Henri de Gand ! ) , il est fort rare, disons-nous, de rencontrer des citations qui ne soient pas extraites de la Vulgate et des Livres sacrés; et peut-être nous sera-t-il permis, incidemment , d'en tirer cette conséquence rigoureuse, que l'austérité intolérante de l'enseignement clérical était bien loin d'encourager l'étude des classiques profanes , et risquait d'étouffer
SUR ClCÉItON. 7
sous le poids ei les arguties d'une scolastique indigeste jusqu'au souvenir des splendeurs littéraires des civilisations païennes.
Pour préparer et faciliter nos études cicéroniennes, il nous faut jeter un rapide coup d'ceil ' sur Les librairies des couvents et des princes pendant ces tristes époques. De quelques-unes nous restent de précieux, mais trop brefs inventaires; des autres les auteurs contemporains nous décrivent, presque toujours en peu de mots , les splendeurs et les misères.
Un fait ressort tout d'abord de cette courte excursion dans le domaine de l'histoire : c'est combien étaient rares et clair - semés, rari riantes , les manuscrits profanes, au milieu du gouffre sans fond des livres sacrés de liturgie , de scolastique, de dogmatique, de théologie morale , catéchétique , parénétique et mystique ; tout ce gros bagage escorté des saints Pères, des Vies des Saints , des Actes des Conciles , et des Concordances, et des Commentaires, et des Harmonies, et des Paraphrases, et quibusdam alUs % absorbait tout le parchemin disponible. Au milieu de cette formidable nomenclature, est-il étonnant qu'on ne voie que bien rarement figurer dans les inventaires contemporains le nom des plus grands auteurs de l'antiquité?
C'est qu'aussi les dévots copistes de la plupart
des couvents , à ces époques ou le parchemin devenait de plus en plus rare 1 , ne se faisaient aucun scrupule d'effacer, de gratter sans pitié les trésors profanes qui couvraient la plupart des vieux parchemins de leurs librairies, pour y substituer dévotement leurs Offices , leurs Rituels et leurs Graduels , et surtout leurs volumineux Commentaires des livres saints. C ne des plus précieuses découvertes de la science moderne a eu pour effet de réparer en partie le résultat funeste de ces inepties barbares, en faisant reparaître les premiers caractères de quelques-uns de ces palimpsestes, et renaître, pour la joie des peuples civilisés, ces précieuses reliques d'un âge qui n'est plus.
' Aux dixième et Onzième siècles surtout, il avait acquis une valeui exorbitante. Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, alors qu'il se substituait généralement au papier de papyrus et au papier cornélien, on avait l'habitude de n'écrire que d'un seul côté, particulièrement les chartes et les actes officiels : ce n'est qu'à dater de la fin du neuvième siècle que l'on trouve des chartes écrites au recto et au verso. On comprend qu'à une époque où le commerce et l'industrie étaient presque nuls, cette prodigalité de la matière première amena en peu de temps une pénurie complète : ce fut alors que les moines commencèrent à racler le parchemin écrit, avec un fragment de verre cassé ou avec un grattoir; quelquefois même ils le trempaient dans l'eau bouillante ou le faisaient passer par la chaux vive. Cette déplorable coutume devint si générale et produisit de si funestes résultats que les empereurs d'Allemagne, en élevant à la dignité de comte leurs chevaliers, avec pouvoir de créer des notaires impériaux , furent obligés d'insérer cette restriction dans les provisions qu'ils leur concédaient : » A condition que lesdits notaires n'emploieront point de parchemin vieux et raclé, mais qu'il soit vierge et tout neuf. » (Maliei, Istor. Diptom., p. (iU.)
SUR CICÊIIOM. 0
Mais devons-nous accuser de ce sauvage vandalisme ces pieux et ignorants scribes, ces humbles et habiles manœuvres, dont les travaux merveilleux de patience et de délicatesse font encore l'admiration de notre époque ? Lettrés ou ignorants, pourvu qu'ils possédassent une belle écriture, ces pauvres moines étaient employés par les évéques, dès la fin du ni* siècle, à la transcription des pièces concernant l'histoire ecclésiastique et les textes sacrés : quelquefois même c'étaient des jeunes filles qui consacraient les plus belles années de leur existence à ce travail ingrat et pénible; et l'illustre auteur de Y Encornium Moriœ , Érasme, se plaint avec amertume des moines qui confient à des fillettes le soin de transmettre à la postérité les trésors des lettres antiques 1 . Hélas! ils ne connaissaient pas même de nom les auteurs qu'ils détruisaient 2 . Ces pau-
' Olim et in descrihendis lihrU adhibebalur religio non minor quam nunc adhibetur in uutariis puhlicis ac juratis ; cerle major deltebatur, nec aliunde tant prodigiosa librnruni confusio profecta est, quam quod obscuris qutbuslibet et monacbu imperitis, mox etiam inuliercolis citra dilectum rei tam sacrte tractatio committebalnr. (Erasmi Adagio, tom. Il, col. 403.)
* Pétrarque s'indigne et s'emporte contre l'ignorance et la sottise des copistes de son temps : « Comment pourra-t-on jamais, s'écrie-t-il, réparer le tort que nous font les scribes qui, par leur ignorance et leur paresse, gâtent tout?... Quiconque sait tenir une plume et enluminer le parchemin se pose en habile copiste, quoiqu'il n'ait aucun savoir, ni tnéine aucune notion de l'orthographe. Mai* qu'importerait l'orthographe, si du moins ils s'astreignaient a copier fidèlement ce qu'on leur
ÎO rVi'lOE
vres moines écrivaient avec une grande netteté, enluminaient parfois avec une rare élégance ; pour les rois et pour les évêques , pour leurs abbés et leurs bienfaiteurs, ils consacraient trente années de leur existence recueillie à l'exécution d'un splendide missel; leur humilité, leur abnégation, leur passion pour leur art, quelquefois leur amour des lettres , sont incontestables ; aussi rapportaient-ils de grosses sommes d'argent à leurs abbayes : témoin ces moines de Baveux qui, en 1 4 1 4 ? firent payer 6oo escus d'or au bon roy Charles VI' les Heures, superbement enluminées, que ce pauvre prince offrit à la duchesse de Bourgogne, et ce manuscrit des Homélies d' Ai-
donne à transcrire? on aurait au moins la substance des livres, tout ou riant de l'ignorance des copistes. Crovez-vous que si Cieéron, Tïte-Li*e el d'autres vieux auteurs, surtout Pline, rcxciius parmi nous, se faisaient lire leurs ouvrages, on ne les entendrait pas se récrier à chaque page, prétendant que ce qu'on leur lit est le fait de quelque l>arbare et non pas le leur? Le mal est qu'il n'y a ni règle m lois pour les copistes : les ouvriers de tous les états sont soumis à des apprentissages, à des examens; il n'y en a point pour des copistes : et cependant il nous faut les payer bien cher, pour les voir gâter tous les bons livres. » Et dans une lettre à Noccace, il se plaint de ne pouvoir trouver un homme en état de copier fidèlement son livre de l'ita solitaria : « Vous ne pourriez croire, lui dit-il, que ce livre, qui a été écrit par moi en si peu de temps, ne puisse être copié dans l'espace de plusieurs années. » (Pet rareté Epist. famil. Venetiis, J. et Greg. de Gregoriis, 1492; in-4.) Et sur un manuscrit de Cieéron, que décrit Motitfaucnn dans son Jour- »al, ne lit-on pas cette énergique apostrophe : Non reperitur plus, tanla fuit ne^ligintia atque inscitia eorum qui /am nos multis ssKitlis anteivrruut : qui ift* inertix utiuam fi ignvrantiie prsemia Jignn ft mut !
M R UUÉtlOK. Il mon d'f lalherstadt, qui fut acheté au dixième siècle, par llcrmengarde, comtesse d'Anjou, à nous ne savons plus quel monastère, au prix de deux cents brebis, trois muids de grains et nombre de peaux de martre
La découverte de l'imprimerie porta un coup mortel à la modeste industrie de ces pauvres scribes : dès l'année 1408, en Allemagne et en Italie, les manuscrits perdaient 80 pour 100 de leur valeur; aussi, quand, en i/|7°» les sorciers allemands introduisirent l'imprimerie à Paris, les copistes, pressentant leur ruine, s'empressèrent-ils de présenter une requête au Parlement contre ces novateurs impies; et cet illustre tribunal ordonna la saisie et la confiscation des imprimés. Heureusement pourGering et consorts, plus heureusement encore pour l'honneur de la France, « le bon ro\ Louis onzième » fit défense au Parlement de connaître de cette affaire, l'évoqua à son tribunal , et fit rendre les imprimés aux typographes.
Mais nous avons hâte d'écarter ces tristes récriminations , et d'aborder, pour n'en plus sortir, le sujet que nous nous sommes proposé de traiter.
Un catalogue écrit au neuvième siècle, et qui
' Annal. Knn.lnl. Iil.. I.XI. wc. M.
termine un antique codex des Scolies de saint Maxime sur saint (Grégoire, ne porte qu'à trentedeux volumes la bibliothèque du couvent auquel appartenait ee manuscrit : on y trouve .ïosèphe et Pétrone! mais aussi un ouvrage intitulé simplement Uttcnv ad tliversos , secunda pars, qui pourrait bien n'être autre que les Epistolœ ad familiarvs ; tout le reste n'est que théologie et Pères de l'Église.
Vn peu plus tard , la librairie de l'abbaye de Saint Etienne, en Allemagne, comprend quarantetrois volumes; celle d'Evrard , comte de Frioul, monte à cinquante, et il la divise, à sa mort, entre ses trois enfants, comme l'une des portions les plus précieuses de son riche héritage.
Au onzième siècle, Guidon, abbé de Pompose, près Ravenne, réunit soixante-deux ouvrages, parmi lesquels on remarque Tite-Live, réduit seulement à dix livres, et que l'on s'efforçait inutilement dés lors de compléter. La bibliothèque de Moyen-Moutier, dont un manuscrit du temps nous apprend que cinq moines firent le tour de force de copier une Bible en cinq mois, n'avait pu, malgré l'incontestable dextérité de ses scribes, réunir plus de soixante-sept volumes.
A la même époque, vers l'an 1 108, Olbert, abbé de Gembloux monastère situé à trois lieues au nord de Namur), qui transcrivit, /tro-
si h cicfcitoN. ia pria munu, l'histoire de l'Aneieii et du Nouveau Testament était parvenu à former une librairie citée comme une grande magnificence : il avait recueilli cent soixante volumes, et il faut remarquer que les auteurs profanes en formaient presque le tiers : on y trouvait Virgile et Lucain, mais pas un seul livre de Cicéron.
Au douzième siècle, la célèbre abbaye de \Jont-Cassin, fondée par saint Benoit en 5a8, n'avait encore que quatre-vingt-dix ouvrages, et certes la règle élevée de cet illustre séminaire des lettres et des sciences avait eu pour but principal d'inspirer aux moines l'horreur de l'oisiveté et le culte salutaire des plus nobles doctrines intellectuelles 1 .
• « El quia cum religionis studio vigere fecerat eliam litteralis scientia? studium, ne et in hoc eis deesset unde hnjosniodi artis exsequerentur exerritium, suhministravit eis etiani copiant libruruni : non pavtus euim ut per otinui mens aut manus eorum torpescerel, nliliter profeetui eonun providet, dum eos|>er scribendi laborem exerret et frequenti scripturaruin rmditatioue animos eorum ad meliora promovel. Appellens ergo animum ad construendam propos.se suo hibliothecam, quasi quidem Seriptura» (Canoniri et S. Patres) plus quain centum congessit volumina, sa-rulari* vero disciplina* libros (circa) quinquagiiita. Miraudum HUM hominem unum in tan ta tenuilate rerum, tanta potuisse c uni para re... » (Acta SS. Ord. S. Benedicti, sa>c. VI. Pars 1, p. (>05.)
Pour plus de détails sur cette illustre abbaye de Geinbloux , qui eut l'honneur de produire l'historien Sigehert, voyez Yltinerartum per nunnutlas Galliir Beigiae partes, Abraham» Ortelii et Juannls t'h iani. Auherpia-, Plantin, t(i84. Pet. in-8.
1 « L'oisiveté est l'ennemie de l'aine, et par conséquent Ici liens doivent a certains moments s'occuper au travail des mains; dans d'autres.
id t l l DE
Mais un t'ait singulier, presque inexplicable, et qui cependant présente tous les caractères d une authenticité absolue, c'est qu'au fond des landes armoricaines, au désert, une petite abbaye perdue, Pontivy, avait, à la fin du onzième siècle, réuni deux cents volumes, nombre inconnu jusqu'alors, et que l'on ne retrouve que dans les catalogues de librairies datés du treizième et du quatorzième siècle.
L'église cathédrale de Constance possédait, vers le dixième siècle, une librairie importante : là , quatre cents ans plus tard, dans ces riches archives, le Pogge et Pétrarque devaient retrouver quelques-uns des plus importants traités de notre orateur. Vers l'an 900, un prêtre, nommé Salomon, qui sortait du savant séminaire de Saint-Gall , fut appelé à l'évèché de cette ville : il apporta, dans l'exercice de ses fonctions épiscopales, les sentiments libéraux les plus élevés, et l'ardent amour pour les lettres latines, dont il avait puisé les principes à l'école de l'abbé de Saint-Gall , le savant Ison : plusieurs de ses ouvrages latins furent longtemps en honneur et
à de saintes lectures... Que l'on choisisse un ou deux auciens pour parcourir le monastère à l'heure où les frères sont occupés à la lecture, et qu'ils voient s'ils ne trouvent pas quelque frère négligent qui se livre au repos ou à la conversation, ne soit pas appliqué à lire, et qui nonseulement soit inutile à soi-même, mais encore détourne les autres. » [Règle de uùnl Benoit.)
SUR CICÉRON. ift
conservés religieusement dans les librairies conventuelles du pays : plusieurs figurent encore sur le catalogue (l'un des plus riches qui soient au monde) des manuscrits de l'abbaye de Saint- (iall. IJb ri latine ab eo scripti et in Sangallensi et in Constanciensi bibliothecis fuerunt. Suam enim ecclesiarn Constant- iensem multis ornamentis, plurimis prœsertim libris optimis, illust ravit. [Casp. Brusch, de omnibus Germa niœ episcop. Epitom.y tom. I, f. 36.)
Les abbayes de Marmoutier, de l'Ile-Barbe à Lyon 1 , de Fleuri , Fcrriéres, Tours, Saint-Père de Chartres, Corbie, etc., nous prouvent, par de curieux documents, combien peu de manuscrits profanes les abbés les plus lettrés avaient pu ou osé réunir. Les librairies de ces abbayes, qui marquaient entre les plus riches et les plus savantes de l'époque, présentent à peine un vingtième de leur contenu que l'on puisse rattacher à la littérature classique de l'antiquité païenne, et ces classiques offraient le texte le plus incorrect et le plus imparfait : l'ignorance de ces pauvres
' Cette illustre maison fut établie par quelques proscrits sous le règne de Septime-Sévére ; Charlemagne fut le foudateur de sa librairie, qu'il mit sous ta garde spéciale de l'archevêque Leydrade, et qui devint en peu de temps l'une des plus importantes de France. Ciuq ans après sou couronnement à Home (So;, , il lui lit hommage d'un manuscrit des ii uvres de saint Denys l'Aréopagilc, quelui avait envoyé l'empereur Nicéphore.el d'une Bible grecque et syriaque, corrigée de sa propre main : ce dernier fait du moins est affirmé par SaMlirtis et par Pahneriuf.
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copistes, tlont nous avons parlé, et surtout le système tles abréviations, si multipliées à partir du huitième, et spécialement du onzième siècle, abréviations que rendaient nécessaires la rareté et le prix toujours croissants du parchemin , avaient fini par en altérer le texte, à un point que déplorèrent bien amèrement les savants qui s'adonnèrent plus tard à la reconstitution de ces précieux monuments.
En i2Di, la librairie de la cathédrale de Katisbonne ne comptait pas moins de cinq cents volumes 1 , tandis qu'en i 1 36 celle que le comte Gérard légua à l'église d'Angoulême n'en contenait que cent, et celle de Cologne, en 1 170, n'avait réuni que cent quatre-vingt-six volumes.
La Belgique, dès le dixième siècle, était classée par le pape Sylvestre II, l'illustre et savant Gerbert, comme un des pays de l'Europe les plus spécialement dévoués à la conservation des monuments littéraires et au culte des lettres : c'était là, ainsi qu'en Italie et en Allemagne, qu'il prescrivait la recherche des anciens manuscrits,
« A cette même époque, le chapitre de cette église fut obligé de racheter cette librairie au prix d'une parure d'autel, pesant Gl marcs d'or, valeur énorme pour le temps. « Anno 1250, cuni Katisbona'Conrado Frederici H filio insidia' slructie essent, ilonr.idus illis ex t renia quaxpic minatus est. Ecclesia ad S. Kuimeranum uxaliimcm sua m hihliothecalibrisquingentis redemit,ad quam redemptionein altare aureum, quod.a temporibus Iteml'oldi exstructum, usque ad ea tempora diiraverat, 67 marcaruin auri expenderunl.» (Paraii/r abb Urs. Xaucl. gentr. 42.)
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dont il ordonnait et surveillait lui-même la transcription avec une admirable ardeur
Certaines bibliothèques abbatiablcs y jouissaient, au moyen âge, d'une éclatante célébrité ; nous citerons seulement celles de Saint-Martin à Tournai, de Saint-Jacques à Liège, de Sept-Fontaines dans la forêt de Soignies , des chanoines réguliers de Saint-Martin et de l'abbaye du Parc, de l'ordre des Prémontrés, à Louvain , de Gembloux dont nous avons déjà parlé, d'Affligem , de Lobbes, et, par-dessus toutes, celle de Saint- Bavon-lez-Gand a .
Nous devons dire quelques mots de cette dernière : vers la fin du onzième siècle, cette célèbre abbaye possédait déjà un nombre respectable de livres théologiques ; mais elle dut le principal lustre de sa librairie à la pieuse munificence de l'abbé Henri Gœthals 3 , seigneur de Nyenlande, plus connu sous le nom de Henri de Gand, et surnommé par ses contemporains le Docteur solennel (né à Gand , 1217, mort à Tournai, 1293). Cet illustre théologien divisa en
• « Rihliotbecam assidue compara, et sicut Romac dudum, ac in uliis partibus Italia', iu Germania quoquc ac Bclgica scriptores, autorumquc exeniplaria multitudine numiuorui» redemi... quos scribi vdimus in fine epistolae designabimus : scrihenti membranam sumptusque necessarios ad vestruui iniperium dirigcmus. » (Grrberti Epist. XL1V, p. 015.,
J Saiiderus, Blbiiothrcn manuscripta brlgieu.
1 Ou Van der Mude.
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mourant ses manuscrits (Mitre le routent des dominicains de sa ville natale et l'abbaye deSaint- Bavon : ses trésors les plus précieux restèrent à la librairie de ce monastère.
Bien que l'on n'ait pas conservé le catalogue de cette collection, on peut juger par les auteurs dont le Docteur solennel extrait quelques citations pour ses ouvrages, combien était vaste son érudition et à combien de sources et sacrées et profanes les trésors de sa bibliothèque lui permettaient de puiser. \ristotc,Cicéron, saint Augustin, Végèce, Galien , Averroès et Avicenne, saint Jérôme, Platon, Pierre Lombard,. lamblique, Virgile, .losèphe, Origène et d'autres encore sont par lui cités à chaque page, et largement mis à contribution.
Cette donation de la librairie du Docteur solennel était faite à la charge, par les moines, de faire célébrer tous les ans un service anniversaire au bénéfice du donateur, dans l'église de Saint-Sauveur, et à la condition expresse et formelle qu'aucun des manuscrits légués ne sortirait de la librairie conventuelle : malgré ces réserves, quelques années après, le 16 décembre i3ai, les bons religieux de Saint-Bavon étaient condamnés à faire célébrer avec pompe le service anniversaire qu'ils oubliaient depuis quelques années, et à rentrer dans l'exécution de la clause capitale du testament qu'ils s'étaient trop empressés
SI K CIC.fcKON. 19
de violer, c'est-à-dire à retirer dans un délai de six semaines les livres qu'ils avaient mis en gage. « à laquelle résolution V abbé de Saint-Bavon, tant en son nom quen celui de ses religieux, a promis de se conformer 1 . »
En Angleterre et en Irlande , le culte des lettres antiques se conserve plus pur et plus ardent que dans tout autre pays : on était là placé moins directement sous l'action absorbante du clergé de Rome. C'est d'Irlande que partent ces pieux et savants missionnaires, ces évéques voyageurs, les saint Colomban, les saint Kilian, les Burkard, les Alain, les Sutbeit, qui, en France, en Belgique , en Souabe , en Franconie , en Suisse , sur les bords du Rhin , et jusque dans le fond de l'Autriche , laissent partout de précieuses traces de leur passage , de leur influence et de leurs utiles travaux. C'est à ces hommes eminents que l'on doit en France, au temps de Charlemagne, en Angleterre , sous le règne du grand Alfred , la réforme de l'écriture, qui , à l'époque des Mérovingiens comme à celle des premiers rois de l'Heptarchie saxonne, était tombée dans une épouvantable barbarie ; c'est aussi à leur zèle infatigable que l'on doit en Angleterre la renaissance des études littéraires. Aussi voit-on, en cet
• Recherches historiques et critiques sur Henri de Can<1 , |Mr Pr. Htift. GanH, 1838, in-8.
heureux pays, et surtout à dater du douzième siècle, les moines, tout en se livrant pieusement aux études canoniques , faire marcher de front le culte des lettres antiques. Ce fait, malheureusement si peu fréquent pendant ces époques d'ignorance et de fanatisme , est prouvé par les documents les plus incontestahles. Les écoles publiques, particulièrement celle d'Oxford, qui , sous le roi Richard, comptait trois mille étudiants, et, au dire des Bénédictins, attirait un si grand nombre d'écoliers de Paris ; celle du monastère d'York, non moins renommée, étaient, sous tous les rapports , bien supérieures à tous les collèges du continent. Les religieux du monastère d'York possédaient une admirable librairie, formée par les soins éclairés de l'abbé Egbert, et décrite par Alcuin en vers pompeux :
Illic invenics veterum vestigia patrum , Quidquid habet pro se Latio Romanus in orbe , Gracia vel quidquid transniisit clara Latinis.
Et les plus grands noms de l'antiquité s'y coudoyaient, Pline et saint Augustin, Virgile et saint Jérôme, et Stace, et Lucain,
Acer Aristoteles. rhetor quoque Tullius ingens.
F.t ceci , incidemment , prouve que le grand philosophe de la Grèce, dont les œuvres, perdues
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au moyen âge, au dire de quelques écrivains, ne nous auraient été rendues qu'à la fin du quatorzième siècle par les Arabes , était , au temps de Charlemagne, dans les mains des érudits et dans les librairies conventuelles , tandis qu'un grand nombre de documents postérieurs viennent continuer ce fait, que ses admirables écrits n'ont jamais cessé d'être en grand honneur jusqu'à l'année 1^79» date de la première traduction latine de ses ouvrages de logique et de physique , et 1 493-98, date de l'édition originale grecque donnée par les Aides de ses œuvres complètes.
Le grand Alcuin regretta bien souvent les trésors de cette bibliothèque d'York , quand , accueilli à la cour de Charlemagne , pourvu de trois abbayes, l'ami, le confident, et, selon la belle expression de M. Guizot, le premier ministre intellectuel du prince, il faisait corriger et rétablir les textes altérés de l'ancienne littérature, reconstituait les écoles, et donnait à tous l'exemple et l'impulsion de l'amour des lettres et des arts : on sait qu'il copia de sa propre main Térence, et en épura le texte avec un soin minutieux.
L'excellent livre de Merryweather, Hibliomania in the middle ages\ donne sur l'état des lettres
' LoiMlnn. 1840 ; in-lS.
et de la civilisation en Angleterre, à cette époque,
de curieux détails que nous mettons largement à
contribution.
Les moines, depuis le treizième siècle, s'y livrent avec ardeur à la transcription des livres saints ; mais, grâce à la profusion de parchemin qu'ils ont à leur disposition, ils ne détruisent qu'un nombre de classiques profanes infiniment restreint, si du moins l'on compare ce qui se passe en ce pays aux dilapidations du continent.
Cinterbury, Cambridge, Oxford, les abbayes de Peterborough, de Glastonbury, de Douvres, voilà où s'accumulent, par le zèle ardent d'abbés érudits et opulents, les trésors bibliographiques de tous les âges. Sagement dirigées, ces librairies conservent, avec infiniment plus de respect que partout ailleurs, les monuments les plus précieux des littératures antiques.
Durham, dont le catalogue se voit encore à la Bodléienne, renferme au douzième siècle plus de trois cents volumes, parmi lesquels au moins vingt auteurs classiques, que viennent encore augmenter les trésors de la littérature grecque, rapportés de l'Orient au temps des croisades.
En iu.jiS.1m bibliothèque deGlastonbury, l'une des plus importantes du royaume, contient plus de quatre cents volumes, parmi lesquels on ren-
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contre les grands classiques latins, Tite-Live , V irgile et Salluste et Lucain.
Le monastère de Reading dans le Berkshire possédait, sous le règne de Henri 111 ( 1 1 1 (>- 1 27a;, une bibliothèque choisie d<* plus de cent cinquante volumes, dont le catalogue est imprimé dans le supplément à l'histoire de cette abbaye ; on y voit les œuvres de Platon, dont les manuscrits sont d'une extrême rareté, Virgile, Horace «•t Ju vénal.
L'abbavede Ramsav était infiniment plus riche : une partie de son très-précieux catalogue, écrit sous le règne de Richard II ou peu après, existe encore : on y trouve les titres de près de onze cents volumes, mais parmi eux trente-neuf pmcessionalc, soixante bréviaires et plus de cent psautiers; un peu plus loin, heureusement, figurent Aristote, Horace, Arrien, Justin, Josèphe, Lucain, Martial, Ovide, Platon, Sénèque, Salluste, Térence et Virgile.
Avançons encore d'un siècle, et nous trouvons le catalogue que l'illustre Henri de Estria, élu prieur du monastère de la Trinité, à Cambridge, l'an ia85, nous a laissé des incomparables richesses de la librairie de son monastère au treizième siècle : ce vaste et précieux répertoire, conservé encore aujourd'hui dans la bibliothèque Cottoniana, ne remplit pas moins de trente-huit
n ÉTUDE pages grand in- folio, sur trois colonnes, et contient les titres de trois mille volumes. L'étonnement est extrême devant un pareil résultat de la patience et de l'infatigable ardeur des religieux de cette abbaye ; mais déjà le papier de linge était découvert, et les riches dépouilles de la France, sillonnée et ravagée depuis plusieurs règnes par des bandes, sans cesse renaissantes, de pillards et de malandrins, venaient s'entasser dans les monastères et dans les palais d'Angleterre. Aussi le catalogue de la librairie de la Trinité est-il un véritable"et splendide monument, plus complet que tout ce que nous pouvons citer pendant le moyen âge : Pères de l'Eglise, théologiens de toutes sortes et de toutes classes, médecins, astronomes, alchimistes, classiques grecs et latins, tout se retrouve dans ce dernier inventaire, qui prouve à quel degré d'élévation étaient portées les études théologiques et littéraires dans ce pays, à une époque où le mouvement de rénovation intellectuelle était à peine indiqué en France et en Allemagne.
Et déjà cependant, à la fin du douzième siècle, la renaissance se faisait pressentir en Italie ; les poètes et les grands auteurs du siècle d'Auguste, qui jusque-là étaient restés enfouis dans la poussière des bibliothèques monastiques, commençaient à reparaître à la lumière du jour et repre-
SUR CICÊHON. 2;')
liaient leur véritable place, c'est-à-dire la première 1 . L'Angleterre, nous l'avons dit, s'était fait remarquer au premier rang des nations dans ce grand mouvement de l'intelligence; depuis Guillaume de Malmesburv jusqu'à l'illustre Richard de Bury, l'auteur du Pfulolnblion, il n'est pas un historien, un chroniqueur, un poêle* qui ne citent Horace et Cicéron, Tite-Live et Virgile, et ne s'inspirent de leurs immortels écrits.
Mais ce grand nom de Cicéron , qui retombe sous notre plume , nous rappelle combien nous nous sommes écarté de notre sujet, et dans un pareil travail il est presque impossible qu'il en soit autrement; la multitude de sources auxquelles on est forcé de puiser, la foule de documents que l'on consulte, presque tous renfermant des faits aussi curieux que peu connus, rendent difficile de suivre rigoureusement une ligne bien arrêtée, et malgré tout on s'abandonne à des digressions perpétuelles.
Revenons en France, où nous avons à examiner les documents qui nous sont parvenus sur les librairies de nos rois et de nos princes. Ce sont principalement des inventaires faits du vivant ou après le décès des fils du roi Jean a ,
' Haliam, t. IV.
: Barrois. Lihrniric ptotypographiquc .
Charles V, le duc de Berri et Philippe le Hardi, premier duc de Bourgogne de la seconde race . Louis XI, Catherine de Médicis, etc. De nouveau, nous aurons à remarquer combien rares sont les manuscrits des vieux classiques grecs et latins, mais combien fréquentes se présentent les traductions dues aux travaux de quelques savants que nos rois payent .magnifiquement : ce sont, entre tous, Pierre Bercheure ou Berchoire , mort à Paris, prieur de Saint-Éloi, en i362; laurent de Premier-Faict ; Nicolas Oresme, le traducteur d'Aristote ; Jehan Courte-Cuisse, etc.
La formation des langues française et italienne, résultat presque immédiat du retour aux saines études et à la culture des littératures profanes, provoque aussitôt une révolution intellectuelle ; une école véritablement littéraire surgit dans les deux pays, en même temps que l'état social se reconstitue en France, et que la découverte du papier de linge, vers la fin du douzième siècle vient activer énergiquement les progrès de ce grand mouvement, précurseur de la renaissance. Ici, ce sont les innombrables romans qui procèdent de l'épopée carlovingienne, les naïves poé-
' Il est peut-être un peu antérieur : Pierre le Vénérable, abb/ de Cluny, qui florissait vers 1120, affirme que le papier de chiffon était déjà employé de son temps : <« Nos livres, dit-il, sont établis avec des peaux de bélier, de boue ou de veau, ou des plantes orientales, ou des .lébris de vinix linpes (rr ntSHrit velrrum pannarum cnmpacti), »
M K CICÊKON. 27
sies de la langue d'oc, la recherche ardente et les traductions en prose, et surtout en tymes des classiques anciens ; par-delà les Alpes, naissent Dante et Pétrarque, Pétrarque, l'infatigable chercheur, auquel nous allons être forcé de revenir avec quelques détails.
Mais, hien avant ces époques fortunées, nos rois avaient réuni de riches librairies : Charlemagne par les soins éclairés et incessants d'Alcuin , d'Éginhard, de Raban Maur, qui fut depuis archevêque de Mayence, de saint Adalard , abbé de Corbie, et de quelques autres savants, ses vrais pairs, avait formé une bibliothèque nombreuse et bien choisie, qui fut négligée sous le pAle règne de Louis le Débonnaire, mais entourée d'un nouvel éclat pendant celui de Charles le Chauve. Ce dernier, un pauvre roi s'il en fut , avait eu le bonheur de rencontrer un ministre lettré, l'archevêque Hincmar, et un conseiller intime, qui fut à la fois homme d'État et l'ardent promoteur des études littéraires : ce fut Eudes, le savant évèque de Beauvais. Grâce à la
1 >■ Rem rbristianam et simul litterariani, in Germai) ia et («allia . valde promo\it ta roi us Magnus. Princeps erat litleratus , adeo ut gnece intelligeret, latine loqueretur, et versus uou infeliciter pangerel. Artium libcralium , imprimis astronomie péri tus , racnsibus 110mina teutonica imposuit... Barbara et antiquissima carmin. i, quil>as re> geste veterum cnnlinebantur, litteris scribi mandavit. Inter cœnaiiduni historias et antiqunriiin regiim t<sge>tao atidr auditif > (Joli. Ijnmcn i ,
$tt Bi/'tiothrciy.
haute influence de cet homme illustre, l école de Paris prit un tel éclat que les étrangers euxmêmes en furent frappés. Herric, moine deSaint- Germain-rAuxerrois, et Wandalbert, moine de Prum, au diocèse de Trêves, racontent que la prospérité des études littéraires y devint telle qu'Athènes aurait envié le sort de la France, et que la France n'aurait eu rien à envier à l'antiquité. Érigène y professait la philosophie, el son nom et ses écrits prouvent que la littérature et la philosophie ancienne tenaient une grande place dans renseignement de cette école. Charles le Chauve laissa en mourant la plus grande partie de ses livres, copiés presque tous au temps des splendeurs de son aïeul , aux abbayes de Saint-Denis et de Compiègne.
C'était à peu près à cette époque que le grand Alfred , roi d'Angleterre, attirait à sa cour le moine Jehan, de l'abbaye de Corbie, et lui confiait la direction des études littéraires, en même temps quelesoin de former les moines d'Abingdon à la lecture et à l'art du chant.
Saint Louis, dont l'amour pour les lettres nous est raconté par Godefroy de Iieaulieu, son confesseur, et Vincent de Beauvais, le précepteur de ses fils 1 , poursuivit avec ardeur la transcrip-
• L'illustre auteur du Spéculum quadruplex, imprimé pour la prrmiorr foi» par Mmtrlin de Strasbourg, en I i"3-7fi, 7 vol. pr. io-fol. —
SUK CICÉROM. 29
tion des livres, à laquelle il employait un grand nombre de copistes : il divisa, par son testament 1 , la nombreuse bibliothèque qu'il avait formée et déposée à la Sainte-Chapelle de Paris, entre le couvent des Dominicains de Compiègne, l'abbaye de Royaumont, les Cordeliers et les Dominicains de Paris. C'est à l'ardeur que le saint roi mettait à poursuivre la transcription des textes sacrés et même profanes que nous devons probablement Vitruve, dont le nom se trouve cité pour la première fois dans le Spéculum de Vincent de Beauvais ; ce dernier parle également pour la première fois des Épîtres de Pline, ainsi que de plusieurs auteurs de la basse latinité, qui avaient disparu dans la poussière des librairies conventuelles.
Au quatorzième siècle, nous ne retrouvons plus dans la bibliothèque de nos rois que trois classiques, Ovide, Lucain et Boèce, et, malgré l'assertion de Hallam, nous ne voyons nulle part figurer le nom de Cicéron.
Dans l'inventaire de la bibliothèque de Charles V, fait en 1^3, bibliothèque qui plus tard fut enlevée, et non pas achetée, par le duc de
Voyez sur cette volumineuse, mais précieuse encyclopédie du treizième siècle, l'excellent travail de M. Daunou, dans le 18* vol. de Y Histoire littéraire de la France.
* Histor. Franc. Script., t. V, p. 438.
;;o ÉTUDE Bedford (ainsi que l'ont écrit deux écrivains anglais nous trouvons plusieurs exemplaires de Tïte-Live, mis en français par Pierre Bercheure ; — les Epistrez Seneque a son amy Ijtcile, traduites par Laurent de Premier- Fai et a ; — plusieurs exemplaires des Fables Ysopet ; — Vegesse de Cheuallyc (t'egetius de re militari) ; plusieurs livres d'Aristote, traduits par Nicolas Oresme, entre autres ung Hure nome Polithiques
> Ijos livres que le roi Charles VI laissa après sa mort, en 1423. dans la librairie de la tour du Louvre moulaient à volumes, la plupart écrits sur vélin et richement enluminé)* ; ils furent estimés valoir 2323 livres 4 sous du temps ; cependant le due de Hcdfort, régent de France par droit de conquête, les fit enlever et transporter en Angleterre, sans rien débourser : il est vrai que pour l'acquit de sa conscience il crut devoir consacrer uue somme de 1200 livres à l'érection d'un tombeau, où l'on ensevelit le malheureux roi et la reine, sa coupable épouse.
» Ce Laurent de Premicr-Faiet traduisit , pour le duc de Rourl>on (oncle du roi Charles VI), le livre de Tulle de. la Vieillesse, l'an 1406. Il s'en conserve un beau manuscrit à la bibliothèque de Genève. L'abbé Lelieuf cite encore de ce translateur la traduction du traité de Amicitia. (r. Académ. des Inscript., t. XVII.)
Un autre exemplaire de ces deux manuscrits de Cicéron, traduit eu français par Laurent delVemier-Faict.figureàlavcntcdela Vallière sous le n° 1250 ; le premier porte cette souscription : C y fine le Hure de Tulle de Viellesse translate de latin en franeois du commandemêt de 1res excellent glorieux et noble prince I^ys Duc de llourbon par moy Laurent de Premier- Fait cinquiesme iour de nouêbrc mil quatre cens ri cinq.
Le second :
Cy fine le Hure de Tulle damitie translate de latin en franeois par moy Laurent de Premier-Fait à la monicion et requeste. et en tostel de noble et sage homme Bureau de Dampmartin escuier cytoien de Paris et trésorier de France, icelle translation aenpfie. ix» iour de iuillet. l'an mil 1111 c. et seize.
SI K C.ICÊRON. 31 et économiques ; — J'aie ri us Maxim us \ couuert de soye vermeille a queue, très bien escript et rstorié : c'est la traduction faite par Simon de Hesdin et Nicolas de Gonesse ; — les Faiz et la vie de César et Suétone et des Romains, très bien ystorie et escript ; — Guide le grant, ryme et moralise escript en lettre de note : ce sont les Métamorphoses moralisées de Thomas Waleys, traduites en français; — Geometria Euclidiz, cum commento Mgri Campani ; — Ouidius de Puntulo (de Ponto), en ung liuret très viel ; — Lucan, très viel, sans couerture ; — Ouidius de vetula rustica dejlenti; — Plato in Thirneo ; — Josephus en deux très gratis volumes; — Aiexander Magnus et Lucanus, coiœrts de parchemin: le premier est sans doute Quinte-Curce.
Dans l'inventaire de livres de Charles V et de Charles VI, non compris dans celui de 1 373, nous trouvons : Astronomia Ypocratis, Astronomia Aristotelis, Trac ta tus de urinis et autres traités de médecine ; — Lucanus en latin de lettre Boulenoise; — Ouidius de Epistolis, en latin; Titus Liuius, de la traduction de P. Bercheure.
• C'est ce Valtre le Grand qui fut imprimé pour la première foi* vers 1476, on ne sait où ni par qui, mais avec de beaux grands caractères gothiques, sans chiffres, réclames ni signatures : c'est incontestablement l'un des premiers livres imprimés en français. Il est il'une extrême rareté, et, chose étrange! trois magnifiques exemplaires, eurichis de précieuses miniatures, en sont conservés à la Bibliothèque impériale.
Dans la bibliothèque de Jehan, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, dont le catalogue est relaté dans le compte d'exécution testamentaire de sa succession, dressé par Jehan le Bourne, nous trouvons Aristote, l'riscien, Térence, Boèce, Lucain, Végèt e, Valère-Maxime, Ïite-Live, Suétone, César, tant en latin qu'en traductions françaises, mais, et le fait mérite d'être remarqué, ainsi que pour les précédents inventaires, pas un seul volume de Cicéron.
La librairie de Charles d'Orléans , à son château de Blois, contient un bon nombre de classiques, mais rien de Cicéron .
Du reste, et nous aurons à revenir sur cette singularité, les manuscrits des nombreux ouvrages du grand orateur, qui plus tard deviennent si communs, qui sont au quinzième siècle transcrits, traduits, commentés par l'Europe entière, sont, du dixième au commencement du treizième, d'une insigne rareté, et disparaissent presque absolument.
Dans la librairie de la Sainte-Chapelle de Bourges, dont le catalogue fut dressé en i4o5, nous trouvons Galien, Josèphe, Valère-Maxime, Boèce, mais le nom de Cicéron ne figure point.
Pas davantage dans la librairie des sires de Jaligny ; pas davantage dans l'inventaire de l'abbaye de Saint- Père de Chartres, où l'on trouve cependant Ovide, Juvénal et Virgile.
si r c.rcfcnov 33
Les lettres de .ïornandès 1 prouvent quecliez les (iothset les Visigoths, au cinquième et au sixième siècle, on lisait assidûment les classiques la- ' tins, et que Cicéron jouissait parmi ce peuple, à peine au début de la civilisation, de tous les honneurs dus au prince des orateurs.
Cassiodore le possédait : Isidore de Séville le cite à toutes pages dans son livre des Êtymologies et dans ses lettres à l'évèque Braulion. <C Saint Loup (nous croyons qu'il a été canonisé), évèque de Ferrières en Gâtinais, écrit au pape Benoît NI, au milieu du neuvième siècle, une lettre que l'on a heureusement conservée : il le prie humblement de vouloir bien faire remettre à deux de ses religieux, qu'il expédie à Rome à cet effet, le traité de Cicéron, (le Oratore, et deux autres ouvrages qu'il ne possède qu'incomplets, promettant de les restituer, après transcription, «avec une scrupuleuse fidélité.
Dans une autre lettre adressée à Régimbert, il le supplie de lui rapporter d'Italie : Catilinariwn et Jugurthinum Salustii, librosque ^crrinarum ; et il ajoute : et si alios vel corruptos nos haberc, vel penitus non hnbere cognoscitis, nobis afferre dignemini, ut vestro beneficio vitiosi corrigantur.
1 Les manuscrits de Jornandès furent retrouvés dans une obscure librairie d'Allemagne, par /Lneas Sylvius Pirrolomini, qui monta sur la rhaire de saint Pierre sons le nom de Pie II.
3/i KTUDK
D'une nouvelle épitre de cet ardent ami des lettres il semble résulter que Ton {>osséclait au temps de Charlemagne, à peu près complète, la traduction des Phénomènes d'Aratus,en vers, par Cicéron, car il dit : Tullium in Arato trade, ut ex eo quœ déesse egit (sic) 1 noster npcruit su/) pleantur.
Au dixième siècle, on lisait à l'abbaye de Fleuri le fameux traité de RepMica, qui fut perdu peu de temps après : Pétrarque le chercha par toute l'Europe, et son 'désespoir de n'avoir pu retrouver ce précieux monument est décrit en termes éloquents dans sa correspondance : le cardinal Mai devait être plus heureux.
Voici le fragment d'une lettre que le grand et savant Gerbert, qui fut pape sous le nom de Sylvestre II, écrivait à ce sujet : Comitentur iter tuum Tulliana opuscula de Republica et in ferrent et quœ pro defensione multorum plurima romanœ éloquent iœ pare ns conscripsit (Epist . 87 )* .
1 Peut-être faut-il lire /Egitlius.
* Ce grand homme , qui poussa l'amour des lettres et le culte de* monuments littéraires et scientifiques à un tel point qu'il fut ouvertement accuse de magie et de cabale par ses contemporains, si nous acceptons le témoignage de Platine, avait réuni une riche et nombreuse bibliothèque, recherchée et conquise à grands frais dans l'Europe entière : voici un fragment d'une de ses lettres adressée à l'abl>é Egbert, de Tours, fragment que nous avons déjà en partie cité et qui prouve de quelle ardeur il était animé dans la poursuite de ces précieuses reliques : Bihliothrcam assidur comparo, et skut Rom» dudttm, el in alils par-
SI II f ICÊROY
Parmi les manuscrits qui figuraient dans la tresprécieuse librairie de l'abbaye de Saint-Germaindes-Prés de Paris, on voyait un livre fort curieux attribué à Cicéron, dont on faisait remonter l'antiquité jusqu'au quatrième siècle: on crut reconnaître que cet important monument n'était autre que le fameux traité de Comolatione , mais il était presque illisible, rempli de chiffies inconnus, bien qu'il eût appartenu longtemps à saint Cyprien ', qui l'avait, prétendait-on, cou-
tibus Italim, inGermania quoque et Belgica seriptores , aut/iorumque exemplaria multitudine nummorum redemi, adjutus benevolentia et studio comprovincialium, sic, idetitidem apudvos per vos fie ri sinite ut exorem. Gerberti (Kpist. 44, p. 675.)
« Il est assez probable qu'avant de tomber entre les mains des bénédictins, ce mauusrrit avait appartenu au célèbre Jean Trithème, qui en parle fréquemment dans sa Polygraphia, livre aussi bizarre que savant. Nous demandons à nos lecteurs complaisants la permission de transcrire en eutier quelques-uns de ces passages, bien qu'ils aient été reproduits déjà par divers auteurs, notamment par André Patrizzi, dans son excel lent ouvrage intitulé : Omnium M. T. Ciceronis operum qux desiderantur fragmenta; Veneliis, Zilelus, 1578. in- 1.
« M. T. Cicero, facundiis uratnr Romanorum, librum sciïpsit, non pana* quantitatis, notarum ad filium quem S. Cyprianus Carthaginiensium presul et martyr, multis et notis * et dictionibus ampliavit in moduin scilicel dictionarii, ubi secundum ordinem ponuntur primo characteres sive nota;, postea dictiones per eosdem charactercs designata; : ita ut dictio qua*vis per notam sibi significaretur pneposiUm. Rarus est codex et a semet dnn taxât r< pertus vilique pretio emtus. Nam cum auno Dominiez nativitatis M. CD. XCVI. bibliothecas plures, librorum
• D ce mot nota, noies, caractères, on fit le» no tarit, écrivain»: a proprement parler, sténographes, si l'on en croit Martial :
Currul »*rh« litei, nunui est rrlo«ior illil ; H.mivm ItaglM nom, dexln p«regit opo». (E>icr. lib. m.)
vert de notes do sa main sacrée... se non é vero.A Quoi qu'il en soit, ee précieux manuscrit disparut avec une grande partie des trésors littéraires de cette abbaye dans le fatal incendie de
amore, perlustrarem, rrperi meinoralum eodicem t in quodam ordinis nottri monasterio, nimia vctustale ncglertum, projertum sut) pulvere atquc eontcniptuin. Jnterrogavi abbatem, doctorein jiiris, quanti illum œstimaret. Respondit : « Sanrti Ansclmi parva opuscula imper impressa « il là prieferrem. » Ad hibliopolas adii, postulata Ansclmi opusrula pro sexta floreni parte comparavi : ahbali et niouachis gaudens tradidi et jam prope interitum artiim codirem liberavi. Drcrererant enim pcrga~ ment amore radendum. Ego autem lihrum etiam haclcnus habeo integrum et iucorruptum, quem uusquam vidi alibi. »
Nous avons dit que Trilhème parlait souvent <le ce manuscrit et de ces caractères cicéroniens : nous empruntons un second passage, qui offre quelque* faits nouveaux, à la traduction que Gabriel de Collaugc, natif de Tour en Auvergne, fit de la Pulrgraphia (Clavicule de polrgraphie, Paris, Kerver, 1561 , in-4, f. 197) :
« Marc Tulle Cieero, au.ssi facond et éloquent orateur des Romains, escrivit et dédia à son filz un Hure de notes et charactères, lequel après sainct Cyprian a adapté et accotninodé à l'usage des chrestiens en forme de dictionnaire : auquel premièrement sont escrits les ebaractères ou notes, et en après les dictions entendues et désignées par lesdicts charactères, tellement qu'une ebacune diction est entendue et signifiée par le ebaractère qui la précède. El en ces mesines notes et ebaractères i'ay autresfois trouué et veuun psaultier parfairt, entier, et élégamment escrit en latin, estant en la librairie de l'église muieurc d'Argentine (Strasbourg), lequel un, ie ne seay q« i, ignare iuge et non cognoissant ceste intelligence, auoit intitulé et ainsi escrit par dehors : Psaultier en armenique langue. Mais il erroit et failloit grandement pour ne Falloir bbn ny deument entendu : ains deuoit ceste intitulation estre ainsi descrite : Psaultier e>cril en charactères tu/liens ou cicéroniens. » Car vn chacun characlère représentoit vue diction latine, et en cela ne srauroit estre trompé ne déreu : car i'ay en ma puissance et en ma bibliothèque le mesme et entier dictionnaire de Cicero, amendé depuis et corrigé par sainct Cyprian : qui est un fort antique liurc, et lequel n'ay iamais veu ny peu trouuer ailleurs. Et y a en iceluy si grande copie cl quantité de charactères auee leurs dictions subséquentes, que facile
SUR CICfeROX. 37 1 794, à moins qu'il n'ait été compris dans le vol de 1791, où les vingt-cinq plus précieux manuscrits, provenant presque tous de Corbie, furent enlevés et vendus à l'étranger : ils figurent aujourd'hui à la bibliothèque de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg: il serait intéressant de vérifier si ce livre précieux s'y trouve et ce qu'il est réellement.
Nous venons déparier de Corbie; un savant distingué, M. Léopold Delisle, vient de publier, sur la librairie de cette illustre abbaye, un mémoire extrêmement intéressant dans le tome XXIV des Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, auquel nous empruntons les détails qui suivent : le plus ancien document relatif à cette bibliothèque importante est un fragment de catalogue du onzième siècle, conservé à la Vaticane (Ms. 5ao du fonds de la reine Christine) ; il fut publié par le cardinal Mai, en 1 84 1 , mais avec assez peu d'exactitude; un autre catalogue du treizième siècle (même fonds,
nient ils poun oient suffire à descrire eu latin tout ce qu'on voudrait. »
Faut-il maintenant faire honneur de la découverte de ces formules abréviatives à Cicéron lui-même, ou bien au génie inventif de Tullius Tiro, son affranchi, depuis son familier et son secrétaire? Grave question qui ne rentre point dans notre sujet, et qui d'ailleurs parait avoir été tranchée par les diplomatistes qui on! baptisé ces m-tie du nom de caractère* t iraniens.
même n°), décrit 33o volumes environ de cette librairie. Cette précieuse collection, considérablement augmentée, pendant les siècles suivants, par le zèle de quelques abbés et les dons d'un grand nombre de savants et de fidèles, fut malheureusement exposée à de terribles dilapidations pendant les guerres civiles des seizième et dixseptième siècles. Parmi les manuscrits qui avaient échappé à ces nombreuses et fatales péripéties, les plus précieux (environ /joo) furent réunis à la bibliothèque de Saint-Germain-des- Prés en i63G ', où ils furent conservés en grand honneur jusqu'en décembre i 7q5 et janvier 1796, date de leur réunion définitive (nous l'espérons du moins) à la Bibliothèque impériale, où ils sont compris sous la rubrique de : fonds de Saint- Germain-des-Prés .
Presque tous les classiques latins figurent dans ce précieux catalogue du treizième siècle, que M. L. Delisle vient de publier in extenso : César, Quinte-Curce, Térence, Virgile, Martial, Perse, Ju vénal, Lucain, Salluste, Tite-Live, etc., etc. ; de Cicéron nous trouvons, chose remarquable, trois manuscrits du traité de Consolatione ; que sont-ils devenus? les Philippiques ; Prima R/ie-
• Ce» manuscrit* de Corbie, portes à Saint-Germaiii-des-Prés, sont compris dans le catalogue de la bibliothèque, dressé en 1677, catalogue dont Moutfoucon nous a donné l'abrégé.
SLIl CICÉRON. 39
torica Tullii ; Tulliiis de Senectute ; Tullîi liber, Secundn Rhetorica ; Vtraque Rhetorica. ad Herennium ; Tusculanarum.
Dans le Catalogue dressé par Henri de Estria des richesses bibliographiques du monastère de la Trinité à Cambridge, que nous avons déjà mentionné, nous voyons figurer plusieurs traités de Cicéron : les Paradoœa, le de Senectute, le de Amicitia et le de Officiis.
Sous le nom de Tully, il est également mentionné dans l'inventaire de la librairie du monastère de Durham au douzième siècle, dont fut abbé, un peu plus tard, le célèbre Richard de Bury. En i i5 î, Hugh de Pusar, évêque de cette ville, le propre neveu du roi Étienne, possédait également plusieurs manuscrits de Cicéron.
Mais jamais, à aucune époque, dans aucune contrée, on ne rencontra plus fanatique admirateur du grand classique romain que l'illustre Pétrarque 1 . Dans ses lettres intimes, avec cette complaisance, cette prolixité que le bibliophile met d'habitude à narrer ses fouilles, ses déconvenues ou ses triomphes, il prend soin de nous raconter qu'il faisait rechercher et qu'il recherchait lui-même les manuscrits anciens de Cicé-
' - Mihi quidem, dit-il, vix unquam peregriuatio longior MiscepU est, ubi non incognito» CioeronU, ne dicam libro», *ed inaudit, librorum IKMUttt corapererira >•
AU ÉTUDE ron par toute l'Europe. Jamais il ne passait près d'un monastère sans se détourner de sa route pour en visiter scrupuleusement la bibliothèque, quels que dussent être les inconvénients qui pouvaient résulter pour lui de ces retards. Lorsque, à l'âge de *j5 ans, il parcourut la Belgique, toujours à la recherche des anciens manuscrits, il retint ses compagnons de voyage dans une mauvaise auberge, à Liège, pendant plusieurs jours, pour l'aider à transcrire deux des discours les plus importants de Cicéron (l'un était : Oratio pru lege Manitia), qu'il avait eu le bonheur de retrouver, et qu'il eut la gloire de faire rev vre, et c'est alors qu'il ajoute : De libris quidem Reipublicae jam desperans, librum de Consolation* qwesivi unxie, nec inveni 1 .
Nous avons déjà parlé de ce beau livre de Republica, dont le cardinal Mai fut assez fortuné pour retrouver d'importants fragments, et nous y reviendrons; mais le traité en deux livres de
» C'est dans le récit de ce voyage qu'il se plaint amèrement de l'ignorance et de l'abrutissement de ces villes étrangères, dans lesquelles il a beaucoup de peine à trouver un peu d'encre, et encore de l'encre jaune comme du safran : Circa quintum et vigesimum vitr annum, inter Helgas Helvetiosque festinans , cum Leodium pervertissent, audito quod esset ibi botta copia librorum, substiti, comitesque destinui, donec unam Ciceronis oratioitem manu antici, altérant ntea manu scripsi, quant postea per Itaitam effudi, et ut videos, in tam bona ci vitale liarbarica, atramenti aliquid, et id croceo i 'tmillimum reptrire magnus labor fuit. (Pelrarcba* episl. ror. srii. I,. XV. Kp. I, p. 949.)
SLK UCÉKO.N. /il Gloria, le poème sur /<? Consulat 1 , un autre nommé Limon, celui qu'il fit en l'honneur de son compatriote Marius», la plus grande partie de sa traduction en vers des Phénomènes d'Aratus ; enfin, perte à tout jamais regrettable, ce traité de Consolations*, écrit d'inspiration par un père au désespoir sur le corps inanimé de sa fille, morte à la fleur de l'âge, tout cela, et bien d'autres chefs-d'œuvre, sont, hélas î perdus probablement pour toujours ! . . .
Dans cette même lettre où il raconte, avec une joie non déguisée, sa découverte de VOratio pro /ege Manilia, Pétrarque entre dans de curieux détails sur les fatales destinées des deux " livres de Gloria^. Un savant et un chercheur de ses amis
1 Quelques auteur» n ont-ils pas confondu re poeme sur le Consulat avec celui que le poète Arcbias, l'ancien précepteur de Cicéron, composait à l'époque même du procès qu'il eut à soutenir, et pour la défense duquel sou illustre disciple prononça celle harangue célèbre que l'on a heureusement conservée? Ce poème, écrit en l'honneur du consulat de Cicéron, a péri, mais le consul a pris soin de consigner ce fait si flatteur pour sa gloire : Nam auas res in cunsulalu nostro, vobiscum pro salute urbis atquc imperii gessimus, atligit hic versibus atque inchoavit : quibus auditis, quod mihi magna res et jucunda visa est, hune ad perficiendum hor/atus sum. (Pro Archia poéta. 9-1 1 .)
» Quelques *ers de ce dernier poème ont survécu ; tout le monde c onnaît ce fragment célèbre qui commence par ce vers :
Sic Jovis aliisoni subito pinnata sa telles.... fragment que Voltaire a si heureusement traduit.
* André Patrizzi n'en a retrouvé que bien peu de chose, tandis qu'il cite des fragments importants du poeme sur /<• Consulat.
• Ce mémr traité de la Gloirt ligure plus de deux siècles après Pé-
dévoués, Raymundus Superantius, les avait découverts et les lui avait gracieusement transmis; Pétrarque, transporté de joie, s'empresse de les montrer à son ancien maître, un malheureux dont le nom nous échappe, Tuscus ou Tuschi, et a l'imprudence impardonnable de les lui prêter pour un jour, pour une heure peut-être ; celui-ci, qui vivait dans une misère profonde et dans la débauche, un vieillard (cet. âge est sans pitié)! les met en gage chez un Lombard, un Juif peut être (on pourrait aisément s'y tromper), obtient deux ou trois misérables écus et disparaît dans quelque bouge immonde. Le poète , avide de rentrer en possession de son trésor, revient promptement : son homme a disparu ; il court au
trarque, dans le catalogue de la bibliothèque du Vénitien Bernardo Giustiniani : cette bibliothèque fut léguée par ce patricien à un monastère de filles ; mais, comme le livre de Gloria ne put être retrouvé, malgré de longues recherches, on fut assez généralement convaincu qu'un certain Alcyonius, médecin du couvent, friand amateur des lettres latines et collectionneur ardent, l'avait confisqué à son profit : on ajoute qu'après avoir extrait du manuscrit tout ce qui lui parut pouvoir être fondu dans ses différents ouvrages, il avait condamné aux flammes cette relique pour détruire à jamais la trace de ses exécrables larcins. Quelques critiques prétendent que son livre de Exilio est composé tout entier d'emprunts ou plutôt de vols audacieux, faits aux deux livres du traité de Gloria ; ils établissent cette présomption sur ce fait, qu'un grand nombre de passages paraissent rapportés et mal coordonnés avec le reste de l'ouvrage; que de plus la pensée élevée qu'ils expriment et l'élégance de la latinité surpassent de beaucoup le savoir-faire et le goût habituel de l'auteur. (Voy. P. Manutius, Fer. Sent/, et l'Histoire de la vie de Cieëron, par Middletnn. Pari». 1743,4 vol. pet. in-8, t. III, p. 484.)
SUR G1CÊK0.Y A3 Lombard, le Lombard a vendu le manuscrit à un digne confrère, celui-ci à un autre, bref le manuscrit était une seconde fois perdu. Pétrarque, on le comprend, fit les plus furieuses recherches ; il ne retrouva jamais. . . que le vieux pédagogue.
Pour sortir un peu de la torpeur où l'avait plongé sa mésaventure, le poëte se remit en voyage de découvertes. Cette fois il vit , de ses yeux vit (du moins il l'affirme) les manuscrits du grand Varron ; c'était dans un couvent de la haute Italie 1 : il insista pour les avoir ; on les lui fit espérer, puis on changea d'avis : le manuscrit rentra dans les oubliettes du monastère ; Pétrarque eut beau insister, tourmenter, rien n'y lit : l'occasion perdue avait fui pour toujours.
On voit que, s'il fut heureux en quelques circonstances, le pauvre grand poète avait aussi ses jours de déconvenue ; au reste, nous allons avoir l'occasionde revenir à lui.
Ainsi qu'on peut le voir, d'après les quelques extraits d'inventaires de librairies que nous venons de donner, on peut résumer en peu de mots l'histoire, malheureusement trop incomplète et un peu incertaine des manuscrits de Gcéron.
1 Pétrarque ue dit pas où il trouva ou crut trouver les manuscrits de Varron : nous avons quelques raisons de croire qu'il veut parler de l'abbaye de Bobbio, dont les trésors on! élé réuuis presque tous à U bibliothèque de» Médicis, l'une des plus riches du inonde.
kh ÉTUDE
Pondant les premiers siècles qui suivirent sa mort, tant que le paganisme, battu en brèche par une religion nouvelle, reste debout et triomphant, les écrits du grand homme sont conservés en honneur, renommés à l'égal des plus purs monuments littéraires des grands siècles de la Grèce. Le triomphe définitif du christianisme les fait peu à peu négliger ; ils tombent en désuétude avec tous les inestimables trésors des littératures profanes; cependant quelques savants, la plupart des Pères et plus tard quelques docteurs de l'Église, s'inspirent encore des immortels écrits de l'orateur romain, et jusqu'au neuvième siècle on retrouve facilement, dans le plus grand nombre des écrivains contemporains, les traces nombreuses de son influence littéraire.
Du neuvième au douzième siècle, ils disparaissent presque absolument ; c'est effectivement de cette époque néfaste que l'on peut dater, presque avec certitude, la destruction des plus précieux fragments littéraires de l'antiquité, dont le monde savant déplorera la perte tant que le sentiment du beau existera.
Voyez de quelles expressions se sert Baron i us pour caractériser le dixième siècle : En incipit annus Redemptoris noiwentestinus , terties indictione notatiis , r/uo et novwn inchuatur SSSCUhtm , fjuod sut asperitate ne boni sterititatc fer-
SUR CICfcllOY û. r >
reum, rnatù/ue exundanti de for m ita le plumbeum, atque inopta scriptorum appellari consuevil obscuru/n. (Ann. ecclesiasl. Luca?, 1 744, t. XV, p. 5oo.)
A partir de la fin du douzième siècle, quelques érudits laïques et religieux s'émeuvent de cette disparition : on recherche les manuscrits profanes, on en retrouve quelques-uns, et le nom de notre Cicéron reparaît de distance en distance dans les inventaires des librairies laïques et monacales.
Mais, à dater du quatorzième siècle, grâce aux efforts intéressants, aux recherches ardentes de quelques nobles érudits, à la tête desquels les noms de Pétrarque d'abord, puis du Pogge et d'Ange Politien, de Niecolo \iccoli, et encore ceux de l'archevêque de Pavie, de l'évêque d'Aleria, viennent naturellement se placer, les admirables écrits de l'orateur romain sont transcrits de tous côtés, et, si nous osons nous servir d'une expression malsonnante en grave matière, reviennent à la mode. Le quinzième siècle ne fait qu'ajouter à cette ardeur de transcription. Cicéron est dans les mains de tout le monde ; on commence à le traduire, à le comparer, à le commenter ; la découverte de l'imprimerie survient, et son immortel traité de Officiis est le premier fragment d'un grand classique dont la possession soit assurée à la postérité par la sublime invention de Gutenberg.
!l6 fcTUDK
Quelques chiffres ne pourront que prouver ce que nous avons avancé, de l'excessive rareté des manuscrits de Cicéron avant le quatorzième siècle. Dans les ventes successives de l'incomparable bibliothèque du duc de la Vallière, figurent plus de trente manuscrits de Cicéron ; tous, sans exception, ont été désignés par MM. Debure et Van Praét comme appartenant au quinzième siècle. Les nombreux manuscrits du docteur Askew, vendus à Londres m 1775, ne présentent qu'un seul volume , le de Invention* rhetoricn -, qui soit indiqué comme étant du douzième ou du treizième siècle; tout le reste est du quinzième.
En 1859, un éminent collectionneur, réfugié en Angleterre ( tout le monde sait de qui nous parlons), vend la plus grande partie (1 190 numéros) des manuscrits de son immense bibliothèque ; il présente en ligne vingt manuscrits de Cicéron : tous sont du quatorzième ou du quinzième siècle ; et nous pourrions multiplier ces citations à l'infini; mais nous nous contenterons de donner, comme dernière preuve à l'appui de ce que nous avons avancé , le relevé exact des manuscrits cicéroniens de la bibliothèque des Médicis de Florence, et celui des manuscrits appartenant à l'ancien fonds latin de la Bibliothèque impériale (la proportion est à peu près la même pour les autres fonds). ta biblio-
SUIl UCÉRO.Y 47 théque l^aurentiane ou des Médius, à Florence, contient 188 manuscrits cicéroniens ainsi classés :
x» siècle \
xr 1 — 3
xii« — 13
xm* — 9
\iv« — 29
xv - 13t
xvi« — 1
Et de plus un manuscrit formé de parties du treizième et du quinzième siècle.
Voici donc des manuscrits du onzième siècle : mais qui nous garantit l'authenticité de cette attribution? Le catalogue? Mais nous savons ce que c'est que l'infaillibilité des catalogues. Ce qui est certain, c'est que l'un de ces manuscrits, le plus célèbre peut-être (n° 9 du catal. de Bandini, 1764, cod. bibl. Méd.), le manuscrit des Epis toi œ familiares , annoté par Pétrarque , est porté comme étant du onzième siècle , et il est certainement de près de deux siècles antérieur : ceci n'est point une assertion en l'air, c'est un fait aujourd'hui authentiquement vérifié.
Passons maintenant à la Bibliothèque impériale, où nous trouvons à l'ancien fonds latin :
ix« siècle \« ou xi« —
M ÊTUDK
un* siècle . . 2fi
xiv* — 35
xv - 138
\vi« — fi
Et la même proportion pour les autres fonds.
Comme nous outre-passerions les bornes dans lesquelles doit être circonscrit ce modeste aperçu bibliographique si nous donnions plus d'extension à nos citations , nous prendrons la liberté de renvoyer le lecteur, désireux de trouver quelques nouveaux renseignements sur l'état et le nombre des manuscrits cicéroniens existant dans les bibliothèques publiques ou particulières, aux catalogues dressés par Montfaucon et le Maistre, catalogues dont nous publions à la fin du volume un extrait sous forme d'appendice , et nous terminerons ici brusquement cette partie de notre travail, demandant seulement la permission de le compléter par quelques notes bibliographiques indispensables.
Les savantes recherches des bibliographes modernes, les excellents travaux consacrés par M. Brunet et surtout par le regrettable Hain, à l'orateur romain , nous rendent cette tâche bien facile. Aussi, comme les livres de bibliographie sont aujourd'hui entre les mains de tout le monde, nous demanderons la permission d'être très-bref.
Les œuvres de Cicéron ne parurent pas réu-
SU II CICÉHON. 49
nies en corps d'ouvrage, avant l'édition donnée à Milan par Alex. Minutianus, en quatre volumes in-folio, avec une épitre dédicatoire au maréchal de Trivulze, gouverneur de Milan pour le roi Louis XII. Les deux premiers volumes parurent en 1498» l es deux autres l'année suivante. Cette édition princeps est fort belle et fort précieuse ; le papier en est très-fort , le caractère net et d'une grande élégance; c'est, en un moi, un admirable livre, d'une grande rareté et du plus grand prix. Les deux premiers volumes avaient été exécutés sous le gouvernement de Ludovic-Marie Sforce, duc de Milan ; mais les deux autres ne parurent que pendant l'occupation de la ville et du duché par les Français ; comme l'épître dédicatoire au maréchal de Trivulze, ajoutée en 1499 en tète Premier volume, manque dans un certain nombre d'exemplaires , on suppose, avec quelque apparence de raison, que, pour ne pas encourir la disgrâce de Ludovic Sforce, qui momentanément avait chassé les Français de sa capitale , l'éditeur s'empressa de supprimer cette épître pour tous les exemplaires vendus pendant ce court intervalle.
L'édition donnée par les Juntes à Venise ( 1 53/jiS^), 4 vol. in-fol., est belle comme presque tous les livres sortis des presses de ces illustres imprimeurs, et de plus a été pendant longtemps
la meilleure qui* l'on eût de notre polvgraphe; due aux soins de P. Vietorius elle présente un texte très-pur, enrichi des annotations ingénieuses et savantes de ce critique éminent , tant de fois réimprimées depuis : mais, comme elle a été tirée à un nombre considérable d'exemplaires, elle se rencontre fréquemment et ne se vend jamais fort cher. Exceptons-en l'exemplaire de Grolier, relié en 5 vol. in- fol. et vendu chez de Cotte i ,485 fr. et 47 livres sterling à la vente du duc de Noailles, faite à Londres en 1 835 ; il est aujourd'hui à la Bibliothèque impériale et vaudrait certainement . à notre époque de fureurs biblioinaniaques, quatre ou cinq fois cette somme.
Cette édition est préférable à celle donnée par Badius Ascensius à Paris, en i5io et i5ii, qui reproduit exactement le texte de Minutianus , et même à celles des Aides, dont la première (f 'eneti/s, i 54o-4<> , 9 vol. in-8 ON ) est cependant publiée par Paul Manuce, qui a corrigé le texte de Cicéron d'après d'anciens manuscrits. Ce texte de P. Manuce a été réimprimé par Robert Estienne en 1 r >43-44» i3 tom. en 8 ou 9 vol. in-8°, et par Charles Estienne, 1 555, f\ tom. en a vol. in-fol.; cette dernière édition, assez incor-
1 17mm est y 'ieloriîu libris *cripti.i et rditis ; induxil rtiam qii* in nullo antt edito rrant, dit U- savant Ernesti. (Ftihl lal. Fahririi.)
SUIt CICfcRON. 51 recte, est admirablement exécutée, tvpographiquement parlant; elle n'a cependant que peu de valeur aujourd'hui.
Parmi les éditions complètes qui méritent une mention honorable, nous citerons celle de Basle, apud Cratandrum, 1 5^8, 3 vol. in-fol., avec des variantes en marge, et de bonnes corrections données par Michel Bentinus;
Celle des Estienne (contrefaçon de l'édition Juntitie), très-belle d'impression et de papier, Paris, i538-3fc), 4 tomes en i vol. in-folio.
Cette édition .ïuntine, avec les excellentes notes et le texte de Victorius fut encore réimprimée plusieurs fois dans le seizième siècle , entre autres par les soins de Camerarius à Basle, i54<», 4 vol. in-fol.
Les Gryphes de Lyon ont donné une foule d'éditions de Cicéron : la première, dont le texte a été réformé par M. Bruto, est de i54o, en 9 vol. in-8°; les suivantes sont de i5/|6, i55o, iD^Q, 1570, «579, 1 585. En général, ces éditeurs ont réimprimé le texte de Robert Estienne, c'est-à-dire l'édition Juntine.
Simon de Colines, de Paris, en a donné aussi plusieurs éditions ( texte de Robert Estienne); celle de 1 543-47, 10 vol. in-ia , est fort jolie :
• Grxvius a fait observer, avec un parfait .sentiment d'équité, que Cicéron doit plu* au seul Victorius qu'à tous ses éditeurs postérieurs réunis.
nous en avons nu quelques volumes dépareillés, à la charmante reliure de Marc Lauwerevns, M. Lavrini et atnicorum , avec sa belle devise : Virtus in arduo.
Mais la meilleure édition du seizième siècle, et l'une des plus parfaites que nous connaissions, sera toujours celle de Denis Lambin.
Elle fut imprimée pour la première fois, à Paris, chez Jac. du Pu\s, i5(>5-67, 4 tom. en a vol. in -fol.; la plupart des exemplaires portent la rubrique : Apud Hem. Turrisanum, sub Aldina Bibliothcca; à la fin dn iv*" tome, on lit : Lutetia* excudebat Floricus Pmeuotius cuiiw eu ic. lxvi. Meuse februario, sumptibus Jacobi a Puteo, liern. Turrisani, Ph. Galt. Rouillij ; et l'on trouve parfois au frontispice indistinctement le nom de l'un de ces trois éditeurs. Cette édition seule donne l'excellent texte corrigé par Lambin avec une grande hardiesse, mais en même temps avec une immense érudition et un sentiment très-tléveloppé du beau et du vrai en matière littéraire : elle a été fort souvent réimprimée. Parmi ces réimpressions, nous citerons celle de Londres, Jackson et Carpenter, 1 585, 9 vol. in-8, qui est d'une grande rareté et d'une belle exécution, et celle de Lyon, sumptîbus Sibyllœ a Porta, i588, /j vol. in-4i à laquelle les notes de Denis fiodefroid donnent une certaine valeur.
sut CICÊRON. 53
Dans la plupart des éditions suivantes, t'est tantôt le texte de P. Manuce, tantôt celui de Brtlto qui sert de base : on l'accompagne des notes de Victorius , souvent réunies à celles de Lambin, et la comparaison des recherches et des travaux philologiques de ces infatigables érudits est presque toujours du plus haut intérêt. Citons encore l'édition donnée par les Aides en i 578 et années suivantes à Venise; elle est imprimée en lettres italiques et forme 10 tomes ordinairement reliés en 4 <ni ^ v °l- in-fol.; quoique accompagnée de fort bons commentaires, elle n'a jamais eu de prix. Puis l'édition de Hambourg, Froben, 1618-1619, 4 tomes en -2 vol. in-fol.; elle est d'une certaine imj>ortance, mais mal imprimée et assez commune. C'est le texte de Victorius, revu sur des manuscrits de Heidelberg, corrigé et annoté par Culielmus et Gruter. De plus, cette édition médiocre offre cette particularité, que c'est la première fois que le texte de Cicéron est divisé par chapitres.
"Nous ne faisons mention que pour mémoire de l'édition donnée par les Klzévirs en 1642, 10 vol. in-12; elle n'offre d'intérêt qu'aux curieux. Mais celle que les mêmes éditeurs donnèrent en > 66 1 , •> vol. in-4, est aussi belle d'exécution que remarquable comme pureté ; c'est le texte revu par Cruter, avec les notes de Schrevelius. .Mal-
heureusement elle est imprimée en très-petits caractères et fort compacte.
L'admirable édition variorum vient ensuite :
elle est formée de x i volumes in-8°, imprimés à Amsterdam et à la Haye depuis 1677, et n'a été terminée qu'assez avant dans le dix-huitième siècle. Le savant Graevius avait eu l'idée gigantesque de donner une édition complète de Cicérun cutii notis variorum ; mais il succomba à la tâche, et son immense travail , continué par Burmann et Pearce, ne fut complété que lougtemps après sa mort par l'Anglais John Davis. Cette belle suite d'excellents volumes . est aussi rare que précieuse. Le texte adopté par Grœvius et conservé par Davis est celui de Gruter : les notes de tous les commentateurs sont disposées dans un ordre parfait. Bref, cette édition est un véritable monument au point de vue de la philologie comme à celui de la typographie ; on y réunit généralement quelques volumes de Glossaires et de Commentaires, publiés à peu près à la même époque et dans le même format, par les savants contemporains, Tunstall, Ernesti, YYopkens, etc.
Laissons de coté l'édition donnée en 172/4 par ls. Verburg, chez les Wcstein d'Amsterdam, 2 vol. in-fol. Quoique souvent réimprimée, elle laisse beaucoup à désirer. Ht les notes de l'éditeur sont peu estimées.
Slït ClCÈHOiV 55 Viennent les trois éditions données par le savant Ernesti : la première , imprimée à Leipzig (1737-39, 6 vol. in- H), est la plus recherchée, non pas des curieux (la chose serait naturelle j, mais bien des érudits. Les additions et les corrections qui se présentent dans les deux dernières, quoique faites sur des manuscrits anciens, sont assez inexactes et sont loin de présenter l'ordre et la pureté désirables. M. Brunct cepennant prétend que la troisième édition, publiée en 1 776-77, est très-correcte, et mérite d'être re cherchée, quoique imprimée sur mauvais papier; mais M. Gracsse, de Dresde, soutient qu'elle est mauvaise et inexacte, et cite Wyttembach, dans la llibliotheat cri tien ', comme son autorité : ici, et par extraordinaire, nous croyons devoir nous ranger du côté du bibliographe allemand.
I /édition de l'abbé d'Olivet ( Paris, Coîgnard, Desaiutet Guérin, 1740-42» 9 vol. gr. in-4, tirée à six cent cinquante exemplaires, dont vingt-cinq surgr. pap.) est, nous ne dirons pas trop justement célèbre, mais du moins trop connue pour que nous nous y attachions. Le texte est donné d'après les travaux de Victorius, de P. Manuce, de Lambin et Gruter; mais le travail philologique est bien loin de la perfection, au point de
' Amsterdam, 180».
vue de la science et du goût : aussi cette édition, si remarquable au point de vue typographique, si recherchée au dix-huitième siècle, a-t-elle déjà perdu presque tout son prix. Les savants, surtout depuis la nouvelle édition d'Orelli, la dédaignent, et les curieux n'en recherchent que les exemplaires en grand papier, recouverts des splendides reliures de Padeloup et de Derome. Elle fut très-fréquemment réimprimée à la lin du siècle dernier, particulièrement en Italie et en Angleterre 1
1 Nous empruntons au Manuel de M. Brunet la note suivante, qui donne quelques détails intéressants sur cette nolde entreprise littéraire :
« Une note autographe de feu Delatour, imprimeur, gendre et successeur d'Hipp.-L. Guérin, l'un des deux intéressés dans l'impression du Cicéron de l'abbé d'Olivet, nous fournit les particularités suivantes :
« L'édition ne fut tirée qu'à 6S0 exemplaires en tout, dont 25 eu grand papier. Les 9 vol. se vendaient 108 fr., et en gr. pap. 300 fr. L'abbé d'Olivet, qui cultivait les lettres plus par amour pour elles que par intérêt, et qui d'ailleurs était flatte de pouvoir élever un monument à la gloire de l'illustre orateur romaiu, objet de ses plus chères affections, ne demanda aucune rétribution pour le travail aussi long que pénible que lui occasionua cette édition. De leur côté, les libraires Coignard et Guérin ne se montrèrent guère moins généreux que le savant éditeur, en fixant un prix aussi modique à un ouvrage qui leur avait nécessité des avances considérables et des soins multipliés. Cependant nue entreprise aussi honorable pour la librairie française que l'était celle-ci, fut malheureusement saus succès pour les intéressés, car l'édition ne fut épuisée qu'au bout de trente-sept ans, et elle serait même restée plus longtemps en magasin, si la moitié des exemplaires n'eussent été achetés par Vaillant, libraire de Londres, qui trouva probablement un grand avantage à ce marché.
« H serait difficile, sans doute, ajoute M. Brunit avec le grain de mi-
SI II GICÉRO.V hl
L'édition Barbou (Paris, 1768, 14 vol. in-12), publiée sous la direction de Lallemand , reproduit le texte de l'abbé d'Olivet avec quelques bonnes variantes et corrections nouvelles : elle est bien imprimée, d'un format charmant, et conserve un certain prix.
Laissons de coté toutes les éditions d'Oxford, de Madrid, de Deux- Ponts , de Londres, de Glasgow, de Leipzig, etc.; citons seulement celle de Boston, 1818 vol. in-8): c'est le texte d'Ernesti, et la première édition de Cicéron publiée en Amérique. Mentionnons celle de Lefèvre (Paris, i8a3-a5, 18 vol. in-18), publiée sous la direction d'.Vmaret de Victor Le Clerc. Citons encore celle de Lemairc, qui, comme celles de presque tous les classiques de sa collection, est remplie de bonnes intentions, très-complète et renferme une grande quantité d'annotations, de gloses, de remarques et d'arguments, le tout peutêtre un peu confus. Elle a été publiée à Paris, de i8a; à i83a, et forme 19 vol. in-8, divisés en cinq parties, dont la dernière renferme tous les fragments retrouvés. MM. J. W. Rinn , Victor
santhropie qui caractérise généralement les hommes qui ont vécu de longs jours, de rencontrer aujourd'hui des imprimeurs aussi désintéressés que l'étaient ceux que nous venons de nommer; mais pent-élre des gens de lettres aussi généreux que l'ahW d'Olivet «• I mutera ient-iU plu* difficilement encore. <
Le Clerc et Bouillet, eurent la direction de ce grand travail.
Remarquons, en passant, combien M. Brunet s'est montré sévère pour cette immense entreprise littéraire, la Bibliothèque classique ( vol. in-8), que M. Lemaire mit vingt années à conduire à bonne fin, et dont, malgré tout, le tort principal est d'être trop développée.
Nous arrivons à l'excellente édition d'Orelli ( Turici, 1826-37), 8 vol. en douze parties, trèsgrand in-8, qui comprend, outre le texte , tous les scoliastes de Cicéron, et que son prix réduit met à la portée de toutes les bourses.
Enfin, et pour terminer cette trop longue énumération, que i on nous permette d'ajouter que depuis quelques années un certain nombre de savants allemands, avec cette persévérance et cette conscience qui distinguent à un degré si éminent cette race sérieuse, s'occupent des travaux philologiques les plus approfondis sur Cicéron. Ils n'ont pas reculé devant la pénible tâche de comparer tous les manuscrits qu'ont pu leur fournir et leurs nombreuses bibliothèques et même les bibliothèques étrangères, remontant patiemment de siècle en siècle, jusqu'à ce qu'ils soient arrivés au texte le plus pur et, si l'on ose le dire, à la version princeps. Ces scrupuleuses recherches ont déjà, lentement . il est vrai , mais
sut cicfinov
sûrement, produit d'excellents résultats, et les volumes édités à Leipzig par Tauehnitz d'abord, et depuis par Tûbner , dépassent certainement, au point de vue de la correction du texte, tout ce qu'on a publié jusqu'ici de plus authentique.
Hâtons- nous maintenant de passer aux œuvres séparées, que nous diviserons en trois classes : les Opéra rhetoriva et oratoria, dans lesquels nous comprenons les Oraliones ; secondement les Episto/œ, et enfin les O/tertt phifosophica.
OPERA RHET0fUC\ KT 0KAT0UIA.
LIBHI IV RHETORI COR T M AD C. HERE.NNIUM ; LIBRI II DE 1NVENTI0NE.
Ouvrage de la jeunesse de Cicéron, dont les manuscrits s'étaient conservés assez nombreux au moyen âge. Il fut transcrit et mis au net par Omnibonus Leonicenus , qui le fit imprimer à Venise, par INicolas Jenson, en 1^70» gr. in-4, 1 38 feuillets à 3o lignes. La souscription en lettres capitales qui termine le volume est conçue en ces termes :
Marc/ Tulliî Ciceronis oratoris clarissimi rhetoricorum veterum liher uitimus féliciter explicit . m. croc. ixx.
go ÈTIDE
Citons encore une édition de cette Rhétorique, qui fut le premier livre imprimé à Angers avec date : Rhetorica nova, Andegavi, Jo. de Turre et Morelli, 1476 ; pet- in f\-
Les quatre livres Rhctorkorum furent tout d'abord attribués à Cicéron par saint Jérôme, et ce jugement a été consacré. Depuis plus d'un siècle la plupart des critiques, attaquant cette attribution, ont prétendu que ce traité était indigne du grand orateur, et en ont fait honneur, les uns à Cornificius le père % les autres au (ils de Cicéron, puis à Timolaùs, puis à M. Gallio, d'autres enfin à Vîrginms Rufus ; malheureusement aucun de ces savants n'a su appuyer son attribution de preuves probantes.
De Oratore Libri UI (ad Quintum f rat rem).
Grand in-/|° de 108 feuillets à 3o lignes, sans indication de lieu ni de date, mais imprimé au monastère de Subiaco, près Rome 1 in monasterio Sublacensi), par Sweynheym et Pannartz, vers 1 466 ou 1 467, sous le pontificat de Paul II a , et
' Rhetoricte Ciceron'u, s eu de Iitventione, lib. III. Item incerti auttoris, seu ut quibusdam plaeet, Cornificii Rhetorieorum, lib. IV. (Citai. Bibl. Benedietinonim Beatae Marie Florentin». Montfaucon. Voyez l'appendice.)
» Et certes cet excellent pape n'était pour rien dans la tanne réception qui fut faite aux premiers imprimeurs venus d'Allemagne, hospitalité qui devait jeter un si grand lustit: sur son pontificat : en effet, \oici ci que dit Platine (de Fitii ne gesth uimmorum Pontifieum) . Paulin II,
SUR CICÊHO.V
tiré à i7$ exemplaires. Ces illustres disciples de Gutenberçet de Sclieffer importèrent en Italie la nouvelle découverte à la fin de i4<33, et trouvèrent l'hospitalité chez les moines du couvent de Subiaco, 1 . Le premier livre sorti de leurs presses fut le Lactance de iZ|(55 a .
Pont. Max. humanitatis studio ita oderat et contemnebat, ut ejus studiosos uno nomme hstreticos appel laret ; et Bomanoi horiabatur, ne fi/io» diutius in studiis littrrarjm rersari paterentur ; salis eue si légère et scrihere didicissent.
• ■< Joannes Andréas, Alcriensis episcopus, in{dcdicatione vol. l.operum Hieronymi (Edit. Rome , 1468.) Paulo II inscripta , Nicnlaum Cusensem cardinalrm, peroptas.se tradit, ut ha:c sancta an, « j ■ r k oriri tunr videbatur in (îcrmauia, Ho m ara deduceretur ; vota autem cjusdem die XI Augusti 1404 defunrli , tub ponliriratu Pauli II (qui pridieKal. septemb. hujusce anni cu-pit) impleta esse : nominans deindc ipsos advectores Conradum Swcynheym et Arnoldum Pannartz. »
» La requête adressée par Sweynheym et Pannart/ au pape Sixte IV, le successeur de Paul II, requête rédigée par leur protecteur dévoue, lévèque d'Aléria, et qui fut imprimée à la Gu du 5' vol. de la Glose de Nicolas de Lyre (Rome, 1472), nous apprend que le premier ouvrage par lequel ces imprimeurs débutèrent au couvent de Subiaco (undr imprimendi initium sumpsimus) fut un Donatus pro pueris, qu'ils tirèrent à 300 exemplaires. Donat aujourd'hui complètement disparu. Cette même requête contient rénumération des ouvrages pubbés par eux jusqu'à cette même année : on y trouve le Lactance de 1465, tiré à 275 exemplaires; le saint Augustin, à 275 exemplaires; les deux célèbres éditions de T'irgile, sans date (vers 14ft9 et 1470), chacune tirée à 275 exemplaires, etc.
Dans l'histoire de Paul II, Platine dit que les imprimeurs allemands, établis sous son pontificat à Subiaco, y préparèrent en un mois l'impression du Lactance et se mirent en état de tirer chaque mois deux cents volumes semblables {Lactantium Firmianum mense uno formaverunt et ducentos hujusmodi libros quoqur mense efficieùant.)
ht Philippe de Lignainine, l'illustre imprimeur, dans sa Chronique qu'il fit paraître à Rome, en 147 i, sons le patronage éclairé de Sixte IV,
0] ÊTl DE
Les moines de Subiaco avaient une riche et nombreuse librairie, et tous les livres imprimés chez eux, entre autres le Lactance, le saint Augustin et le Cicéron, le furent évidemment sur des manuscrits du couvent Swevnheym et Pannartz trouvèrent là des manuscrits de la petite écriture romaine, dont l'usage s'était conservé jusqu 'au huitième et au neuvième siècle, et qui venait d'être reprise par les calligraphes du quinzième ; ils adoptèrent ce caractère, auquel ils donnèrent pins de rondeur et de netteté, et il en résulta ce beau caractère romain, avec lequel ils imprimèrent le Laclance de 1^65 et les ouvrages suivants.
La première édition, avec date certaine, du traité de Oratore, fut donnée à Rome en 1 468 par LlricHan de Wien, petit in-folio de 91 ff. à 36 lignes. Cet imprimeur tirait à petit nombre, ce qui explique l'excessive rareté de la plupart des livres sortis de ses presses.
Omnibonus Leonicenus, c'est-à-dire de Lunigo, l'un des premiers grammairiens du quinzième siècle, l'élève de Victorin de Feltri, l'un
s'exprime ainsi : Conradus Sivernheym ac Arnoldus Pannartz, Udalrieus Gallus parte ex afia, Teutkone», librarii insignes. Bornant venientes primi imprimendorum librorum artem m Italiam introduxere, trecentas carias per d'tem imprimentes.
' Voy. Jansen, Origine de la gravure, t. II, p. 43.
SUIt CtCÉKON. 63
des meilleurs restaurateurs de la langue latine, enrichit d'excellents commentaires ce traité de Oratore : nous le retrouverons au de Officiis.
Brîitus, sive Dialogus de Claris Oratoribus.
Grand in-4° de 78 ff. à 3a lignes par page. Imprimé pour la première fois à Rome en 1469, par Sweynheym et Pannartz, qui s'étaient établis dans cette ville, in domo magnifier Pétri de Maximo 1 il fut tiré à 55o exemplaires % réimprimé l'année suivante à Venise par Valdarfer et plusieurs fois encore avant 1480.
OrATOR, SIVE DE OPTIMO GENERE DICENDI AD
11. Brutttm, imprimé à Rome pour la première fois en 1469, en même temps et avec la même justification que le Brulus.
Maintenant, comment et par qui ces traités de rhétorique furent-ils découverts ? Ici nous nous trouvons arrêté par une difficulté. Deux philologues se disputent l'honneur de la découverte : Nicolas Niccoli, et l'évêque de Loch, Gerardus Landrianus, Laiulis Pompeiœ episcopiis. Le cas
1 L'un des ancêtres du prinev Massimo, qui, de concert avec son frère François, avait donné aux imprimeurs allemands l'hospitalité dans son palais, après leur sortie de l'abbaye de Subiaco.
1 A 275 exemplaires, d'après M. de Ijiborde ; et une seconde édition, sans date, que l'on confond avec la première, aurait été tirée également à 275 exemplaires. M. de Uborde veut peut-être prier de l'édition sans date du traité Ae Oraiort, donnée au couvent de Subiaco, édition que nous avons citée tout à l'heure.
est grave, et nous ne pouvons guère en sortir qu'en nous retranchant derrière cette formule de droit qui interdit la recherche de la paternité ; ou mieux, donnons les titres de chacun, et le lecteur jugera dans sa sagesse.
Nicolas Niccoli, l'ami d'Ange Politien et du Pogge 1 , avait, d'après quelques documents contemporains, trouvé à Lodi ce précieux Codex, contenant : très de Oratore integerrimos, finit am de Or. Claris, et Oratorem ad Hrutum M. T.
Ciceronis*. Il fait part aussitôt de sa découverte à son illustre ami Poggio, qui se trouvait à Londres, et celui-ci lui répond : De Oratore r/uod ais repertum esse Ijiudvr (mais il ne dit pas : par toi), idque Franc iscum Barbarum testarr\
1 Voici ce que dit Le Pogge, dans l'oraison funèbre qu'il prononça de cet illustre philologue : Quod autem egrrgiam laudrm meretur, summam operam curamqiu adhibuit ad jtervestigandos auctores qui culpa temporum perierant. Qua in re vere possumus dicere, omnrs libro< fere, qui noviter, tum ab aliis reperti sunt, tum a me ipso, qui integrum Qutntilianum, Cicrronis nostri oraliones, Silium Ita/icum, A r onium Marcel lum, jAicrrtii partem, permultosque prirterea Germanorum Gallorumque ergastulis mea diligentia cripui, atque in lucem extuli, Nicolai hujus impulsu, eohortatione et pxne verborum molestia esse litteris Latinis restitutos , etc. Ce passage curieux et tout ce que nous pourrions extraire des doctes écrits de Politien et de Victorius prouvent, il est vrai, le savoir et l'ardeur qu'apportait Niccoli à la recherche et à la transcription des textes perdus; mais il est évident que le fait considérable de la découverte des Traités de Rhétorique de Cicéron n'aurait pas été omis par ses panégyriste*, s'il avait eu le* moindres droits à la revendication d'une aussi précieuse trouvaille.
» Catal. Medic. Bibl ., I. Il, col. jlti.
SIM CiCfcHON. 6, r >
credo quod illi affirmant et hoc magnum est lucrum. Et(Lett. xvn) : Tullii librvs de Oratore perfectos, itemque Oratorem et Brutum intégras esse repertos s uni me gaudeo... VA plus loin (Lett. xix) : cupio habere lie Oratore, Brutum et Oratorem : ideo te rogo, ut illos ad me quamprimum mit tas.
INicolas Niccoli a encore pour lui le témoignage de Christophorus Barzizius, homme docte et très-considéré, qui, dans une lettre que l'on a conservée, le remercie de l'envoi du manuscrit de Oratore, et lui promet de le lire et de l'épurer avec soin .
Voyons, d'autre part, quels sont les témoignages militant en faveur du savant évéque de Lodi.
Voici ce que raconte Flavius Blondus dans son Italia illustrata :
Gasparinus Bergomensis, grammaticus rhetorque celeberrimus, Vendus meliori solito doctrina nonnulhs erudivit...quum Philippus, Mediolanensium dux tertius, Gasparinum Bergomo subditum hominem invitum Mediolanensibus edocendis Padua et Venetia evocavit ; ubi id maxime adjumenti studiis ehquentiœ attulit, quod repertus Laudœ asunimo viro Gerardo Landriano, tune ibi episcopo, multis maximisque in ruderibus codex Ciceronis pervetustus, et cujus litteras vetustiores paucissimi scirent légère, ad
66 krvm
e/us prtveniens /nantis i/tterilti/n evasil . Continebat is codex, prie fer Rhetoricorum novos et veteres, qui habebantur, très quoque de Oratore integerrimos, Hrutu/n de Oratoribus clans et Oratorem ad Hrutu/n M. T. Cicemnis. Inde liberatus est bonus ipse vir Gasparinus ingenti, que/n assumpserat, labore sttpplcndi, quoad poterat, librorum de Oratore defectus, sicul diu antea in Quintiliani institutionibus\ ntulto laboie supplei'erat. Et quu/n nullus Mediolani esset qui ejus vetusti Codicis littera/n sciret légère, Cosmos quidam egregii ingenii Cre/nonensis très de Oratore libros primus transcripsit, multiplicataque inde cxempla omnem Italiam desideratissi/no codice repleverunt.
Un témoignage aussi explicite, aussi circonstancié, venant d'un homme aussi sérieux que BlondllS de Forli, appuyé sur ce fait incontestable que Gerardus l^andrianus fut l'éditeur de ces deux traités, nous parait devoir faire pencher la balance du côté de l évéque dWléria.
Topica ad C. Trebatium. — La publication de ce petit Traité est due à Gabriel Fontana, de Plaisance. La première édition connue est un petit in-/i° de ao ff. à >4 e * a5 lignes par page, publié sans indication de lieu, sans nom d'éditeur, mais avec la date de i47*i et le caractère qui servit à imprimer probablement à Venise)
SLIl CICKKOV 67
le Traité de Partitionibus omtortis, édité par le même Fontana. Du reste, ces deux rares volumes se sont trouvés presque toujours réunis, et presque tous les bibliographes, Panzer et Maittaire entre autres, n'hésitent pas à les présenter comme publiés simultanément par le même imprimeur, et ne formant qu'un seul livre.
Nous retrouvons ce traité dans l'édition du de Oratore et de quelques autres parties, imprimée en i486 à Venise, per Barthol. Alcxandrinum et Amlream Asulanum, et dans celle publiée par Ant. de Strata, sans date, mais évidemment à la même éj>oque : là elle est augmentée des commentaires de Georgio Val la.
De Partitiowe oratoria dialogus. — C'était une traduction d'un ouvrage grec perdu depuis, que Cicéron avait faite pour l'éducation de son fds. On donne parfois à ce traité une autre origine : Cicéron se promenait un jour avec un illustre jurisconsulte de ses familiers ; celui-ci lui demanda d'improviser un discours sur les tieiu: conumiiu, et sur-le-champ, sans autre secours que celui de son étonnante mémoire, et grâce à ses excellentes études des lettres grecques, Cicéron lui récita son Traité de Partilione : il faut ajouter que c'est incontestablement le moins parfait de ses ouvrages de rhétorique.
La première édition fut , nous venons de le
dire, publiée par (iabriel Fontana de Plaisance en i47*, sans nom de lieu ni d'imprimeur; c'est un petit in-4° de 27 ff. non chiffrés, à j»6 lignes par page. M. Brunet pense que le caractère tic cette rare édition est l'un de ceux qu'employait Zarot de Milan, dans l'imprimerie duquel Fontana paraît avoir travaillé comme correcteur. Maittaire prétend que le caractère des Topica n'est pas le même que celui des Partitiones , au moins l'affirme-t il pour un exemplaire qu'il a vu : sans doute il aura tenu entre les mains une autre ancienne édition.
DeOPTIMO GENERE ORATORMM BREV1S DISPUTATIO.
— Asconius Pedianus déclarait ce traité perdu : il fut retrouvé bien des siècles après lui, et publié très-probablement pour la première fois avec le de Ora/ore et les deux traités précédents dans l'édition de Venise, i485, que nous venons de signaler ; beaucoup plus tard, en 1 55a ', on le voit imprimé tout seul par le célèbre Vascosan, à Paris, in-4% avec des commentaires d'Achille Stace*.
Liber de proprietatibus terniinorum Cicemnis juxta ordinem alphabeti compendîose edttus.
• Voy. fn .it *s< . p. 162.
' Achille Staee (Estaco), Portugais du seizième siècle, mêle à toutes les fraudes littéraires de son temps : ses notes et ses écrits n'offrent .nicune garantir d'authenticité ni d'exactitude.
SLH CICÉRON. 69 In -4° de 3a ff. à 27 lignes sans lieu ni date, mais imprimé avec les caractères d' Cl rie Zell, de Cologne. Ce traité, attribué à Cicéron, a été souvent réimprimé dans le quinzième siècle. Lue édition romaine en avait été donnée en 1487, sous ce titre : De verborum copia et elegantia libri II. — Dernièrement une excellente édition en a été publiée à Leyde, en 1 85o, in-8°, par les soins du docteur Mabne, sous ce titre : Qwe vulgo jerunlur Synonyma ad L. f'eturiu/n , secundutn editionem wmamim denuo escudi curavit G. L. Mahne.
Orationes. — Cinquante-neuf de ces admirables discours, qui ont si justement valu à Cicéron le titre de Prince des orateurs, nous sont parvenus. En voici la liste :
Oratio pro P. Quinto ;
pro Sex. Hoscio Amerino ;
pro Q. Roscio, Comœdo; Orationes (7) de Causa P errinu ; Oratio pro M. Fonte io ;
pro A. Cœcina;
pro Lege Manilia ;
ptv A. Cluentio Ai'ito;
pro C. Cornelio;
in Togo candida; ( hationes 3 de l*gc agi aria ;
70 ÉTLIïE
Oratio pro C. Rabirio ; Orationes (4) Ml L. Catdinam ; Oratio pro L. Murœna; pro L. Flacco ; pro P. Cornelio Su/la; pro A. fjcinio Archia; ad Qui rites (post reditum) ; in Senatu (post reditum); pro Donio sua;
de Aruspicum responsis, adversus Clo-
dium ; pro Cneio Plancio ; pro P. Sextio; in Vatinium; pro M. Cœlio ; de Provinciis consvlaribus; pro L. Cornelio Balbo; in L. Calpurnium Pisonem ; pro M. Scauro fragmenta); pro T. Annio Milone ; pro C. Rabirio Postumo ; pro M. Marcello; pro Q. Ligurio, ad C. Cœsarem , pro rege fïejotaro, tetrarcha Galata-
rum;
Orationes ( i/J) in )/. Antonium (Philippicae). Outre les deux Orationes retrouvées par Pé-
SI 15 CICKHON. 71
trarque à Liège, nous savons que les fragments de YOrutio pro M. Scauro furent découverts et publiés par Jean André, évêque d'Aléria, et YOrut/o pro devina fut, après de longues recherches, trouvée par Pogge dans le monastère de Langres.
Sur la garde d'un manuscrit ancien que I on conservait à la bibliothèque de Sainte-Marie in ara Cœli, à Rome, on lisait cette note : Uanc oratio • nem antea culpa temporum deperditam Poggius Infinis viris restituit, et in lia liant reduxit, quum en m diligent in sua, in Gai lia reclusam in silvis l.ingonum udinvenissetconscripsissetque ad Tullii memorium et dovtorum hominiun utililatem.
Les trois discours de Lege agraria, ceux pro Cœcinn, pro Rubirio, in Pisonem, pru Roscio Comœdo, furent aussi découverts par Le Pogge : Has oruliones, quœ antea culpa temporum apud italoê deperditœ erunt, Poggius Florentinus, perquisitis plurimis Galliœ Germuniœque, sum/no eut h studio ac diligentia, bibliothecis f quum latentes comperisset in squaiore et sordibus, in lucem solus extulit, ne in pristinum dignitatern ilecoremque restituens Latin is musis dicuvit ». Le Pogge ne fit pas cette découverte en Allemagne, en même temps que celle de Silius Italiens, ainsi que l'ont prétendu quelques écrivains, mais bien
' D. Bern. .1.- Mont faucon, Diarium ùaiieum. Pari*, 1102, M- 1",
dans la riche librairie du monastère de Saint* Gall , à l'époque du concile de Constance, où il trouva en même temps les célèbres Scolies d'Asconius Pedianus; il était aidé dans ses recherches par Sozomène de Pistoie et un érudit , Bartolommeo da Monte Polliciano, son ami dévoué.
Les terrines et les Catilinaires furent également retrouvées par l'infatigable Poggc; au moins toutes les probabilités sont en faveur de cette hypothèse : elles furent transcrites et mises au net de sa main , et le manuscrit, qui porte son ex libris : Finis libri scripsil Poggius Rom se, et au commencement : Liber Poggii secretarii Papœ, fait partie de la fticcanfiana, où il a été minutieusement décrit.
Les XIV Orationes in M. Antoiiium (on sait qu'à l'instar de Démosthène , Cicéron appela ces foudroyants réquisitoires Philippines) furent publiées d'abord à Rome par les soins de J. Ant. Campanus {yoy. l'article que iMaittaire consacre à ce philologue) vers i47°- chez Ulricus Han ou Gallus, dont il dirigeait l'imprimerie (il cumulait les fonctions de correcteur avec celles d'évéque de Teramo, et faisait pour l'imprimerie d'Ulrich Han ce que faisait pour Sweynheym et Pannartz l'illustre évèque d'Aléria). Cette rare édition est dédiée au cardinal de Sienne (c'est un in-4° de \\<>. (T. à \x lignes». Le manuscrit
SUR CICÉItOV T.i
sur lequel le docte Gimpanus les Ininscrivit pour les livrer à l'impression provenait de la bibliothèque Vaticane; Muret en parle dans une de ses lettres à Turnèbe; il dit qu'après deux ans de sollicitations incessantes, toujours accueillies par des fins de non-recevoir, ayant enfin obtenu la permission de pénétrer dans la troisième salle du Vatican , il y retrouva un vieux Codex des Philippiques, qui avait plus de sept cents ans d'antiquité, sans ponctuation, sans abréviations, à lettres romaines grandes et égales : c'était le manuscrit de Campanus
Un curieux manuscrit de sept des Orntiones existait dans la bibliothèque du duc de la Vallière : il avait été exécuté en Italie au quinzième siècle pour Sozomène de Pistoie dont il portait Y ex libris :
'H BîSXoç toû 2»;&|uw>.
Ce Sozomène de Pistoie était chanoine de la cathédrale de cette ville, auteur d'une chronique universelle dont Muratori nous a conservé une partie, et possédait une fort belle collection de
• « Tandem adnmsus inspexi volumcn quoddam perantiquura Philippu-arum M. Tullu, anle 700 aiiiios exaratum; cujus litterarum conformatio, et &p8oYpoupia eadem plane lit, quae in Pandectis flnrentinU, in Terentio Bemhiet cpistolwCiwronis, quai P. Victoriu» *ulpmt. « (.»/«reii lih. ?, Fpht. IH.)
manuscrits classiques grecs et latins, consistant en 1 16 volumes. On les trouva enchaînés dans six tablettes, lorsqu après sa mort on en fit l'inventaire en 1460 ( le Père Zaccaria a inséré cet inventaire dans la Bibb'othecn Pistoriensis). Une grande partie de ces manuscrits passèrent dans la collection de Pithou ; quelques-uns devinrent la propriété du duc de la Vallière :
celui dont il est question portait au commencement du volume, et de la main de Sozomène, la curieuse note suivante :
Melius est emere libros in m sert y dos \ qiiam scribi fncere ; nam pro membranis e.rposui gmssos tredecim, scriptori dedi libras duodecim et enrtornrio (au relieur) grossos qu/ttiuyr, suttuna ergo in totum libras sexdecim solides tredecim demirios vj, die primo mensis murtii m. gogc. xxv.
Les Omtiones furent publiées pour la première fois collectivement à Venise, en i4?i» par Christophe Yaldarfer, sous la direction et par les soins de Lodovico Carbo. Le manuscrit sur lequel ce Carbo transcrivit ces immortels chefsd'œuvre, appartenait à la librairie du couvent de Santa Maria dell'Orto, de l'ordre de Citeaux. Carbo avait été introduit dans la librairie par ses amis les Fratelli Zobbini, peintres renommés, chargés, en 1466, de la décoration de la sacristie du monastère. Ce rare volume est un petit
SI II UCÉItON. 75
ill-fol. de 27.5 ff., au dernier desquels se trouve le nom du correcteur 1 ; bien qu'incomplète des Orationes pro Fontejo , pro Lege Agraria , pro Roscio Votnœdo^ des Verrinx et des Philippicœ, cette édition est généralement classée parmi les princeps, au même titre que l'édition de Rome, publiée la même année. Celle-ci , plus rare encore peut-être que celle de Venise, est beaucoup plus complète* ; elle fut imprimée parSweynheym et Pannartz, sous la direction du célèbre philologue Jean \ndré, évéque dWléria et bibliothécaire du Vatican dont il a été déjà plusieurs fois question, qui fait précéder son travail d'une épître dédicatoire au pape Paul II. C'est, en somme, un très-précieux volume (356 ff., à /|b* lignes par page) tiré seulement à 275 exempl.; ce nombre restreint, mais en général adopté par Sweynheym et Pannartz, en explique l'extrême rareté.
UOratio ariversus Valerium , publiée à Bolo • gnepar Phil. Béroalde eu 1^99» et comprise au nombre des Orationes Ciceronis , est parfaite-
' Sur l'exemplaire vendu 700 livres chez le duc de la Vallière, se trouvait une note curieuse, en ce qu'elle fait connaître le prix des livres en Italie, au début de l'imprimerie : Anno Domini M° CCCC° LXXill hus présente» orationes precio duorum ducnlorum auri comparant teste signo meo manuali hic appôto anno predicto die XV Januarii. — Jaulnern.
* Néanmoins elle ne renferme pas les Verrin», publiées pour la première fois eu 149;), a Venise, prr Joannem Forliviensrm rt Jacohum Bririrmrm <oei*<. In-fol de Î5J feuillet* Main. 1SÏ.S.Ï
76 ÉTUDE ment apocryphe : ce serait, d'après Orelli, l'ouvrage d'un grammairien français du quinzième siècle.
Les précieux Commentaires du premier des philologues latins qui se soit voué au culte de Cicéron, Asconius Pedianus, de Padoue, et ceux non moins intéressants de (ieorgius Trapezuntius, furent publiés en ■ 477- C'est « n rare folio imprimé à Venise : il conserve du prix, comme les savantes annotations qu'il contient conservent encore aujourd'hui de l'importance et de l'intérêt.
Joignons à ce qui précède le détail de quelques fragments des Orationes, récemment découverts et publiés :
M. T. Ciceronis triant Orationum pro Scauro, pro Tullio, pro Flacco, partes inédites , cum anliquo scholiaste , item inedito , ad Orat. prtt Scauro. Mediolani, tjpis Pyrolœ, 1814, in-8.
Ces fragments ont été retrouvés, transcrits, annotés et publiés par l'illustre cardinal Mai. Il examinait un manuscrit du poète chrétien Sedulius dans la collection Bobbio, à la bibliothèque Ambrosienne , quand il crut apercevoir quelques traces d'ancienne écriture : après un long et pénible travail , il parvint à faire repa-
• Sedutii Carmen pmehaie, eoitUnem hulorias notabilrs t'rfrris ne Xovi Trttatnrnti, orationh <it>mmk*tù para/t/trmim, Mo.
SUK (ICKIiOY
raitre des mots complets , des phrases entières :
O De us immort alis ! s'écrie {enthousiaste savant, ô Deus immortalisl quid denium video l eu Ciceronem, en lumen romanœ favundiœ, iiulignissimis tenebris circumseptum! Agnosco deperd/tas Tullii orationes , sentio ej'us eloquentiam divina qwulam influere. . .
Et après de bien patients travaux, de bien pénibles efforts, il reconstitua, il rétablit presque intégralement trois des plus importants discours de Cicéron, perdus depuis tant de siècles. Le manuscrit du poète Sedulius était du neuvième siècle, mais l'écriture des fragments cicéroniens , que recouvraient les vers du poète infimœ latim'tatis, était infiniment plus ancienne, et le cardinal, d'accord avec plusieurs savants italiens, n'hésite pas à la reporter au deuxième, ou tout au moins au troisième siècle.
Trium Oralionum in Clodium et Curionem de œre aliéna, Milonis, de rege Alexamlrino fragmenta inedita. Item comrnentarius antiquus (ad Orationes y II) qui vuletur Asconii Pediani... omnia ex antiquissimis mss. cum critîds notis edidit Angélus Mai us. — Mediolani, 1814, in-8.
Os fragments furent encore découverts par l'infatigable cardinal sur un précieux palimpseste, qui contenait les actes du concile de Chalcédoine; ils ont été publiés avec les trois
78 fcTLDK
précédents à Milan en 1817, gr. in-8, avec deux
planches de fac-similé.
Us coûtèrent encore plus de peine au cardinal que les précédents; car les copistes, en cousant ensemble les feuilles pour la transcription des actes du concile, les avaient mêlées , et il lui fallut un travail énorme pour les reconnaître et les classer.
Orationum pro Scauro % pro Tullio et in Claudi'ltm fragmenta médita ; pro Cluenlio , pro Cœ~ lia, pro Csecina variantes tectiones, oralionem pro Milone a lacunis restitutam , ex memhranis palimpsestis bib/iothecœ Taurinensis At/ienœi edidit et cum Ambrosianis parium Orationum fragments composuit Amed. Peyron. — Stuttgardiœ, Cotta, i8a/j, in-8.
Nous allions oublier les fragments des Orationes pro Fonteio et pro Rabirio , publiés d'après les manuscrits de la Vaticane par F.-C. Niebùhr, à Rome, en 1820, in 8, avec un fac-similé.
EPISTOLjE.
ETISTOLAHUM AD FAMILIARBS LIB. XVI.
H serait à la fois curieux et amusant de faire un Guide du voyageur contenant le relevé et le détail des reliques apocryphes du temps passé,
SUIt CICfcllON 7»
conservées dans les couvents , dans les églises, dans les musées, dans les bibliothèques publiques. M. Pertz, l'illustre et savant bibliothécaire de Berlin, se plaisait à faire voiries Tables de la Loi , Y exemplaire autographe authentique (le Moïse. Puis il ajoutait négligemment : « Quant à moi, je les crois du commencement du quatorzième siècle... o 11 ne disait pas si c'était après ou avant Jésus-Christ.
Simon Staravolscius ose imprimer dans sa Polonia que les Tabellœ aÙToypa^oi des Epistres familières de Cicéron étaient conservées in bibliotheca Thorunensi 1 ; mais on n'a point ose le croire sur parole, et, vérification faite, on a trouvé un manuscrit du neuvième siècle , et certes la minuscule carlovingienne a peu de rapport avec la première grande écriture romaine.
Les dominicains de Bologne montraient bien , il n'y a pas encore cinquante ans , le Pentateuque écrit par Esdras en personne , conservé depuis l'an i 100, sous l'autel de saint Pétrone, avec la tète de saint Dominique, l'illustre fondateur du saint office , et Florence possédait l'Évangile de saint Jean, parfaitement autographe, et tant d'autres. Nous ne savons si l'on a cessé de faire adorer aux fidèles dans une chapelle de
1 f.V*l Thorn, vill* d* Pologne , aujourd'hui prtiMirnnr. la patrie A*
< :«>|wriii< .
la cathédrale de Sienne le crâne de saint Jean le Précurseur, à l'âge de douze ans... c'est le pays des amplifications.
C'est encore à Pétrarque que revient l'honneur de la découverte des Epistres familières. V oyons ce qu'en disent ses biographes et les écrivains contemporains.
L'antique Codex qui les contenait est encore aujourd'hui conservé à la bibliothèque des Médicis, couvert des notes autographes du poète. « Le caractère en est presque français , dit Victorius, et tout le monde sait que Pétrarque, ayant voyagé et séjourné longtemps en France, en avait adopté l'écriture. »
Mais où fit-il cette précieuse trouvaille ? Un document extrait du catalogue des manuscrits du marquis Riccardi 1 parait prouver que ce fut à Vérone. Le codex fut arraché e latebris ecclesiœ Veronensis. Mais tout porte à croire que c'est là un faute du copiste ou de l'imprimeur, et l'on doit lire Vercellensis . Blondus Flavius affirme en effet avec autorité que ce fut dans cette ville de Verceil que ce manuscrit fut découvert par Pétrarque, e ceeco carcere quo detinebanlur ediucit Tuilii epistolaSj cjuas diu perquisierat. Et un peu plus loin, à propos de quelques autres manus-
1 Cmt, lodic. Mss. Rtccardlanm. Liburni. I7S6, in-tol.
SUR CICfcKON. 81
crits cicéroniens, il ajoute : « Btst Epislolas Ciceronis Lentulo inscriptas I ercellis reperisse gloriatus est, très (Je Oratore et Institution urn oratoriarurn Quint ilia ru liants non nisi laceras rnutilatosque vidit, ad cujus notitiarn Oratoris rnajoris et Bruti de Oratoribus claris iterurn Ciceronis libri nullatenus pervenerunt, » etc.
Maintenant Pétrarque peut- il également revendiquer l'honneur de la transcription et de la mise au net du manuscrit, aussi bien que de la découverte? nous ne le pensons pas. Son biographe, Jannoctius Manettus, soutient cette opinion , mais sans l'appuyer de preuves sérieuses : « Ciceronis epislolas, prius Itinc inde varie dispersas, eo online r/uo mine videra us, in sua volurnina mlegit. » C'est bien certainement au docte Ange Politien que revient la gloire d'avoir épuré et reconstitué le texte extrêmement incorrect et confus du manuscrit trouvé par Pétrarque. Lui- même raconte le fait à plusieurs reprises, et certes le grave Politien était bien trop probe pour avancer légèrement une pareille assertion, si le fait n'eût été de la plus glande authenticité et accepté par tous ses contemporains. Victorius, qui, lui aussi , compulsa et étudia ce manuscrit, qui servit à la première édition , confirme énergiquement la réclamation de Politien.
Conservé en grand honneur après la mort tle Pétrarque, ce précieux manuscrit passa dans les mains de savants philologues; Léonard Arétin en devint possesseur, et après lui son fds, puis Donato Acciaioli, en héritèrent ; enfin, il devint la propriété de la bibliothèque de la célèbre université de Padoue, où le vit Nie. INiccoli, puis il fut transporté à celle de Saint-Marc à Venise, et de là à la Laurentiane; ce fut enfin le terme de ses longues pérégrinations , et ce fut là , dans cette majestueuse et sévère librairie, que Politien put le transcrire et que Victorius le consulta.
La première édition en fut donnée à Rome, en 1467» par Sweynheym et Pannartz, in dama Pétri de Maximo : c'est un grand in- 4° de. 246 ff. à 3i lignes par page entière; il fut tiré à 275 exemplaires. Ce livre, d'une grande rareté, est d'autant plus important que c'est le premier livre sorti des presses romaines, les deux pères de la typographie en Italie n'ayant pu d'abord établir leur imprimerie que dans l'abbaye de Subiaco.
Deux ans plus tard, les Epistolœ faut i liâtes furent réimprimées trois fois ; deux de ces éditions furent données à Venise par Jean de Spire, qui porta le premier l'imprimerie dans cette >ille ; la première a i a 5 ff. non chiffrés à 4o et 4< lignes par page; elle fut terminée en trois mois et est
SUIt CIGÊHOK. 83
considérée comme Le premier livre imprimé à Venise 1 ; on lit au verso du premier feuillet :
Primusin Adiiaca formis impresxit aenis;
les mots grecs ne sont pas imprimés, mais bien écrits à la main.
La seconde édition est de 1 36 ff. de 4o et t\\ lignes par page; les capitales, comme dans presque tous les livres imprimés dans ces premiers temps de l'imprimerie, sont laissées en blanc et rubriquées à la main. Nous croyons que cette édition fut tirée au nombre considérable de six cents exemplaires, et non pas de trois cents, ainsi que l'ont imprimé la plupart des bibliographes; nous fondons cette assertion sur le dernier vers de la souscription :
Hesperifp quondam Germa nus quoique libellos Abttulit : en plures ipse daturus adest.
S unique vir ingénia mirandus et arte loannes Insrrihi docuit clarius sere libros.
Spira fauet Venetis : quarto nam mente peregit Hoc tercentenum bis Ciceronis opu$.
Ce tercentenum bis, nous ne pouvons le traduire que par deux fois trois cents. Malgré ce nombre si considérable pour le temps, ce volume est de-
' Quelques bibliographes ont donné à tort la priorité à l'édition de P/inr, donnée par le même imprimeur, la même année 1469.
8/i ÉTUDE
venu de la plus grande rareté : on n'en connaît guère que 10 à i i exemplaires.
La troisième édition, donnée cette même année 1 4G9, fut imprimée à Rome, au mois de novembre, par Sweynheym et Pannartz (160 ff. in-fol.). Le texte de cette édition offre quelques variantes.
EPISTOL* AD M. BrUTIIM, AD QuiNTUM FRATREM, AD OCTAVIUM ET AD AtTICI M. //tl/JtCSS. RoiUM
opus in tlomo Pétri et Francesci de Maximis, président ibus Cour . Swcjnheymet A r /vî. Pannartz. .4° 1470 (in-fol. de 199 ff. à 38 lig. par page.)
Première et précieuse édition, tirée à 275 exemplaires, publiée par les soins et sous la direction de Jean-André, évéque d'Aléria, dont l'épitre dédicatoire au pape Paul II se trouve en tète du volume. Il déclare dans cette épitre avoir eu la plus grande peine à se procurer de bons manuscrits de cet ouvrage, et il ajoute que, sans les soins empressés et le secours efficace du cardinal Sancti Chrysogoni, il n'aurait pu y parvenir.
La même année paraissait à Venise une édition du même livre, publiée par Nicolas Jcnson (pet. in-fol. de 180 ff. à 39 lig. par page). On en conserve à la Bibliotbèque impériale un trèsprécieux exemplaire, dont les grandes marges sont totalement couvertes des savantes notes autographes d'Ange Politien.
SLR CICÊRON. 85
C'est au célèbre grammairien Gaspari nus Pergamensis (Gasparino Barziza)', qui professa longtemps avec éclat à Venise, à l'université de Padoue et enfin à Milan, que Ton doit la découverte et la communication du manuscrit' sur lequel Nicolas Jenson imprima cette dernière édition ; mais celle de Rome fut faite sur le manuscrit découvert par le Pogge , à Constance ; il y était allé rejoindre son ami Sozomène de Pistoie , et là, pendant le concile, les deux bibliophiles infatigables consacraient tous leurs loisirs à la recherche des trésors perdus de l'antiquité. Ce fut là qu'ils trouvèrent, ainsi que nous l'avons dit, les Commentaires d'Asconius Pédianus sur' icéron, publiés pour la première fois en 1 477 > ' a i,,ss ' ils firent une découverte infiniment plus précieuse : celle des manuscrits de Quintilien, intacts et bien complets, manuscrits que Pétrarque
1 Gasparinus grammaticu* ac rhetor sua temptstate illuUru, Bariizx nalus, qui est in agro Bergomati vicm obscur i olim nominis, Vrnetiis, moz Patavii, inde Mediolani, mulla nominis celebritate, litteras docuit, primus omnium ad veteris tloquentim umbram, qum sola supererat, oculos retorsit. Primiu in très itlos M. T. Ciceronis ad Quintum fratrem libros , quum diutissime non exsùtissent, incidit, quos situ et vetustate consumptos, diligenli cura ac studio emendare adortus, tantum intentiorc lectione profecit, ut opus non solum desideratum, sed deploratum etiam in publicum exhibuerit. ( LomeitT. de Biblioth , p. 224.)
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avait vus, mais n'avait pu acquérir; ce fut là encore, et Blondus Flavius le confirme, que le Pogge eut seul l'honneur de la découverte des Episto/se ad Atticum, qu'il rapporta en Italie.